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L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v2.c14.s3.t2.34

L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v2.c14.s3.t2.34

Language
French

v2.c14.s3.t2.34

Avec l'apparition de son « armée », tout change et la tentation se fait attentat. Māra lui-même ne se distingue plus que par son riche turban d'une bonne partie de la soldatesque démoniaque qu'il rue à l'assaut du Bienheureux (fig. 201-204 et 402) : revêtu de la même cuirasse, il a l'air, au diadème près, d'aussi basse caste qu'eux (cf. plus haut, II, p. 16). Mais en cela encore nos sculpteurs ne font que traduire d'instinct le sentiment populaire. Cette fois, en effet, Mâra, jetant bas toute feinte, se révèle ouvertement pour ce qu'il est dans l'opinion de la secte, le mortel ennemi du Maître et par suite du salut de l'humanité. Nous ne serions nullement surpris qu'il eût fini par prendre dans nombre de consciences du Nord-Ouest de l'Inde la place assurément fort relevée, mais néanmoins peu enviable, qu'occupe l'Esprit du Mal dans le dualisme de l'Iran voisin (1). Aussi bien a-t-on pu soupçonner à la base des récits de tentation, tant chrétiens que bouddhiques, un fond d'idées zoroastriennes qui expliquerait justement, en dehors de tout emprunt réciproque, leur indéniable parallélisme. Toujours est-il que l'imagination des fidèles tend visiblement à dépouiller Mâra de sa haute dignité divine. Pour nombre de textes il n'est plus qu'un Asura, comme Namuci (2), ou même simplement un Yakṣa. Et sans doute ce dernier nom peut à la rigueur être pris dans une acception nullement injurieuse (3). Mais le Milinda-pañhà (4) entasse sans ambages sur son compte les plus malsonnantes épithètes, et les plus vieux textes se plaisent déjà à ridiculiser ses efforts toujours infructueux pour vexer ou duper moines ou simples nonnes (5). Il n'y a pas à en douter : pour les disciples du Buddha l'Amour est devenu le diable.