L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v1.c7.s6.t3.1
L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v1.c7.s6.t3.1
- Language
- French
v1.c7.s6.t3.1
LE CHOIX DES SUJETS. — L'étude de la forme des scènes légendaires nous achemine ainsi à peu près vers les mêmes conclusions auxquelles nous avait déjà conduits celle des motifs décoratifs. Il y a toutefois, pour ce qui est du fond, une grande différence entre ces deux groupes de bas-reliefs. Toutes les présomptions sont, avons-nous vu (p. 252), pour que l'école gréco-bouddhique n'ait à peu près rien emprunté à l'ancienne école de son matériel ornemental : au contraire, tous les sujets épisodiques sans exception sont directement inspirés de la tradition indienne. La question est même de savoir si cette tradition n'a participé à la formation du répertoire du Gandhâra que sous son expression orale ou écrite et si, à la parole ou au livre, elle n'a pas ajouté l'image. Quoique la représentation de la personne du Buddha ait été à l'origine le monopole de l'art gréco-bouddhique, les nombreux exemples rencontrés en chemin démontrent que plus d'un des épisodes traités par la nouvelle école avait déjà défrayé les ateliers indigènes dès le temps d'Açoka. Les vieux imagiers de Mahâbodhi, de Barhut, de Sânchi n'ont pas craint d'aborder des tableaux de la vie de ce Maître qu'ils ne savaient ou n'osaient figurer, au moins sous sa forme dernière. Outre les jataka, qui étaient pour eux une mine tout indiquée, ils triomphent dans les « scènes assises », illumination, prédication, visites d'Indra et d'Êlâpatra, hommages des singes et des rois de la terre, etc., partout où la place d'un immobile Buddha peut être aisément tenue par un emblème : ils s'enhardissent même jusqu'à s'attaquer à des épisodes aussi animés et pittoresques que la descente du ciel ou la miraculeuse conversion des Kâçyapas. Pourtant ils devaient se sentir terriblement gênés par cette incapacité ou cette interdiction d'introduire dans leurs compositions les plus compliquées l'image du héros principal. Les sculpteurs du Gandhâra avaient les coudées singulièrement plus franches et, disposant de moyens supérieurs, ne reculaient devant aucune difficulté. Il n'est pas contestable que plusieurs des principaux miracles et, d'une façon générale, la plupart des scènes mouvementées et dramatiques n'aient été traités pour la première fois que par eux. Il suffit de citer, aux deux bouts de la biographie, la nativité et la mort du Maître et, parmi les *jataka* mêmes, celui de Dîpaṅkara. Mais, d'autre part, dans la collection si riche et si variée de leurs motifs, nous avons relevé, à côté de ces nombreuses spécialités, des sujets qui paraissent directement inspirés des modèles indigènes, comme celui de la « conception », ou encore, à propos de la prédication de Bénarès, l'emprunt de certains symboles, y compris la manière de s'en servir (cf. fig. 149 et 216-219). Ces constatations autorisent, semble-t-il, à se demander si une bonne part du répertoire gréco-bouddhique n'a pas été simplement renouvelée, dans le goût du pays et à la mode du jour, de l'imagerie locale.
Cites (1)
- Jātaka — Pāli