La formation de la langue marathe c5.s2.t5: Instrumental
La formation de la langue marathe c5.s2.t5
- Language
- French
Instrumental
c5.s2.t5.1
§ 193. Dans diverses langues il semble exister des formes d'instrumental, dont l'origine est douteuse (v. Beames, II, p. 224, Grierson, *Intr. to the Maith. lang.*, p. 44-45). Ce n'est que dans le groupe du sud-ouest qu'il reste des traces sûrement anciennes de ce cas. En singhalais il n'a subsisté que la désinence *-ena*, qui sous la forme *-en* *-in* se rencontre au sing. neut. des noms et dans le mot *visin* (*vaçena*) qui sert de postposition. C'est cette même désinence qu'on est tenté de reconnaître dans le vieux guzrati sing. *-im*, *-īm*, et les formes modernes comme *çem* « par qui ? ». Enfin en marathe, l'instrumental a été un cas vivant dans la période ancienne de la langue, et il en reste un certain nombre de formes fixées à l'époque moderne. Les désinences du vieux marathe appartiennent elles aussi à la déclinaison des noms en *-a* ; mais elles comprennent les désinences de singulier et de pluriel masc.-neut. et de singulier féminin.
c5.s2.t5.2
1° La désinence d'instr. sing. masc.-neut. est *-em* < skr. *-ena*. Dans la Jñāneçvārī les exemples sont innombrables ; on trouve dans les anciennes inscriptions : *Cāvuṇḍarājem* « par le roi Cāvuṇḍa » (Çravana Belgola) ; *gādhavem* « par un âne » (Parel) ; *bāyakem* « par une femme », *senavaiem* « par le général », *devem* « par le dieu », *rāem* « par le roi », etc. (Pandharpur) ; *māpem* « selon (avec ?) la mesure » (Patan).
c5.s2.t5.3
Cette désinence est, en marathe comme partout, presque la seule dont des traces notables aient survécu à l'époque moderne. On la trouve dans des mots servant de postpositions comme *pramāṇem* « à la manière de », *mūlem* « à cause de », *saṃgem* « en compagnie de, avec », probablement *nem* « par le moyen de » (*naya*-?), *savem* et *çim* « avec » (skr. *samam*, *sahitam* avec la désinence d'instr. par influence du sens) et dans les formes jointes à la postposition karūn « grâce à », p. ex. teṇem karūn « grâce à cela » (la désinence -em a été étendue aux autres types de flexion ; aplyā kṛpem karūn « par votre faveur », v. Navalkar, § 353 note).
c5.s2.t5.4
2° Au pluriel la désinence est -īm (pkr. -ehim, skr. -ebhiḥ). Les exemples sont rares dès les plus anciens textes ; Jñāneçvarī : donhīm « par les deux » (XVIII, 245 ; cité par Māḍgāmvkar), cinhīm « par les signes (XVI, 14) ; inscr. de Pandharpur : bhaṭīm, paṇḍiṭīm. Dans la langue moderne nīm, postposition de l'instrumental pluriel, est la forme plurielle de neṃ.
c5.s2.t5.5
3° Au féminin singulier, la désinence est -ā ; M. Māḍgāmvkar en a donné de nombreux exemples dans son édition de la Jñāneçvarī, p. 12-13 ; il suffit de citer ici vojā « par honneur », ātmasukhāciyā goḍiyā « par le goût du plaisir égoïste » ; de même, dans l'inscr. de Pandharpur, devīā « par la déesse ». Peut-être est-ce cette désinence qu'on retrouve dans l'adverbe helā (skr. helayā) « facilement ».
c5.s2.t5.6
L'origine de cette forme est moins claire que celle des désinences masculines. Il existe en prākrit, à côté de l'oblique en -ae, une désinence d'instr.-gén.-loc. en -āa que Vararuci n'admet pas, mais que les textes conservent et que Hemacandra est finalement amené à consacrer de son autorité (v. Pischel, § 375). Il s'agit probablement ici de la même désinence que pali -āya qui a les valeurs d'instrumental, de génitif-ablatif et de datif. Cette désinence a très vraisemblablement son origine dans la contamination de gén.-abl. -āyaḥ, loc. -āyām et instr. -ayā où la première voyelle s'est allongée par analogie des autres cas, comme s'était allongé, ainsi qu'on a vu, le -i de la désinence fém. plur. pkr. -īo. C'est cette désinence pali -āya, pkr. -āa qu'il faut sans doute reconnaître dans l'instr. fém. en -ā.
c5.s2.t5.7
Dès la période ancienne, l'instrumental pluriel manque pour le féminin : c'est l'oblique qui en tient lieu (vividhām pūjām « par divers hommages »). C'est également l'oblique qui sert au pluriel dans les noms et adjectifs masculins et neutres élargis en -ā : -em (çrotām « par les auditeurs » ; aisām cinhīm « par de tels signes »).
c5.s2.t5.8
Dans les noms et adjectifs masc.-neut. en -ā : -em, l'instrumental singulier prend en vieux marathe une forme particulière, qui semble à première vue un tatsama. Ainsi, dans l'inscription de Paṭaṇ : māḍhīcena māpeṃ « selon la mesure employée au temple », dans la Jñāneçvarī vārena (= vāryā neṃ « par le vent », XIII, 24). Mais la désinence est en réalité -ni ; la forme -na n’en est qu’une variante assez rare ; d’ailleurs la constance de groupes du type de moheṃ mājireni (« par l’égarement et la folie », XIV, 253), taiseni jñāneṃ (« par cette connaissance », XVIII, 1100) rend peu probable a priori la restitution de la désinence sanskrite dans des cas si nettement définis. Il faut reconnaître ici l’oblique en -e, constant dans les vieux textes, suivi d’une postposition à n initial, sans doute précisément celle qui a pris l’extension que l’on sait dans la langue moderne sous la forme neṃ : nīṃ ; de là vient que dans certaines éditions la confusion a été faite : ainsi au lieu de jānateni « par celui qui sait », I, 25, les éditions populaires ont jānate neṃ. C’est la même postposition qui s’applique dès les plus anciens textes aux noms en -u, c’est-à-dire aux noms élargis en -ū ; ex. vāyūni.
Cites (3)
- Jñāneśvarī — Jñāneśvara, Marathi
- Dēva
- Inscription of the time of Mahākṣatrapa Rudrasena, year 127 — Prakrit