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Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v3.c10.s20: XX. — Inscription du Yag Bahal

Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v3.c10.s20

Language
French

XX. — Inscription du Yag Bahal

v3.c10.s20.1

L'estampage de cette inscription m'a été envoyé du Népal en 1902 par le mahârâja Deb Sham Sher, dans la courte période de son administration. Aucune indication d'origine n'était jointe à l'envoi ; mais une note en cursive, tracée sur le côté et au bas de l'estampage, porte : Yag bahal. J'ignore présentement où est situé ce bahal, ou monastère ; mais je suis porté à croire que la stèle se trouve dans la région de Patan, comme les inscriptions qui lui sont apparentées.

v3.c10.s20.2

L'inscription est incomplète ; les dernières lignes manquent. Les 29 lignes conservées, en tout ou en partie, couvrent une hauteur totale de 0m,72 sur une largeur de 0m,40. Le corps des caractères mesure en moyenne 0m,01 ; l'espacement moyen des lignes est de 0m,015. La graphie est généralement correcte ; la muette, selon l'usage qui date d'Amçuvarman, n'est pas doublée après r. La partie du texte conservée est toute en prose. C'est une charte du type usuel, qui a pour objet la concession d'un village avec ses dépendances à la communauté bouddhique ; elle est adressée aux intéressés, les habitants du village de Gullatanga. Le territoire concédé faisait probablement partie du domaine de Paçupati (l. 4 et cf. Bhag. 13, l. 5 : Paçupatau). Le bornage est tracé avec la précision méticuleuse des inscriptions tardives, en allant du Nord au Sud et de l’Est à l’Ouest. Les repères indiqués marquent par un exemple de plus la civilisation avancée du Népal et aussi la richesse foncière de l’Église bouddhique. Il n’y a pas moins de sept monastères contigus au terrain concédé : le Mânadeva vihâra, le Kharjûrikâ vihâra (l. 13), le ...yama vihâra (15), l’Abhaya ruci vihâra (17), le Vârta Kalyâṇagupta vihâra (17-18), le Caturbhâ-laṅkâsana vihâra (18-19), le Ҫrîrâja vihâra (21). Le Mânadeva vihâra est clairement identique au Mâna vihâra, mentionné déjà dans une inscription d’Aṃçuvarman (an 32) à côté du Kharjûrikâ vihâra (l. 8 et 9) ; du même coup, le vihâra au nom tronqué : ...yama vihâra est presque certainement identique au Ma-ma vihâra, c’est-à-dire au Madhyama vihâra, désigné dans la même inscription d’Aṃçuvarman immédiatement à la suite du Mâna v° et du Kharjûrikâ v°. Les autres noms de couvents n’ont pas encore été rencontrés ailleurs ; le Vârta Kalyâṇagupta est un nouveau venu dans la liste des personnages décorés de ce titre (sup. II, 131). On rencontre en outre sur le parcours trois villages : Gomibhûdañco (12), Dhorevâlgañco (14), Kambîlamprâ (20). On croise ou on longe deux grandes routes (mahâpatha, 16 ; vṛhatpatha, 20) et un grand chemin (vṛhanmârga 22). Enfin la Vâgvatî borde une partie du terrain au Sud (12).

v3.c10.s20.3

Les stipulations particulières de la concession (4-11) sont énoncées avec une précision de détails qui tranche sur le formulaire ordinairement assez vague des chartes népalaises ; elles n’ont, à ma connaissance, de pendants que dans l’inscription 13 de Bhagvanlal datée de 1(4 ?)3. Cette inscription, trouvée à la porte Sud de l’enclos de Paçupati, est extrêmement mutilée, spécialement dans le passage qui contient les stipulations (5-10) ; mais les caractères conservés suffisent à garantir la parfaite concordance des deux textes, en rectifiant parfois les lectures de Bhagvanlal (5 : na sarve vinā, corr. °na sarvetika[rtavy°] ; 7 : hyaparaḥ, corr. [*maryādo*] *papannaḥ*; 9: *bhayaca*, corr. °*gāpacā*[*re*]; 10: *kalpatrā*°, corr. *kalatrā*°]. Le village concédé « est soumis aux stipulations portant sur les personnes ou sur les places fortes » (*çarīrakoṭṭamaryādopapannaḥ* l. 6). La même expression se retrouve, dans une charte de Çivadeva, an 119 (Bhag. 12; l. 5, où Bhag. restaure [*°payukta*] au lieu de *°papanna*); mais je ne puis voir dans la traduction du pandit comment il entend cette formule, à moins qu'elle ne réponde à : « y compris le sol, le ciel et le sous-sol »; j'avoue que dans ce cas le rapport m'échappe. L'inscription du Chasal-tol, datée de l'an 137, conserve aussi une trace de cette formule (l. 13; *°koṭṭamaryād°*). L'exclusion de « la corvée d'aller en pays étranger » (l. 7 : *bahirdeçagamanādisarvaviṣṭirahito*) a pour pendant, dans la charte de Çivadeva an 119, l'obligation de fournir « cinq porteurs annuellement pour la corvée du Tibet ». Quelques fautes d'ordre spécial, qui exigeaient sans doute dans les cas ordinaires l'intervention de la justice royale, sont réglées au profit des donataires : le meurtre d'une femme enceinte (7), les pratiques abortives (7) sont punis d'une amende de cent (*pa*)ṇas; les mauvais traitements à l'égard d'une bête blessée, si elle est de l'espèce bovine, sont punis d'une amende de trois *paṇapurāṇas* (8). Enfin, dans le cas d'une des cinq offenses mortelles, de vol, d'adultère, de meurtre ou de complicité, la justice royale n'a de prise que sur la personne du coupable; tout ce qui lui appartient, famille et biens, revient au clergé du couvent de Çivadeva.

v3.c10.s20.4

Le nom du roi qui octroie la charte est mutilé; il n'en subsiste (3) que la finale indifférente : *deva*; les traces qui subsistent de caractères précédents écartent définitivement la restitution introduite par Bhagvanlal dans son inscription (l. 3); les deux *akṣaras* ne sauraient en tout état de cause être *çi va*. La lecture la plus vraisemblable est, à mon sens, Puṣpadeva; mais je n'ose, sur la foi d'une lecture incertaine, introduire dans l’histoire du Népal un nom que rien ne garantit par ailleurs. Les autres indices écartent aussi l’attribution de cette charte et de la charte similaire (Bhag. 13) à Çivadeva. Çivadeva réside au palais de Kailâ-sakūṭa, qui a remplacé le palais de Mânagṛha depuis l’avènement d’Amçuvarman. Le roi ...deva date ses chartes du palais de Bhadrâdhivâsa ; le changement de palais marque d’ordinaire un trouble dans la succession au trône. Le roi ...deva se flatte sans doute d’être l’héritier légitime du pouvoir ([ba]ppapādānudhyāto, 2), mais à titre de Licchavi. Il est « l’étendard de la race Licchavi » (Licchavi-kulaketuḥ, 3), titre disparu de l’usage depuis l’avènement d’Amçuvarman, et ce retour des Licchavis au pouvoir est attesté par son successeur Jayadeva qui ramène l’origine de sa race à l’éponyme Licchavi (Bhag. 15, 6). Ce roi ...deva est de plus le premier, et jusqu’iei le seul, dans la série népalaise à prendre le titre de parama-māheçvara « fervent adorateur de Çiva » (l. 2 et Bhag. 13, 2), si fréquent dans le protocole de l’Inde propre où il semble remonter jusqu’aux Indo-Scythes. Enfin le formulaire de conclusion, identique dans les deux chartes jumelles (24-29 = Bhag. 13, 29-35), diffère des autres chartes connues ; les vers traditionnels y sont introduits au moyen de la forme nouvelle : yato dharmaçāstravacanam (Bhag. 13, 34-35 = 29 [ya]to dha[rmaçāstra°]). En somme la charte du Yag bahal est du même personnage et de la même époque que l’inscription 13 de Bhagvanlal, datée de samvat 1[4?]3, le chiffre des dizaines restant douteux ; le pandit reconnaît qu’on peut aussi bien lire 123 ou 133.

v3.c10.s20.5

1. bhadrādhivāsabhavanād apratihataçāsano bhagavatPa-çupatibhaṭṭārakapādānugṛhī.

v3.c10.s20.6

2. . ppapādānudhyāto Licchavikulaketuḥ paramamāheçvaraparamabhaṭṭārakamahārājādhirā.

v3.c10.s20.7

3. . . . devaḥ kuçalī Gullataṅgagrāmanivāsinaḥ pradhānapurassarān sarvakuṭumbinaḥ.

v3.c10.s20.8

4. . lam ābhāṣya samājñāpayati viditam bhavatu bhavatām yathā sa grāmo bhagavat Paçupat.

v3.c10.s20.9

5. . ritur mahāpraṇālīnām açathyena sarvetikartavyānāmanuṣṭhānārtham viṣṭyājñānuv.dh.

v3.c10.s20.10

6. . cāṭabhaṭānām aprāveṣyena çarīrakoṭṭamaryādopapannaḥ çarīrasarvakaraṇīyaprati

v3.c10.s20.11

7. muktaḥ kuṭumbibahirdeçagamanādisarvaviṣṭirahito gurviṇīmaraṇe garbhoddharaṇa.

v3.c10.s20.12

8. . ṇacatamātradeyena sa kṣatagorūpamṛgāpacāre sa paṇapurāṇatrayamātradeyena

v3.c10.s20.13

9. muktaç cauraparadārahatyāsambandhādipañcāparādhakāriṇām çarīramātram rājakulā.

v3.c10.s20.14

10. . tadgṛhakṣetrakalatrādisarvadravyāny āryasaṅghasyety anena ca sampannaḥ çrīÇivadevavihā

v3.c10.s20.15

11. . caturdiçāryabhikṣusaṅghāyāsmābhir atisṛṣṭaḥ sīmā cāsya pūrvottareṇa vihārā.

v3.c10.s20.16

12. . praṇālībhramas tato dakṣiṇam anusṛtya gomibhūdhañcopradeçe vāgvatī nadī bhā.

v3.c10.s20.17

13. . nusṛtya tilamakasaṅgamas tata uttaraṃ gatvā çrīMānadevavihāraKharjūrikāvi

v3.c10.s20.18

14. rakṣetrayoḥ sandhis tataḥ paçcimaṃ gatvā dhorevālgañco tataḥ paçcimam anusṛtya

v3.c10.s20.19

15. . yamavihārasya pūrvadakṣiṇakoṇapārçve limārgenottaraṃ gatvā praṇālyāḥ pū.

v3.c10.s20.20

16. . rānusāreṇa kuṇalakṣetrasya dakṣiṇapūrvakoṇe mahāpathas tato mārgānusā.

v3.c10.s20.21

17. ṇottaraṃ gatvābhayarucivihārasya pūrvaprākāras tata uttaram anusṛtya vārtaka

v3.c10.s20.22

18. lyāṇaguptavihārasya dakṣiṇapūrvaprākārau tataḥ pūrvottaram anusṛtya caturbhā.

v3.c10.s20.23

19. laṅkāsanavihārasya pūrvadakṣiṇakoṇas tata uttaram paçcimañ cānusṛtyottarapa
20. çcimakoṇe vṛhatpathas tatpūrvottaraṅ gatvā kambīlam-prā ṭata uttarapūrvam anusṛtya
21. çrīrājavihārendramūlakayoḥ pānīyamārga saṅghātakhā-takas tasyottarapūrveṇa
22. vṛhanmārgasya dakṣiṇavāṭikāyā dakṣiṇālyanusāreṇa pūrvadakṣiṇaṅ cānusṛtya pa
23. . . thas tato yāvat. . . . tya parigespallīpārçve mārgas tatas tam eva mārgan dakṣiṇ.
24. . nusṛtya sa eva vihāras tataḥ praṇālībhrama ity etatsīmaparikṣipte sminn agrahā
25. . . di kadācid āryasaṅghasyārthakyam kāryam utpadyeta tadā paramāsanena vicāra. .
26. . ity avagatārthair asmatpādopajīvibhir anyair vāyam prasādo nyathā na ka
27. . . . . . thā kuryāt kārayed vā so smābhis sutārān na marṣaṇīyo
28. . . . . . pālās tair apy ubhayalokaniravadyasukhārthibhiḥ pū
29. . . . . . . ti prayatn. . . . . . . to dha

v3.c10.s20.24

(1-4). Du palais de Bhadrâdhivâsa. Rien ne résiste à ses ordres ; le saint Paçupati, souverain adoré, l'a pour favori ; son père adoré le suit de sa pensée ; la race de Licchavi l'a pour parure ; il est par excellence le dévot de Maheçvara, le souverain par excellence, le roi des rois. . . . deva en bonne santé s'adresse à tous les maîtres de maison résidant au village de Gullataṅga, notables en tête, et leur fait savoir : sachiez ceci :

v3.c10.s20.25

(5-11). Ce village (sur le domaine) du saint Paçupati. . , pour l’exécution, sans aucune fraude, des travaux exigés par les grands canaux, et pour la remise des ordres de corvée, — mais avec défense d’entrer aux soldats tant réguliers qu’irréguliers — est soumis aux stipulations portant sur les personnes et sur les places fortes ; toutes les corvées corporelles lui sont remises ; les maîtres de maison sont dispensés de toute corvée telle que d’aller en pays étranger, etc. En cas de mort d’une femme enceinte ou de suppression d’embryon, il sera quitte au prix de cent (pa)ṇas seulement ; en cas de mauvais traitements à l’égard de bêtes blessées (?) du genre bovin, au prix de trois paṇapurāṇas seulement. En cas de vol, d’adultère, de meurtre, de complicité, etc., les cinq crimes capitaux, la personne seule du délinquant reviendra aux fonctionnaires royaux ; sa maison, ses champs, ses femmes, tous ses biens enfin reviendront au vénérable clergé. Telles sont les conditions sous lesquelles nous avons octroyé ce village au vénérable clergé des moines des quatre régions dans le Çivadeva vihāra.

v3.c10.s20.26

(11-24). Et en voici la délimitation : au Nord-Est, la conduite du canal. . du couvent ; ensuite, en allant au Sud, dans la région de Gomibhūdañco, en suivant une partie du cours de la Vâgvatî, le confluent du ruisselet ; de là, en allant au Nord, le joint du Mânadeva vihāra et du Kharjûrikâ vihāra ; de là, en allant à l’Ouest, Dhorevâlgañco ; de là, en suivant à l’Ouest, sur le côté de l’angle Sud-Est du [Madh]yama vihāra, en allant au Nord par le chemin de la chaussée, en continuant à longer le. . du canal, à l’angle Sud-Est du champ de Kuṇala, le grand chemin ; de là en continuant par la route, en allant au Nord, le mur oriental de l’Abhayaruci vihāra ; de là, en continuant au Nord, le mur Sud et le mur Est du Vârta Kalyâṇagupta vihāra ; de là, en continuant au Nord-Est, l'angle Sud-Est du Caturbhâ-laṅkâsana vihâra ; de là, continuant au Nord et à l'Ouest, dans l'angle Nord-Ouest, le grand chemin ; en allant au Nord-Est, Kambî-lamprâ ; de là, en continuant au Nord-Est, le réservoir qui arrête l'écoulement des eaux du Râja vihâra et de l'Indra mûlaka ; de là, par le Nord-Est, en longeant la chaussée Sud du jardin Sud du grand chemin, et en continuant au Sud-Est, le chemin : de là, jusqu'à. . . à côté de Parigeṣpallī (?), la route ; de là, en suivant cette route par le Sud, le vihâra même ; de là la conduite du canal. (24-29). Dans la concession ainsi délimitée, s'il vient jamais à se produire une affaire touchant aux intérêts du vénérable clergé, ce sera alors au Tribunal suprême (du Trône) à l'examiner. Que ce soit bien entendu. Et personne, que ce soit de nos gens ou tout autre, ne doit rendre vaine cette faveur que nous octroyons. . . . Et celui qui la rendrait vaine, personnellement ou par intermédiaire, nous ne le tolérerons absolument pas. . . . Quant aux rois [à venir] s'ils désirent le bonheur vertueux en ce monde et dans l'autre [ils devront se rappeler que la faveur concédée par un royal devancier s'impose au respect], car le livre de la Loi [dit]. .