L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v1.c6.s3: Chapitre III. Développement et décoration du Sanghârâma
L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v1.c6.s3
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- French
Contents
- v1.c6.s3.t1 § I. Les sanghârâma des plaines — 22 parts
- v1.c6.s3.t2 § II. Les sanghârâma des collines — 109 parts
Chapitre III. Développement et décoration du Sanghârâma
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Nous venons d'étudier tour à tour les divers éléments dont se compose la fondation religieuse : d'une part, le *stûpa* ou tumulus, servant de tombe, de reliquaire, de monument commémoratif ou de simple *ex-voto*, et, d'autre part, le *vihâra* ou chambre, faisant fonction de cella pour les statues, de cellules pour les moines, de celliers pour les provisions, etc. Une collection de ces chambres, rassemblées selon un plan qui nous reste à déterminer, constitue à son tour un *sanghârâma* ou monastère. Nous sommes ainsi ramenés à la dualité qui nous à paru dès le début (p. 47) représenter le noyau essentiel, sinon la totalité, d'un établissement bouddhique, à savoir un *stûpa* et un *sanghârâma*. Il semble bien, en effet, que nous ayons affaire là à un couple obligé d'édifices : un monument sacré, qu'il soit un lieu ou un objet de culte, suppose naturellement dans son voisinage une résidence pour les desservants. A parler rigoureusement, on nous cite et nous rencontrons fréquemment des exemples de *stûpa* solitaires; en revanche, il n'existe pas, à notre connaissance, de monastère sans *stûpa*. Bien mieux, au lieu de s'annexer à ce dernier, c'est lui que le couvent s'annexe, se subordonne et finit le plus souvent par englober dans son sein. Aussi pourrons-nous pratiquement employer ce terme de *sanghârâma* comme synonyme de la fondation religieuse envisagée dans son ensemble : c'est seulement le prendre dans son sens originel. Les premiers *ârâma* ou « parcs de plaisance », dont de riches fidèles firent présent à la communauté (*sangha*), embrassaient sans doute dans leur enceinte tout qui intéressait la vie spirituelle, aussi bien que matérielle, de ces moines mendiants.
v1.c6.s3.3
Au moment d'aborder ainsi, après l'analyse, la synthèse du « *sanghârâma* », nous ne pouvons nous dissimuler les difficultés de l'entreprise. Assurément, à force de visiter les restes des vieux couvents du Gandhâra, il nous a paru qu'il s'en dégageait un plan uniforme et que nous aurions pu décrire les yeux fermés. Les notes de Hiuan-tsang, la minutieuse description que Yi-tsing nous a laissée du monastère de Nâlanda, les sommaires croquis de quelques miniatures anciennes, tous les documents confirment l'impression laissée par l'examen direct des ruines(1). Partout et toujours nous reconnaissons, à un ou plusieurs exemplaires, le même groupe architectural, formé de quatre corps de bâtiments se rejoignant à angle droit et s'ouvrant exclusivement sur une cour intérieure. Tel est, peut-on dire, dans l'Inde, le type classique de la résidence; imitation du vieux catuḥ-śāla, il est resté le modèle des caravanséraïs bâtis par les empereurs mogols. L'oisive imagination des moines n'avait pas manqué de lui découvrir un sens symbolique : la configuration de la terre, nous dit gravement Yi-tsing, n'est-elle pas aussi celle d'un carré? Mais, sur ce thème une fois donné, on imagine combien de variations sont possibles selon le terrain disponible, les dimensions adoptées, les matériaux employés, la richesse des donateurs ou l'habileté de l'architecte, etc., sans compter les additions ou restaurations que le temps a pu opérer d'abord, et les ravages qu'il n'a pas manqué d'exercer ensuite dans l'œuvre primitivement conçue et exécutée. Nous allons essayer de nous reconnaître au milieu de la diversité des combinaisons réalisées et d'esquisser, en nous appuyant toujours sur des exemples concrets et accessibles, le développement et la vie de ces établissements monastiques. Pour commencer, nous interrogerons à part les ruines des plaines. Le contraste si tranché qu'elles présentent avec celles des collines s'est imposé à nous dès l'abord (voir p. 45); et, jusqu'ici, nous avons dû les laisser à peu près en dehors de notre étude, faute d'y trouver les renseignements techniques dont nous avions besoin (cf. p. 85 et 101). Peut-être leur ampleur et leur degré même d'oblitération reprendront-ils au contraire ici l'avantage en nous permettant de débrouiller les lignes générales des ensembles sans que nous soyons exposés à nous perdre dans la multiplicité des détails.
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¹ HIUAN-TSANG, Mém., I, p. 66, ou Rec., 1, p. 74 : YI-TSING, Rel. Em., p. 85 et suiv.; Iconogr. bouddhique, pl. I, nºs 5 et 6 : Râjataranginî, III, 13; IV, 200, etc. : pour une rapide utilisation de ces données, cf. plus bas, p. 150. — Est-ce la peine de remarquer que les vieux monastères souterrains du Konkan et du Khandesh (cf. FERGUSSON, Hist., fig. 74-87) sont également creusés sur ce même plan carré et que les couvents du Népâl ne sont pas autrement bâtis (cf. H. A. OLDFIELD, Sketches from Népâl, I, p. 123, ou II, p. 277, etc.)?
§ I. Les sanghârâma des plaines
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Nous avons déjà cru rencontrer plus haut (p. 83), dans la banlieue immédiate de Pêshawar, les misérables restes de la pieuse fondation de Kanişka. Elle se composait, nous dit Hiuan-tsang, outre le fameux stûpa, d'un grand sanghârâma qui lui attenait du côté de l'Ouest, et, « quoique ce monument soit fort délabré, on peut encore dire que c'était jadis une construction admirable »¹. De même que l'édifice contigu, ce n'est plus aujourd'hui qu'un tertre poudreux et ravagé, pareil, en la saison où nous l'avons visité, à une sorte d'îlot grisâtre émergeant au-dessus des vertes cultures qui le rongent de toutes parts (fig. 58-59). Si bouleversé qu'il soit en tout sens par des excavations désordonnées, il continue à affecter une forme à peu près carrée et ne mesure pas moins de deux cents mètres de côté. Au milieu se creuse une dépression rectangulaire qui marque la cour intérieure, tandis que les côtés surélevés et les coins fortement bastionnés — celui du Nord-Ouest a bien pu être détaché, mais non pas nivelé par l'envahissement des champs — rappellent ce que le pèlerin chinois nous dit des bâtiments à double étage et des hautes tours d'angle du vieux couvent. Ainsi qu'on aurait pu d'avance le prévoir, les fouilles qui ont été pratiquées à l'aveuglette dans cette vaste ruine n'ont pas été fécondes en objets d'art, et c'est tout juste si quelques sculptures sont venues démontrer son caractère bouddhique. Les trouvailles d'ustensiles et de pots de farine qu'elle a encore fournies confirment en revanche son rôle domiciliaire; et les tunnels creusés par les sapeurs ont eu cet avantage de mettre au jour ses substructions de briques et de pierres (1). Enfin les mouchetures de charbon qui constellent leurs parois attestent un ancien incendie, et ceci nous donne une première explication de l'état actuel du monument. Les « galeries couvertes » qui régnaient comme un cloître tout autour des cours, les chambranles et les vantaux des portes à guichet, les châssis et les écrans ajourés des fenêtres, les solives et les poutres aux abouts « élégamment sculptés », les « balcons » et les « belvédères élevés » dont nous entretiennent les textes ou que nous montrent les figures, tout cela était en bois, et de tout cela le feu a eu vite raison. Leur destruction aura naturellement provoqué l'écroulement général de l'édifice; mais, outre le bois, en quels matériaux cet édifice était-il construit? C'est ici qu'intervient la nécessité, toujours présente dans la région, d'économiser la brique qu'il faut prendre la peine de cuire, et surtout la pierre qu'il faut amener à grands frais des collines; les murs intérieurs sinon extérieurs, les cloisons, les toits en terrasse, tout cela était fait, comme aujourd'hui, de glaise ou de pisé, qui, s'émiettant et fondant à la pluie et au soleil, a donné à l'énorme masse son empâtement écrasé et sa couleur terreuse. Quant à son aspect tourmenté, les causes en sont toujours opérantes : c'est sous nos yeux qu'elle continue à être mise en exploitation réglée par les entrepreneurs de bâtisses de la ville voisine comme par les cultivateurs d'alentour; car les uns et les autres y trouvent leur compte. Les pierres de taille qu'elle recèle encore et les larges briques anciennes, qui se vendent au bazâr plus cher que les briques neuves, prennent, sur le dos des ânes ou des bœufs de charge, le chemin de Pêshawar; pendant ce temps, la fine poussière que laisse après elle la terre battue et qui constitue, paraît-il, une excellente fumure, se transporte et s'éparpille sur tous les champs environnants. Sous l'effort diligent de ces fourmis industrieuses, nous voyons les débris considérables de ces bâtiments qui abritaient plusieurs centaines de moines¹ se creuser, se désagréger et, petit à petit, tendre à disparaître. Si loin qu'il soient encore de cet ultime destin, la merveille est plutôt qu'il en subsiste assez pour modeler en relief sur la place le plan accoutumé des vieux saṅgháráma.
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¹ HIUAN-TSANG, Mém., I, p. 112-113, ou Rec., I, p. 103.
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¹ Cf. p. 18, n. 1, et DEANE, dans J. R. A. S., 1896, p. 666.
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¹ Fa-hien donne le chiffre de plus de 700 moines pour un autre monastère voisin de Pêshawar (p. 35). Dans les couvents de l'Inde centrale et de Ceylan, le nombre des religieux montait fréquemment à plusieurs milliers; il en est encore ainsi au Tibet.
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FIG. 58. — COIN NORD-EST DU TUMULUS OCCIDENTAL DE SHÂH-JÎ-KÎ-DHÊRÎ. Vue prise du Sud-Est.
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PLAN DE Shâh-jî-kî-Dhêrî
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FIG. 59. — STÛPA AVEC SANGHÂRÂMA ADJACENT. Plan général et vue du tumulus oriental de Shâh-jî-kî-Dhêrî (= Kaniṣka-caitya?). Croquis de M. H. PARMENTIER d'après un levé et une photographie. Cf. B. E. F. E.-O., I, p. 331.
v1.c6.s3.t1.8
La même histoire lamentable est écrite sur la face grise et couturée de toutes les ḍhérí qui parsèment la basse vallée des rivières de Kâboul et du Swât et la plaine des Yoûsoufzaïs. Le fait qui la domine est l'absence, dans ces terrains de formation alluviale, de toute pierre propre à bâtir. Il en résulte que les anciennes habitations, tout comme les villes et les villages modernes², étaient presque entièrement construites en pisé, ce qui revient à dire avec de la boue; et cette circonstance, à son tour, explique aussi bien l'âpreté des chercheurs de matériaux que la composition actuelle des ruines. Au milieu de cette destruction à peu près complète, seules les dimensions et la configuration générale de ces tertres peuvent nous renseigner sur la sorte d'édifice qu'ils recouvrent. Nous venons de dire à quoi nous avons appris à reconnaître, à Shâh-jì-kî-Ḍhérì ou ailleurs, avec ou sans mention des textes, et sous la seule réserve d'une vérification expérimentale par les fouilles, les vestiges d'un saṅgháráma. Mais, au lieu de multiplier les exemples de ce qui pourrait n'être qu'un entêtement de notre part, mieux vaut constater, comme nous l'avons fait depuis, que W. Simpson avait déjà fort nettement résumé la même expérience : « Les tas laissés par les topes et les couvents sont, écrit-il, passablement distincts : l'un est une butte arrondie, et l'autre un carré creux. » D'une façon générale, rien n'est plus juste, encore qu'il faille compter avec la forme oblongue de certains monastères et même de certains *stûpa* (cf. fig. 59 et p. 83). Écoutons enfin Masson (¹) parler, en dehors de toute théorie préconçue : « A beaucoup de ces topes (nous dit-il, toujours à propos de ceux de la vallée de Kâboul) attiennent de grandes aires rectangulaires, enfermées entre d'énormes monticules de terre, qui semblent à première vue avoir été des réservoirs d'eau, sauf qu'en certaines situations il est difficile de conjecturer comment elles pourraient avoir été remplies... » L'hypothèse est si naturelle, que nous la verrons reprendre tout à l'heure (p. 156); mais Masson a trop de bon sens pour s'y arrêter : « Ces aires, continue-t-il, peuvent avoir quelque autre destination encore incomprise; car il est à remarquer que la terre dont les monticules environnants sont composés a été tamisée avec le plus grand soin, de telle sorte qu'on n'y peut découvrir aucune pierre ni aucune substance étrangère. » Après tout ce qui précède, nous ne saurions hésiter plus longtemps à « comprendre » qu'il s'agit de monastères : étant donnés les matériaux dont on disposait pour les construire, quel autre aspect pourraient, en effet, présenter aujourd'hui les restes, déjà ruinés au VIIe siècle, de ces grands quadrilatères de bâtisses, sinon justement celui de vastes bassins encaissés entre des remblais de terre battue? Masson a d'ailleurs bien vu leur étroite relation avec les *stûpa*, tout en faisant observer que leur position réciproque est trop variable pour « autoriser aucune déduction » : mais lui-même ne soupçonnait pas toute la portée de sa remarque. Elle pose, en effet, la question de savoir quelles combinaisons ont été mises en œuvre à seule fin de grouper en un ensemble architectural les deux éléments essentiels de la fondation religieuse, *stûpa* et *sanghârâma*.
v1.c6.s3.t1.9
² Voir Front. indo-afghane, fig. 5 et 41.
v1.c6.s3.t1.10
¹ Cf. B. E. F. E.-O., I, p. 336, 343, 1879-1880, p. 44; MASSON, dans *Ar.* etc.; W. SIMPSON, dans *Trans. R. I. B. A.*, *ant.*, p. 57.
v1.c6.s3.t1.11
LES TROIS MODES DE GROUPEMENT. — Le système le plus fréquemment employé dans les plaines du Gandhāra et la vallée de Kàboul consistait, comme nous venons de le voir, dans la simple juxtaposition des deux édifices. D’une façon générale, nous savons que, partout où l’observation de cet usage traditionnel était possible, l’escalier du stūpa, si celui-ci n’en avait qu’un, et la porte principale du saṅghārāma étaient orientés vers l’Est; mais il ne semble pas qu’il y ait eu aucune règle fixe pour déterminer leur situation respective, l’un par rapport à l’autre. Masson l’a remarqué à propos de ses
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[Figure: FIG. 60. — STŪPA ENCLOS DANS UN SAṄGHĀRĀMA. Tumuli de Bâbar-Khana, à Shâh-Dhêrî (Takṣaçilâ). D’après CUNNINGHAM, A. S., V, pl. XX.]
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« aires » : « elles sont fréquemment au sud, mais quelquefois aussi à l’est ou encore à l’ouest du tope ». C’est ainsi que le monastère de Kaniṣka était à l’ouest de son stūpa. Nous avons cru retrouver le grand saṅghārāma de Puṣkarāvatī à l’est et celui de Hâritî au sud-est du leur. Sur ce point, la décision des architectes était évidemment guidée par les dispositions naturelles du site ou des raisons de convenances locales, toutes choses qu’il nous est aujourd’hui fort difficile d’apprécier. Ce que nous pouvons affirmer, c’est que nous percevons fréquemment, en dehors du simple rapport de voisinage, une certaine symétrie voulue entre les deux monuments. Le fait n'a pas échappé à W. Simpson : « Souvent, dit-il, le centre du carré et le tope sont sur une même ligne. » Il devient alors extrêmement vraisemblable que les deux édifices ont été sinon construits en même temps, du moins conçus d'un seul jet. Un cas d'alignement de ce genre se voit à plein dans une fondation du Swât, trop proche des collines pour n'être pas de pierre, et où le plan se laisse, par suite, lire clairement. Non seulement le centre du stûpa de Top-Darra (fig. 17) est dans l'axe de la cour de son monastère, mais des terrasses du premier un escalier descendait directement devant la grande porte du second. Une fois même, Masson a cru constater qu'un de ces « tunnels » dont il a découvert l'existence à l'intérieur des topes ne s'arrêtait pas à la circonférence du monument; faute d'outils suffisants, il ne put le suivre, mais, dit-il, « s'il se prolongeait quelque peu, il devait pénétrer dans la mystérieuse aire enclose appartenant au tope, et une solution de l'énigme de l'un aurait pu conduire à celle de l'autre »(1). Cette solution, nous croyons à présent la tenir; pour l'énoncer en langage ecclésiastique moderne, ce couloir souterrain mettait en communication, *mutatis mutandis*, la crypte de l'église avec le presbytère voisin.
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Si le procédé « par juxtaposition » est le plus courant dans les plaines où, d'ordinaire, la place n'était pas ménagée, nous n'oserions prétendre qu'il fût le plus ancien ni le plus simple. De bonne heure, on dut s'aviser de faire avec les quatre bâtiments du monastère une sorte de cadre au stûpa, en érigeant ce dernier au beau milieu de la cour quadrangulaire dont le vide se trouvait meublé du même coup. A tout le moins, il n'est pas niable que ce procédé — que, pour le distinguer de l'autre, nous appellerons « par insertion » — ait été également en vogue dans le nord-ouest de l'Inde. Cunningham en a noté, dès sa première visite à Shâh- Dhêrî, plusieurs exemples. Ainsi le *stûpa* de Shâhpour (fig. 27), avec ses 38 mètres de diamètre, « était originairement debout au milieu d'une grande cour rectangulaire entourée de cellules pour les moines et dont il ne reste que les fondations ». Plus tard, ses fouilles lui ont permis de relever plus exactement le plan d'un autre couvent de Takṣaçilâ (fig. 60); nous traduisons en mètres ses mesures : « Le *stûpa* central avait plus de 12 mètres de diamètre. Il était entouré par un cloître ouvert (ou, plus exactement, une véranda)
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¹ Ar. ant., p. 103. Cf. plus haut, p. 86.
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[Figure: FIG. 61. — STÛPA ENCLOS AVEC SAṄGHĀRĀMA ADJACENT. Tumuli de Dhamâmi, à Shahr-i-Bahlol. Cf. CUNNINGHAM, A. S., V, pl. XI.]
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large de 2 m. 50, formant un carré de 27 mètres de côté, en arrière duquel étaient les cellules des moines, chacune large de 3 mètres et longue de 4 m. 40. La muraille extérieure était épaisse de 0 m. 90 et la muraille intérieure de 0 m. 60. L'édifice, dans son ensemble, forme un carré de 44 mètres (lire : 39 mètres) extérieurement. » Ajoutons que la porte d'entrée s'ouvrait au sud, à l'intérieur d'une chambre toute pareille aux cellules avoisinantes et dans laquelle nous devons apparemment reconnaître le *dvâra-* koṣṭhaka ou vestibule des textes (1). Au total le spécimen est si typique que nous pouvons, pour l'instant, nous y borner. Remarquons seulement que le plan d'un temple kaçmîri complet donne sur le papier un dessin si analogue à celui de la figure 60 que nous ne craignons pas de dire qu'il en est directement inspiré. C'était aussi la coutume de ces édifices de se dresser à l'intérieur, sinon au milieu d'une cour quadrangulaire. A Pândrenthân (fig. 56), les murs de clôture sont détruits et la cour, envahie par une source, s'est transformée en étang, ou, pour parler comme Masson (voir p. 152), en « réservoir ». Il n'en a pas fallu davantage pour donner crédit à l'absurde théorie, toujours fort en faveur parmi les touristes, qui veut que tous les temples du Kaçmîr aient primitivement baigné dans l'eau! Autour de ceux de Mârtand et de Bouniyâr continue à régner un quadrilatère formé de logettes encadrées par des pilastres et pourvu, au moins sur la principale façade, d'un porche monumental. Inversement, nous restons persuadé qu'en certains cas la place d'honneur au sein de la cour carrée a pu être tenue, dans les couvents bouddhiques, aussi bien par un grand vihâra isolé ou temple que par un stûpa. C'est, par exemple, ce qui ressort de la description que Hiuan-tsang nous donne de la place où le Buddha était censé descendu du ciel des Trente-trois Dieux (cf. fig. 264); il note expressément que les triples degrés légendaires, les trois idoles auxquelles ils servaient de piédestal et le vihâra qui s'enlevait par-dessus le tout à une hauteur de plus de 25 mètres, étaient à l'intérieur de l'enceinte d'un grand saṅghârâma (2).
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Il ne faut pas oublier, en effet, qu'au témoignage irrécusable des fouilles, les couvents avaient fini par être habités, outre la population flottante des moines, par un peuple fixe de statues; et il va de soi que celles-ci réclamaient, en nombre toujours croissant, un abri digne de la vénération dont nous savons qu'elles étaient entourées¹. Or prenons comme point de départ un monastère avec stûpa enclos, du genre représenté par la figure 60, et imaginons que de riches et dévots donateurs se plaisent, ainsi qu'ils n'y ont point manqué, à y consacrer des images : que se passera-t-il? Celles-ci délogeront tour à tour les moines de leurs meilleures cellules à mesure transformées en chapelles, — changement de destination qui ne change d'ailleurs rien en sanskrit à leur désignation de vihâra. Forcément un moment viendra où la communauté, expropriée par ses propres idoles, devra leur céder sa demeure et s'en bâtir une autre à côté, aussi près que la nature du terrain pourra le permettre, et naturellement sur le même plan carré. Le résultat final sera un troisième mode de groupement qui semble combiner en un seul les deux que nous avons précédemment décrits, empruntant au premier la « juxtaposition » de son monastère et au second l'« insertion » de son stûpa dans une cour. Nous ne serons nullement embarrassé pour étayer d'un exemple concret ces suppositions théoriques (fig. 61). Bellew a fouillé, près de Shahr-î-Bahlol, une fondation religieuse que Cunningham définit ainsi : « A l'examen, je trouvai que c'était un stûpa debout au milieu d'une cour de chapelles d'environ 75 mètres de côté et attenant, du côté de l'est, à un monastère de 60 mètres de côté. » La description de Bellew² confirme ces paroles. Il semble même, d'après ses trouvailles, que les statues commençaient déjà à s'installer dans des chambres de la deuxième cour. Que cette invasion continuât ou que le nombre des moines vînt à s'augmenter, force eût été de joindre à ces deux cours une cour nouvelle, et ainsi de suite. L'importance d'un couvent indien pouvait s'évaluer — comme celle des vieux collèges anglais de Cambridge ou d'Oxford, bâtis dans le même goût monastique — au nombre et à l'importance de leurs « quadrangles ». Celui de Nâlanda (qui, aussi bien, était une université) n'en avait pas moins de huit placés ainsi en enfilade; mais, assure Yi-tsing, qui en avait vu un avait vu les sept autres; et c'est pourquoi il n'y aurait aucune utilité à suivre ce procédé de développement au delà de sa première étape.
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¹ CUNNINGHAM, A. S., II, p. 124 et 132; V, p. 74. — Divyâvadâna, p. 300, l. 8, etc.
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² Mém., I, p. 237-239, ou Rec., I, p. 202-203. — De même la Râjatarangiṇī nous conte (IV, 194-204) comment Lalitâditya bâtit dans sa nouvelle cité de Parihâsapura cinq temples, dont un dédié au Buddha, et tous composés d'une enceinte quadrangulaire (catuḥçâlâ), renfermant un sanctuaire (caitya), lequel contenait à son tour une statue (cf., pour une revue de l'état actuel de leurs ruines, la trad. M.-A. STEIN, II, p. 301).
v1.c6.s3.t1.21
¹ La version chinoise du Prâtimokṣa interdit au moine (cf. BEAL, Catena of Buddhist scriptures, p. 237) de « placer une statue du Buddha dans une chambre au-dessous de celle où il demeure ». — D'autre part, un passage de YI-TSING (Rel. Em., p. 87) donne à penser que l'on sanctifiait habituellement chaque cour de monastère en réservant « du côté de l'est » un vihâra « aux saintes images ». Chaque cour de cellules aurait ainsi compté au moins une chapelle : et cette coutume peut avoir servi de point de départ au processus que nous allons exposer.
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² BELLEW, Gen. Report on Yusufzais, p. 139-42, ou CUNNINGHAM, A. S., V, p. 39-42 : l'identification de ce tumulus de Dhamâmi avec le couvent d'Ekaçṛiṅga est intenable (cf. p. 10). — YI-TSING, Rel. Em., p. 85, 87 et 94.
§ II. Les sanghârâma des collines
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En résumé, les ruines des plaines, si estompées qu'en soient les lignes, nous permettent de discerner — de façon, il est vrai, quasi-schématique — les trois combinaisons élémentaires du stûpa et du sanghârâma. Là se bornerait, en attendant des fouilles bien conduites, tout ce que nous pourrions entrevoir du dessin général de la fondation bouddhique, si les couvents des collines ne nous offraient ici encore, en manière de compensation, la sécheresse de leur tracé de pierre. Malheureusement ils ont eu, eux aussi, beaucoup à souffrir du temps et des hommes. Après avoir passé en revue la plupart des ruines qui se pressent dans les passes ou sur les sommets de l'Udyâna et du Gandhâra, nous avons trouvé que celles de Takht-î-Bahai et de Jamâl-Garhî, les plus anciennement connues, étaient, dans leur ensemble, les mieux conservées; ce sont également celles qui ont été fouillées avec le plus de suite, sinon de méthode, et dont les plans (fig. 64 et 65) ont été dressés avec le plus de soin. A vrai dire, ces derniers ne laissent pas, à première vue, de paraître fort compliqués. Bien entendu, nous y reconnaissons aussitôt — quoique sur une plus petite échelle, car la place est ici mesurée — la même disposition d'ensemble en « quadrangles »; mais autant l'esprit restait confondu tout à l'heure devant les masses informes et terreuses des tumuli, autant il risque maintenant d'être dérouté à la fois par l'embrouillement et par l'éparpillement de tous ces petits murs de schiste. Plus que jamais il importe donc de procéder avec ordre et en passant, selon l'adage, du simple au composé.
v1.c6.s3.t2.2
LES TYPES SIMPLES. — Notre première constatation va être que le modèle le moins compliqué que nous rencontrions sur les collines correspond au plus complexe de ceux que nous avons distingués
v1.c6.s3.t2.3
FIG. 62. — SANGHÂRÂMA DES COLLINES : TYPE SIMPLE. Plan d'un couvent déblayé près de Sanghao. Échelle : 0 m. 01 = 7 mètres. D'après H. COLE, Memorandum.
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dans les plaines : et ainsi nous reprenons l'étude du sanghârâma juste au point où nous l'avions laissée. Empruntons à cette occasion le médiocre plan, levé pour le compte de Cole par un subalterne indigène, d'un des couvents voisins de Sanghao (fig. 62). Comme sur la figure 61, mais avec des contours mieux définis, un stûpa entouré d'une cour est adjacent à une cour de monastère. Il est seulement regrettable que les détails manquent de sûreté et de précision : « Il se peut, avoue Cole, que quelques-unes de ces chambres aient été employées comme chapelles, et une recherche supplémentaire est désirable, au cours de laquelle il y aurait lieu de déblayer les bâtiments de la terre qui s'y est accumulée(¹)... » Que n'a-t-on commencé par là! Tel que l'enclos du *stûpa* nous est présenté, nous ne pouvons dire à coup sûr s'il était bordé de *vihâra* originairement destinés à des moines ou à des statues; par suite, il nous est impossible de décider si l'établissement comportait dès le début les deux principaux quadrangles, ainsi que nous serions disposé à le croire, ou si le second n'est qu'une addition faite après coup, quand les idoles eurent fini par expulser les religieux de leur première résidence. Toutes ces hésitations sont heureusement écartées dans le cas du *sanghârâma* encore debout sur le promontoire central de la colline de Takht-î-Bahai (fig. 63-64). Nous avons pris soin de faire pocher en noir, sur le plan d'ensemble dû au sergent Wilcher, la partie qui correspond, dans notre opinion, au tracé initial de cette fondation religieuse. Il saute immédiatement aux yeux que le *stûpa*, sa cour et celle du monastère, avec leurs escaliers et leurs portes symétriquement disposés sur le même axe, devaient au même titre être compris dans le projet primitif. La preuve en est que le *stûpa* n'a jamais été environné ici que de chapelles; l'exiguïté de ces *vihâra* (cf. fig. 45-46), sans qu'il soit besoin d'invoquer leur manque de portes, les rend seulement habitables pour des statues. En revanche, les chambres qui bordent la cour opposée ont les 3 à 4 mètres de côté qui constituent les dimensions normales des *vihâra*-cellules — dimensions suffisantes pour y loger le sommaire mobilier canonique : un lit bas, un tabouret, une planche formant dossier, un crachoir et quelques nattes (²). Ajouterons-nous que, par un calcul aisé à faire, même en admettant que chacune d'elles était doublée par une autre toute pareille à l'étage supérieur, elles ne pourvoyaient en définitive qu'au logement de trente religieux — juste autant, à une unité près, que les chambres de l'autre quadrangle pouvaient abriter de statues ou de groupes de statues? Mais la conclusion qui nous intéresse le plus pour l'instant est que ce *sanghârâma* — *stûpa*, cour de chapelles et cour de monastère inclus — a dû être conçu et exécuté d'emblée sur les données d'un seul architecte, sinon aux frais d'un unique donateur. Ainsi la combinaison qui nous paraissait tout à l'heure le comble de la complexité va nous servir à présent de point de départ pour l'étude de complications ultérieures.
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¹ COLE, *Memorandum*, etc.
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² Cf. fig. 60. Le *Pâtimokkha* assigne au logis d'un moine seul douze empans sur sept (cf. S. B. É., XIII, p. 8). Yi-tsing attribue aux cellules du couvent de Nâlanda une superficie de 10 pieds carrés (*Rel. Em.*, p. 85). — Pour le mobilier, cf. *Cullavagga*, VIII, 1, 3 et 4.
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FIG. 63. — LE GRAND COUVENT DE TAKHT-I-BAHAI (cf. fig. 1 et 45). Vue prise du Sud-Ouest.
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FIG. 64. — SANGHÂRÂMA DES COLLINES : TYPE SIMPLE ET ADDITIONS POSTÉRIEURES. Grand couvent de Takht-i-Bahai. Plan (modifié) du sergent WILCHER, R. E.
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Toutefois, il nous faut d'abord épuiser complètement la lecture des deux plans presque exactement parallèles de la figure 62 et de la partie soulignée de la figure 64. Le lecteur n'aura pas manqué de remarquer sur tous les deux, attenant à la cour du monastère proprement dit et mis en communication avec elle par une seule porte, un groupe supplémentaire de salles plus vastes en général que les cellules et dont la destination spéciale reste à définir. La tentative peut paraître aujourd'hui bien hasardeuse, et nous n'oserions pour notre part la risquer, si la pensée qu'elles répondaient évidemment aux peu nombreuses nécessités de la vie monastique ne nous encourageait à des recherches limitées d'avance et où les textes nous prêtent d'autre part le plus utile concours. Et tout d'abord, quelles sortes de locaux exigeait l'accomplissement des devoirs religieux du moine? Pour ce qui est de la méditation, qui constitue théoriquement la seule forme de sa prière, sa cellule, le pied d'un arbre, le premier endroit venu suffit. Quant au culte, qui ne consiste qu'en circumambulations ou génuflexions et offrandes de fleurs, etc., le *stûpa* et les chapelles voisines sont là tout prêts pour le recevoir. Mais une règle essentielle veut encore que, deux fois par mois, tous les *bhikṣu* habitant dans un rayon déterminé se réunissent pour lire ensemble le formulaire de leurs statuts — car c'est à quoi revient en somme le *Prâtimokṣa* — en l'accompagnant d'un simulacre de confession publique. Or, dans les plus anciens textes, cette cérémonie, dite de l'*uposatha*, suppose un édifice particulier nommé l'uposathâgâra. La forme de ce dernier n'est pas fixée; mais il n'est pas difficile de voir à quelle description il doit répondre. Tout d'abord, l'office se célébrant à jour fixe, il est nécessaire que ce soit un local couvert et à l'abri des intempéries; en second lieu, il doit être assez grand pour admettre et même faire asseoir tous les membres de la paroisse; enfin, la réunion étant privée et ouverte seulement aux religieux de plein exercice à l'exclusion de tout novice, nonne ou laïque, il faut qu'il soit disposé de manière à en assurer l'intimité. On remarquera comment cette triple condition est admirablement remplie sur les deux plans par une grande salle carrée contiguë à la cour du monastère et mesurant ici (fig. 62) 14 mètres, et là (fig. 64) 10 mètres de côté. Il est d'ailleurs très rare que, comme sur la figure 62, elle s'ouvre par deux portes : le plus souvent (car nous en verrons d'autres exemples), elle n'a qu'une seule entrée, comme pour mieux garantir le secret des séances. Et ainsi, puisqu'il fallait tant que d'avoir pour le jour du « sabbat » une « salle du chapitre », nous sommes invinciblement amené à penser que c'était dans celle-là que, le soir de la pleine et de la nouvelle lune, les plus jeunes moines apportaient, comme il est prescrit, après l'avoir soigneusement balayée, des lampes, de l'eau lustrale et des sièges pour la communauté. Une autre appellation à la fois plus générale et plus courante, est celle d'upasthâna-çâlâ ou « salle de réunion ». C'est là que, d'après les textes, le Buddha convoque à l'occasion ses disciples; c'est là sans doute que s'accomplissaient tous les actes solennels (p. kammavâcâ), depuis l'ordination jusqu'à l'expulsion de l'ordre : et nous savons même que les bhikṣu ne se gênaient pas pour en user ainsi que d'un réfectoire¹.
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¹ Pour la prescription de l'uposathâgâra, cf. Mahâvagga, II, 8, 1 et pour l'équivalence de ce terme avec l'upasthâna-çâlâ (p. upaṭṭhânasâlâ), ibid., II, 26, 9. — Pour les convocations du Buddha, voir Divyâvadâna, p. 207 ou Mahâparinibbânasut'a, I et III (S. B. E., XI, p. 5 et 60). — Pour l'usage de l'upasthâna-çâlâ comme réfectoire, cf. Cullavagga, VI, 3, 6, etc.
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Ceci nous amène à parler des besoins matériels de ces bons moines. Ce n'étaient sûrement pas de purs esprits : les confréries rivales les accusaient même d'être de francs épicuriens. En tout état de cause, il leur fallait manger; et, si sévère que fût dans sa lettre la règle relative à la nourriture, leur relatif éloignement des villages devait rendre indispensables quelques approvisionnements et quelques opérations culinaires. On sait, d'autre part, l'importance qu'attachent les Indiens à la pureté rituelle des places où sont préparés ou conservés leurs aliments. Ainsi que Yi-tsing nous en avertit sans malice, il avait été pourvu à tout : « Le fait de conserver des provisions dans le monastère est chose permise. La coutume traditionnelle de l'Inde est de consacrer tout le monastère comme « cuisine »; mais le fait d'en prendre une partie pour être employée comme cuisine est aussi permis par le Buddha. » Nous lisons en effet dans la version pâlie du Vinaya que le Maître a autorisé les moines à avoir un cellier (p. koṭṭhaka). D'autre part, c'était leur coutume de faire un peu partout dans les galeries des foyers (p. aggiṭṭhāna) qui étaient choses fort salissantes : le Maître les autorise encore à installer à l'écart (ekamantam) une place réservée à cet usage (p. aggi-sālā). C'est cette « chambre à feu » et ce cellier que nous chercherions dans les salles annexes de nos couvents. Sur la figure 62, il y aurait même place pour une « salle de bains » (p. jantāghara). Quant aux deux contreforts de pierre qui laissent entre eux un intervalle surplombant sur le vide à l'angle N.-E. de la figure 64, Cunningham a déjà soupçonné avec infiniment de vraisemblance qu'« ils étaient destinés aux latrines de l'établissement ». Cette commodité, dont on ne peut se dissimuler l'importance dans toute agglomération humaine, a les honneurs de plus d'une section du Vinaya et d'un chapitre de Yi-tsing : il y est exposé avec un grand luxe de détails que tout monastère devait posséder une varcaḥ-kuṭī et qui fût proprement tenue¹. Ajoutons enfin que le petit réservoir carré marqué dans un coin de la cour de Takht-î-Bahai devait fournir l'eau pour les ablutions et les autres usages domestiques.
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¹ YI-TSING, Record, p. 84. — Pour le cellier (koṭṭhaka = s. koṣṭhaka désigne proprement une chambre sans fenêtre, d'où son autre emploi dans le sens de vestibule, cf. p. 156) et la cuisine, voir Cullavagga, VI, 3, 8 et 9; le mot que
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Coupe suivant A-B.
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FIG. 65. — SANGHÂRÂMA DES COLLINES : TYPE COMPLEXE. Plan des ruines sur la colline au-dessus de Jamâl-Garhî. D'après le lieutenant A. CROMPTON, R. E.
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LE DÉVELOPPEMENT DES LOGIS ET DES COMMUNS. — Il semble donc que nous nous rendions jusqu'au bout un compte assez exact de toutes les parties composantes d'un *sanghârâma* de type simple et même que nous y reconnaissions sans peine celles que nous énumèrent les plus anciens textes sacrés¹. Mais, jusqu'ici, nous avons laissé systématiquement de côté toute la partie en hachures du plan de la figure 64. Cela ne veut pas dire qu'elle soit quantité négligeable et nous ne pouvons davantage oublier qu'à l'est, au sud et à l'ouest de cette sorte de promontoire, les versants qui le regardent sont couverts d'un pêle-mêle de bâtiments². Si leur relevé nous manque, nous possédons du moins celui de tous les édifices éparpillés sur la colline de Jamâl-Garhî (fig. 65), et tel est encore ici leur nombre qu'on a, dans les deux cas, prononcé le mot de « cité ». Disons tout de suite qu'il y a là une illusion d'optique dont les voyageurs qui passent trop vite sont assez coutumiers. Pendant qu'il levait son plan, le lieutenant A. Crompton a eu tout le temps de revenir à une appréciation plus saine des choses : « En admettant, dit-il, que chaque chambre eût un second étage et chaque étage un occupant, les maisons découvertes ne pourraient avoir logé plus de deux cents personnes : et, si nous mettons la moitié, nous serons plus près de la vérité³. » Rien n'est plus facile à vérifier que son premier calcul : mais l'évaluation finale nous paraîtrait plutôt un peu
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¹ Pour une énumération des divers édifices composant un *sanghârâma*, voir *Cullavagga*, VI, 4, 10, ou *Mahâvagga*, I, 25, 19, etc.
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² Pour une carte générale du massif de Takht-î-Bahai, voir CUNNINGHAM, A. S., V, pl. VI, où la place de ces bâtiments est approximativement marquée par des lettres.
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³ *Loc. laud.* (voir la note 5 de la page 17).
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nous traduisons par « galerie » est *parivena*. — Pour la *varcah-kuṭi* (p. *vacca-kuṭi*), cf. *Cullavagga*, V, 35, et VIII, 9 et 10, et YI-TSING, *Record*, chap. XVIII. — Pour le *jantâghara*, voir *Cullavagga*, V, 14, etc.
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basse. Songez en effet qu’il ne faut pas seulement compter avec les moines résidents, propriétaires effectifs des biens théoriquement possédés par la totalité de l’ordre et désignés sous le nom peu équivoque de *vihâra-svâmin*. Les frères errants avaient encore le droit de s’y arrêter au passage, au moins pendant quelques jours, et les peines les plus terribles attendaient dans les enfers les religieux sédentaires qui se seraient montrés inhospitaliers¹. L’entretien d’un aussi vaste établissement exigeait d’autre part un nombreux personnel inférieur, gens de métier ou domestiques. Ceci n’est pas une pure supposition : Yi-tsing avoue l’existence de serviteurs des deux sexes, et nous voyons Song Yun et Houei-cheng faire aumône aux grands couvents de Manglaor et de Pêshawar de « deux esclaves chargés à perpétuité d’arroser et de balayer », — marque de charité assurément peu banale, mais non point sans doute exceptionnelle de la part des pèlerins tant indigènes qu’étrangers². Cela faisait bien du monde à loger et l’on conçoit que les maisons d’habitation se soient élevées un peu partout où le coteau offrait un espace plan ou se prêtait à l’établissement d’une terrasse artificielle. Enfin, n’y aurait-il eu au total qu’une centaine de moines, il va de soi que les dispositions prises au début pour une trentaine d’entre eux ne pouvaient suffire pour le double ou le triple de ce nombre. Rouvrirons-nous la malodorante question des arrangements sanitaires? Le Dʳ Bellew³ a encore noté sur les pentes environnant le couvent de Takht-î-Bahai des structures massives de maçonnerie, d'environ six pieds en carré et percées au centre d'une cuvette circulaire qui d'abord s'étrangle, puis se poursuit en s'élargissant par un conduit ouvert dans la direction des ravins de drainage de la colline : il y a lieu d'y reconnaître de rudimentaires installations de « tout à l'égoût », disséminées parmi les constructions nouvelles. Ou bien reprendrons-nous la discussion déjà entamée au sujet des « salles de réunion »? Ce n'est plus qu'un jeu pour nous de découvrir l'upasthâna-çâlâ qui desservait le couvent de Jamâl-Garhî dans la grande chambre carrée à une seule porte située à l'est de la cime : elle mesure 16 mètres de côté. Le couvent de Takht-î-Bahai, au moins aussi important, se contentait-il pendant ce temps de sa primitive salle de 10 mètres? Il ne s'en contentait pas. Nous avons constaté plus haut (p. 116) l'existence dans le coin nord-ouest (fig. 64) d'une salle nouvelle, deux fois et demie plus vaste, par suite sensiblement égale à celle de Jamâl-Garhî, et mieux caractérisée qu'aucune autre avec son entrée unique, ses murs élevés et ses réduits pour les lampes. Rien n'empêche d'ailleurs de penser qu'une fois désaffectée, l'ancienne salle du chapitre n'ait été de son côté transformée en une cuisine de dimensions supérieures à celles de l'ancienne : il n'y fallait d'autre formalité qu'une motion en ce sens acceptée par l'assemblée plénière des moines.
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¹ Sur les lois de l’hospitalité monastique, cf. la section VIII du *Cullavagga*, commentée par le *Divyâvadâna*, XXIII (p. 336), FA-HIEN (p. 44) et YI-TSING, *Record*, p. 64 et 194-195. — D’après FA-HIEN (p. 29), la règle dans les couvents de l’Udyâna était d’hospitaliser les *bhikṣu* étrangers pendant trois jours, après quoi on les priait d’aller chercher fortune ailleurs.
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² Voir YI-TSING, *Record*, p. 194; SONG YUN, p. 411 et 426, et cf. le don d’un *anuga* dans l’inscription de Zeïda (A-M. BOYER, J. A., mai-juin 1904, p. 466 et suiv.); SP. HARDY, *East. Mon.*, p. 310 (d’après les inscriptions de Mihintale, *Anc. Inscript. in Ceylon*, n° 121; cf. *Epigraphia Zeylanica*, n° 1), etc. — M. A. STEIN, au cours de ses fouilles dans le Turkestan chinois, a retrouvé les balais qui servaient au nettoyage des sanctuaires de Dandan-Uiliq (*Sand-buried ruins of Khotan*, p. 290 et 378).
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³ *Loc. laud.*, p. 128-129.
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Outre le logement de la congrégation, ce ne devait pas être, on l'imagine, une mince tâche que d'assurer la nourriture commune, surtout si l'on songe au relatif isolement de ces couvents. On nous raconte que celui de la colline de Shâhbâz-Garhî était tous les jours ravitaillé par une troupe d'ânes : le merveilleux de l'affaire était que ceux-ci faisaient sans conducteur la navette entre le monastère et la ville, et surtout qu'ils étaient toujours rentrés avant midi, dernière limite pour l'heure du seul grand repas canonique ¹.
v1.c6.s3.t2.25
¹ Song Yun, trad. Chavannes, p. 414. Beal n'avait pas compris ce passage.
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Nous n'avions pas besoin de cette anecdote médiocrement édifiante pour nous douter que les moines, comme les lamas tibétains d'aujourd'hui, donnaient plus d'une entorse à la règle de la quête personnelle et quotidienne du *bhikṣu*. Presque partout il était advenu, par la force même des choses, que ces soi-disant « mendiants » vivaient en réalité des « bénéfices » que leur avaient octroyés de riches donateurs, en un mot du produit de leurs terres. Les
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FIG. 66. — ÉTAT ACTUEL DES RUINES DE JAMĀL-GARHĪ. Vue prise dans la partie ouest du n° 1 du plan donné sur la figure 65.
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convenances voulaient que ces terres fussent données en métayage, et la communauté, à charge pour elle de fournir en outre le bétail, prélevait sur la totalité du produit une « dîme » d'un sixième. Mais il y avait beaucoup de *vihāra-svāmin* qui géraient eux-mêmes leurs fermes : et sans doute plus d'un *saṅghārāma* — tel le *maṭh* brahmanique actuel de Bodh-Gayā — devait avoir bien plus l'air d'une exploitation agricole que d'un établissement monastique. De toute façon, les provisions venaient s'amasser dans les magasins préparés à cet effet. La *Rāṣṭrapāla-paripṛcchā*¹ déplore, sous couleur de prophétie, qu'avec la décadence de l'Église les moines se soient mis à entasser des réserves comme pourraient le faire des laïques. Yi-tsing insinue une distinction : il n'est pas convenable, selon lui, pour un monastère « d'avoir de grands biens, des greniers pleins de grain qui pourrit, quantité de serviteurs des deux sexes, de l'argent et des richesses accumulées dans le trésor », à moins que ce ne soit pour s'en servir au mieux des intérêts de ses membres! Si partout ces précautions, d'ailleurs déjà reconnues par les textes du *Vinaya*, étaient bonnes à prendre pour parer à toute éventualité, — et, sans aller plus loin, celle d'une famine n'est-elle pas toujours imminente dans l'Inde? — il faut avouer qu'elles n'étaient nulle part mieux justifiées que dans ces couvents écartés. Aussi, voyons-nous que des celliers y avaient été établis avec soin, et, d'ordinaire, en sous-sol. Nous avons déjà rencontré plus haut les caves de Sanghao (fig. 36) : nous retrouvons des rangées de ces mêmes salles souterraines voûtées à Jamâl-Gaṛhî sous la terrasse la plus méridionale du couvent (fig. 65, n° 4), à Takht-î-Bahai derrière la grande muraille de soutènement dont l'érection, à l'ouest du promontoire du couvent, avait fourni du même coup le terrain nécessaire pour elles et pour la nouvelle « salle de réunion » (fig. 64). Tout comme dans le cas de cette dernière, il suffit, pour en déterminer sûrement la destination, de mettre en lumière les besoins auxquels elles répondent : et c'est pourquoi nous nous croyons dispensé de discuter avec le sergent Wilcher sur le point de savoir si l'une n'est pas un lieu de crémation et les autres des geôles pour victimes humaines².
v1.c6.s3.t2.29
¹ Ed. Finot, p. 31, l. 12 : *gṛhisam-cayaç ca prabhūta-bhāṇḍa-parivāraḥ* et cf. *Introd.*, p. ix-xi; comparer encore le *koṣṭhāgārika* du roi dans *Divyāvadāna*, p. 295, et le *bhāṇḍāgārika* des moines dans *Cullavagga*, VI, 21, 2. — Yi-tsing, *Record*, p. 61 et 194 : sur les 201 villages qui appartenaient au couvent de Nâlanda, cf. *Rel. Em.*, p. 79. Au sujet de ces donations de domaines ruraux, et de la coutume bien indienne d'en graver les « chartes » sur des plaques de métal, cf. encore Fa-hien, p. 43, etc.
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² Il faut dire à sa décharge que ces
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Que de traits il resterait encore à composer en tableau! Agiterons-nous une autre question non moins vitale, à savoir celle de l'eau? Elle se pose aujourd'hui plus impérieusement que jamais dans ce Gandhara qui, déjà classique par la décoration de ses monuments, l'est encore devenu par l'aride décor de ses montagnes. Sur leurs flancs dénudés, les sources ont presque partout disparu, qui jadis coulaient à proximité de ces couvents qui n'auraient pu subsister sans elles et n'auraient même pas été bâtis. Song Yun nous parle expressément des ombrages de la colline de Shâhbâz-Garhî et de sa fontaine miraculeuse. Takht-î-Bahai doit son nom à un puits légendaire qui est censé en communication souterraine avec le Swât. Un peu partout on relève encore des traces de citernes et de barrages destinés à former de véritables étangs¹, etc. Tout le mal qu'on s'est visiblement donné pour rendre ces sites habitables donne à penser que l'on avait eu des motifs bien forts pour les choisir. La cause déterminante n'était sûrement pas la commodité des moines : il reste que ce fut leur agrément, en raison du pittoresque du lieu et de la fraîcheur des brises, — peut-être aussi leur sécurité. On sait combien de hordes d'envahisseurs a vu passer cette grande route de l'Inde. Nous ne serions même pas surpris que plus d'un de ces sanghârâma des collines ait, à l'occasion, servi de place de refuge aux gens de la plaine. La tradition populaire établit toujours un rapprochement entre la « capitale »
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¹ BELLEW dit (loc. laud., p. 135) que le puits de Takht-î-Bahai communique avec l'« Indus » : mais nos informateurs tenaient pour le Swât (cf. T. M., 1899, p. 546, ou Front. indo-afghane, p. 65 et suiv., et B. E. F. E.-O., I, p. 326). — L'inscription de Zeïda mentionne apparemment (cf. A.-M. BOYER, dans J. A., mai-juin 1904, p. 466 et suiv.) la donation d'une citerne (khanam... toyadalabhai) et celle de Kaldarra, près de Dargai (cf. E. SENART, dans J. A., mai-juin 1899, p. 530), d'un étang (pokhariṇī = puṣkariṇī), probablement formé par une digue de retenue jetée en travers de ce ravin.
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imaginations macabres étaient jadis courantes. Dans un fragment très mutilé d'une scène analogue à celle de la figure 261, C. Bailey avait reconnu « indubitablement » un sacrifice humain! (J. A. S. B., 1852, pl. XXXIX et p. 621). Dans le catalogue cité p. 30, n. 1, les scènes analogues aux fig. 139-141 sont expliquées comme une intervention du Buddha pour sauver un jeune homme du dernier supplice, etc.
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du Râja, à Shahr-i-Bahlol, et son «fort», sur les crêtes de Takht-i-Bahai. Les imposants bastions de Rânîgat et de Kaçmîr-Smats étaient assurément capables de soutenir un siège, si même ils n'avaient pas été bâtis à cette intention ¹. Sur le plan de Jamâl-Garhî, on peut suivre les lignes de murailles qui relient entre eux les divers bâtiments et semblent renforcer le côté le moins escarpé de la colline (fig. 65). Un observateur non averti se croirait en présence d'une place fortifiée et prendrait aisément le change sur la véritable nature de l'établissement. Mais ce sont là autant de points que nous ne pouvons qu'effleurer ici; comment toutefois s'empêcher de remarquer à quel point ces couvents, avec leur isolement, leurs réserves de provisions, leur position dominante dans le paysage et leurs facilités de défense, présentent déjà tous les traits caractéristiques que les voyageurs nous rapportent de ceux du Ladâkh et du Tibet?
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¹ Voir les photographies dans *T. M.*, 1899, p. 474 et 487. — Les analogies indiennes ne manqueraient pas davantage ici : dans la *Râjataranginî* (VIII, 971-975) les habitants de Vijabrör se réfugient devant l'ennemi dans l'enceinte d'un temple bâti sur le plateau qui domine leur ville; d'autre part les fameuses citadelles de Gwalior et de Chittor sont pleines de sanctuaires, etc.
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LE DÉVELOPPEMENT DES LIEUX SAINTS. -- Si intéressant que puisse être un essai de reconstitution de la vie pratique de ces monastères, nous devons nous préoccuper davantage de l'extension prise par les édifices que l'on regardait comme sacrés. Cette préférence ne nous est pas dictée par une dévotion bouddhique particulière, mais par les exigences mêmes de notre sujet : c'étaient là, en effet, ainsi que nous allons voir, les parties de beaucoup les plus riches en sculptures et d'ailleurs les seules qui se prêtassent, sans restriction aucune, au luxe de la décoration. Une autre observation s'impose de prime abord : le développement -- non moins considérable -- des lieux saints, au lieu de se faire par voie d'éparpillement comme celui des habitations monacales, a procédé plus volontiers par voie d'entassement. La raison en est claire. Tandis que tout endroit plan était également propre à édifier une cellule, les donateurs successifs tendaient à grouper ensemble, à la place la plus sainte parce qu'elle était depuis le plus longtemps sanctifiée, les additions qu'ils apportaient à l'œuvre léguée par la piété de leurs pères. Ainsi leur effort, avant de se disperser sur les pentes environnantes, s'est toujours et partout concentré sur les approches immédiates du sanctuaire principal. C'est là, autour ou même à l'intérieur de la cour de chapelles, que nous voyons peu à peu se presser quantité de *stûpa* et de *vihâra* nouveaux, seulement tous de dimensions restreintes comme la place dont on disposait. Que les premiers aient parfois un caractère funéraire, le fait, avons-nous vu (p. 52), est certain, et leur multiplication ne s'en comprend que mieux. Quant aux statues que les seconds étaient avant tout destinés à abriter, leur caractère uniquement votif ne peut guère être mis en doute et les inscriptions conservées en font foi¹. Si disproportionné que fût le nombre initial des uns et des autres, — on se souvient que le plan traditionnel isole un unique *stûpa* au milieu de tout un cortège de chapelles, — leur accroissement marchait ensuite à peu près de pair : apparemment la dévotion des fidèles se dépensait avec impartialité, selon l'occasion, dans ces deux manifestations également pies et méritoires. Sur les sept ou huit siècles que le Bouddhisme a prospéré dans ces contrées, il ne nous en faut pas plus de deux ou trois pour expliquer l'extraordinaire encombrement que nous avons déjà signalé dans ces monastères et qui avait fini par en modifier singulièrement l'aspect primitif.
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