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L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v1.c6: Première partie. Les édifices

L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v1.c6

Language
French

Contents

Première partie. Les édifices

v1.c6.1

LES ÉDIFICES.

Chapitre premier. Le Stûpa

v1.c6.s1.1

LE STÛPA.

v1.c6.s1.2

Les nombreuses ruines bouddhiques, énumérées au cours des pages qui précèdent, présentent un aspect des plus variés. Les exigences particulières du site, la nature des matériaux employés, les conditions diverses de la technique et de la main-d'œuvre avaient forcément introduit dans ces constructions nombre de différences locales. Le contraste est surtout fortement marqué entre celles qui s'élevaient au milieu des plaines alluviales ou au sommet des collines schisteuses du Gandhâra. Dans la banlieue de Pêshawar ou de Chârsadda, nous sommes en présence de véritables monticules artificiels mêlés de terre, de briques, de cailloux roulés et de rares pierres de taille. Sur les crêtes et les versants de Jamâl-Garhî ou de Takht-î-Bahai, quantité de petits édifices de pierre, éparpillés partout où s'y prêtait le terrain, donnent moins au premier abord l'impression d'un couvent que d'une bourgade fortifiée. L'ordonnance générale des bâtiments n'est pas moins difficile à reconnaître sous l'écroulement de ces tertres énormes qu'au milieu de ces enchevêtrements de murs. D'ailleurs des fondations religieuses aussi considérables n'ont sûrement pas été bâties en un jour, et l'embarras d'en discerner les organes essentiels parmi la confusion des additions et des remaniements successifs vient encore compliquer le problème.

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S'il est ainsi malaisé de saisir sur le terrain, sauf aux rares endroits où ont été exécutées des fouilles régulières, le plan de ces monuments, il l'est plus encore d'en évoquer les perspectives aériennes. Il est en effet certain qu'avant d'être de nos jours bouleversés pour l'amour de l'art ou exploités comme carrière, ils furent déjà, il y a des siècles, pillés et démolis ou détruits par le feu. La plupart des édifices dégagés par les excavations sont à demi rasés et les murs s'élèvent à peine à quelques pieds de terre. Bien rarement un spécimen mieux conservé, surgissant au creux ou au détour d'un vallon solitaire, suscite encore devant les yeux comme un rappel de leur aspect d'autrefois. Tout essai de restitution serait ainsi des plus précaires, si, à diverses reprises, la fantaisie des sculpteurs ou les nécessités de leur sujet ne les avaient conduits à représenter en élévation sur la pierre l'image même du monument que leur bas-relief décorait¹. Ces reproductions s'éclairent d'autre part pour nous à la lecture des auteurs indiens ou des pèlerins chinois qui ont vu en pleine splendeur nombre de ces édifices. Notre tâche va être de recueillir et de rapprocher les uns des autres les principaux de ces témoignages : ils fourniront aux personnes plus compétentes que nous en matière d'architecture les données nécessaires et suffisantes pour effectuer, sur les présentes substructions, une restauration des superstructures disparues.

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¹ Sur des images du grand stûpa de Kaniṣka sculptées en bas-relief sur l'escalier dudit *stûpa*, voir HIUAN-TSANG, *Mém.*, I, p. 109, ou *Rec.*, I, p. 101, etc. Nous retrouverons le même usage dans les temples du Kaçmîr (cf. p. 140 et fig. 53).

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Pour se reconnaître au milieu de la variété et de la complexité de ces fondations religieuses, le mieux, semble-t-il, serait d'abord d'isoler et d'étudier tour à tour chacune des sortes d'édifices qui en sont les éléments constituants. Ensuite il y aurait lieu de rechercher les conditions qui déterminèrent le développement de ces agglomérations, parfois si touffues, autour de leur noyau primitif et constant. Autrement dit, il faudrait tenter, si l'emploi de ces termes n'est pas ici trop ambitieux, d'en faire, après l'analyse, la synthèse. Une première et précieuse distinction, qui d'ailleurs sort de la nature même des choses, nous est aussitôt fournie par Hiuan-tsang. Dans ses *Mémoires*, une phrase revient comme un refrain :

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« En telle ou telle place, il y a un stûpa et un sanghârâma », c'est-à-dire un tumulus sacré et un monastère. De ces édifices constamment associés, le premier est, à n'en pas douter, le plus important aux yeux des Bouddhistes. Quand le roi Puṣyamitra, l'un des successeurs d'Açoka, eut résolu d'abolir la loi du Buddha, il convoqua la communauté et lui demanda : « Que préférez-vous (que je détruise), les stûpa ou les monastères? » — « Les monastères », choisissent sans hésitation les moines(¹); nous commencerons donc par le stûpa.

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¹ Divyâvadâna, p. 434; cf. Burnouf, Intr., p. 431.

§ I. Nature et destination du stûpa

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Aussi bien cet édifice est-il celui dont l'étude est relativement la plus facile en raison de l'abondance des documents. Nous possédons, en effet, plusieurs reproductions de stûpa sur nos bas-reliefs. Nombre d'entre eux — de proportions, il est vrai fort réduites — se pressaient aux abords de presque tous les couvents : si l'on n'a le plus souvent retrouvé d'eux que leurs bases carrées, prises d'abord pour des « autels », il est arrivé cependant que deux ou trois au moins peuvent déjà être reconstitués avec une sûreté assez grande par l'assemblage de divers fragments. Enfin et surtout, quantité d'exemples monumentaux sont en partie debout à l'heure actuelle. L'embarras serait plutôt de classer tant de spécimens de toutes les tailles et de tous les styles. Rien que de Mânikyâla à Kâboul, et dès la première moitié du XIXe siècle, plus d'une centaine avaient déjà été explorés.

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Est-ce un monument funèbre ? — Cette exploration consistait essentiellement à les éventrer sans merci pour en extraire le dépôt que leur masse était justement chargée de préserver. Ces procédés quelque peu barbares nous ont du moins appris qu'ils recouvraient pour la plupart des cendres humaines. Masson n'avait pas de doute que ce ne fussent bien des sépultures qu'il violait : « Les reliques (nous dit-il en résumant une soixantaine d'expériences) que l'on trouve généralement dans les « topes » d'Afghanistan sont le plus souvent découvertes dans de petites chambres ménagées au centre de ces édifices : des cassettes ou des vases de cuivre, de laiton, de stéatite les enferment... Ces vases, de forme sphérique ou cylindrique, contiennent d'ordinaire de petites boîtes d'argent ou d'or, souvent des deux, séparées ou enfermées l'une dans l'autre (voir fig. 6 et 7 (¹)). Dans l'une de ces dernières se trouve généralement un ou deux fragments d'os : ce sont là, semble-t-il, les reliques essentielles au-dessus desquelles les monuments furent élevés... Dans les vases plus grands, on découvre habituellement une certaine quantité de terre finement pulvérisée ou de cendres parmi lesquelles ont été déposés des perles, des grains de chapelet, des anneaux, des sceaux et autres bijoux, avec des gemmes, des pierres colorées, des morceaux de cristal, des fragments de nacre, etc... » Remarquons-le tout de suite, ce mélange singulier de débris humains ramassés dans les cendres du bûcher, et de fragments de métaux précieux ou de pierres rares représentant les « cinq » ou les « sept joyaux », est encore, ainsi que nous avons pu l'observer au Kaçmîr, un des rites caractéristiques des funérailles hindoues. Les découvertes de Masson en Afghanistan, si on les rapproche de celles faites depuis à Ceylan et dans toutes les régions de l'Inde, notamment à Mânikyâla (cf. fig. 20), à Sânchi, à Sopârâ et à Piprahwâ, semblent donc confirmer de la façon la plus nette l'opinion généralement admise sur le caractère funéraire des stûpa (²).

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¹ Le Divyâvadâna (p. 381) mentionne ces urnes (kumbha) et ces boîtes (karanda), et, semble-t-il, jusqu'aux dalles (patta) qui forment le couvercle de la chambre funéraire.

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² Voir MASSON dans Ar. ant., p. 59; S. HARDY, E. M., p. 220 (stûpa du Raigam Korle, à Ceylan); VENTURA, COURT et PRINSEP, dans J. A. S. B., III; CUNNINGHAM, Bhilsa Topes, Londres, 1854 (notamment p. 297-299 : le tope n° 3 de Sânchi fournit deux cassettes à reliques aux noms des deux grands disciples Çâriputra et Maudgalyâyana); BHAGVANLÂL INDRÂJÎ, Antiquarian Remains at Sopârâ, in J. Bomb. Br. R. A. S., vol. XV, 1881-

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La tradition est d’ailleurs d’accord avec ces faits quand elle conte comment les reliques corporelles (*çarīra*) du Buddha furent, aussitôt après sa crémation, partagées et déposées sous des *tumuli* de ce genre : nous verrons plus loin cette cérémonie dûment représentée sur nos bas-reliefs (fig. 296-300). Le même honneur passait pour avoir été décerné après lui à tous ses grands disciples et nous

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[Figure: FIG. 6. — SPÉCIMENS DE RELIQUAIRES. a. Urne en stéatite provenant d’un stūpa de Déh Bimārān (Jellalabad). b. Cassette en argent provenant d’un stūpa de Hidda. c. Cassette en stéatite contenant une boîte d’argent, provenant d’un stūpa de Kotpour. British Museum. — D’après l’Ariana antiqua, pl. II et III.]

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savons de source certaine que l’usage s’était transmis dans l’église bouddhique d’élever des *stūpa* sur les cendres des grands docteurs. Un moine ordinaire pouvait bien avoir aussi son tertre; mais, nous dit Yi-tsing, « il y a une différence entre le *stūpa* d’un homme ordinaire et celui d’un personnage de distinction, ainsi qu’il a été minutieusement prévu dans les textes du Vinaya ». Cette différence va

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1882; W. C. PEPPÉ, *The Piprahwā Stūpa*, in *J. R. A. S.*, 1899 (reliques attribuées par l’inscription au « Bienheureux » : cf. BÜHLER, *ibid.*, avril 1898; BARTH, *Comptes*

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rendus de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, 11 mars et 15 avril 1898; RHYS DAVIDS, *Açoka and the Buddha relics*, in *J. R. A. S.*, 1901, etc.).

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jusqu'à la forme extérieure et consiste surtout dans l'absence de couronnement : entre gens de même catégorie, elle se réduit à une question de dimensions. La taille du tombeau doit être proportionnée au mérite et il importe, remarque un conte du *Mahâvastu*, de ne le faire « ni trop petit ni trop grand ». Quand, à Balkh, Hiuan-tsang rencontre pour la première fois, près d'un ancien monastère, plusieurs centaines de *stûpa* extrêmement rapprochés les uns des autres, il s'informe et on lui apprend que ces monuments ont été élevés par les fidèles en l'honneur des moines décédés : mais ce privilège était réservé aux seuls saints dont la mort avait été accompagnée de circonstances merveilleuses. C'est ainsi que, dans le *Divyâvadâna*, Tiṣya et Puṣya, deux disciples nouvellement convertis de Mahâkâtyâyana, ne sont pas plutôt entrés à grand spectacle dans le *nirvâṇa*, qu'on leur élève à chacun un *stûpa*. Ces miracles mis à part, il reste que Hiuan-tsang a vu le cimetière des dignitaires du couvent¹. Ce serait en somme un cas exactement parallèle (à condition qu'on ne veuille pas pousser l'analogie jusque dans le détail des rites et du style) à celui, par exemple, de cette collection de *samâdh* que nous voyons aujourd'hui s'ériger, autour du monastère brahmanique de Bodh-Gayâ, en l'honneur de ses *mahant* ou prieurs successifs².

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¹ FA-HIEN, p. 44; HIUAN-TSANG, *Mém.*, I, p. 209, 228, 32, ou *Rec.*, I, p. 180, 196, 46; YI-TSING, *Rec.*, p. 82; *Mahâvastu*, I, p. 303, et III, p. 436; *Divyâvadâna*, p. 551; cf. BEAL, *Rom. Leg.*, p. 370; BIGANDET, p. 209, etc.

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² Ces *samâdh* sont de petites chapelles : au centre, un *liṅga* se dresse juste au-dessus de la place où le cadavre a été inhumé, dans une posture accroupie. On peut encore en rapprocher l'exemple, familier aux touristes, des *chattri* élevés sur les cendres des râjas de Jaypour ou d'Oudaypour, etc.

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On ne saurait, à notre avis, attacher trop d'attention à ce passage de Hiuan-tsang : il nous expliquerait en effet, d'une façon plausible et naturelle, l'étonnante et progressive multiplication des petits *stûpa* autour des grandes fondations religieuses. Fa-hien en signale près d'un millier élevés « en l'honneur des saints et des sages solitaires », dans le seul district de Nagarahâra. Hiuan-tsang en a noté une centaine « qui semblent se toucher », à l’ombre du sanctuaire de Kaniṣka, près de Pêshawar. Nous en compterions encore le double dans la cour du temple de Mahâbodhi, et il en était de même à Sârnâth, près de Bénarès. Selon toute vraisemblance, c’était quelque ancienne nécropole du même genre, seulement plus vaste, que l’on montrait aux pèlerins, près de Kapilavastu, comme étant le cimetière de la race des Çâkyas. Il est curieux de noter que l’entassement irrégulier de petits *stûpa* découvert par le

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[Figure: FIG. 7. — RELIQUAIRE D’OR : PROFIL ET FOND. British Museum. Était contenu dans fig. 6 a. Hauteur : 0 m. 07. D’après l’Ariana antiqua, pl. IV.]

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lieutenant Crompton dans la cour n° 2 de Jamâl-Garhi (voir le plan sur la figure 65) lui ait aussi suggéré l’idée de « mausolées » bâtis à des époques différentes¹. Peut-être n’avait-il pas tort, autant du moins qu’on pourrait penser. L’habitude tend, il est vrai, à s’établir de désigner sous le nom de « *stûpa* votifs » ces petits édicules : mais, à la réflexion, on ne voit pas ce qu’ils ont de plus particulièrement « votif » que les spécimens monumentaux. Que tous ne fussent pas de purs et simples ex-voto, nous en possédons au moins une preuve concluante. A l'intérieur du petit *stûpa* de Gandhairi (fig. 72) a été trouvé *in situ* un vase de terre ronde de la forme habituelle des cruches indiennes (*gharrah*, skt. *ghaṭa*) : d'après des renseignements manuscrits que nous devons à l'obligeance de M. A.-E. Caddy, quand, le 8 novembre 1895, M. S. Waterfield et lui procédèrent à l'ouverture de ce vase, il contenait, outre une petite quantité d'argile, « des fragments de charbons et d'os carbonisés ». Cette cruche servait donc bien d'urne cinéraire et l'édicule était un tombeau.

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¹ FA-HIEN, p. 40 et cf. p. 53; HIUAN-TSANG, Mém., I, p. 112 et 317, ou Rec., I, p. 103, et II, p. 20; CUNNINGHAM, Mahâ-bodhi, p. 46 et pl. XVIII et XIX; CROMPTON, loc. laud. (voir la référence plus haut, à la page 17, n. 5).

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EST-CE UN ÉDIFICE RELIGIEUX ? -- Tous ces témoignages semblent décisifs : et pourtant rien ne serait plus faux que de prétendre que le *stûpa* n'était pour les Bouddhistes qu'un monument funéraire : nous savons de source certaine qu'il avait, à leurs yeux, une valeur religieuse indépendante des reliques qu'il pouvait, ou non, contenir. Tel pieux moine, nous dit-on, façonnait chaque jour de ses mains nombre de *stûpa* en miniature, exactement comme tel dévot brahmane d'aujourd'hui occupe ses loisirs à modeler avec de la vase du Gange quantité de petits *liṅga* : quel sens aurait pu avoir cette occupation dévote, s'il n'y avait eu, ainsi qu'il est censé y avoir encore à l'heure actuelle, dans le seul fait de confectionner un de ces objets, quelque chose de méritoire et une manière de culte ou de *pûjâ*? Non seulement Yi-tsing nous l'assure en propres termes et recommande fort ces pratiques, mais les vieilles légendes sont souvent des plus explicites sur ce point. C'est pour remplir une prédiction que Kaniṣka a bâti « sa grande pagode » : il n'y enferme de reliques qu'après coup et, pour ainsi dire, par surcroît. A propos de deux autres *stûpa*, l'un du Kapiça et l'autre de Khotan, Hiuan-tsang note encore que l'on avait commencé par faire cette « œuvre pie » de les construire; quand il s'agit d'y introduire ensuite le reliquaire, que ce dernier soit fait d'une seule urne ou d'une quintuple cassette, l'opération n'est plus possible qu'au prix d'un miracle, soit que le dôme s'entr'ouvre de lui-même ou qu'un saint le tienne soulevé pendant le temps nécessaire sur le plat de sa main. Si, d'autre part, on lit dans Song Yun le récit de l'introduction du Bouddhisme à Khotan, il en ressort clairement que la forme extérieure du stûpa a une valeur spécifique qu'aucun autre édifice, quoi qu'il contienne, ne saurait prétendre à remplacer¹.

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¹ YI-TSING, Rec., p. 150; HIUAN-TSANG, Mém., I, p. 45, et II, p. 11 et 236, ou Rec., I, p. 60, et II, p. 146 et 317; SONG YUN, p. 395.

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[Figure: FIG. 8. — STÛPA FIGURÉ SUR UN BAS-RELIEF DE BARHUT. Cf. CUNNINGHAM, pl. XIII ou A. M. I., pl. 17.]

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Nous pouvons aller plus loin et affirmer catégoriquement qu'il y a des stûpa qui n'ont jamais enfermé aucun dépôt de reliques. Sur ce point, la tradition est susceptible d'une vérification expérimentale et s'est trouvée, une fois de plus, d'accord avec les faits. En maints endroits, il est stipulé par les pèlerins qu'un de ces monuments a été simplement érigé en commémoration d'un miracle.

v1.c6.s1.t1.21

Tel était justement, dans l'Inde du Nord, le cas des quatre principaux d'entre eux. Parmi ceux qui avoisinaient Nagarahâra, dans la vallée de Kâboul, deux au moins passaient pour consacrer le souvenir de la célèbre entrevue où le futur Çâkya-muni reçut la prédiction de son lointain prédécesseur, Dîpaṅkara; aussi n'est-il pas étonnant que plusieurs des « topes » explorés par Masson autour de Jellalabâd ne lui aient absolument rien fourni, et qu'il en soit resté pour ses frais de fouilles. De même, dans l'Inde centrale, c'est en vain que Cunningham a sondé le grand édifice de Sârnâth (voir fig. 25), dont la seule fonction, dans le « Bois-des-Gazelles », était de marquer la place où le Buddha avait prêché son premier sermon. Dans tous ces cas, il n'est pas douteux, comme l'a fait remarquer M. Senart, que le stûpa n'ait été « employé à titre simplement commémoratif et généralement religieux, pour signaler et sanctifier des lieux où la tradition plaçait la scène de quelque épisode de la vie du Docteur »(1); mais que penser, dès lors, de la thèse qui veut que le stûpa soit un monument funéraire?

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CONCILIATION DES DEUX THÉORIES. — Entre ces deux opinions opposées, et que justifient toutes deux des faits, nous n'avons heureusement pas la peine de choisir : il est beaucoup moins embarrassant de les concilier entre elles.

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Burnouf et, avant lui, G. de Humboldt ont depuis longtemps montré « comment l'idée de la sainteté des reliques dut naturellement se reporter, dans la pensée du peuple, sur les édifices destinés à les contenir et assurer ainsi aux stûpa privés de reliques les respects qu'on n'avait, dans l'origine, accordés qu'à ceux qui en renfermaient »(2). Cette transposition, aisée à admettre au point de vue psychologique, devient encore explicable historiquement, si l'on songe au long passé que ces coutumes avaient derrière elles et comment, aussi haut que nous remontions, nous trouvons ces [Figure: FIG. 9. — STÛPA DE MODÈLE ANCIEN. Plan et élévation du grand stûpa de Mânikyâla. D'après CUNNINGHAM, A. S., V, pl. XXI et XXII.]

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¹ Lég. du Buddha, p. 414.

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² Intr., p. 356.

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tumuli funéraires semés sur tout l'ancien continent, des mers du Bengale à celles de Bretagne. Pour ne pas sortir de l'Inde, il ne faudrait pas croire que la construction et le culte des stûpa y fût une spécialité des Bouddhistes : les Jainas en bâtissaient et en vénéraient également, et les fouilles de Mathurâ corroborent la vraisemblance du conte du Sûtrâlaṅkâra, retraduit du chinois par M. S. Lévi, qui fait Kanişka rendre hommage par erreur à un stûpa hérétique. Il est à croire, comme le pensait Bühler, que les

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FIG. 10. — RUINES DU STÛPA DE CHAKPAT (SWÂT); cf. fig. 11-12. D'après une photogr. de M. A.-E. CADDY, au Musée de Calcutta.

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uns et les autres ont hérité, en commun avec les sectes rivales, d'une coutume plus ancienne qu'eux tous. La tradition bouddhique le reconnaît explicitement quand elle met dans la bouche du Maître mourant qu'outre lui-même et ses disciples, un roi suzerain et un pratyeka-buddha sont encore dignes des honneurs d'un stûpa¹. Pour ce qui est des rois, nous n'avons par ailleurs aucune confirmation de cette assertion, pas même à propos d'Açoka dont la fin semble, à vrai dire, avoir été fort misérable; mais, il ne faut pas l'oublier, qu'il s'agit d'un monarque ou d'un Buddha, la question des funérailles était chose toute profane et ne concernait que les laïques; peut-être aussi la chose allait-elle de soi, et il aura fallu l'étonnement d'un étranger pour qu'on nous ait conservé en grec le sou-

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¹ Vo'r SMITH, *Jain Stûpa of Mathurâ*, p. 457; BÜHLER, *W. Z. K. M.*, IV, p. 328, et *Ep. Ind.*, II, p. 313; *Mahâ-parinib-bâna-sutta* (dans *S. B. E.*, XI, p. 93), etc. pl. I, XII, XV, etc.; S. LÉVI, *Notes sur les Indo-Scythes*, in *J. A.*, nov.-déc. 1896,

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FIG. 11. — VUE À VOL D'OISEAU DU PRÉCÉDENT. Le parasol de pierre, visible à la gauche des figures 10 et 12, a été remonté sur le stûpa.

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venir des μνημεῖα élevés par ses sujets sur les reliques du roi Ménandre. Quant à ces sages solitaires qu'on décore du nom de *pratyeka-buddha* ou « Buddha individuel, c'est-à-dire non prédicant », et que l'annonce de la naissance du parfait Buddha fait disparaître du monde qu'il vient évangéliser, il n'est pas difficile d'y reconnaître des *ṛiṣi* du type ordinaire hindou : et cela est si vrai, que c'est le surnom de *Ṛiṣi-patana* que leur « chute » aurait valu au Bois-des-Gazelles de Bénarès. Rien ne s'oppose donc à ce que l'on identifie des *stūpa* sur les bas-reliefs de Sânchi et d'Amarâvatî qui représentent l'ermitage brahmanique des Kâçyapas. C'est ainsi encore que, dans le *Mahâbhiniṣkramaṇa-sûtra*, quand le roi, père d'Ikṣvaku et ancêtre des Çâkyas, devenu ermite, est tombé victime de la méprise d'un chasseur, ses disciples brûlent le corps du royal *ṛiṣi*, puis « rassemblant ses os, ils élevèrent par-dessus un *stūpa*, et ils offraient devant ce *stūpa* toutes sortes de bois odorants et de fleurs parfumées en l'honneur de sa mémoire »(1). On ne saurait mieux décrire le mécanisme de cette transformation du tombeau en sanctuaire que nous voyons encore s'opérer sous nos yeux pour les *ziarat* de l'Inde musulmane ou les *mazâr* du Turkestan.

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L'histoire du *stūpa* bouddhique nous fournit d'ailleurs, si nous y prenons garde, toutes les étapes de cette transformation. Tout d'abord, il faut compter avec le caractère essentiellement commémoratif des tombeaux : si tous les *memorials*, pour nous servir de cette commode expression anglaise, ne sont pas des sépultures, tout mausolée devient par nature un *memorial*. Parfois même, cette seconde destination est plus en évidence que la première : quand dans un sublime élan de charité une oie se laisse choir aux pieds d'un moine à court de provisions, le *stūpa* qu'on lui élève recouvre à la vérité son cadavre; mais surtout, nous dit Hiuan-tsang, « il a pour objet de perpétuer le souvenir de sa belle action ». Remarquons d'ailleurs qu'aux termes exprès de la légende, à partir du moment où Açoka est censé avoir fait marcher de front la diffusion du Bouddhisme et la dispersion des cendres du Buddha, les *stūpa* de ce dernier ne peuvent plus être considérés comme des sépultures, mais bien comme de simples reliquaires. Ces reliques à leur tour peuvent n'être plus des çarīra ou restes corporels, mais seulement des objets à l'usage du Maître (paribhogika), par exemple sa robe et son bâton de mendiant, qu'on vénérait à Hidda, ou son vase à aumônes à Pèshawar. Cette nouvelle catégorie de dépôts n'est pas non plus inépuisable, si accommodante que fût la crédulité populaire, et force est de se rabattre sur des monuments purement

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¹ Citation de Plutarque, dans LASSEN, *Indische Alterthumskunde*, II, p. 342; *Mahâvastu*, I, p. 359, l. 17; Sânchi, FERGUSSON, pl. XXXII, en bas, ou GRÜNWEDEL, *Handbuch*, fig. 30; Amarâvatî, FERGUSSON, pl. LXX, reproduite ici fig. 228 (à gauche, derrière la hutte du serpent); S. BEAL, *Rom. Leg.*, p. 19.

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FIG. 12. — DÉTAILS DU PRÉCÉDENT. D'après une photogr. de M. A.-E. CADDY, au Musée de Calcutta.

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commémoratifs (uddeçika); ou encore, si l'on ne veut pas d'un cénotaphe vide, on peut y enfermer des textes de la bonne loi, soit que, comme Kaniṣka au Kaçmîr, on élève un stúpa sur une nouvelle récension des « Trois corbeilles », ou seulement sur l'une d'entre elles au gré des prédilections des docteurs. Tombe, reliquaire, cénotaphe, memorial, arche de la loi, c'est ainsi que peu à peu le stúpa devient pour les Bouddhistes le monument à tout faire et l'édifice religieux par excellence. On comprend dès lors que son érection, avec ou sans dépôt, sur une place déjà consacrée par la tradition (comme à Sârnâth) ou dans laquelle sa fondation va suffire à implanter une légende (comme à Nagarahâra), constitue la plus méritoire des œuvres pies, jusqu'à ce qu'enfin la confection de menus spécimens en argile ou en pâtes de senteur soit admise comme pratique de dévotion courante. Mais même à ce point, il vaut la peine de remarquer que l'on se souvenait encore obscurément de ses origines tumulaires. Dans les passages que nous avons déjà cités, Hiuan-tsang et Yi-tsing ne manquent pas d'ajouter que c'était la coutume dans l'Inde — ce l'est encore au Tibet — d'insérer, dans ces miniatures de stûpa, de petits rouleaux portant écrits des fragments de textes sacrés et surtout la fameuse stance qui résumait en deux lignes toute la doctrine : le nom, que l'on donnait à ces fragments manuscrits, de dharma-çarîra ou « reliques spirituelles » prouve bien qu'on les considérait comme des substituts mystiques des çarîra matériels et que nous avons raison d'y voir un souvenir des anciens rites funéraires¹.

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¹ HIUAN-TSANG, Mém., II, p. 61; I, p. 103, et II, p. 11, ou Rec., II, p. 182; I, p. 96, et II, p. 146; FA-HIEN, p. 44-45; Yi-tsing, Rec., p. 150-151; S. HARDY, E. M., p. 216, ou KERN, Manual, p. 88, et Hist., II, p. 125.

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Il était, à notre avis, nécessaire de débrouiller dès le début, fût-ce au prix de quelques longueurs, la complexité des idées associées dans l'esprit des donateurs bouddhiques à la notion du stûpa. On peut distinguer, si l'on veut, ses deux fonctions principales de réceptacle à reliques et de monument commémoratif d'un miracle. Les Chinois, esprits lucides, tendaient à accentuer cette distinction en précisant l'usage des termes indiens : on aurait réservé le nom de stûpa à ceux qui servaient de reliquaires et désigné les autres, encore que leur forme fût la même, par le mot plus général de caitya, qui embrasse tous les lieux et objets sacrés. Mais dans les textes chinois aussi bien que sanskrits, les confusions de langage sur ce point sont constantes : les deux idées se mêlaient évidemment dans les esprits comme elles voisinent, par exemple, dans ce passage de Hiuan-tsang, relatif aux édifices de la vallée de Kâboul : « Après le *stûpa* de la prédiction de Dîpaṅkara, il y a un *stûpa* à l'endroit où le Tathâgata s'est promené. A côté, il y a un *stûpa* qui contient des cheveux et des ongles du Tathâgata. Non loin, il y a un *stûpa* à l'endroit où le Tathâgata a exposé sa loi... » Le *stûpa*

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FIG. 13. — RELIQUAIRE DE STÉATITE EN FORME DE STÛPA. British Museum. Provenant de Sultanpour. Hauteur : 0 m. 14. D'après l'Ariana antiqua, pl. III.

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sert décidément à tout : c'est, en fait, une sorte de tabernacle massif sous lequel les Bouddhistes conservent indistinctement tous les trésors de leur foi, saintes reliques, écritures sacrées, jusqu'à leurs traditions orales, et qu'ils finissent par vénérer pour son compte personnel, parfois sous les prétextes les plus saugrenus. A la page suivante, après avoir cité quelques *stûpa* à reliques variées, Hiuantsang en note un autre qui n'a rien pour lui que de s'émouvoir sous la pression du doigt, comme nos pierres branlantes de Bretagne. Quand aucune espèce de souvenir n'a survécu ou qu'aucune légende ne s'est formée au sujet de l'origine du monument, on a toujours la ressource de dire, comme à propos de tel *stûpa* du même groupe, qu'à défaut d'autre prodige, il est du moins « tombé du ciel ». Surtout nous ne devons pas oublier qu'au moment où il commence pour nous à être question du *stûpa* dans les textes, sa transformation en édifice religieux est déjà chose accomplie. Non seulement son érection, mais son culte seul est une inépuisable mine de mérites : tout un long passage du *Mahâvastu*, par exemple, n'a d'autre propos que d'en démontrer l'équivalence avec celui du Buddha en personne. Il n'est pas sans intérêt, au point de vue archéologique, de noter les rites de cette *pûjâ* : elle consiste à y attacher des parasols, des guirlandes de fleurs, des drapeaux ou de longues banderoles (voir fig. 8, 23-24, 296), et surtout à en faire processionnellement la circumambulation en le tenant à sa droite (*pradakṣiṇā*), parfois avec des lampes à la main (voir fig. 22). Ajoutons l'usage assez inattendu, mais attesté par les textes et les fouilles, de lui offrir des pièces de monnaie : il a du moins aujourd'hui son utilité pour nous aider à fixer l'âge des ruines (1).

§ II. La forme du stûpa

v1.c6.s1.t2.1

Si nous ne possédions aucun spécimen de *stûpa* et que nous fussions réduits à nous faire une idée de sa forme extérieure d'après les descriptions qui nous ont été laissées, nous ne serions pas peu embarrassés. Il semblerait bien que la partie essentielle de l’édifice consistait en un dôme hémisphérique plein. Un passage souvent cité du *Mahâvaṃsa* nous prouve que la vieille symbolique indienne ne craignait pas de trouver dans ce bloc solide l’image d’une éphémère bulle d’air sur l’eau, type des vanités de ce monde. A travers ces intentions moralisantes, les lignes sobres de l’édifice se laissent aisément entrevoir. Un philosophe de l’architecture chercherait même volontiers dans cette masse écrasée, deux fois plus large que haute, l’antithèse de nos clochers élancés vers le ciel.

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¹ Voir EITEL, *Handbook Chinese Buddhism*, s. v° *stûpa et caitya*; KERN, *Manual*, p. 91, et *Histoire*, II, p. 137 *et suiv.*; HIUAN-TSANG, *Mémoires*, I, p. 98-104, ou *Records*, I, p. 92-97; *Mahâvastu*, II, p. 394 *et suiv.*; *Divyâvadâna*, p. 428-429; *Saddharmapuṇḍarika*, début du ch. XI; *Sûtrâlaṅkâra*, VI, 39 : « Dans le pays du Swât, il y avait un roi... : une fois, il rencontra un *stûpa* et lui fit une offrande de cinq pièces de monnaie » (traduction inédite de M. Ed. Huber); cf. M. A. STEIN, *Sand-buried Ruins of Khotan*, p. 453, etc.

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FIG. 14. — RUINES DU STŪPA D’ISHPOLA (PASSE DU KHAÏBER). D’après une photogr. du Musée de Calcutta.

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Pourtant, quand Hiuan-tsang, arrivé en Bactriane et rencontrant à chaque pas de ces monuments de style indien, s’en fait expliquer l’origine, le conte édifiant qu’il a recueilli nous laisse une tout autre impression. En ce temps-là le Buddha, après avoir donné aux deux marchands qui furent ses premiers disciples laïques, une boucle de ses cheveux et des rognures de ses ongles, leur enseigna encore la façon de vénérer ces reliques. Il prit ses trois vêtements, les plia chacun en carré et les empila sur la terre, en commençant par le plus grand et en finissant par le plus petit; puis, retournant son bol à aumônes (*pâtra*), il le plaça par-dessus et planta sur le tout son bâton de mendiant (*khakkara*) : « C'est ainsi, dit-il, qu'on fait un *stûpa* », et tel en aurait été le premier modèle. Or nous retrouvons bien dans cette singulière construction le dôme hémisphérique, représenté par le bol renversé : mais il est à présent intercalé entre un soubassement formé de trois terrasses quadrangulaires rentrantes et un long pinacle pointu. Si nous lisons enfin dans les extraits des mémoires de Song Yun et de Tao-yo les renseignements détaillés qu'ils nous donnent de visu sur le fameux *stûpa* de Pêshawar, nous nous sentons transportés encore bien plus loin de la forme originelle du tumulus : ses sept cents pieds de hauteur, ses treize étages, ses escaliers montant jusqu'au sommet, l'enfilade de disques dorés qui le surmonte, tout cela suggérerait bien plutôt l'idée d'une tour de Babel¹. Lequel de ces trois textes devons-nous en croire?

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¹ *Mahâvaṃsa*, 175. — Hiuan-tsang, Rec., I, p. 47, et cf. Song Yun, p. 395, n. 5 (Stan. Julien n'a pas compris le passage); le *stûpa* modèle est placé par Fa-hien (p. 39-40) près de Nagarahâra. — Song Yun, p. 422-424.

v1.c6.s1.t2.6

Ils ont raison tous les trois. Nous possédons en effet des spécimens réels ou figurés qui nous permettent de suivre l'évolution du *stûpa*, en pratique comme en théorie, depuis la simplicité des vieux dômes en forme de bulle jusqu'aux complications du style le plus flamboyant. Si nous étudions de près les différences qui séparent les types extrêmes, entre lesquels le modèle censé fabriqué par le Buddha peut servir de transition, nous allons voir qu'elles se ramènent en somme à deux modifications essentielles : le soubassement, d'une part, et le couronnement, de l'autre, augmentent parallèlement d'importance aux dépens du dôme qui constituait primitivement tout l'édifice. Rien n'est plus simple à formuler que la loi de ce développement; son observation expérimentale n'est pas moins aisée.

v1.c6.s1.t2.7

LES STÛPA « ANCIEN MODÈLE ». — La forme la plus ancienne de stûpa qui nous soit figurée dans l'Inde se trouve sur un bas-relief de la porte orientale de Sânchi (cf. plus haut, p. 58) : c'est un simple tumulus vaguement arrondi et entouré d'une balustrade. Mais les autres images que nous fournissent en grand nombre les sculptures de Sânchi et de Barhut (fig. 8) nous présentent un dôme

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FIG. 15. — RUINES D'UN STÛPA SITUÉ ENTRE LES PASSES DE CHÊRAT ET DE GOUNIYÂR (SWÂT). Circonférence à la base de la partie cylindrique : 43 mètres.

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déjà exhaussé sur une terrasse circulaire. Il en est de même, sans parler du grand monument de Sânchi, des petits stûpa qui marquent la place de l'autel dans les temples souterrains du Konkan et du Khandesh ¹. L'apparition du parasol qui, d'autre part, les surmonte régulièrement, n'a rien qui puisse surprendre quiconque connaît la valeur symbolique que tout l'Extrême-Orient indien attachait au *chattra* et qui, en dépit de la vulgarisation industrielle de son usage, ne s'y perd que lentement. Emblème de haute dignité aussi bien politique que spirituelle, il a dû s'ériger de bonne heure sur la tombe des morts les plus illustres, rois ou religieux vénérés des rois. C'était l'indice tout trouvé de la condition sociale du défunt, sinon tout à fait celui de ses occupations professionnelles, comme la rame dressée par les compagnons d'Ulysse sur le tertre d'Elpénor. Le seul point qui puisse nous arrêter un instant est l'introduction, entre le dôme et la hampe du parasol, d'un édicule quadrangulaire auquel les Népâlais ont donné le nom, qui fait image, de *gala* (col, goulot : cf. d'ailleurs, plus bas, p. 97). Peut-être le développement de cette sorte de piédestal du *chattra* n'a-t-il d'autre origine que des considérations d'esthétique : du moins son couronnement plat et évasé, formé de dalles surplombantes, présente la plus grande analogie avec les chapiteaux des piliers qui supportent les vieilles cryptes. Toutefois, Fergusson a voulu y voir un reliquaire, simulé ou véritable, et M. Senart un autel¹. On pourrait y chercher encore un souvenir de l'ancienne chambre funéraire, comme d'autres ont trouvé dans la balustrade un rappel de l'enceinte de pierres brutes qui défendait le tumulus. Tout ce que nous voulons retenir ici, c'est ce fait historique que, dès le IIe siècle avant notre ère, les *stûpa* bouddhiques de l'Inde centrale sont des édifices de pierre stylisés, œuvre de maçons et non de terrassiers, qui présupposent l'art de l'architecte et déjà réclament celui du sculpteur.

v1.c6.s1.t2.10

¹ A. M. I., pl. 33, 34, 166, 169, etc., ou Iconogr. bouddhique, fig. 5, etc.

v1.c6.s1.t2.11

¹ FERGUSSON, *Hist.*, p. 64; E. SENART, *Lég. du Buddha*, p. 415.

v1.c6.s1.t2.12

Ce serait d'ailleurs une erreur de croire que des édifices de forme aussi ancienne fussent inconnus dans ce que l'on appelait « l'Inde du Nord ». Il suffit de rappeler l'imposant *stûpa* de Mâni-kyâla (fig. 9), duquel nous ne pouvons plus rien affirmer (cf. p. 8) sinon que ce n'est pas, comme on l'a dit longtemps, le tombeau de Bucéphale! D’un modèle pareil et de dimensions sensiblement égales devait être, si l’on en juge par l’état actuel des décombres, le tope de Shâhpour (fig. 27), à l’est de Shâh-Dhêrî; ce dernier représente, à notre avis, le stûpa « haut d’environ cent pieds » qui passait pour avoir été élevé par Açoka « en dehors et au sud-est de Takṣaçilâ », derrière un rideau de collines, sur la place où son fils

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FIG. 16. — RUINES DU STÛPA DE BARIKOT (SWÂT) : ANCIEN UTTARASENA-STÛPA. D’après une photogr. communiquée par le colonel DEANE.

v1.c6.s1.t2.14

Kunâla avait eu les yeux arrachés à l’instigation d’une de ses belles-mères. Le petit tope de Chakpat, voisin du fort de Chakdarra, dans la vallée du Swât, est demeuré plus caractéristique, ayant gardé, au moins partiellement, le revêtement en bel appareil de sa calotte arrondie (fig. 10-12)¹. Apparemment, son couronnement, comme celui des deux autres, serait à restituer d'après l'analogie de Barhut et de Sànchi. La seule différence notable qui les sépare de ces derniers consiste dans l'absence totale de balustrade : c'est tout juste si l'on retrouve celle-ci figurée par des pilastres, à titre de simple ornement, sur la terrasse de Mânikyâla¹. Nous n'oserions toutefois affirmer, en dépit de ces exemples, que son emploi, si important dans l'Inde centrale, eût été totalement aboli dans l'Inde du Nord. Un petit modèle très complet de *stûpa* en bronze, d'environ 0 m. 10 de hauteur, trouvé à Jaoli, dans le voisinage de Shâh-Dhêrî², et conservé au British Museum, a son soubassement carré entouré d'une balustrade. C'est ainsi encore que, sur la figure 41, nous en voyons une, à la vérité fort simplifiée, régner tout autour de la terrasse quadrangulaire d'un temple. Si les quatre hautes portes à triples traverses courbes, dont elle était habituellement coupée, ont disparu, il n'en est pas de même des colonnes-trophées (*jaya-stambha*) qui, à Sânchi même, flanquaient ces sortes d'arcs de triomphe (*toraṇa*) et en partageaient le rôle éminemment décoratif³. Ce rôle, elles l'assument désormais à elles seules sur les figures 23-24 et 296, où elles continuent à encadrer le dôme du *stûpa*, sans qu'aucune balustrade soit représentée. Peut-être même cette réédition systématique des vieux *stambha* nous donne-t-elle la clef d'un détail d'Amarâvatî, autrement incompréhensible : ce sont ces quatre mêmes piliers que nous verrions reparaître, seulement multipliés par cinq, en face de chaque entrée et, si l'on peut dire, aux quatre coins de la terrasse circulaire du monument (fig. 68). Mais nous devons toucher à tous ces points d'autant plus brièvement que nous n'avons rencontré au Gandhâra aucun spécimen encore debout de ces colonnes détachées : toutefois il y aura lieu de nous souvenir de leur existence quand il s'agira d'expliquer la provenance des quelques bases et chapiteaux découverts au cours des fouilles dans le voisinage des stûpa.

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¹ Pour le grand stûpa de Mânikyâla, cf. CUNNINGHAM, A. S., II, p. 159, et V, p. 75; FERGUSSON, Hist., p. 81-82; photogr. dans A. M. I., pl. 54, etc. — Pour celui de Shâhpour, voir CUNNINGHAM, A.S., II, p. 123; cf. HIUAN-TSANG, Mém., I, p. 154, ou Rec., I, p. 139. — Pour celui de Chakpat, cf. Front. indo-afghane dans T. M., 1899, p. 496 et 497, ou, à part, p. 141 et fig. 26 : nous utilisons ici de préférence à nos photographies celles de M. A.-E. Caddy, qui ont été prises immédiatement après les fouilles et avant l’enlèvement des motifs décoratifs (cf. fig. 89).

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¹ Le cercle de maçonnerie qui environne le *stûpa* de Chakpat avait, comme nous verrons plus bas (p. 93), une tout autre raison d'être.

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² Cf. CUNNINGHAM, A. S., II, p. 147; lui-même aurait trouvé les restes d'une balustrade bouddhique à Shâh-Dhêrî (A. S., V, p. 75 et pl. XX), et W. Simpson à Hidda (*Trans. R. I. B. A.*, 1879-1880, p. 55).

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³ Sur ces *lât* ou piliers détachés, voir FERGUSSON, *Hist.*, p. 55, et CUNNINGHAM, *Bhilsa Topes*, p. 193-199, et pl. VII, VIII et X, etc. On les voit d'ailleurs voisiner avec les *stûpa* sur les plus vieilles sculptures (CUNNINGHAM, *Barhut*, pl. XIII, ou *A. M. I.*, pl. 17) comme sur les miniatures népalaises tardives (*Iconogr. bouddhique*, pl. I, 5 et 6), sans parler des spécimens qui nous ont été légués par Açoka.

v1.c6.s1.t2.19

Il convient de rappeler également qu'outre les trois exemples cités, nombre d'autres, et non des moins typiques, se dérobent actuellement à nos recherches dans la vallée interdite de Kâboul. Masson a été, en effet, conduit par ses observations à établir une distinction, qu'il juge à tort foncière, mais qui, au point de vue de leur aspect extérieur, est parfaitement fondée, entre ce qu'il appelle « topes » ou « tumuli ». Nous verrons dans un instant ce qui caractérise à ses yeux les topes; mais, dès à présent, il n'est pas douteux pour nous que ses tumuli, « constructions plus basses et qui peuvent être décrites comme consistant en un soubassement surmonté d'une coupole », ne soient exactement le genre d'édifices où nous reconnaissons les stûpa de modèle ancien. Masson s'est d'ailleurs fort bien aperçu lui-même « de leur ressemblance frappante avec les « dahgope » de l'Hindoustan¹ », et c'est ce que confirme encore le dessin qu'il donne de l'un d'eux (voir fig. 19 a). Une différence de silhouette aussi sensible n'avait pas dû échapper avant lui aux observateurs : c'est elle, croyons-nous, que nous retrouvons, seulement déguisée à l'indienne, à la base d'une remarque qui revient fréquemment dans les chapitres de Hiuan-tsang relatifs à l'Inde du Nord. De temps à autre, il nous rapporte que tel stûpa en particulier « a été bâti par Açoka ». Le fait est, après tout, possible qu'Açoka ait pris l'initiative de faire ériger des monuments en un pays où nous savons qu'il a pris celle de faire graver des inscriptions. Toutefois nous ne voudrions pas, comme bien on pense, nous porter garant de l'authenticité de la tradition recueillie, quelque mille ans après, par le pèlerin chinois. Nous ne répugnerions pas moins à penser que cette attribution — qu'elle fût ou non incontestable, il n'importe — ne fût pas du moins justifiée par quelque apparence extérieure de raison : et nous chercherions

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¹ Ar. ant., p. 91; par «dahgope», Masson entend «dagoba» (= dhâtu-garbha = réceptacle à reliques) qui est le terme usuel à Ceylan pour stûpa.

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FIG. 17. — RUINES DU STÛPA DE TOP-DARRA (SWÂT).

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volontiers cette dernière dans le fait d'expérience commune formulé par Masson. Si l'on faisait remonter de préférence à Açoka la fondation de tel stûpa, à l'exclusion de ceux du voisinage, c'est qu'il s'en distinguait visiblement par une forme généralement connue pour attester une plus haute antiquité. Ce n'est pas par un simple effet du hasard ni par une fortuite rencontre que les quatre stúpa du Népâl, mis par la voix populaire sous le nom d'Açoka aux quatre coins de la ville de Patan, ont justement conservé la lourde allure des plus anciens modèles connus¹. Si les désignations

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¹ Cf. OLDFIELD, *Sketches from Nepal*, t. I, p. 124, et II, p. 212, et S. LÉVI, *Le Népâl*, I, p. 263 et 331.

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FIG. 18. — ESSAI DE RESTAURATION THÉORIQUE DU PRÉCÉDENT.

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analogues au Gandhâra n'étaient pas purement gratuites — et il serait absurde qu'elles le fussent, — elles étaient évidemment suggérées, de façon plus ou moins réfléchie, par des constatations du même ordre et reposaient en définitive sur des particularités de style.

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LES STÛPA « TRANSITION ». — La différence qui existe entre les stûpa anciens et modernes ou, pour employer les termes de Masson, entre les topes et les tumuli est, selon lui, que les premiers seuls possèdent un « corps cylindrique », dont l'insertion entre le soubassement et le dôme tend à donner au monument l'apparence d'une tour. Au point de vue architectural, l'effet produit est très dissemblable, sans qu'il aille pour cela jusqu'à créer une distinction de nature ou de destination. « Le tope, nous dit encore Masson, est une construction massive comprenant deux parties essentielles : la base et un corps perpendiculaire reposant sur elle. Ce dernier, à partir d'une certaine élévation, se termine toujours à la manière d'une coupole, quelquefois si déprimée, qu'elle ne présente plus qu'une légère convexité de surface... » Tout ceci est très exact; mais, quand il ajoute : « et le plus fréquemment approchant de la forme d'un cône », il énonce une conclusion trop hâtivement fondée sur l'état de délabrement de la plupart des sommets qu'il a pu examiner¹ : partout où l'édifice n'a pas été trop dégradé par les chercheurs de trésors ou les intempéries, la ligne du faîte est, comme nous allons voir, une courbe simple. Un modèle caractéristique lui était déjà fourni par le reliquaire qu'il avait découvert dans le tope de Soultanpour, un peu à l'ouest de Jellalabâd (voir fig. 13). Ce petit stûpa se démonte, non pas en deux, mais en quatre parties, non moins essentielles l'une que l'autre : 1° une base carrée; 2° un corps cylindrique; 3° un dôme; 4° un pinacle de parasols. De ces quatre éléments architectoniques, seul le second est, en effet, nouveau pour Masson, qui part d'un tumulus à base carrée (fig. 19 a). Il peut être curieux de noter, à ce propos, que l'originalité de la coupole byzantine consiste également dans l'interposition entre elle et son support, en vue d'obtenir le même effet de surélévation, d'un tambour cylindrique². Mais, pour nous, il nous faut reconnaître dans ce « cylindrical body » une simple mise à l'alignement de la terrasse ronde, sur laquelle se sont de bonne heure juchés les dômes; ce que nous voyons de plus nouveau dans le modèle de Soultanpour, c'est son soubassement quadrangulaire, encore qu'il nous paraisse directement inspiré des plus anciennes représentations de stûpa à balustrade carrée (cf. fig. 8).

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¹ Ar. ant., p. 55. Cette erreur de Masson sur la façon dont se terminent les stûpa gâte sa collection de dessins, reproduite dans une seconde série de planches (I-IX) à la suite du ch. II du même recueil.

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² Cf. BAVET, L'art byzantin, p. 133.

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Si nous nous reportons aux exemples monumentaux, nous constatons que, déjà à Mânikyâla, le vieux soubassement circulaire s'est dédoublé en deux parties d'égale importance et de décoration pareille, dont l'une continue à fournir une terrasse aux rites processionnels et dont l'autre ne fait plus que prolonger par la verticale

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[Figure: FIG. 19. — « TUMULUS » ET « TOPE » D'APRÈS MASSON. a. Tumulus de Bâr-Robât; b. Tope dit « Goudâra » (vallée de Kâboul). D'après l'Ariana antiqua, pl. IV, sauf correction de la ligne des dômes.]

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la ligne du dôme (voir fig. 9). Nous retrouvons cette même calotte hémisphérique à peine exhaussée sur une sorte de collet cylindrique et une terrasse carrée au tope d'Ishpola — sans doute le Pîchboulak de Court — qui domine, du haut d'un promontoire, la passe du Khaïber (fig. 14); mais, cette fois, le tout est encore surélevé sur un mur de soutien constituant une seconde terrasse quadrangulaire : une de plus, et l'édifice pouvait servir d'illustration à la leçon de choses donnée par le Buddha aux deux fidèles marchands (voir plus haut, p. 63). La ruine de stûpa la plus imposante que nous ayons vue au Swât (fig. 15) dresse également sur un double soubassement carré une silhouette où les lignes perpendiculaires semblent avoir gagné en importance au détriment de la courbe surbaissée, mais non point conique, du faîte. Il en est de même du tope de Barikot (fig. 16), dont, selon toute vraisemblance, la légende nous a été conservée par Hiuan-tsang (¹). S'il a perdu son soubassement carré, dont les pierres ont servi à bâtir les murs modernes du voisinage, il a gardé la ceinture d'arcades qui, pour l'agrément des yeux, partage comme en deux tambours superposés sa partie cylindrique. Un autre stûpa du Swât, caché au fond d'un vallon qui en a pris le nom de Top-Darra, à environ un mille au sud-est de Haibatgrâm, compte, pour ainsi parler, une zone ou assise transversale de plus, ayant en outre intercalé une terrasse ronde au-dessus de sa base quadrangulaire (fig. 17). Celle-ci a survécu presque intacte, sauf du côté de l'escalier qui montait au second étage et que des fouilles superficielles ne manqueraient pas de dégager. Nous avons seulement pu relever, parmi les débris écroulés, quelques fragments de larges pierres plates, vestiges des parasols qui jadis surmontaient le sommet.

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¹ Cf. HIUAN-TSANG, Mém., I, p. 139, ou Rec., I, p. 126, et la carte à la fin de ce volume (Uttarasena-stûpa ?).

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Il resterait en effet — et ce n'est pas la partie la moins délicate de notre tâche — à préciser l'image que nous devons nous faire du couronnement de tous ces stûpa aujourd'hui décapités. Rien n'était malheureusement plus facile à détruire ni plus prompt à s'écrouler. L'énorme dalle de 3 m. 50 de diamètre qui formait l'un des chattra de Chakpat (fig. 10-2) ne s'est conservée jusqu'à nos jours que par un hasard extraordinaire. Ce spécimen isolé serait d'ailleurs absolument insuffisant, sans l'aide des modèles réduits et des images sculptées, à nous donner l'idée du véritable clocheton d'ombrelles qui se dressait jadis au faîte des stûpa. Le petit reliquaire de Soultanpour (fig. 13) et ceux de Mânikyâla et de Kâboul (fig. 20-21) sont heureusement là pour nous en rendre la légèreté et la hardiesse : et ainsi font encore les édicules de Gandhairi (fig. 72) et de Loriyân-Tangai (fig. 71). Le Musée de Lahore possède, d'autre part, une série presque complète de ces parasols qui vont en diminuant de diamètre à mesure qu'ils se rapprochent de la cime, tout pareils en somme à ces rondelles enfilées qui représentent les sapins dans nos jouets d'enfants (fig. 70). Enfin nos

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[Figure: FIG. 20. — RELIQUAIRE EN FORME DE STÛPA (1). British Museum. Provenant de Mânikyâla. Hauteur : 0 m. 25. D'après CUNNINGHAM, A. S., II, pl. LXV.]

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dernières hésitations devront être levées par les nombreuses représentations de stûpa monumentaux que nous rencontrons sur les

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(1) Cette cassette, démontable en trois pièces (base, dôme, pinacle), est en schiste argileux, de couleur bleuâtre et façonné au tour : les parasols ont été dorés. Le reliquaire intérieur est de cristal et contenait un petit morceau d'os enveloppé dans une feuille d'or en compagnie d'une piécette d'argent, d'un anneau de cuivre, et de quatre cabochons de nacre, de turquoise, de grenat et de quartz : soit, au total, une relique associée à sept matières précieuses (ratna).

v1.c6.s1.t2.37

bas-reliefs. L'un d'eux, très finement traité, s'arrête malheureusement à la troisième ombrelle (fig. 22); les autres, plus frustes, montrent en revanche le stûpa de pied en cap, depuis le sol jusqu'à la pointe piriforme, qui, comme nous le verrons, était faite d'un vase et que cravatait ordinairement une banderole (fig. 23-24 et 296; cf. fig. 297-300). Sur tous les exemples complets, la flèche, encore qu'elle ne compte que le chiffre décidément normal de cinq ombrelles, absorbe à tout le moins un bon tiers de la hauteur totale de l'édifice, et davantage même, si l'on y joint son piédestal. Une telle abondance de documents et un tel accord de témoignages nous ont contraint à tenter du mieux conservé de nos stûpa une restauration tout approximative, mais qui, à prendre les choses en gros, ne paraît pécher que par excès de prudence (fig. 18). C'est ainsi qu'il eût probablement fallu forcer davantage la largeur, sinon la hauteur du pinacle. Les exemples cités attestent également la coutume de relever la nudité du dôme en le flanquant de quatre fausses niches faisant saillie comme les lucarnes d'un toit (fig. 70-72; on en voit des vestiges sur la figure 23). Enfin il eût peut-être convenu, sinon d'entourer la base carrée d'une balustrade d'après le petit modèle (également à cinq parasols) de Jaoli (cf. plus haut, p. 68), du moins de l'orner aux quatre coins de colonnes détachées encadrant le dôme à la façon des figures 23-24 et 296. Tel quel, et pourvu qu'on ait soin de le rapprocher des exemples concrets qui le commentent, ce timide essai peut servir à donner une idée moyenne du style des stûpa de l'Inde du Nord¹.

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