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L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v2.c14.s2.t1: § I. Les « Maîtres de maison »

L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v2.c14.s2.t1

Language
French

§ I. Les « Maîtres de maison »

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LES DONATEURS — Le caractère votif de nos sculptures, aisé à déduire de leur destination religieuse et d'ailleurs attesté par nombre d'inscriptions, devait fatalement entraîner — et suffit par suite, pour des raisons tirées de l'humaine nature, à expliquer — l'apparition sur elles des *dānapati*, des « maîtres du don », ou, comme nous disons nous mêmes, des donateurs¹. Nous n'insisterons donc pas sur le caractère classique de cette innovation mais il semble qu'on puisse suivre, en voie de progression croissante, l'audace des artistes et l'intrusion des pieux amateurs. Tout d'abord les premiers n'osent figurer les seconds que dans des scènes de culte plus ou moins directement copiées de la vie réelle. Ils les montrent par exemple sur le piédestal d'une statue, dans l'acte de l'adorer en faisant, selon la coutume, brûler de l'encens ou une lampe² à ses pieds (cf. fig. 137 et 344), ou bien ils les placent debout dans des attitudes respectueuses de chaque côté soit d'un temple (fig. 345), soit du vase à aumônes du Maître, qu'il leur était loisible de vénérer ainsi chaque jour à Pèshawar (fig. 211 et piédestal des statues des planches I et II, cf. I, p. 420), à moins qu'ils ne préfèrent les agenouiller devant l'ancien turban du Bienheureux (fig. 186), comme Hiuan tsang l'a encore vu faire dans la ville capitale du Honkan³. Ailleurs, et notamment sur nombre de représentations du « grand Miracle » de Çrâvastî, il nous est impossible de déterminer si nous avons affaire à un marchand gandhârien et à sa femme ou à ce couple bourgeois du pays de Koçila, Lûhasudatta et son épouse «la mère de Rddhila», qui jouent un rôle dans l'histoire(1) Tel est par exemple le cas sur la figure 79 pour les deux orants debout qui encadrent le lotus magique qui sert de siège au Bienheureux Sur les figures 76 et 407 où ils sont agenouillés dans la partie inférieure de la stèle, les présomptions sont déjà en faveur de l'hypothèse des donateurs Celle-ci devient

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¹ Nous sommes heureux de nous trouver d'accord sur ce point avec M. J. Ph. VOGEL, *A. S. I., Annual Report 1903-1904*, p. 256.

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² Sur les figures 293, 294 et 439 il s'agit visiblement d'une lampe dont un modèle portatif très élaboré (cf. notre figure 22) se retrouve dans les mains de plus d'un donateur de Turfan (par exemple *Id. kutzchart*, pl. VI) mais les figures 137 et 344 donnent l'en plutôt s'il est permis de s'en fier aux proportions l'impression d'un brûle-parfums — On peut remarquer que le l'encensoir portatif que M. J. Ph. VOGEL a reconnu dans la main du donateur d'une statue d'Lahore (n° 65 cf. *A. S. I., Annual Report 1902-1903*, pl. LVII a) se retrouve aussi en Asie centrale.

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³ *Ree*, II, p. 254.

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¹ Cf J I jan f 1909 p 30-31

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FIG 38 — DONATEURS AVEC «GRAND ONCLE»

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Collection privée. Provenant du Swat. Hauteur 0 m 1,5

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presque une certitude pour les orants de la figure 346 Enfin aucun doute ne subsiste plus en ce qui concerne les sept personnages qui — non sans accuser la différence des rangs par l'infériorité de leur taille — encadrent sur le soubassement de la figure 77 la série des sept derniers et du prochain Buddhas

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Mais ce sont surtout les prétendues «scènes d'adoration» dont nos sculpteurs ont exploité le caractère vague et neutre pour mettre leurs clients sur un pied de familiarité de plus en plus grande avec le Maître Nous nous sommes déjà expliqué plus haut sur les origines d'une partie de ces scènes (cf. I, p. 426) : si c'est un Buddha qui trône au milieu, elles relèvent, à notre avis, du fameux épisode de l'adhyasana ou « invitation » à la Prédication. Si au contraire le personnage central est un Bodhisattva, elles se rapportent à un autre épisode sur lequel nous nous reprochons de n'avoir pas suffisamment insisté en son temps, le samcodana ou « instigation » (1) au Grand départ. Des succédanés de l'une et l'autre scène sont par exemple réunis sur un piédestal de Calcutta (fig. 347) comme sur les deux compartiments supérieurs d'un pignon de Lahore (fig. 47) : mais la seconde est plus fréquente que la première. Ici encore il y a des degrés dans la liberté grande qu'a prise le sculpteur. Sur le fameux piédestal inscrit, dit de Hashtnagar (fig. 479), non seulement l'ordonnance générale à trois personnages de l'instigation a été respectée, mais, comme nous verrons plus bas (chap. XII), nous sommes bien véritablement en présence des dieux Indra et Brahmā encadrant le Bodhisattva; le donateur, simplement introduit en surnombre par la gauche, ne fait qu'assister à la scène en spectateur édifié. Mais bientôt les clients assument sans vergogne le rôle des dieux; il est clair qu'Indra et Brahmā ont dû leur céder la place sur l'adhyasana de la figure 347 b comme sur le samcodana des figures 347 a, 348 et 456 (cf. A.S.I., Ann. Rep. 1903-1904, pl. LXVII, 1 et 2). Désormais, tout comme sur les figures 77 et 346, voilà les donateurs placés sur le même plan que le Maître : encore se bornent-ils sur ces divers tableaux à ne fouler que la terre où nous vivons et sur laquelle le Bienheureux est descendu. Par une initiative plus hardie — mais aussi, semble-t-il, beaucoup plus rare — l'auteur de la figure 349 n'a pas craint de leur faire escalader le ciel des dieux Tuṣitas pour y adorer le Bodhisattva dès avant sa descente, alors qu'il est encore assis dans son paradis et sur son lotus natals (cf. fig 145 et I, p. 286)

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Il est à peine besoin de souligner à quel point ces simples rapprochements éclairent nombre de bas-reliefs autrement inexplicables. Ainsi seulement devient compréhensible la présence aux côtés du Bodhisattva céleste de la figure 349 au lieu des déjà accoutumés dorants laïques des deux sexes, ou près du Bodhisattva terrestre

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¹ Voir plus bas, p 220

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a b Fig 347 — DONATEURS AVEC GINST AT ON DU BODHISATTVA b INVITATION DU BUDDHA Musée de Calcutta. Provenant le Lor jân Tanga. Hauteur 0 m 2

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Fig 348 — DONATEURS AVEC GINST AT ON DU BODHISATTVA Moulage du Musée de Lahore d'après un original provenant de Cha sadda Hauteur 0 m 25

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de la figure 347 a l'apparition de deux moines alors qu'il ne saurait avoir encore fondé sa Communauté, double exemple d'énigmes qui demeureraient insolubles hors l'hypothèse des donateurs. Mais à vrai dire, l'existence de ceux-ci n'a nullement besoin, pour s'imposer, de cette contre-épreuve si décisive soit-elle. Il suffirait du témoignage de nos yeux. Il ne se peut pas que, par contraste avec l'uniformité des icones, nous n'ayons été frappés de la variété de leurs adorateurs. Visiblement la pierre corrobore les données des inscriptions votives sur la diversité et parfois aussi le nombre des souscripteurs. C'est ainsi que nous rencontrons non seulement des moines et des laïques (fig. 347 *a* et *b*) mais encore, dans le cas d'offrandes faites en famille, « les femmes et les enfants » ou « les frères et les sœurs » associés à la bonne œuvre. De tels groupes familiaux, avec les différences d'âge et de sexe, de types et de costumes qu'ils comportent, se présentent apparemment déjà sur les figures 137, 211, 346 et 349. Celui qui figure sur le soubassement de la figure 77 compte un nombre impair de membres : à qui connaît le goût de nos artistes pour la symétrie, ce seul trait apparaît déjà comme une preuve flagrante de son caractère réaliste et non décoratif. Parmi les sept orants, nous relevons un moine, trois zélateurs laïques, deux femmes et un petit enfant. Sur la figure 348 les membres de la parenté se balancent de façon plus harmonieuse. A la gauche du Bodhisattva se tiennent le père et la mère. La femme qui suit celle-ci est-elle l'aînée des filles ou une sœur ? Le moine qui, de l'autre côté, paraît stimuler la dévotion de son voisin, est-il leur directeur de conscience à tous, ou simplement l'aîné des fils ou encore leur oncle ? Nous ne savons : mais nous pouvons en tout cas compter au moins quatre garçons et deux filles, nombreux espoir d'une pieuse maison. Surtout il nous apparaît clairement que ces gens ont posé devant l'artiste exactement comme ils feraient de nos jours en face de l'objectif du photographe. Ce point acquis légitime nos recherches et justifie notre espoir en leur avenir.

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LES COSTUMES. — Déjà, en ce qui concerne leur aspect extérieur, nous pouvons arriver à une précision assez grande. Les textes énumèrent en effet les diverses pièces qui constituaient le vêtement tandis que les monuments nous apprennent la façon de les draper : libre à nous de contrôler les uns et les autres par l'observation des modes présentes — au moins dans les campagnes ou sur les népligés d'intérieur — restés plus fidèles aux commodes coutumes du passé. Le témoignage de Hiuan tsang se rejoint d'un côté avec celui de Yi-tsing, de l'autre avec ceux de Strabon ou d'Arrien pour confirmer la prédilection des Indiens à l'égard du blanc. Un point hors de conteste est que les deux pièces du vêtement indien n'étaient

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F 349 — DONATEURS ET BODHISATTVA DANS LE CÈLLE TU TAN (cf fig 45) Musée de Lahore n 856 Provenant de Jamal-Garhi Largeur 0m 33

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Rec I p 75 Yi tsing Rec p 67 Arrien Ind ca XVI Geogr xv 1 71 o Strabon fait justement observer que cela est contra re à ce qu'est l'autre part le leur goût pour les etoffes fleur es C'était la couleur des la ques par oppo- sit on à celle des mo es cf plus bas p 318 D vya ad p 160 Burnouf I trod p 180 n 1 et l'éd t d Açoka trouvé à Sârnâth près de Bénarès (Ep gr Ind ca t VIII p 168) Ces léts ls n intéressent d ailleurs pas la sculpture et nous aurons plus d une fo s à déplorer que la pe nture gandhârienne soit perd ue ni taillées ni cousues. On les employait dans leur forme rectangulaire, telles qu'elles sortent du métier. Ce sont celles que nous avons déjà décrites à propos du costume des femmes, le paridhāna (aujourd'hui dhoti) destiné aux membres inférieurs et l'uttarīya qui est le manteau ou châle (chaddar) jeté sur le torse (cf. fig. 350). Non seulement ce sont les mêmes vêtements que l'on voit aux personnages des plus anciens monuments de l'Inde centrale, mais la façon de les draper est souvent très analogue. Sur les jeunes gens de la figure 348 par exemple, le châle se réduit, comme à Barhut¹ aux dimensions d'une simple écharpe (cf. fig. 468, 469) pendant que leur dhoti, arrêtée au genou, forme par devant la même longue pointe, seulement moins artistement empesée à petits plis. Mais, en face d'eux, leur père porte un pagne descendant à mi-jambe (ἐπὶ μέσην τὴν κνήμην, comme dit fort bien Arrien) et un manteau assez ample pour envelopper au besoin tout le torse. C'est ce costume qui, comme nous le verrons, deviendra la règle pour les personnages de distinction que figurent nos statues, mais déjà nous le trouvons également porté par les deux marchands de la figure 440 et les chefs de famille de nos figures 345 et 349. A y regarder de plus près, on constate d'ailleurs, au moins sur les figures 346 et 348, que ni les bras ni l'épaule droite de ces personnages ne sont nus non plus que ceux de leurs compagnes, et il en faut conclure que dans la caste moyenne du Gandhāra, les hommes ne partageaient pas seulement avec les femmes les deux vêtements traditionnels de l'Inde, mais qu'ils leur empruntaient encore à l'occasion — sans doute pour l'hiver — le port d'une troisième pièce d'habillement qui nous est déjà apparue comme spéciale au Nord-Ouest, la tunique à manches².

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¹ Barhut pl. XXI XXII

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² Remarquons incidemment que par une exception à notre connaissance unique et qui ne s'explique que par la contamination du motif des donateurs, l'auteur de la figure 479 a été également cette sorte de veste à un dieu indien dans l'espèce à Indra.

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Cette dernière se voit à plein, avec ses larges pans coupés droit au dessus du genou sur la gauche de la figure 346 et les figures 351-353, et comme le personnage qui l'a endossée a enfilé en même temps une paire de pantalons il en résulte qu'il est vêtu d'une façon beaucoup plus voisine de nos habitudes européennes. Tou

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Fig 350 352 — Costumes de donateurs de et b re res

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F 350 Mus e de Calcu a Ha en om 55

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Fg 351 Mus mf Folke ku de B hn H u er on 9

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Fg 352 B h M s n Lo d es Hauteur o 95

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tefois nous n'avons pas à demander aux Gaulois ni aux Germains le secret de cet accoutrement. En leur qualité de grands voyageurs les pèlerins chinois n'ignorent pas que, s'il est totalement étranger à l'Inde il est fort répandu dans l'Asie occidentale et centrale. Tracez nous dit Yi-tsing¹ suivant la direction de l'Himalaya une ligne partant du Kaçmîr et traversant tout le continent jusqu'à la mer de Chine : au Sud de cette limite idéale, on s'habille en principe, sur la terre ferme et dans les îles¹, avec les deux vêtements non ajustés que nous avons décrits ci-dessus; mais à l'Ouest, en Perse, et au Nord, dans le Tibet, la Kachgarie et tout le Turkestan, « comme ces pays sont froids »², les gens portent toujours la blouse et la culotte ». C'est ce que confirment, pour l'époque dont nous nous occupons, aussi bien le costume des rois « indoscythes » sur leurs monnaies et de Kaniṣka sur la statue récemment découverte à Mathurâ, que celui de telle figurine de terre cuite trouvée autour de Khotan (fig. 527). Qu'il y eût déjà des gens de la Haute-Asie installés au Gandhâra, alors que florissait l'école gréco-bouddhique, c'est ce dont historiquement nous ne pouvons douter, non plus que de la conversion générale de ces envahisseurs au Bouddhisme. Nous ne saurions donc être surpris que leur costume apparaisse sporadiquement sur nos sculptures et soit notamment prêté à plus d'un donateur. Lors même que le caprice de l'artiste l'attribue, pour l'amour de la variété, à quelque héros de la légende, nous croyons le plus souvent entrevoir, au fond de cette fantaisie, quelque apparence de raison. Par exemple quand nous avons rencontré, ainsi figuré sous l'aspect d'un conquérant étranger, l'un des nobles prétendants aux reliques du Maître (fig. 294), il nous a semblé saisir dans ce trait une allusion au « roi du pays-frontière de l'Udyâna », qui passait dans la tradition locale pour en avoir obtenu sa part; et sur la figure 295, les chameaux ne nous avaient pas paru une monture moins bien appropriée à son voyage de retour (cf. I, p. 594). Du moins faut-il retenir le caractère nettement exotique de cet habillement comme de cet équipage: il est hors de doute qu'aux yeux des Indiens les braies suffisaient à dénoncer un *Mleccha*, exactement comme pour les Grecs ou les Romains elles dénotaient immédiatement un «Barbare».

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¹ Sauf naturellement celles des « indigènes nus », dans le golfe de Bengale.

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² Telle est aussi la raison pour laquelle on portait parfois, par-dessus le tout, une sorte de pelisse de fourrure, ainsi qu'il est clairement visible sur la figure 352. N'oublions pas non plus les lourdes bottes qui complètent ce costume.

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FIG 35 — ROI EN COSTUME BARBARE (PREMIÈRE MÉDITATION ?) Musée de Lahore, n° 105 Hauteur 0m 34

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LES TYPES — D'autres traits soulignent encore à l'occasion l'allure étrangère de certains personnages Tel est le cas de celui qui se tient debout à la droite du Bodhisattva¹ sur un curieux basrelief de Lahore (fig 353) Le tableau est malheureusement trop fragmentaire pour que nous puissions l'identifier avec sûreté, mais nous inclinerions à y reconnaître une « Première méditation » conçue selon la formule du *Buddha carita*, avec l'adjonction d'un moine, (cf I, p 341) Dans ce cas ce serait à Çuddhodana que l'artiste aurait ainsi imaginé de donner l'apparence d'un monarque « indo scythe » Ce qui est sûr, c'est que cette indéniable ressemblance est encore accentuée par la haute tiare pointue, qu'il lui prête après l'avoir empruntée à Vasudêva (pl V, 15 et 17) Mais il ne faudrait pas croire que cette sorte de bonnet persan — ou, comme nous disons, phrygien — fut toujours exécuté en joaillerie et exclusivement réservé aux rois Nous le retrouvons, fait de simple étoffe, sur des têtes détachées du musée de Lahore ou de Mathurâ (fig 354, 493), où il semble bien que le seul souci de figurer exactement quelque type réel de donateur ait guidé le ciseau ou l'ébauchoir de l'artiste(1) Une autre mode d'origine étrangère consiste dans le port de la moustache (cf fig 355 357, etc) d'occurrence fréquente au Gandhâra, au point qu'elle persiste parfois à se montrer jusque sur la lèvre supérieure du Buddha (cf fig 189, 210, 212, 326, etc), elle n'en contraste que mieux avec les faces toujours glabres des laïques de l'Inde centrale Quant à la barbe, lorsqu'elle décore le menton de simples mortels, elle paraît être restée dans le Nord Ouest, comme dans le reste de la péninsule, l'attribut spécial des ascètes brahmaniques(2) C'est peut être pour complaire sur ce point aux habitudes de ses sujets cis himalayens que Huviska a coupé le bouc hirsute de ses pères et se présente sur ses monnaies complètement rasé (pl V, 11), mais, d'autre part il faut admettre que les Gandhâriens, ou du moins les plus fashionables d'entre eux, s'étaient

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¹ Sur la gauche de *A V I*, pl 139 a on relève deux personnages analogues et semblant également offrir de la nourriture mais cette fois au Buddha Nous avons déjà cru y reconnaître une variante de l'of-frande de Trapusa et Bhallika (I p 415) L'artiste aurait il ainsi figuré les deux premiers fidèles laïques pour souligner leur caractère nomade et leur provenance lointaine? Ou serait-ce qu'il aurait en

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tendu le nom du second defigure en Ballika = Bactrien?
(1) On retrouve la même coiffure a Ajanta (p 430 pl 5 fig 9) — Sur Rohl cf A S I, t XIV p 24 et pl XIV

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(2) Cf plus bas p 255 et suiv La reserve faite sur les toures l'artues de saksas que nous avons déjà renc otre et dont le caractère exceptionnel autant que classique n'est plus à démontrer déjà plu à copier, en ce qui concerne la moustache, la mode de leurs satrapes parthes (¹) (fig. 368 et pl. IV, 17 et 19).

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¹ Cf. P. GARDNER, Cat, d'une part pl XXVII, 9 et XXVIII, 9; d'autre part pl XV, 11 et XXIV, 7

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Fig 354 357 — Types étrangers (*)

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Fig 354 Musée de Lahore n° 166 Provenant de Rokhari Hauteur 0m 31

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Fig 355 Musée de Lahore, n° 175 Provenant de Rokhari Hauteur 0m 23

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Fig 356-357 Musée du Louvre, n° 98 et 99 Provenant de Shahba Garhi Hauteur 0m 07

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En revanche, il ne semble pas que nous devions chercher quelque influence occidentale dans le fait que la plupart de nos upāsaka de type indien gardent la tête nue : nous verrions plutôt dans cet usage une marque de la relative humilité de leur position sociale. Rares sont ceux qui arborent le turban de cérémonie, et plus rares encore ceux qui le conservent au complet (cf. fig. 359). Pour les princes eux-mêmes, c'était là une coiffure de ville et non d'appartement (²). Aussi Hiuan-tsang a-t-il cru pouvoir énoncer cette règle générale que les Indiens « portent un petit nœud de cheveux sur le sommet de la tête et laissent pendre le reste ». C'est justement à cette mèche relevée sur le haut du crâne que se reconnaissent toujours les Hindous : et, si ceux d'aujourd'hui rasent volontiers le reste de leur chevelure, la remarque de Hiuan-tsang fournit une description fort exacte de celle de nos vieux donateurs, là du moins où le détail s'en laisse apercevoir d'une façon distincte (fig. 346 et 358). On verra non moins clairement sur tels fragments de Lahore (fig. 355) ou du Louvre (fig. 356-357) comment, chez d'autres, les cheveux étaient coupés en rond sur le front et tout autour de la tête, avec ou sans chignon (cf. fig. 348). On notera par ailleurs que les paysans (fig. 175 et 197) ne sont pas autrement coiffés. De quelque point de vue qu'on l'envisage, la classe où se recrutent nos donateurs s'étend bien sur toute la zone intermédiaire entre les petites gens et les grands seigneurs; ainsi s'explique l'extrême variété de leurs types, tant pimpants que modestes, tant indigènes qu'immigrés.

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² Nous reviendrons plus bas (p 186), à propos des hautes castes, sur le détail de toutes ces questions.

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De cette constatation il résulte d'abord que nous avons à présent toutes raisons de ranger dans cette catégorie l'immense majorité des têtes en mortier de chaux que les fouilles nous ont rendues, et dont le caractère extraordinairement vivant n'a pu manquer de nous frapper Il en découle encore, par voie de conséquence, que ce serait ici le lieu de traiter, si elle était mûre, la question du naturalisme dans l'école du Gandhâra car c'est justement à ces pittoresques documents qu'il faudra quelque jour

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[Figure: FIG 358 359 TYPES INDIENS Fig. 358 Musée de Calcutta, P 11 Provenant de Peshawar Hauteur 0m 15 Fig. 359 Musée du Louvre, n° 72 Provenant de Shahbâ Garhî Hauteur 0m 17]

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demander les éléments de cette étude Evidemment l'emploi d'une matière plus facile à travailler avait, comme il arrive toujours, donné naissance à une forme plus souple et plus libre de la plastique Sur ces têtes, si hardiment modelées, la gamme des expressions et des physionomies est, il va de soi, infinie, et c'est à peine si nos nombreuses reproductions en peuvent donner un faible aperçu¹ Par en bas, elle confine à la caricature nous avons aussi bien pu ranger à côté des parias et des démons de notre précédent chapitre les figures 311-312, l'une à cause de sa bouche largement ouverte, l'autre à cause de son gros nez épaté. Nous nous élevons d'un degré avec les faces si évidemment sincères et conformes à la nature des figures 354-359. Plus haut encore, il semble que nous touchions aux limites de l'idéalisation (fig. 360-363) : mais jamais les plus esthétiques de ces essais ne nous donnent l'impression du stéréotypé et du convenu. Tout apprêt est banni de l'air bon enfant de la figure 360, sinon des torsades de sa chevelure. Le fin profil de la figure 361, avec son nez légèrement aquilin, n'a rien d'académique. Sur les figures 362-363, la grâce légère des papillottes, pressées ou non d'une bandelette, s'unit à la longueur des yeux et à la lourdeur tout orientale de la paupière pour donner une nouvelle saveur aux types en apparence les plus classiques. Et sur la plupart de ces visages flotte un sourire, comme si l'artiste les avait créés en se jouant.

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¹ Cf J I f f, 1858 pl 27

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¹ Cf A. GRÜNWEDEL, Idikutschari, Desert Cathay, fig 270-272, Mission pl I, IV, XV, XIX XX, M. A. STEIN, PELLIOT, dans la revue de l'Art deco-Ancient Khotan, pl LXXXI-LXXXV et ratif, août 1910, p 49, etc

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A ces remarques trop générales se borne pour l'instant tout ce que nous voyons d'essentiel à noter sur les figures « réalistes » du Gandhâra. Mais bientôt celles-ci ne manqueront pas de s'animer encore davantage par la comparaison avec les nombreuses têtes de même nature, récemment exhumées au Turkestan, et dont le moins qu'on puisse dire est qu'elles leur ressemblent comme des sœurs(1). Un seul trait, à vrai dire, les différencie de façon constante : tandis qu'au Gandhâra l'œil reste toujours profondément enfoncé sous l'arcade sourcilière, à la façon indo-européenne, dans toute l'Asie centrale il affleure le visage, à la mongole, si même il ne proémine pas légèrement. Sans doute cette divergence a pu aller en s'accentuant pour une raison technique : nous faisons allusion à la facilité avec laquelle ces faces aux lignes molles et empâtées, sans creux ni saillies, se prêtaient à une exécution mécanique au moyen d'un seul moule; et nous savons en effet que ce procédé, peu employé au Gandhâra où la main-d'œuvre artistique n'était pas rare (cf. I, p. 196), était au contraire devenu courant dans la Sérinde. Mais, la part de ces contingences matérielles une fois faite, il n'en reste pas moins que sous cette différence de facture se décèle une déviation du sens esthétique, régie à son tour par une dissimilarité de race. Cette première constatation n'est pas pour diminuer la valeur ethnographique que nous nous plaisons à attribuer à ces modelages, ni l'espoir des bénéfices que l'on pourra tirer un jour de leur comparaison avec les productions gréco-bouddhiques de l'Asie centrale.

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F g 360 363 — TYPES IDÉALISÉS

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F g 360-361 Musée du Louvre n 87 et 88 Provenant de Shahbâ-Garhi

v2.c14.s2.t1.48

Il te ra o 16 et o 11

v2.c14.s2.t1.49

F u 362-363 Musée du Louvre n 89 et 90 Provenant de Shahbâ Garh

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Hauteurs 0 m 10 et 0 m 08

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