Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v2.c8.47
Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v2.c8.47
- Language
- French
v2.c8.47
Tout contre la muraille de la ville, dans un amas de décombres, je vois une de ces stèles qui abondent ici par milliers, au point de décourager la curiosité ; je m'en approche pour lire la date, elle est de Narendra malla. Une statue de Mahâkâla est tout contre ; à fleur de terre, sur le socle, il me semble déchiffrer des caractères archaïques. Voilà de l'antique ! Mitrânanda flegmatiquement affirme que c'est du névar moderne. Je me mets à nettoyer la pierre. Eh bien, pandit, lis ton névar. Mitrânanda est coi. L'inscription est une dédicace et les premiers mots sont : Samvat 412 rājñaḥ Ҫrī Mānadevasya : la date et le nom sont absolument sûrs et clairs. Encore une fois la foule s'assemble, assez hostile à me voir manipuler la statue, où des taches de minium attestent une pûjâ récente. Le mukhya se met à exalter ma science et lance en défi : Qui veut parler sanscrit avec le Sahib ? Personne ne répond, et pour cause. Je veux prendre une photographie de la statue. Guignon ! l'obturateur refuse de fonctionner. Je l'arrange, le visse, le dévisse, et quand je braque la statue tout se démolit. Mauvaise affaire. J'entends fort clairement dans la foule qui me serre dire que le dieu se défend contre moi. Pour couper court, j'opère n'importe comment, mais d'un air triomphant, quitte à revenir une autre fois, et je déclare avec satisfaction que c'est tout à fait réussi. Puis je fais appeler le pûjârî qui rend à la statue le culte quotidien ; je lui donne une demi-roupie pour faire une pûjâ en mon nom ; et, ainsi amadoué, je lui révèle l'âge de sa statue qui dépasse en antiquité tout ce que j'ai vu à Katmandou. Changement à vue : mon bonhomme se fait préciser les explications et s'enfle d'orgueil. Sa statue, antérieure au Nepâla Samvat ! Et voici maintenant qu'on me traite avec déférence, et déjà le groupe qui entoure le pûjârî parle d'élever une chapelle sur la statue. Pauvre Mahâkâla ! Est-ce à moi qu'il devra le renouveau de son culte ? Et toujours la même question : tu es Allemand ? Je reprends mon éternel speech : je suis Français, la France est un grand pays et Paris ma ville est grande comme l'Ayodhyâ du roi Daçaratha. Enfin, une petite trouvaille épigraphique !