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Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v3.c10.s4: IV. — Inscription du pilier de Harigaon

Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v3.c10.s4

Language
French

IV. — Inscription du pilier de Harigaon

v3.c10.s4.1

Harigaon est un village situé à une lieue Est de Katmandou. Le site, qu'aucune légende locale ne consacre (à ma connaissance, du moins) a dû cependant connaître autrefois des jours glorieux. J'y ai recueilli en effet, outre l'inscription du pilier, deux stèles du roi Amçuvarman. Le pilier (*v. la photographie, II, p. 119*) est situé à l'Est et en dehors du village, au pied du talus qui porte Harigaon et qui descend en pente rapide. En janvier et en février, je trouvai ce pilier entouré d'une flaque d'eau qui en rendait l'accès difficile et qui compliqua fâcheusement la tâche de l'estampage; il fallait se cramponner d'un bras au pilier pour étendre et battre le papier de l'autre bras. Un petit tertre, qui borde la flaque d'eau, porte une chapelle rudimentaire où gisent des débris mutilés de sculptures anciennes, recueillis dans les champs voisins. Le prêtre (pûjârî) qui en a la garde ne sait rien de leur provenance réelle ni de leur histoire.

v3.c10.s4.2

Le pilier dans l'ensemble est en bon état, mais l'inscription a souffert. Elle n'occupe pas moins de 73 lignes, mais les vingt dernières lignes sont seules intactes; les trente lignes qui précèdent (24-54) sont tronquées, et souvent des deux extrémités. Le reste a disparu en grande partie, à tel point même que des dix-sept premières lignes il subsiste à peine les syllabes finales. L'écriture couvre au total une hauteur de 1m,65 sur une largeur de 0m,28 ; la hauteur moyenne des lettres est de 0m,008, et l'intervalle moyen des lignes de 0m,016.

v3.c10.s4.3

Les caractères, tracés et gravés avec soin, sont du type Gupta. A défaut d'une date précise que l'inscription ne fournit pas, les données paléographiques fournissent un repère solide à l'intérieur d'une série bien connue. Parmi les inscriptions des Guptas, c'est au type oriental, comme il fallait s'y attendre, que se rattachent les caractères de l'inscription : ils sont analogues et presque identiques à ceux du pilier de Kahâum, dans le district de Gorakhpur, daté du règne de Skanda Gupta et de l'an 141 (= 460/1 J.-C.). Dans la série népalaise, ils se rangent avec le groupe de Mâna deva (385 †, ère locale = 497 † J.-C., d'après mon hypothèse) et de Vasanta deva (435 †, ère locale = 546 † J.-C., id.), en contraste avec le groupe de Çivadeva (516 [et non 316] † ère locale = 627 † J.-C.), d'Amçuvarman et de ses successeurs. La lettre la plus caractéristique est le *ha*, fréquent dans notre inscription (l. 3, 24, 26, 29, 33, *etc.*) et qui est toujours ouvert vers la gauche du scribe, tandis qu'à partir de Çivadeva il se retourne sur son axe et présente régulièrement son ouverture à droite. Dans le *la* (l. 57, 61, *etc.*), la courbe inférieure se rattache directement à la tige verticale, tandis qu'à partir d'Amçuvarman cette courbe se relie secondairement par un trait formant angle droit ou angle aigu avec la tige. Le *ya* porte sur une base à peu près horizontale et forme à gauche une boucle entièrement fermée, tandis que, dans les inscriptions de Çivadeva, la base se sépare en deux parties, l'une arrondie, l'autre droite, au pied du trait médian, et qu'à partir d'Amçuvarman elle s'arrondit en deux courbes de niveau différent. Le *tha*, le *dha* dessinent des ovales réguliers, tandis qu'à partir de Çivadeva la ligne de droite se redresse verticalement et que ces deux lettres prennent ainsi un aspect de plus en plus anguleux. Le gha (l. 72) a un tracé nettement anguleux, au lieu de la forme arrondie qu'il présente chez Çivadeva (inscr. de Dharampur, dernière ligne). Le va a encore les trois côtés courbes, et surtout le trait de droite, qui s'est transformé en tige verticale dès le règne de Çivadeva. Notre inscription appartient donc certainement au VIe siècle de l'ère chrétienne.

v3.c10.s4.4

Elle est rédigée tout entière en sanscrit, et, à l'exception de la dernière ligne, qui forme colophon, en vers. Elle contient trente-quatre stances en mètres variés qui attestent une réelle maîtrise. Les six premières (1-6), à en juger sur les syllabes finales, seules conservées, sont des çlokas épiques ; puis treize en upajāti (7-20) ; une en rucirā (21) ; deux en çikhariṇī (22-23) ; deux en praharṣaṇī (24-25) ; une en mañjubhāṣiṇī (26) ; deux en mālinī (27-28) ; deux en sragdharā (29-30) ; une autre en rucirā (31) ; trois autres en mālinī (32-34). Le style porte la marque de la bonne époque. L'inscription enrichit notre lexique de quelques mots nouveaux, d'une formation irréprochable : (duṣ-)pratipādam, l. 39 ; upanibandha°, au sens de « composition verbale » (ib.) ; prapata° (49) ; tryātmanā (? 56) ; niramhasam, duritabhidam, tamomuṣam (63) ; aparajasā (66) ; kṣāyiṇā (65) ; kṣāyakeṇa (67) ; saṃvivekī (69). L'aoriste asṛkṣat (37) est irrégulier, sans être complètement incorrect.

v3.c10.s4.5

La graphie est, dans l'ensemble, très correcte. Je ne vois guère à noter que l'omission du d redoublé dans saukṣmyādurbodham (57) pour saukṣmyād dur°, et bhāvān (54) pour bhavān. Il convient aussi de remarquer que la muette est régulièrement redoublée après un r, comme c'est l'usage régulier sous les Licchavis jusqu'à l'avènement d'Amçuvarman.

v3.c10.s4.6

A la suite des trente-quatre stances, un colophon en prose, d’une seule ligne, désigne l’inscription comme un hymne (stotra) en l’honneur du bienheureux Dvaipâyana. Dvaipâyana est un des noms donnés à l’auteur du Mahâ-Bhârata. Le Mahâ-Bhârata, qui le mentionne à maintes reprises, en donne l’explication étymologique :

v3.c10.s4.7

evam Dvaipāyano jajñe Satyavatyāṃ Parāçarāt
nyasto dvīpe sa yad bālas tasmād Dvaipāyanaḥ smṛtaḥ
(1, 2415).

v3.c10.s4.8

« C’est ainsi que Dvaipâyana naquit de Satyavatî unie à Parâçara. Comme il fut, en bas âge, déposé sur une île (dvîpa), on l’appela pour cette raison l’Enfant-de-l’île (Dvaipâyana). » Le nom complet est Kṛṣṇa Dvaipâyana, avec le surnom de Vyâsa « le diascévaste ».

v3.c10.s4.9

vivyāsa vedān yasmāt sa tasmād Vyāsa iti smṛtaḥ (1, 2417).

v3.c10.s4.10

« Parce qu’il a compilé les Vedas, on l’appelle Vyâsa ». Le Mahâ-Bhârata paraît employer indifféremment ces noms ; cependant, au cours du récit (car le poète est en même temps un des acteurs de l’épopée), l’appellation « Vyâsa » semble être la plus communément employée. Comme auteur du poème, le personnage reçoit plutôt la désignation de Kṛṣṇa-Dvaipâyana, témoin :

v3.c10.s4.11

KṛṣṇaDvaipāyanaproktaḥ supuṇyā vividhāḥ kathāḥ
(1, 10).
.........anukramaḥ|
puṇyākhyānasya vaktavyaḥ KṛṣṇaDvaipāyaneritaḥ
(1, 2294).
KṛṣṇaDvaipāyanenedam kṛtaṃ puṇyaṃ cikīrṣuṇā (1,
2309).
KṛṣṇaDvaipāyano muniḥ|
nityotthitaḥ çuciḥ çakto MahāBhāratam āditaḥ (1,
2322).

v3.c10.s4.12

Les deux noms ainsi rapprochés prennent une sorte d'unité organique où le premier terme perd pour ainsi dire sa faculté de flexion indépendante. Le nom de Kṛṣṇa est très rarement employé seul pour désigner le poète, afin d'éviter sans doute une confusion trop facile avec le dieu Kṛṣṇa. Je l'ai rencontré pour ma part, I, 57 :

v3.c10.s4.13

*anujñāto 'tha Kṛṣṇas tu Brahmaṇā...*

v3.c10.s4.14

dans l'éloge final du poème, XVIII, 183 :

v3.c10.s4.15

*Kṛṣṇena muninā vipra nirmitam satyavādinā.*

v3.c10.s4.16

(Je rappelle aussi la désignation de Kârṣṇa Veda donnée au Mahâ-Bhâratá, I, 268 = 2299.)

v3.c10.s4.17

Le nom de Dvaipâyana, au contraire, est fréquemment employé seul, p. ex. I, 2105, 2415, 2443, 3802 (passage en prose), 4235, etc. Je ne rapporterai ici que des passages où Dvaipâyana désigne l'auteur de l'épopée :

v3.c10.s4.18

*Dvaipāyanena yat proktam purāṇam paramarṣiṇā (I, 17).*
*tad ākhyānam variṣṭham sa kṛtvā Dvaipāyanaḥ prabhuḥ (I, 55).*
*Dvaipāyanasṭhapuṭaniḥsṛtam amṛtam aprameyam... (XVIII, 211).*

v3.c10.s4.19

Et c'est aussi sous ce nom seul que le poète népalais glorifie le chantre des Pâṇḍavas. Il n'est pas sans intérêt de noter, au point de vue de l'histoire littéraire, que tous les passages du Tantra-vârttika de Kumârila cités par Bühler (dans son mémoire fondamental Sur l'histoire du Mahâ-Bhârata, Vienne, 1892) désignent l'auteur du Mahâ-Bhârata sous le nom seul de Dvaipâyana :

v3.c10.s4.20

*VālmīkiDvaipāyanaprabhṛtibhiḥ... (p. 6).*
*yathā MahāBhāratanirvacanānvākhyāne Dvaipāyanoktam... (p. 9).*

v3.c10.s4.21

*Dvaipāyanādayaç cāhuḥ*... (p. 11.) [suit une citation du Mahâ-Bhârata].

v3.c10.s4.22

*yad api Dvaipāyanenoktam*... (p. 17) [id.].

v3.c10.s4.23

Le passage d'un commentaire versifié que Kumârila rapporte fait de même :

v3.c10.s4.24

*yā cāpi Pāṇḍuputrāṇām ekapatnīviruddhatā*
*sāpi Dvaipāyanenaiva vyutpādya pratipāditā*... (p. 12).

v3.c10.s4.25

La particularité frappe d'autant plus que, dans les deux passages où Kumârila mentionne le même personnage comme acteur de l'intrigue épique, il le désigne sous le nom de Kṛṣṇa Dvaipâyana (p. 13) et de Vyâsa (p. 20). Il est difficile de croire à un simple hasard. L'auteur de notre inscription a sans doute choisi de propos délibéré, comme l'appellation la mieux appropriée, le nom de Dvaipâyana pour célébrer l'auteur du Mahâ-Bhârata.

v3.c10.s4.26

Le poète népalais, ou du moins le client qui paie ses services, n'adresse pas à Dvaipâyana un hommage désintéressé. C'est un fils qui désire la réussite pour son père et qui demande à cet effet la protection efficace du chantre épique. Dvaipâyana n'est pas invoqué comme un dieu ; c'est plutôt comme un saint qu'il est sollicité ici. Nous ignorons encore, nous ignorerons toujours peut-être, quel genre de secours on attendait de lui, quelle entreprise venait ainsi se placer sous son patronage. Mais ce culte adressé à Dvaipâyana vers le VIe siècle, en plein Himalaya, surprend par son caractère singulier.

v3.c10.s4.27

Le Mahâ-Bhârata lui-même, il est vrai, divinise son propre auteur :

v3.c10.s4.28

*KṛṣṇaDvaipāyanaṃVyāsaṃ viddhi Nārāyaṇaṃ bhuvi*
*ko hy anyaḥ puruṣavyāghra MahāBhāratakṛd bhavet*
(XII, 13428) [adhy. 346].

v3.c10.s4.29

« KṛṣṇaDvaipâyana est, sache-le, Nârâyana (Viṣṇu) sur la terre. Quel autre en effet, ô tigre des hommes, pourrait être l’auteur du Mahâ-Bhârata ? »

v3.c10.s4.30

Le Viṣṇu-Purâṇa, III, 4, 5, répète le même vers avec une variante peu importante :

v3.c10.s4.31

ko hy anyaḥ Puṇḍarīkākṣād MahāBhāratakṛd bhavet.

v3.c10.s4.32

Mais l’apothéose ici semble être purement littéraire. Au XIe siècle encore, le Cachemirien Kṣemendra, qui compose un abrégé du Mahâ-Bhârata et achève son œuvre par un huitain à Vyâsa « Vyâsâṣṭaka » ne célèbre son modèle que comme un poète de génie. C’est au XIIe siècle, et chez un poète jaina, Amara Candra, que Vyâsa s’identifie à Viṣṇu. Parmi les stances liminaires en l’honneur de KṛṣṇaDvaipâyana Vyâsa qui ouvrent chaque section du Bâla-Bhârata, plusieurs proclament formellement cette identité :

v3.c10.s4.33

çamāmṛte viçramadhīr viveça yaḥ sa pātu Pārāçara-vigraho Hariḥ (v, 3, 1).
vaktum jagattāraṇakāraṇena Vyāsībhavan pātu sa vo Murāriḥ (VIII, 1).
Pārāçaraḥ pātu sa māṃ tamālaçilidyutir Daityabhidovatāraḥ (XIII, 1),

v3.c10.s4.34

Vyâsa est devenu un avatar de Viṣṇu ; c’est Viṣṇu lui-même. Mais cette exaltation suprême est le couronnement logique et fatal de notre hymne népalais. Dvaipâyana, au regard de son dévot, n’est pas le prince de la littérature ; c’est un véritable prophète qui est venu découvrir à l’humanité les secrets essentiels et montrer le chemin du salut. « Manu, Yama, Bṛhaspati, Uçanas ont donné, il est vrai, des codes de lois (v. 23), mais Dvaipâyana a étudié l’histoire des rois pour en tirer des exemples, et il a fait le (Mahâ-)Bhârata comme un livre d’enseignement (v. 24). Il a fait, et si bien ! le (Mahâ-)Bhârata pour le salut du monde (v. 26). Comment le Veda aurait-il été ici-bas, sans le (Mahâ-)Bhârata qui est son principe (v. 12)? Dvaipâyana est l'adversaire du vice; il a triomphé des faux raisonneurs (*kutārkika*, v. 14 et 21) qui combattaient les trois Vedas, en particulier des Bouddhistes (*Saugata*, v. 11 et 21). Il a tracé la route de la délivrance (v. 25) en révélant l'Être en soi (v. 27 et suiv.), l'Âtman (v. 29). »

v3.c10.s4.35

Le pilier de Harigaon vient ainsi confirmer par un document authentique, et qui remonte deux siècles plus haut que Kumârila, la thèse soutenue avec autorité par Bühler et reprise à sa suite par Dahlmann. Le Mahâ-Bhârata n'est pas une épopée; c'est une smṛti, un traité didactique de morale illustré par une intrigue épique; guidé par son instinct, ou plutôt par la vertu des traditions inconscientes, le génie hindou proclamait récemment encore la valeur éducative du Mahâ-Bhârata. Protap Chandra Roy, ce Bengali enthousiaste qui consacra sa vie à la diffusion du vieux poème, appelait avec raison son œuvre de propagande: Dâtavya-Bhârata-Kâryâlaya; pour lui comme pour le poète népalais, pour Kumârila, pour les docteurs et les lettrés de l'Inde ancienne, le Mahâ-Bhârata devait enseigner aux Hindous leurs devoirs. C'était au reste la prétention avouée du diascévaste qui compila ces rhapsodies épiques; les témoignages surabondent dans tout le poème, et si j'en cite quelques-uns, c'est pour montrer surtout à quel point notre stotra s'en inspire directement.

v3.c10.s4.36

Au livre I, 1, v. 57 sqq., Vyâsa fait connaître au dieu Brahma le poème qu'il vient de composer; il le représente comme la substance des Vedas, des Itihâsas et des Purâṇas :

v3.c10.s4.37

*jarāmṛtyubhayavyādhibhāvābhāvaviniścayaḥ*

v3.c10.s4.38

« Vieillesse, mort, dangers, maladie, existence et nonexistence y sont nettement définis. » (Cf. v. 32 : *çamita-bhavabhayena*...)

v3.c10.s4.39

On y trouve toutes les sciences pratiques, et, pour les couronner :

v3.c10.s4.40

*yac cāpi sarvagam vastu tac caiva pratipālitam*

v3.c10.s4.41

« La réalité universelle s'y trouve également expliquée. » (Cf. v. 30 : *sarvagam vyāpibhāvāt caitanyam*...)

v3.c10.s4.42

I, 2299 :

v3.c10.s4.43

*asminn arthaç ca kāmaç ca nikhilenopadiçyate*
*itihāse mahāpuṇye buddhiç ca paranaisṭhikī*

v3.c10.s4.44

« En ce légendaire de grande sainteté, l'intérêt et le désir sont pleinement enseignés, et aussi la raison transcendante. »

v3.c10.s4.45

I, 2305 :

v3.c10.s4.46

*dharmaçāstram idam puṇyam arthaçāstram idam param*
*mokṣaçāstram idam puṇyam*

v3.c10.s4.47

« C'est ici un traité du devoir fort saint ; c'est ici le suprême traité de l'intérêt; c'est un traité fort saint de délivrance. » (Cf. v. 24, 25.)

v3.c10.s4.48

XVIII, 211 :

v3.c10.s4.49

*Dvaipāyanoṣṭhapuṭaniḥsṛtam amṛtam aprameyam*
*puṇyam pavitram atha pāpaharam çivam ca*

v3.c10.s4.50

« Des livres de Dvaipâyana a jailli l'ambroisie sans mesure, sanctifiante, purifiante, destructrice du péché, propice. » (Cf. v. 19.)

v3.c10.s4.51

XII, 13439 :

v3.c10.s4.52

*dharmān nānāvidhāmç caiva ko brūyāt tam ṛte vibhum*

v3.c10.s4.53

« Les devoirs de toutes sortes, qui pourrait les énoncer, sauf ce maître ? » (Cf. v. 27, 29, 30.)

v3.c10.s4.54

D’autre part, après l’époque du pilier de Harigaon, l’imitation des mêmes modèles et la communauté des mêmes sentiments provoquent chez les poètes qui célèbrent Vyâsa des rencontres frappantes avec le poète népalais. L’auteur du Veṇî-saṃhâra exalte en ces termes, dans le prologue de son drame, le chantre du Mahâ-Bhârata :

v3.c10.s4.55

çravaṇañjalipuṭapeyaṃ viracitavān bhâratâkhyam amṛtaṃ yaḥ
tam ahaṃ arâgam atṛṣṇaṃ KṛṣṇaDvaipâyanaṃ vande
(v. 4).

v3.c10.s4.56

« L’oreille se creuse comme la main qui salue, pour boire l’ambroisie qu’il a créée sous le nom de (Mahâ-) Bhârata ; il est sans passion, sans assoiffement, Kṛṣṇa-Dvaipâyana ! c’est lui que j’adore. » (Cf. sup. Mh.-Bh., XVIII, 211, et inscr. v. 17, 19 et 31.)

v3.c10.s4.57

Kṣemendra, dans le huitain à Vyâsa que j’ai déjà mentionné, s’écrie :

v3.c10.s4.58

(namaḥ),..... trailokyatimirocchedadîpapratimacakṣuṣe
(v. 3).

v3.c10.s4.59

« Les ténèbres des trois mondes s’ouvrent à la lampe de ton regard ! » (Cf. v. 27 et 32.)

v3.c10.s4.60

(namaḥ)..... Vyâsâya dhâmne tapasāṃ saṃsârâyâsahâriṇe (v. 8).

v3.c10.s4.61

« Hommage à Vyâsa, en qui résident les pieuses mortifications, qui détruit les tourments de la transmigration ! » (Cf. v. 34.)

v3.c10.s4.62

Enfin les stances liminaires des 43 sargas du Bâla-Bhârata fourniraient, elles aussi, de nombreux rapprochements, si l’énumération ne risquait de devenir fastidieuse.

v3.c10.s4.63

Ainsi l'inscription du pilier de Harigaon intéresse directement l'histoire littéraire ; elle lui apporte un document utile, et même assez précieux. A l'histoire religieuse elle pose un problème qu'elle n'aide guère à résoudre. Elle atteste un culte rendu à Dvaipâyana (= Vyâsa) dès le VIe siècle, et que rien n'atteste ailleurs, au Népal ou dans l'Inde même. Je ne puis me défendre de croire que nous avons ici un monument de la secte Bhâgavata, si peu connue encore malgré le grand rôle qu'elle a joué : un grand nombre de rois se désignent dans leurs inscriptions comme de « très dévots Bhâgavatas » *parama-Bhâgavata* (cf. p. ex. Fleet, *Gupta Inscr.*, p. 28, note). La vénération de Vyâsa est un des traits qui caractérisent cette secte ; Kṣemendra, né dans une famille çivaïte, mais converti à la doctrine des Bhâgavatas, prend le surnom de Vyâsa dâṣa « l'esclave de Vyâsa ». Le culte spécial de Nârâyaṇa est un autre trait de cette secte : l'invocation : *Nârâyaṇaṃ namaskṛtya*, etc., qui se trouve en tête de chaque grande division du Mahâbhârata suffit, au jugement de Bühler (mémoire cité, p. 4 et 5) « pour démontrer que le poème est une smṛti des anciens Bhâgavatas », car « elle se trouve invariablement en tête des ouvrages de l'ancienne secte Bhâgavata », et Vyâsa s'y trouve généralement associé à Nârâyaṇa, Nara et Sarasvatî, dans un commun hommage. Justement le culte de Nârâyaṇa est très répandu au Népal ; la vallée a encore quatre Nârâyaṇas fameux, et l'un d'eux au moins, Caṅgu-Nârâyaṇa, est certainement antérieur à notre inscription, car c'est là que s'élève le pilier — analogue au pilier de Harigaon — où Mânadeva a tracé en samvat 386 sa longue inscription en vers, digne de faire pendant à la nôtre pour sa valeur littéraire. Nous sommes donc autorisés à supposer sans trop de témérité que notre stotra de Dvaipâyana nous offre un hymne authentique du culte Bhâgavata.

v3.c10.s4.64

25. [pra]māṇaśuddhyā viditārtthatatvaḥ prakampyamānam ◡◡-◡- ṣṭha

v3.c10.s4.65

26. (dha)rmmam ittha(m) jagato hitaiṣī na prātaniṣyad yadi ◡◡-◡- ḥ [||] (13)

v3.c10.s4.66

27. ṣyamātrāśrayaṇād abhīkṣṇaṃ kutārkkikais t ◡◡-◡- ṇa

v3.c10.s4.67

28. vyācaiṣīn na pṛthak pramāṇaṃ kathan tad asthātum iha ◡◡- paḥ [||] (14)

v3.c10.s4.68

29. pi ca praṇaviyogahetur nna pratayavāya ◡◡- thaiṣā

v3.c10.s4.69

30. tvam eva prativetsi samyaṅ na veditānyo bhuvi kac- ci[d] ◡◡ [||] (15)

v3.c10.s4.70

31. stuti syād anuvādato vā stutyeṣu vācāṃ dvita[yā] ◡◡-

v3.c10.s4.71

32. [stu]tir guṇānāṃ vidhinā na satvān na cānuvādas tvayi ◡◡- [||] (16)

v3.c10.s4.72

33. nadharmmam sakalaṃ nyahiṃsīs tvan naiva rāgādi- rayaṃ nya ◡◡

v3.c10.s4.73

34. iṇīṃ vaiṣayikīñ ca tṛṣṇāṃ vidhūya śuddhas tvam i(ti ◡◡ [||] (17)

v3.c10.s4.74

35. ◡◡- kāmādyaviviktarūpaṃ yadi vyavāriṣya(ta)

v3.c10.s4.75

36. smṛtīnām agateḥ śrutīnāṃ tad adya loke niyataṃ vyaçak. [||] (18)

v3.c10.s4.76

37. [vi]pātya mohān amṛtaṃ vyasṛkṣat svayañ ca dharm- mādi jagaty atisṭhat[t]

v3.c10.s4.77

38. tvayāgāj jagati pratiṣṭhān tvam eva dharmmam vi- dhinānvatiṣṭha(ḥ) [||] (19)

v3.c10.s4.78

pression de « Kārṣpa Veda » citée dans l'introduction, p. et l'expression de « Vedā...MahāBhāratapañcamān » dans le Mh. Bh. I, 2448. V. 15. Le Dict. de Pétersbourg ne donne, pour prati-vid au simple, que des exemples védiques. La langue classique emploie le causatif. V. 17. Le verbe ni-hiṃs manque au Dict. de Pétersbourg. V. 19. La forme vyasṛkṣat est irrégulière, sans être incorrecte absolument. Elle est due à l'analogie des formes comme adikṣat, etc., où les racines en ṛ, ṭ, ḥ final substituent le k devant l's de l'aoriste. La troisième personne suppose sans aucun doute le sujet bhavān comme au vers suivant, et équivaut à la seconde. — Je dois à M. Kielhorn la lecture dharmmam vidhinānvatiṣṭha(ḥ) au lieu de dharmmam vividhān atiṣ- ṭhi que j'avais imprimé dans le Journ. As.

v3.c10.s4.79

39. ∴ van duṣpratipādam etat svarggādi ṣabdopanibandhamā[tram]

v3.c10.s4.80

40. ∴ dastīti jano grahīṣyad bhavān ihaivaṃ yadi na vya-nakṣya[t] [||] (20)

v3.c10.s4.81

41. ∴ tā kumatibhir amhasāvṛtaiḥ kutārkkikaiḥ katham api saugatair a ∴

v3.c10.s4.82

42. ∴ [t]vayi prathitagiri prabhāv iyam payonidhau sarid iva vindate sthitim [||] (21)

v3.c10.s4.83

43. ∴ d viniyatapadārthādyanugamāt tava çrutvā kāvyam sapadi manuṣāgamya ∴

v3.c10.s4.84

44. ∴ (ṛthatvādahana) paramārthānusaraṇe dadhāty uccair mmoham supadi gatavidyeṣṭani ∴ [||] (22)

v3.c10.s4.85

45. ∴ çastre maṇuyamabṛhaspatyuçanāsām vidhānaṃ kṛtyānāmaça ∴ padāṃ loka ∴

v3.c10.s4.86

46. ∴ naivaṃ prativiṣayam ādhūya nipuṇaṃ phalenaivāçeṣaṃ tvam idam ama ∴ [||] (23)

v3.c10.s4.87

V. 20. Le mot *pratipāda* manque au Dict. de Pét. — Pour *upanibandha*, Böhtlingk n'a recueilli ce mot que dans le suppl. 3 du Dict. Abrégé, et avec le sens de « serment ». Il faut évidemment lui assigner ici le sens de « composition, arrangement verbal » qui se retrouve dans un grand nombre de mots apparentés. M. Thomas m'a signalé le même emploi dans le titre du *Mahāyānasamgrahopanibandhana* (Journ. Roy. As. Soc., 1903, p. 586). — Je ne sais à quelle racine exactement rattacher le conditionnel *vy-anakṣyat*.

v3.c10.s4.88

V. 21. La mention des Saugatas, ici comme au vers 5, montre que, tout au moins au jugement du poète népalais, le Mahâ-Bhârata combat positivement les Bouddhistes. Il avait sans doute en vue les passages tels que XII, 566 :

v3.c10.s4.89

*parivrajanti dānārtham muṇḍāḥ kāṣāyavāsanaḥ...*

v3.c10.s4.90

ou Dahlmann se refuse à reconnaître les disciples du Bouddha.

v3.c10.s4.91

V. 23. Des quatre autorités mentionnées ici, trois sont positivement désignées dans le Mahâ-Bhârata comme des auteurs de çâstras :

v3.c10.s4.92

*Uçanâ.veda yac çāstram yac ca veda Bṛhaspatiḥ* (XIII, 2239). *Manunābhihitaṃ çāstram* (XIII, 2534).

v3.c10.s4.93

Je ne connais pas de références à un çâstra de Yama, mais le Mh. Bh. cite comme une autorité des gâthâs sous son nom :

v3.c10.s4.94

*atra gāthā Yamagītāḥ kīrtayanti purāvidaḥ* (XIII, 2477).

v3.c10.s4.95

47. ∴ nṛpacaritānuvādibhāvāt pāṭhādeḥ pratiniyatan talaç ca kāvya[m]

v3.c10.s4.96

48. ∴ (te)r anukathanād apīha çāstram tvam çakter idam api bhāratādy akārṣī[ḥ] [||] (24)

v3.c10.s4.97

49. ∴ bhavajaladhau vivarttamānān rāgādiprapatadhiyaḥ pragāḍhamo[hān]

v3.c10.s4.98

50. ∴ yastam iti vidhāya muktimārggam jācīnām bhuvi puruṣān karoṣi mantr[aiḥ] [||] (25)

v3.c10.s4.99

51. ∴ viviktavacasā tvayā satā kṛpayā parārtthaviniveçibuddhinā

v3.c10.s4.100

52. ja(ga)to hitāya sukṛte ha bhārate bhuvi vānmayaṃ sakalam eva darçcitam [||] (26)

v3.c10.s4.101

53. (v)iditavividhadharmmo veditā vānmayānān niravadhikam amitthyāçāngarāgādidos(am)

v3.c10.s4.102

54. ∴ ravaparārtthas tad bhāvān mohajālan timiram iva vivasvān amçubhiḥ prakṣiṇoti [||] (27)

v3.c10.s4.103

55. prativiṣayaniyogāt pālakatvāc ca tāsān nipuṇatadavabodhat tadvivekād adoṣ[ā]t

v3.c10.s4.104

56. (ja)gati tadupadeçāt tvam mithastadvibhāgād upacita iva mūrttis tryātmanā mantravācām [||] (28)

v3.c10.s4.105

57. saukṣmyādurbbodham īçam sthitam api sakalam lokam āvṛtya tanvā vāgbuddhyor apy atītā

v3.c10.s4.106

58. karam api munibhiḥ svāgamād yātatatvam vidyārūpaṃ viçuddhe padam anaticaya

v3.c10.s4.107

V. 25. Prapata manque au Dic. de Pét. — M. Kielhorn propose de corriger en : prahata.

v3.c10.s4.108

V. 27. Le mètre et le sens imposent la correction : bhāvān. — La lecture du composé qui termine le premier vers est embarrassante, mais il semble pourtant contenir une série de mots à double entente : doṣa « péché » et « nuit » (doṣā); rāga « passion » et « rougeur » (du crépuscule)»; āçā « espérance » et « horizon ».

v3.c10.s4.109

V. 28. Tryātmanā, si la lecture en est exacte, est un mot nouveau qui semble signifier « celui qui a pour essence les trois : Brahma, Viṣṇu, Çiva, ou la trayī ». — M. Barth me suggère la correction tryātmanāṃ mantravācām « le triple Veda ».

v3.c10.s4.110

59. kṣīṇasaṃsārabandham syād ātmānan na jātu tvam iva kathayitā kaçcid anyo dvitīyaḥ [||] (29)
60. pratyādhārasthitatvāt pṛthag api na pṛthak tatsvarūpāviçeṣāt nityaṃ dharmair ayogā
61. t punar api na tathā sarvvakālāpratīteḥ nāçotpādādyayogāt sthitam api
62. jagatas sarvvagam vyāpibhāvāt caitanyaṃ rūpapakṣasthitam api kathaye
63. t ko nu loke tvadanyaḥ [||] (30) niramhasam duritabhidaṃ vivekinaṃ tamomuṣaṃ çami
64. tabhavaṃ vipaçcitam girāṃ patim sudhiyam asaṅgicetasam mayodi
65. taṃ vacanam upohate sadā [||] (31) çamitabhavabhayena kṣāyiṇājñānarāçeḥ
66. svayamupahitadhāmnā vedyapāraṅgatena jagad aparajasedaṃ tat tva
67. yā sarvvam ārād viyad iva timirāṇāṃ kṣāyakenaivabhāti [||] (32)
68. guṇapuruṣavivekajñānasambhinṇajanmā vyatiyutaviṣayāṇāṃ tvam
69. girāṃ saṃvivekī jagati ghanavirūḍhavyāpisammohabhedī cyutajaga
70. danirodhaḥ khe çaçīva cakāhsi [||] (33) tad aham iti nunūṣad bhinnasaṃsāra
71. bandham vitamasam arajaskaṃ tvāṃ garīyāṃsam ādyam katham api para

v3.c10.s4.111

V. 29. Corriger : *saukṣmyād durbodham* ; *viçuddheḥ*. V. 30. La correction *sarvvakālāpratīteḥ* semble s'imposer pour le sens; le mètre naturellement n'en est pas affecté. V. 31. *Niramhas*, *duritabhid*, *tamomuṣ* ne sont point donnés dans le Dict. de Pét. V. 32. *Kṣāyin*, *kṣāyaka*, *aparajas* manquent au Dict. de Pét. — M. Kielhorn m'indique avec raison qu'il faudrait *kṣāyakena*, avec la nasale linguale. V. 33. *Saṃvivekī* manque au Dict. de Pét.

v3.c10.s4.112

à part la preuve, comment cela. . . . se tenir debout. . . . .?

v3.c10.s4.113

(15) . . . . aussi la cause de séparation des souffles vitaux, pas de contrariété. . . . . . ; toi seul tu sais tout exactement en détail, et il n’y a personne autre que toi qui sache dans le monde.

v3.c10.s4.114

(16) . . . l’éloge peut être, ou par suite de la répétition; entre les choses à louer. . . . des paroles. . .; l’éloge des vertus selon la règle, et non par suite du bon caractère, et nulle répétition en toi. . . .

v3.c10.s4.115

(17) Tu as abattu à mort le Vice tout entier, mais tu n’as pas. . . le torrent de la passion, etc. . . . ; ayant secoué la concupiscence. . . et sensuelle, tu es pur. . . .

v3.c10.s4.116

(18) Si le. . . qui ne se distingue pas, quant à la forme, du désir. . . . n’avait pas été dévoilé, . . . des Smṛtis, faute des Ṣrutis, le monde aujourd’hui fatalement. . . . . .

v3.c10.s4.117

(19) Faisant éclater en pièces les égarements, il a répandu l’amṛta, et de soi-même le Devoir et ce qui s’ensuit s’est dressé dans le monde. Le. . . . . . par toi a trouvé une assiette solide en ce monde; c’est toi qui as accompli le Devoir selon la règle.

v3.c10.s4.118

(20) . . . . . cette chose difficile à comprendre, le paradis, etc., n’est que fiction de mots; . . . . existe. (Comment) le monde l’aurait-il saisi, si tu ne l’avais pas, toi, découvert ici-bas?

v3.c10.s4.119

(21) (Maltraitée?) par les faux penseurs que l’étreinte du mal enserre, par les faux logiciens et aussi par les disciples du Sugata (Bouddha), (la parole?) trouve un asile en toi, son maître au verbe étendu, comme une rivière dans l’Océan.

v3.c10.s4.120

(22) . . . . parce qu’il a acquis le sens précis en entendant ton poème, aussitôt. . . . inaccessible à l’homme; . . . . . . . à rechercher l’objet suprême, il dresse haut son égarement aussitôt, perdant. . . . de la science.

v3.c10.s4.121

(23) . . . . . . . dans le traité de Manu, de Yama, de Bṛhaspati, d’Uçanas, le règlement des devoirs . . . ; . . . secouant objet par objet, habilement tu l’as. . . . tout entier avec le fruit.

v3.c10.s4.122

(24) . . . . . . . en répétant l’histoire des rois, dès le début de ton étude, tu te proposais de l’appliquer cas à cas dans un poème; et. . . . en la répétant, tu as fait ici-bas, de toutes tes forces, le (Mahâ-)Bhârata, etc. . . . pour servir d’enseignement.

v3.c10.s4.123

(25) Les hommes agités sur l’océan de l’existence, la pensée entraînée par le poids des passions, plongés dans l’égarement, tu. . . . leur as indiqué la voie du salut, et tu les rends en ce monde, par tes conseils, des. . .

v3.c10.s4.124

(26) Tu as la parole distincte; par l’effet de la compassion, ton intelligence s’applique au bien d’autrui. Une fois que pour le salut du monde tu as eu fait — et si bien — le (Mahâ-)Bhârata, tu as fait voir sur la terre toute l’œuvre de parole.

v3.c10.s4.125

(27) Tu connais les diverses lois; tu es le connaisseur des œuvres de parole. Le réseau de l’égarement est sans limites; il s’y trouve véritablement l’attente, la passion physique et les autres défauts; (mais toi qui. .) l’intérêt d’autrui, tu dissipes ce réseau comme le soleil avec ses rayons dissipe l’obscurité.

v3.c10.s4.126

(28) Tu sais les employer chacune en son cas; tu en as été le gardien; tu en as l’intelligence nette; tu en as le discernement infaillible; tu les as enseignées au monde; tu les as réparties entre elles; on dirait qu’en toi a voulu incarner la somme totale de la triade des paroles sacrées!

v3.c10.s4.127

(29) Sa subtilité le rend difficile à concevoir, et pourtant il enveloppe le monde entier dans son corps ; la parole et l'entendement n'atteignent pas son origine, et pourtant les sages, en partant de leur tradition, arrivent à sa nature réelle. La science est sa forme ; la pureté absolue réside en lui ; il a épuisé sans laisser de reste les liens des transmigrations. L'Âtman, nul autre que toi ne pourrait l'énoncer.

v3.c10.s4.128

(30) Substrat à substrat, il est disséminé, et pourtant il n'est pas disséminé, puisque leur nature réelle est exempte de différenciation ; il est permanent, puisqu'il n'est pas uni aux attributs de la substance, et pourtant il ne l'est pas, faute de notion du temps complet ; puisqu'il n'est associé ni à la destruction ni à la production du monde, il est durable ; et pourtant il est partout, par la vertu de son extension. Il est intellect, et pourtant il se trouve dans la catégorie de forme. Qui donc au monde, autre que toi, pourrait énoncer (cela ?)

v3.c10.s4.129

(31) Dégagé du péché, pourfendeur du mal, discerneur, ravisseur des ténèbres, anéantisseur de l'existence, maître du parler, esprit excellent, cœur libre d'attaches, la parole que j'énonce (te) suit respectueusement sans cesse.

v3.c10.s4.130

(32) Tu as anéanti la crainte des renaissances (ou : des êtres) ; tu as détruit la masse de l'ignorance ; tu as tiré de toi-même ton propre éclat ; tu es allé jusqu'au bout de ce qu'on peut connaître. Tu as écarté la poussière, et grâce à toi, le monde entier brille au loin, comme le ciel brille grâce au destructeur des ténèbres !

v3.c10.s4.131

(33) Les modalités et l'être en soi, tu as su les distinguer, et tu as brisé ainsi les naissances (successives) ; tu as le discernement complet des paroles qui ont un objet confus. En nuage compact s'élève et s'étend partout l'aveuglement; mais tu le dissipes. La déchéance du monde n'est pas un obstacle pour toi; tu resplendis comme la lune dans l'espace.

v3.c10.s4.132

(34) Et moi aussi j'ai voulu te célébrer, toi qui as brisé les chaînes de la transmigration, qui es sorti du ténébreux, qui n'a rien de poussiéreux, très vénérable, primitif! Tant bien que mal, je mets en œuvre ma voix trop faible. Ainsi donc dispose les prospérités en faveur de mon père ici-bas!

v3.c10.s4.133

L'hymne du bienheureux Dvaipâyana a été fait sans arrêt.¹

v3.c10.s4.134

¹ M. Thomas pense que *anuparamena* désigne l'auteur de l'inscription et qu'il convient de traduire : «... a été fait par Anuparamá ».