Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v3.c10.s14: XIV. — Stèle II de Harigaon
Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v3.c10.s14
- Language
- French
XIV. — Stèle II de Harigaon
v3.c10.s14.1
La seconde inscription d'Amçuvarman à Harigaon fait exactement pendant à la première. Elle est dressée contre la même plate-forme, à l'autre coin de la face septentrionale. Elle a les mêmes dimensions, la même disposition ; l'aspect et le contenu en sont analogues. Elle est surmontée d'un fronton où sont représentés au centre un cakra, vu de trois quarts (comme sur l'inscr. 10 de Bhagv.), à gauche un çaṅkha ; le motif de droite a complètement disparu. Un simple filet sépare le fronton du texte. La partie inscrite de la stèle couvre environ 0m,68 en hauteur sur 0m,37 en largeur ; le caractère a une hauteur moyenne de 0m,014. Un accident qui ne semble pas dû au hasard seul a fait disparaître la partie supérieure de la pierre à droite ; le milieu des lignes inférieures et le rebord droit ont aussi subi une mutilation. Le reste est en excellent état de préservation, l'écriture est nette et bien tracée. La graphie est naturellement la même que dans l'inscription précédente ; je signale toutefois l'emploi de la minuscule au-dessus de la ligne pour les consonnes finales : kulānām l. 15 ; pādānām l. 16 ; gauṣṭhikānām l. 18, parallèlement à l'anusvāra dans vihārāṇām l. 10 ; manuṣyāṇām l. 19. Un des signes numériques les plus fréquents dans l'inscription a une valeur douteuse (v. la note l. 7).
v3.c10.s14.2
L'inscription est tout entière en sanscrit, et presque toute en prose. Elle se termine par une stance en vaṃçasthā, placée immédiatement avant la date, et où Aṃçuvarman s’adresse directement au lecteur. L’objet de l’inscription est un maryādābandha (l. 6 et 20), c’est-à-dire un engagement bilatéral (v. la note sur le vers 6); et, de fait, Aṃçuvarman n’y fait point acte de souveraineté; aucun terme n’évoque l’idée d’un ordre. La situation officielle d’Aṃçuvarman n’a donc pas changé depuis l’inscription de samvat 30. Il s’agit d’une répartition de taxes; les bénéficiaires sont des temples, des établissements ou des personnes appartenant à toutes les religions du Népal. Commenter chacun des noms mentionnés, ce serait écrire un chapitre considérable de l’histoire religieuse au Népal. Je renvoie aux chapitres spéciaux de mon ouvrage et me contente de dresser ici un inventaire classé selon les confessions religieuses.
v3.c10.s14.3
Çivaïsme : Paçupati 7,2 ; Rāmeçvara 3,1 ; Māneçvara 3,1 ; Dhārā-Māneçvara 3,1 ; Parvateçvara 3,1 ; Kailāseçvara 3,1 ; Bhaṭṭārakapādāḥ 7,2.
v3.c10.s14.4
Vichnouisme. Dolāçikhara svāmin 7,2 (= Changu Narayan) ; Sāmbapura 3,1 ; Narasimha deva 3,1 ; BhūmbhukkikāJalaçayana (de Budh Nilkanth ?) 3,1.
v3.c10.s14.5
Bouddhisme. Gum vihāra 7,2 (gum mot névari, = montagne. Gum-vihāra est un nom encore en usage pour le Maṇi(cūḍa)-caitya, au Nord de Sankou); — çrī Māna vihāra 7,2 (Mānavihāra est aujourd’hui encore un autre nom du Cakra-vihāra, à Patan) ; çrīRa-vihāra 7,2 ; Kharjurikā vihāra 7,2 ; Ma(dhya ?) ma vihāra 3,1 ; sāmānya vihārāḥ 3,1.
v3.c10.s14.6
Indéterminés. Haṃsagṛhadeva 3,1 ; Vāgvatipāradeva 3,1 ; tadanyadevakulāḥ 2,2 ; sapelāpāñcālī 7,2 ; sāmānyapāñcālī 3,1 ; rājakula... niyuktamanuṣya 2,2 ; gauṣṭhikāḥ 2,2 ; kṛtaprasāda 1 ; brāhmaṇāḥ 1 ; sāmānyamanuṣyāḥ —.
v3.c10.s14.7
7. taḥ Paçupateḥ pu 7 pa 2 Dolāçikharasvāminaḥ pu 7 pa 2 ..
8. Gum vihārasya pu 7 pa 2 çrī Mānavihārasya pu 7 pa 2 çrīra .
v3.c10.s14.8
membre de phrase par : « Et [nous pourrons] garder Pūrṇa [pour le faire travailler] ». Toutefois il ajoute en note : « Je traduis ainsi conjecturalement la phrase du texte qui me parait obscure : et Pūrṇam intra limites cohibere. Le tibétain traduit : « et faire souffrir Pūrṇa ». Yi-tsing, dans sa traduction chinoise du Mūla Sarvāstivāda Vinaya, Kṣudrakavastu, chap. 2 (éd. jap. XVII, 4, p 8a, col. 7) adopte la même traduction que le tibétain. Les éditeurs du Divyāvadāna, MM. Cowell et Neil, adoptent dans leur Index of words le sens donné par Burnouf ; ils y rendent maryādābandha (s. v.) par : keeping in control. Et Böhtlingk dans ses Nachträge adopte la même interprétation : das in den Schranken Halten. Mais à défaut de l'expression maryādābandham kar, la langue classique offre un équivalent parfait de l'expression. Dans le Rāmāyaṇa IV, 5. 11, (= 4, 13 éd. Gorresio), quand Sugrīva contracte alliance avec Rāma, il lui dit :
v3.c10.s14.9
rocate yadi me sakhyam bāhur eṣa prasāritaḥ
grhyatām pāṇinā pāṇir maryādā badhyatām dhruvā
v3.c10.s14.10
« Si mon amitié te fait plaisir, voici mon bras allongé. Que la main prenne la main ; qu'un pacte ferme soit conclu ». Et le commentateur glose ainsi : maryādā anyonyakāryasampādanaviṣayo niçcayaḥ| badhyatām buddhyā vicārya pratijñāyatām. « Maryādā, c'est une détermination qui a pour objet un service mutuel à se rendre, Badhyatām veut dire : après mûre réflexion, engager sa parole ». Il est intéressant de retrouver dans cette glose un élément essentiel du maryādābandha la réflexion préalable énoncée dans les mêmes termes qu'employait le récit du Divyāvadāna (svabuddhyā vicārayataḥ) Maryādābandha implique donc un engagement bilatéral, mûrement élaboré par les parties contractantes. (Il faut donc dans le récit du Divyāvadāna traduire ainsi : « Et nous ferons de Pūrṇa l'objet d'une convention spéciale entre nous deux »). L'expression est très importante, puisqu'elle exclut l'idée d'un ordre imposé par une autorité supérieure. Elle est en harmonie avec tout le reste du document, qui ne contient aucune formule d'injonction, et qui se définit lui-même un « arrangement » (vyavasthā, l. 22).
v3.c10.s14.11
7. Le chiffre que je rends par 7 est très douteux. Il ne se retrouve pas, à ma connaissance, dans les autres inscriptions du Népal, et ne figure pas parmi les signes numériques recueillis par Bühler dans sa Paléographie de l'Inde. Le signe le plus analogue est celui que Bühler donne avec la valeur de 7 (planche IX, col. xiii), et comme emprunté aux inscriptions du Népal (je ne sais de quelle inscription exactement) ; c'est le même signe, mais retourné sur son axe, tout comme a fait le h entre Mānadeva et Amçuvarman.
v3.c10.s14.12
9. vihārasya pu 7 pa 2 Kharjurikāvihārasya pu 7 pa 2 ma.
10. mavihārasya pu 7 pa 2 sāmānyavihārāṇām pu 3 pa 1. Rāmeçva
11. rasya pu 3 pa 1 Haṃsaṛhadevasya pu 3 pa 1 Māneçvarasya pu 3
12. pa 1 Sāmbapurasya pu 3 pa 1 Vāgvatīpāradevasya pu 3 pa 1 Dhārā
13. Māneçvarasya pu 3 pa 1 Parvateçvaradevasya pu 3 pa 1 Narasimha
14. devasya pu 3 pa 1 Kailāseçvarasya pu 3 pa 1 Bhūmbhukkikā Jalaça
15. yanasya pu 3 pa 1 tadanyadevakulānām pu 2 pa 2 çrī Bhaṭṭāraka
16. pādānām pu 7 pa 2 Sapelāpāñcālyāḥ pu 7 pa 2 sāmānya
17. pāñcālyāḥ pu 3 pa 1 rājakulavastunāniyukta[ma]nuṣyasya
18. pu 2 pa 2 gauṣṭhikānām pu 2 pa 2 kṛtaprasādasya pu 1 brāhmaṇ
19. pu 1 sāmānyamanuṣyāṇām pu . . . i . . . yam vyavahārap
20. na cāyam maryādābandhaḥ kaiçci . . . . .yo yataḥ
21. prajāhitārthodyataçuddhacetas(ā) . . . . kalahābhimānīnā
22. katham prajā me sukhitā bhaved i . yā vyavastheyam akāri dhīmatā
23. saṃvat 32 āṣāḍhaçuklatrayodaçyām
v3.c10.s14.13
16. Le mot pāñcāli et son dérivé pāñcālika ont été exactement interprétés par Bhagvanlal (7, l. 13 et 15; 10, l. 16); il désigne le conseil de paroisse, la fabrique.
18. Le mot gauṣṭhika est analogue à pāñcālika. L'ancienne désignation goṣṭhī appliquée au conseil de paroisse survit dans le nom actuel : guṭṭhī. J'ignore le sens précis du mot kṛta-prasāda, malgré la clarté des termes dont il est composé. — A la fin de la ligne il faut évidemment rétablir : brāhmaṇānām. 22 et 23. Stance en vaṃcasthā.
v3.c10.s14.14
(1-5). Salut. Du palais de Kailâsa-kûṭa . . . . Le saint Paçupati, le seigneur adoré, le . . . . Le grand marquis Amçuvarman en bonne santé . . . . aux propriétaires de maison, de champ, et autres chefs de famille . . . . Que ceci soit connu de vous.
v3.c10.s14.15
(5-6). La perception des taxes sur les maisons, les champs, etc. . . . . voici comment la répartition en est réglée, et ce sera désormais la pratique à suivre :
v3.c10.s14.16
(7-19). A Paçupati 9 pu, 2 pa ; à Dolâçikhara-svâmin 9 pu, 2 pa ; au Gum-vihâra 9 pu, 2 pa ; au çrî-Mâna-vihâra 9 pu, 2 pa ; au çrî-Ra.-vihâra 9 pu, 2 pa ; au Kharjurikâ-vihâra 9 pu, 2 pa ; au Ma-ma-vihâra 9 pu, 2 pa ; aux vihâras en général 3 pu, 1 pa ; au Râmeçvara 3 pu, 1 pa ; au Haṃsaṛhadeva 3 pu, 1 pa ; au Mâneçvara 3 pu, 1 pa ; au Sâmbapura 3 pu, 1 pa ; au Vâgvatîpâradeva 3 pu, 1 pa ; au Dhârâ-Mâneçvara 3 pu, 1 pa ; au Parvateçvara deva 3 pu, 1 pa ; au Narasimha deva 3 pu, 1 pa ; au Kailâseçvara 3 pu, 1 pa ; au Bhûmbhukkikâ-Jalaçayana 3 pu, 1 pa ; aux autres temples, 2 pu, 2 pa ; aux çrî-Bhaṭṭâraka-pâdâs 9 pu, 2 pa ; à la Sapelâpâñcâlî 9 pu, 2 pa ; à la pâñcâlî en général 3 pu, 1 pa ; au fonctionnaire chargé de . . . . le palais royal 2 pu, 2 pa ; aux gauṣṭhikas 2 pu, 2 pa ; à celui qui a fait la donation 1 pu ; aux brahmanes 1 pu ; au personnel en général . pu . . . .
v3.c10.s14.17
(19-20). Tel est l'arrangement ; et cette répartition, personne ne devra la . . . . car :
v3.c10.s14.18
(21-22). Le bonheur de mes sujets occupe mon cœur purifié ; . . . . mon orgueil, c'est d'avoir . . . . les discordes. Comment mes sujets pourraient-ils être heureux? Voilà ce que je me suis dit, et j'ai dans ma sagesse établi cet arrangement.
v3.c10.s14.19
(23). Saṃvat 32, mois d'âṣâḍha, quinzaine claire, le 13,