La formation de la langue marathe c6.s3.8
La formation de la langue marathe c6.s3.8
- Language
- French
c6.s3.8
Seul de toutes les langues indo-aryennes, le kaçmiri (et, d'après une communication personnelle de M. Grierson, tout le groupe du nord-ouest himalayen) a eu une évolution divergente, qui le rapproche d'une manière étrange des langues de l'Europe occidentale, et notamment du germanique : le verbe de la proposition principale prend normalement la seconde place ; une phrase comme suh chuh gāṭul" mahanyuv" recouvre exactement la phrase française équivalente « il est habile homme », ou la phrase allemande « er ist (ein) geschickter Mann » ; dans les subordonnées le verbe reste à la fin, en kaçmiri comme en allemand : *yot-tām zinda rōza, tamis kara ādar*, cf. all. *so lange ich lebendig bleibe...* « aussi longtemps que je resterai vivant, je lui rendrai honneur » (*v*. Grierson, *Man. kaçm.*, § 97-99). Mais la position de l'auxiliaire *chuh* ne semble pas différer d'une phrase à l'autre : cf. *suh chuh praṭh rĕta aki phiri dawāḥ khĕwān* « il prend (est prenant) médecine ordinairement une fois par mois » et *tsaḥ chukha zānān kus hakīm chuh tas dawāḥ karān* « savez-vous (êtes-vous sachant) quel médecin le soigne (est à lui médecine faisant) ? » (Grierson, *ibid*. Vocab. nᵒˢ 1773, 1323 ; cf. cependant *ibid*., nᵒˢ 464 et 465). On notera d'ailleurs dans ces dernières phrases que les groupes plus petits du complément et du participe conservent l'ordre ancien ; cf. *kethapöṭhⁱ hĕkān tim kömᵘ karith* « comment peuvent-ils faire l'ouvrage (l'ouvrage faire) », all. « *wie können sie die Arbeit tun ?* » ; de même le mot qui détermine la relation casuelle est affixe, comme en marathe et en sanskrit : *mūlas andar* « dans la racine », *mölis sān* « avec le père » (*v*. Grierson, *ibid*., § 13) ; enfin l'épithète précède le substantif, tandis que l'attribut le suit (*ibid*., § 19 ; cf. Vocab., nᵒˢ 462, 465, 467, etc., et le premier des exemples cités plus haut). Ce n'est donc pas une langue indo-aryenne qui a pu fournir le modèle de l'ordre : substantif-épithète, adopté par le bouddhiste du vᵉ siècle Asanga dans ses œuvres sanskrites (*v*. *Mahāyānasūtrālaṃkāra*, éd. et trad. Sylvain Lévi, II, *Intr.*, p. 12) ; c'est en iranien seulement que cet écrivain, natif de Péchaver, a pu connaître la tournure en question.