L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v2.c14.s4: Chapitre XIII. Les hors caste
L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v2.c14.s4
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- French
Contents
- v2.c14.s4.t1 § I. Les religieux — 96 parts
- v2.c14.s4.t2 § II. Le type du Buddha — 129 parts
- v2.c14.s4.t3 § III. Les divers Buddhas — 49 parts
Chapitre XIII. Les hors caste
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Après les gens de basse, de moyenne et de haute caste, il reste encore à étudier — pour terminer la revue de la société indienne et de la mythologie bouddhique, et épuiser du même coup l'œuvre de l'école du Gandhâra — ceux que leurs prétentions à une vie morale plus élevée avaient séparés du commun de l'humanité et jetés hors du système des castes(1) Placés au-dessus, mais aussi en marge de l'organisme social, l'existence quotidienne de ces moines errants et mendiants comportait un singulier mélange de grandeur et de bassesse(2) A la fois saintet-impurs, tantôt combles d'honneurs et tantôt abreuvés d'outrages, ici vénérés à l'égal des dieux et là méprisés comme des vagabonds, ils n'ont de recours, au milieu de toutes ces vicissitudes, qu'en leur absolu détachement des choses d'ici-bas Les rois se prosternent à leurs pieds, mais les passeurs leur refusent l'accès de leur bac(3) Leur présence est sans doute une grande bénédiction à bord d'un navire, mais en cas de tempête ce sont eux que l'équipage insiste pour jeter d'abord à la mer(4) Les fidèles les invitent à l'envi, mais, s'ils les servent pieusement à table, les plus modestes de leurs hôtes se gardent bien de manger avec eux, sous peine de déchéance Ils leur confient leurs secrets et les consultent en toute circonstance, aussi bien sur leurs affaires de famille que sur des questions de métaphysique, mais ils ne sauraient leur prêter un bol que sous peine d'avoir à le briser ensuite comme irrémédiablement souillé et telle est la raison pratique de
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¹ Cf t II p 6
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² Le Sama na phala sutta (trad RAYS DAVIDS Dialogues, part I p 56) œuvre de propagande ne fait naturellement ressortir que les beaux côtés de la vie religieuse Ainsi que l'aurait dit le Jina (cf ROCKHILL Life, 1907 p 250) celle-ci comporte à la fois «obtention et non obtention (d'aumônes) plaisir et peine honneur et opprobre»
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³ L'aventure est arrivée au Buddha lui-même (Lalita vistara, él p 407, tral p 339)
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⁴ Fa hien lui même éprouvé (tral BEAL p lxxxi), cf Sangharakshita dana dans Divyae, p 332 ou l'histoire est arrangée de façon édifiante Ce préjugé contre la présence des religieux à bord subsiste ainsi que nous avons pu le constater chez nos matelots
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[Figure: FIG 430 431 — NOTICES BRAHMANIQUES Fig 430 Musée de Lahore n° 2004 Provenant de Sikri Hauteur 0 m 36 Fig 431 Musée du Louvre n° 33 Provenant le Sret Hauteur 0 m 23]
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l'immémoriale nécessité pour l'ascète, qui ne possède plus rien, de posséder en propre un vase où recevoir les aumônes(1) C'est qu'en effet, quel qu'ait été jadis leur rang du temps où ils vivaient dans le monde, les religieux ont renoncé à leur statut social En un sens, ces çramaṇa, comme on les appelle, sont une sorte de parias supérieurs, parce que volontaires. Encore comptaient-ils parfois dans leurs rangs jusqu'à des parias de naissance, au grand scandale des gens de condition(1). Tels quels, ils n'en jouissaient pas moins à cause de leur renoncement, réel ou supposé, d'un prestige considérable sur l'âme populaire. Ils en jouissent toujours. Comme au temps de Mégasthène (vers 300 av. J.-G), « Brahmanes et Çramanes(2) » continuent à se partager la direction religieuse de l'Inde, et, autre trait commun, à vivre de la générosité des fidèles; et toujours, comme il est humain, entre ces deux catégories de médecins des âmes subsiste une rivalité avouée — assez analogue, toutes proportions gardées, à celle qui existerait, dit on, sourdement en Europe entre nos clergés séculier et régulier. Mais en dépit, ou plutôt à raison de cette rivalité même les textes associent constamment, dans une expression toute faite, « brāhmaṇas » et « çramaṇas » : et c'est ainsi que nous nous trouvons devoir parler, à la fois et sous le même titre, des membres de la caste suprême et des « hors caste ».
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¹ Cf plus haut t I p 416
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Ce qui vient compliquer encore la question, c'est que, si les çramanes pouvaient théoriquement se recruter dans toutes les classes, les brahmanes de leur côté exerçaient en fait toutes les professions. Mais il est à croire que ceux de ces derniers qui étaient ainsi restés dans le monde et qui, d'après les récits du Jātaka, faisaient pour vivre n'importe quel métier, depuis celui de ministre jusqu'à celui de brigand, s'habillaient tout naturellement de la manière la plus appropriée à leurs occupations, aux champs comme à la ville. Les seuls que nous ayons à retenir ici, à cause de leur extérieur caractéristique, ce sont ceux que nous avons déjà appelés les brahmanes « professionnels »(3) — autrement dit demeurés fidèles à leur nom, et poursuivant l'idéal de vie auquel les prédestinait leur naissance Par là même qu'ils s'absorbent ou affectent de s'absorber dans l'unique préoccupation des choses eternelles, ils s'en remettent à la charité populaire du soin de pourvoir à leurs besoins maté
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¹ Cf plus haut, t I, p 501-502
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² Strabon, xv, 1, 59 et suiv Toutefois la supériorité des Brahmanes est déjà chose reconnue τοὺς μὲν οὖν βραχμᾶνας εὐδοκιμεῖν μᾶλλον.
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³ Cf t I, p 297.
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[Figure: FIG 639 — JATAKAS OU DES SEIZE PIRIYAVAS. Musée de Péshawar n 225; Provenant de Takht-i-Bahaï (1908). Cf A S I Annual Report 1908-909 pl XLIII b]
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riels, d'ailleurs modestes et aisés à satisfaire sous ce climat l'Inde a toujours trouvé cette sorte de division du travail parfaitement légitime Encore y a-t il pour eux plusieurs façons de se consacrer à la religion, soit qu'ils se bornent à user du privilège héréditaire de servir d’intermédiaire entre les dieux et les hommes et officient comme chapelains (purohita) pour le compte du roi ou de ses sujets; soit qu’ils se fassent anachorètes des bois (vana-prastha(1)) et se retirent pour mener au fond des ermitages une vie de macérations et d’études; soit enfin que, dans un esprit de renoncement encore plus sublime, ne gardant même plus un toit pour abriter leur tête, ils courent les grands chemins en qualité de parivrajaka. Dans ce dernier cas, il est bien clair qu’ils donnent l’exemple aux çamanes eux-mêmes. Quelque part que les autres classes, et notamment celle des ksatriya, aient prise au mouvement qui poussait alors les « fils de famille » vers les ordres monastiques, nobles et bourgeois ne font qu’entrer dans une carrière où les brahmanes les avaient déjà précédés. Les Bouddhistes sont les premiers à proclamer cette priorité dans toute leur phraséologie: C’est par le mot de pravrajya qu’ils désignent leur propre ordination, et par celui de brahmacarya l’observance de leurs vœux de châsteté et de pauvreté; et même après qu’ils se sont approprié le vieux terme de bhiksu et ont créé leur modèle du saint arhat, le nom de brahmane reste pour eux l’expression la plus haute du religieux idéal (2). Entre le parivrajaka et le bhiksu, l’« errant » et le « mendiant », qui d’ailleurs étaient tous deux et à la fois l’un et l’autre, il n’y avait évidemment qu’une ligne de démarcation plus théorique que pratique. Aussi ne faudrait-il pas ranger ici sous la rubrique brahmana tous les religieux qui sont brahmanes par la naissance, car on comptait nombre de ces derniers parmi les disciples du Buddha, à commencer par les deux plus grands Nos textes entendent seulement ceux qui, nés dans la caste brahmanique, persistaient en outre et avant tout à se réclamer de l’autorité des « Trois Vêdas », et; subsidiairement, continuaient soit à pratiquer quelques rites tels que l’entretien du feu sacré, resté cher aux anachorètes, soit à observer dans leur nourriture et jusque dans leurs quêtes les règles cérémonielles de la pureté(1)
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¹ Ce sont les « brâhmanes » de Mégasthène, dans STRABON, xv, 1, 60
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² Cf RH DAVIDS, Dialogues, part I, p 139-140, et Dhammapada, ch 26
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Les çramanes, qu'ils fussent ou non brahmanes d'origine, s'étaient au contraire affranchis de ces derniers liens aucune autorité révélée ne pesait sur leurs consciences, aucune pratique ne les assujettissait, aucun préjugé social ne venait troubler l'absolue égalité des disciples au sein de la communauté, à la différence d'ancienneté près, ni leur parfaite équanimité à l'égard des
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FIG 133 — LA PROPOSITION DE MIRANDIKA Musée de Peshawar Provenant de Sahri Bahlol (1907) Cf ASI Ann Rep 1906 907 pl XXXI b
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diverses castes(2) Leurs représentants les plus notables sont naturellement pour nous ceux que les non croyants appelaient le « Çramana Gautama », c'est à dire le Buddha, et les « Çramanas disciples du fils des Çakyas », c'est-à-dire les moines bouddhistes Mais il ne faudrait pas que leur importance éblouit nos yeux jusqu'à les aveugler sur l'existence de bien d'autres sectes, leurs contemporaines Deux au moins d'entre elles nous sont attestées historiquement Celle des Âjīvakas(3) partage avec les bouddhistes, sur les édits d'Açoka, le bénéfice des donations royales. Quant à celle des Nirgranthas ou Jaïns, elle fleurit encore dans l'Inde et nous a conservé avec ses livres saints les titres de son ancienneté. Les textes bouddhiques n'y apportent aucune bonne grâce, mais enfin ils les citent et avec elles quatre autres, dont une aurait eu pour chef ce Sañjaya qui serait mort de rage en voyant passer au Buddha ses deux grands disciples(1), et une autre ce Pûrana Kâçyapa, dont l'ignominieux suicide conclut dans le Divyâvadâna(2) le récit du « Grand Miracle » de Çrâvastî. Aussi bien nous avons eu plus haut un aperçu du genre de machinations et de calomnies que les bouddhistes prêtent si libéralement à leurs envieux rivaux(3). Mais nous pouvons ajouter sans crainte qu'il n'y avait pas dans l'Inde, outre le Buddha, que ces six docteurs « à croire tout savoir et à ne pas savoir grand'chose(4) ». Tout au plus étaient-ils à la tête des groupements les plus importants et par suite les plus capables de disputer à la communauté du Maître la faveur des peuples et des rois Le nombre de ces « sophistes », comme les ont tout de suite appelés les Grecs, était non moins indéfini que l'étrange variété de leurs doctrines et de leurs pratiques(5) mais il serait hors de saison d'entrer à leur propos dans un détail où nous sommes sûrs d'avance que nous ne serions pas suivis par nos sculpteurs
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¹ Cf BAUDHÂYANA II 10 18 4 5 et MANU VI notamment st 5 9 27 etc
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² Cf t. I p 500
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³ Voir HOERNLE sub verbo, dans Ency- clopedy of Religion and Ethics et D R BHANDARKAR dans Ind Ant déc. 1912
§ I. Les religieux
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Il existe au musée de Lakhnau et l'on vend couramment dans l'Inde des collections de statuettes modernes, en argile peinte,
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(1) Mahavagga, 1, 23-24, BEAL, Rom Legend, p 330, etc
(2) P 165, trad dans E BERNOUF, Introd, p 187 — Comme «autres Tirthyas» le Lotus de la Bonne Loi ne cite que les «Carakas, Parivrâjakas, Ajivakas et Nirgranthas» (ed, p 276, 1 2 et 3, trad, p 167-168)
(3) Cf t I, p 527-534
(4) Divyavadana, p 149, 1 10
(5) Cf Kassapa-Sihanada-Sutta, trad dans RHYS DAVIDS, Dialogues, part I p 227 et suiv, et Lalita-vistara, éd, p 248-250, trad, p 214 216, où l'on trouvera une liste détaillée des observances les plus extravagantes.
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FIG. 435. — SCÈNES DIVERSES (cf. fig. 74).
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a. La première méditation du Bodhisattva [1] (cf. fig. 353); b. La proposition de Mâkandika (cf. fig. 433); c. L'intervention d'Ânanda [1] (cf. fig. 433); d. L'invitation de Çrigupta (cf. fig. 262) ou Le retour à Kapilavastu (cf. fig. 231); e. L'instigation du Bodhisattva [1].
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Musée de Lahore, n° 309. Provenant de Karamâr. Hauteur . 0 m. 85.
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représentant d'après nature les diverses catégories de castes ou de professions. Dans le nombre figure en bonne place celle des sādhu, les « gens de bien », ainsi qu'on appelle par une généralisation peut-être excessive tous les religieux hindous actuels¹. Or telle est encore la multiplicité des sectes, et leur diversité se reflète si bien dans la bizarrerie des accoutrements, qu'une cinquantaine de spécimens ne suffirait pas à épuiser les types de cette seule série. On n'en demandera pas tant, pour ce qui est du début de notre ère, aux artistes du Gandhāra, et on leur sera déjà fort reconnaissant d'apporter, au milieu d'une si inextricable confusion, le plus petit contingent d'images précises. A prendre comme eux les choses en gros, nous avons déjà vu de quelle manière les documents écrits les présentent : aux laïques s'opposent les clercs; ceux-ci à leur tour se partagent entre brahmanes et çramanes : enfin, parmi ces derniers les Tirthyas font un vif contraste avec les bouddhistes. De ceux-ci, les bas reliefs nous en montrent à foison. Nous ne saurions donc mieux faire que d'essayer, pour commencer, d'identifier quelques représentations sûres de moines hétérodoxes ou d'ascètes brahmaniques. Le peu que nous en trouverons sera une nouvelle contribution de l'école à l'élucidation des vieux us et coutumes de l'Inde du Nord.
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¹ On sait que le nom de fakir, par lequel les désignent couramment les Européens, devrait être réservé aux religieux musulmans
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LES ASCÈTES BRAHMANIQUES. — En fait de brahmanes, il semble logique de débuter par celui qui est, si l'on peut dire, la graine de tous les autres, à savoir le jeune étudiant ou novice (brahmacārin ou māṇava). Les bas-reliefs ont eu de fréquentes occasions de nous le montrer. Tantôt c'est un être surnaturel qui en revêt incidemment la forme, tel Indra lors de l'entrée solennelle à Rājagṛiha (fig. 229-230)² ou le Nāga Êlāpatra, lors de sa visite au Bienheu-
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² Nous pensons, à présent, qu'il faut y joindre la fig. 256 b (cf I, p 520). la stèle en question a justement pour dessein de réunir différents miracles qui tous ont ce caractère commun de s'être passés à Rājagṛiha ou dans le voisinage
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eux (fig 251 a), tantôt, personnages réels, ils se meuvent dans leur milieu naturel, celui des ermitages, sylvestres conservatoires de la tradition védique, où vivent leurs austères précepteurs (fig 43, 224-225) et parfois, comme dans le cas de Çyâma, leurs vieux parents (fig 142-143) Mais le type accompli du genre nous
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[Figure: Fig 435 — Kiçtapa d Uretilvi Musee du Louvre n° 41 Provenant de Sâhbâ Garli Hauteur 0m 14]
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est avant tout présenté par le Bodhisattva en personne, au temps lointain où il reçut la prédiction de Dipankara (fig 139-141) Sur deux fragments, sans doute détachés de deux des si fréquentes répliques de cette scène (fig 430-431), on relèvera encore plus nettement les signes caractéristiques de son état ses longs cheveux en partie noués sur le sommet de la tête et en partie flottant sur ses épaules, le cordon brahmanique qui passe de son épaule gauche sous son aisselle droite; et enfin — et surtout — à chaque fois que les nécessités scéniques n'en ont pas disposé autrement, le *kamaṇḍalu* ou vase à eau qu'il tient dans sa main gauche¹. C'est là en effet l'attribut par excellence de l'ascète brahmanique, toujours soucieux de la pureté de sa boisson. Il a déjà suffi à nous faire reconnaître sur la figure 151 le neveu d'Asita, Naradatta, malgré ses courtes boucles, et aussi, en dépit de son attitude incorrecte, le jeune brahmane qui tenta l'entreprise impossible de mesurer le Buddha (fig. 256 *c*). Nous ne faisions donc bien qu'entrer dans les intentions de l'école quand tout à l'heure sa seule vue nous ouvrait des horizons sur la vocation religieuse de Siddhârtha ou la future naissance brahmanique de Maitrêya².
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¹ Comparez la description qu'en donne l'*Atharva veda*, XI, 5, 3 et 6 Sur la figure 430 on reconnaît particulièrement bien la peau d'antilope noire (ajina) qui formait son costume consacré
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² Cf t. II, p 218 et 226
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Que deviendra cependant, à supposer qu'il embrasse la carrière religieuse, ce jeune et intéressant *māṇava*? Sera-t-il un *purohita*, tout occupé de sacrifices, d'augures ou d'horoscopes? Ou un anachorète des bois, uniquement féru d'austérités et d'études védiques? Ou le prêcheur vagabond de quelque nouvelle et subtile doctrine? Quelque choix qu'il fasse ou que la destinée fasse pour lui, nos sculpteurs ne semblent guère avoir à son usage qu'un seul et même type. A l'exception du fantaisiste auteur de la figure 151, à qui son habileté technique permet d'en prendre à son aise avec les clichés traditionnels, tous s'accordent à composer leurs brahmanes selon la même formule stéréotypée. Qui en a vu un, les a tous vus. Le trait le plus caractéristique est sans doute leur gros chignon (*jaṭā*). Les textes bouddhiques savent comme nous que «l'habit ne fait pas le moine»; ils croient devoir nous avertir en outre que «la *jaṭā* ne fait pas le brahmane»³. — Évidemment; mais, tout de même, sur les sculptures elle sert à les identifier. Ajoutez d'ordinaite à ce gros tour de cheveux une longue barbe, un vêtement plutôt sommaire et d'où toute parure est bannie, enfin dans les mains un vase à eau et, si possible, un bâton. C'est ainsi que l'école représente aussi bien les astrologues de cour que le ṛiṣi Asita¹ (fig. 150 et 160-161), les descendants de Bhṛigu que les précepteurs du Bienheureux (fig. 189-191), ou encore ce fameux Droṇa à qui échut l'honneur de partager les saintes reliques (fig. 292-294; le cordon brahmanique est nettement visible sur cette dernière figure).
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³ *Dhammapada*, st 9-10 (cf. *Jataka*, n° 514) et st 393-394.
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¹ Si sur la figure 151 Asita est, contre l'ordinaire, imberbe, noter en revanche le type exceptionnellement barbu du Brahmâ de la figure 155 Au sujet du mode de représentation des ṛiṣi voyez encore plus bas, p 258, n 6, et 266, n 2, et cf fig 438
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Tous ces personnages sont déjà identifiés : les découvertes récentes de Takht-i-Bahaï (1908) ont fourni à M. D. B. Spooner quelques spécimens nouveaux et d'un travail si fin que nous ne pouvons résister à la tentation de les reproduire (fig. 432). La scène était évidemment conçue sur le modèle de celle de la visite d'Indra (fig. 246) : mais ici les comparses qui s'approchent du Buddha, assis dans le même paysage de rochers hanté d'animaux de la jungle et de divinités gardiennes, sont des ascètes brahmaniques, tous parfaitement conformes au signalement que nous venons de donner. L'un d'eux, accroupi à la gauche du Maître, semble même déjà entré en conversation avec lui. Or si l'on fait, comme il est de règle, passer l'axe de la composition par le milieu du corps du Bienheureux, personnage central, on comptera à droite de cette ligne les figures plus ou moins mutilées ou du moins les vestiges (notamment les pieds) de huit brahmanes. Celui qui subsiste encore sur la gauche indique suffisamment à quiconque est au courant des habitudes de l'école et de sa manie de symétrie, que huit autres devaient se tenir de l'autre côté². Seize brahmanes, c'est un chiffre ; c'est même un chiffre connu Les visiteurs du Bienheureux sont visiblement les « seize Po-lo-yen » du Sutralankara, « dans le cœur desquels il y avait des doutes difficiles à résoudre ». Ils composent la Pârâyanal a-samiti, la « réunion des Pârâyanas » du Mahavamsa et représentent les seize brahmanes questionneurs du vieux Sutta nipâta (1). Par surcroît ils sont rendus d'une façon véritablement admirable.
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² On a d'ailleurs retrouvé et rapproché depuis la partie gauche de la pierre On remarquera que l'analogie avec le thème plastique de la visite d'Indra va jusqu'à introduire également Pāñcika sur la partie supérieure droite de la fig 432 (cf plus haut, p 193 n 4)
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² Cf t I p 328 et t II p 74 n 3 Quant à la seconde femme debout au premier plan le kanandalu à la main et les oreilles le col les bras les chevilles libres de tout bijou elle nous offrirait
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Ce type uniforme revêt ainsi des personnages de noms fort variés. Sur la figure 168, comme nous en avons déjà fait la remarque, puisque c'est bien le Bodhisattva qui occupait le milieu du panneau (cf fig 460), le brahmane ne peut guère être que le chapelain du roi Çuddhodana amenant la fiancée (2). Si c'était au contraire le Buddha que nous eussions dû restituer par la pensée au centre de la composition, nous aurions eu affaire au parurâjala Mâkandika (3) offrant au Bienheureux sa fille Anupamâ. Or tel est justement le cas sur deux scènes complètes, dont l'une est nouvelle (fig 433) et dont l'autre (fig 434 b) nous avait échappé. Ces répliques prouvent la popularité du motif et l'on conçoit aisément que le détachement du Maître, refusant une aussi belle fille, pût faire l'édification des fidèles. Quant à l'acte inconsidéré du père, le texte l'explique par la beauté personnelle du Buddha, seul pareil à la « Sans-pareille », mais il n'en restait pas moins incompréhensible si l'on ne savait d'autre part que la coutume s'était perpétuée chez certaines sectes Vaisnavas de réserver à leurs chefs religieux les prémices de leurs filles (4). Son geste est d'ailleurs des plus explicites tenant sa fille de la main gauche il lève de la droite son vase à eau pour le rite de l'aspersion des mains dont toute donation régulière s'accompagne(1) Mais tandis que sur la figure 434 b il a le gros tour de cheveux et la barbe, il n'est caractérisé sur la figure 433 que par le nœud de son chignon.
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¹ Sutralankara trad Ed HUBER p 905 (les Po-lo-yen ont été déjà identifiés par M Sylvain LEVI J A jul aout 1908 p 117) Mahavamsa xxx 80 Sutta-pata v (ed p 179 209 trad p 184 213)
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³ une spécn en unique à notre connaissance mais infiniment vraisemblable de parivrajaka ou religieuse brahmanique
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⁴ Dans le Divyavada a p 515 et suiv Mâkandika semble un nom propre mais Mâgandika ou Mâgandika serait d'après l'Avadana-Çataka un nom de secte (voir les références données plus bas p 260 n 2) A BERTHE Œuvres I p 205 — Peut-être faut il rappeler également à c
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Dans ces conditions, il paraît décidément vain de vouloir établir une distinction entre un modèle de brāhmaṇa imberbe, qui serait celui des chapelains de cour, et un autre barbu qui serait plus spécialement réservé aux ascètes sortis du monde Purohita ou parivrājaka, c'est décidément tout un pour nos sculpteurs et ils ne s'embarrassent pas de ces nuances C'est à peine si lors de la conversion des trois Kāśyapas, ils forcent un peu les dimensions du chignon qui valait à cette catégorie d'ermites leur surnom de « Jaṭila » (fig 43-44, 223-226 *257 a) En somme le seul type un peu caractérisé qu'ils aient réussi à créer, sans doute avec la collaboration de l'imagination populaire, est celui de l'aîné de ces trois frères Deux frag
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[Figure: Fig 436 — MÊME PERSONNAGE Musée de Lahore n 604 Provenant de Shāh-kī-Ḍherī (?). Haut eur 0 m 90]
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ments, l'un du Louvre (fig. 435), l'autre de Lahore (fig. 436) nous en rendent bien la maigreur et la démarche séniles. Encore serait-il loisible de le décrire exactement dans les termes dont usent les textes pour établir le cliché traditionnel du brahmane « coiffé d'un gros chignon tressé en forme d'œuf, vêtu d'une peau d'antilope, vieux, courbé comme l'arc d'une charpente et s'appuyant sur un bâton de figuier... »¹.
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¹ C'est un des déguisements de Mâra dans le *Mâra samyutta*, III, 1 (E WINDISCH, *Mara und Buddha*, p 109 : lire *jatandaveni* pour *jatanduvena*)
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Aussi bien ce type est-il fort exactement celui que connaissait déjà l'ancienne école indienne, tant à Barhut² qu'à Sanchi (fig. 142) et à Amarâvatî (fig. 228). On le revoit sur les sculptures de l'Inde médiévale³ : il court encore aujourd'hui les pèlerinages en la personne de plus d'un *sādhu*⁴ : car il n'en est guère de plus tenace. Ajoutons qu'il n'en est pas de plus répandu. Dans tout l'Orient de l'Asie, il a pénétré en même temps que la civilisation indienne. On l'aura déjà reconnu chez les « Mahâsiddhas » du panthéon tibétain⁵. Tout pareils sont les soi-disant « pandits » qui, sur les murs d'Angkor-Vat, portent si allègrement dans sa litière le *râjahotar* ou sacrificateur royal : seulement leur haut chignon cylindrique est enserré à la base par un rosaire (fig. 518-520). Ce n'est pas autrement que sont figurés au Boro-Boudour de Java (fig. 516) les brahmanes qui jouent un rôle dans la légende du Maître⁶. Mais il y a mieux : nous rencontrons le même personnage parmi les décombres (fig. 532) et sur les murs des sanctuaires de l'Asie centrale (fig. 533-534), seulement agrémenté de curieuses molletières en peau de léopard(1); et non content d'émigrer si loin, il y a encore traîné après lui sa petite cabane de roseaux caractéristique (fig. 535; cf. fig. 189), tel sa coque un escargot. Au Turkestan on dirait même que son usage a été encore généralisé et qu'il aurait été abusivement étendu à tous les religieux hétérodoxes, tant brahmanes que Tirthyas : il est vrai que ce dernier mot semble parfois servir dans les textes à désigner indistinctement tous les moines qui ne sont point bouddhistes.
v2.c14.s4.t1.30
² Barhut, pl XLI et suiv, etc C'est le prétendu *Dasyu* (Sauvage indigène) de la première édition du *Tree and Serpent Worship* de J FERGUSSON
v2.c14.s4.t1.31
³ Par exemple à Kanheri (BURGESS, *Buddhist Cave-Temples*, fig. 23), et à Mahavellipur — Comparez la description de la *Kadambari*, éd Bombay S.S., p 36-37
v2.c14.s4.t1.32
⁴ Cf *Tour du Monde*, janvier 1905, p 47 (photographie prise au pèlerinage d'Amarnâth dans le Kaçmir)
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⁵ GRÜNWEDEL, *Mythologie*, p 42 et fig 26, 29-30
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⁶ Cela est vrai d'Asita comme des condisciples du Maître en passant par ses précepteurs (PLEYTE, *Boro-Boudour*, fig 18-19, 29, 31, 40, 71-72, 75-77, 102, 117), sans oublier les *purohita* et *risi* du *Sudhanakumaravadana* et du *Mandhatravadana* (B E F E-O, fig 6 et p 13-15, 19-20), etc
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LES TIRTHYA.
v2.c14.s4.t1.36
Par bonne chance nos artistes, à même d'observer de près l'infinie variété de la vie, ne sont pas tout à fait aussi simplistes : peut-être le sont-ils encore à l'excès et moins soucieux que ne le souhaiterait notre légitime curiosité d'une exactitude rigoureuse dans la représentation distincte des diverses sectes. Sur ce point leurs œuvres laissent soupçonner de regrettables flottements et ceux-ci n'ajoutent rien, comme on pense, à la clarté des choses. A l'occasion du Pari-nirvāna par exemple, la légende nous parle tour à tour de deux religieux non bouddhistes. L'un est le parivrājaka Subhadra qui, lui-même in extremis, se convertit au Buddha mourant; l'autre est l'Ājīvaka, par qui Mahākāçyapa fut avisé de la mort de son Maître. Or il semble bien que nous apercevions le premier, après sa transformation en moine bouddhiste achevée, toujours accroupi en méditation devant le lit de mort du Bienheureux (fig. 277-282); d'autre part nous n'avons aucune hésitation à reconnaître l'Ājīvaka, d'accord avec les renseignements des textes, dans l'ascète complètement nu debout aux côtés de Mahākāçyapa sur les figures 277-279. Mais voici où les difficultés commencent. Au pied du Buddha expirant (fig. 281), enseveli (fig. 284) ou mis en son cercueil (fig. 285-286), se tient un troisième personnage évidemment « hors caste » et portant sur l'épaule gauche une sorte de faisceau qui rappelle singulièrement le triple bâton (tri-daṇḍa) de certains ascètes. Nous nous sommes déjà perdus sur son compte en conjectures et n'avons pas caché¹ que nous inclinions à voir dans cet énigmatique figurant une simple variante du traditionnel informateur de Mahākāçyapa. C'est à cette interprétation que, toutes réflexions faites, nous finissons par nous arrêter. Il nous apparaît que l'analogie de la figure 287 n'a servi qu'à nous faire prendre le change, et que nos sculpteurs ne parlaient pas notre superstition pour la lettre des textes. Si, à proprement parler, nous n'avons pas affaire à deux versions d'un même sujet, du moins nous assistons à deux moments d'un même épisode. Sur les figures 284-286, l'hérétique en question recueille auprès d'un moine l'information qu'il transmet à Mahākāçyapa sur les figures 277-278 : seulement, tandis qu'ici il n'est bien vêtu que de l'air du ciel, là nos artistes lui ont prêté l'aspect d'un religieux d'une autre secte, d'ailleurs ancienne et figurant déjà sur la liste de l'Aṅguttara-Nikāya², celle des Tri-daṇḍin ou « porteurs du triple bâton ».
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¹ Cf GRÜNWEDEL, Idikutschari, fig 8a 83, Altb Kultst, fig 355-356 (Drona) 507, 673 674, et VON LE COQ (kotscho pl 17 29 32 57 M 1 STEIN Ruins of desert Cathay fig 270 (n° 1 et 8 271 (n° 2) etc
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¹ Cf t I, p 581, n 1
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² Voir RH DAVIDS, Indian Sects or Schools in the time of Buddha (J R.A S, 1898, p 197) ou Dialogues, part I, p 220; cf Jataka, n° 259, MANU, XII, 10, Yājñavalkya-smṛti, III, 58, etc
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Resterait à donner, si possible, une raison de cette confusion : nous croyons en apercevoir une. Cet équipage conviendrait incontestablement mieux à un parivrājaka comme Subhadra qu'à l'Ājīvaka des textes. Mais rien n'empêche de supposer, et tout même nous invite à croire qu'à l'origine certaines répliques montraient par deux fois Subhadra, d'abord dans l'appareil d'un religieux brahmanique et parlementant pour être introduit près du Maître, puis converti en moine et déjà ravi dans l'extase finale. Cette interprétation est parfaitement valable pour la figure 281, où le Maître même n'a pas encore expiré. Elle ne l'est plus sur les figures 284-286, où il est déjà enseveli ou enfermé dans son cercueil, et où par suite, Subhadra étant désormais hors de saison(1), une figure d'ascète ne saurait plus évoquer l'ouvrier de la dernière heure, mais seulement le porteur de mauvaise nouvelle. Que pour représenter deux individus différents, un même type ait été machinalement répété en même place, c'est ce que la routine manuelle de nos
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[Figure: FIG 137 — LE PARINIRVÂNA DU BUDDHA Musée C. Lutta, son catal. Provenant du monastère supérieur de N't'ou Hauteur 0m 22]
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sculpteurs peut seule expliquer. Mais outre que dans l'art religieux en général, et dans notre école en particulier, on ne saurait exagérer le rôle de l'imitation servile, nous ne voyons pas qu'on puisse autrement justifier un fait assurément digne de remarque : c'est
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(1) On se rappelle que Subhadra bien que dernier converti a précédé le Maître dans la mort. — Remarquons en passant que sa présence sous forme de moine devant le lit du Buddha enseveli de la figure 284 ne s'explique également que par la répétition routinière d'un motif stéréotypé. Cette représentation de l'ensevelissement reproduit d'ailleurs si minutieusement celle de la mort, que — tant qu'on n'en aura pas trouvé d'autres reliques — nous ne pourrons nous défendre de l'impression que l'auteur de ce panneau parti pour faire un Parinirvâna, et ayant raté au dernier moment la tête de son Buddha n'a pas voulu perdre sa peine et s'est ingénieusement tiré d'affaire en lui remontant les plis de son vêtement jusque par-dessus le visage. Le dernier mot est aux fouilles à savoir que le même attribut du « triple bâton » se retrouve constamment dans le voisinage immédiat de Subhadra devenu moine. Une fois même (fig. 284), il le tient, lui aussi, entre ses mains avec le *kamaṇḍalu* qui y est suspendu et qui complète naturellement cet ustensile, ainsi qu'on peut voir déjà et plus clairement à Barhut (1). Car enfin, que les trois bâtons liés de ces ascètes fussent le signe de leur triple retenue en pensée, parole et action, nous n'en voulons pas douter, puisque Manu lui-même l'assure mais on conviendra que ce n'est là qu'une interprétation symbolique. Pratiquement il est impossible de se méprendre, sinon sur le personnage, du moins sur l'usage auquel ce trépied était affecté. Comme dit Bernier (2), « l'eau se rafraîchit fort bien dans ce flacon, pourvu qu'on ait soin de tenir toujours humectée la pochette qui l'environne et... qu'on la tienne au vent, comme on fait ordinairement, sur trois jolis petits bâtons croisés pour ne pas toucher terre... ». En résumé nous verrions ainsi paraître, selon les scènes, à côté du lit de mort du Buddha, outre les divinités, les laïques et ses propres moines : 1° le *parivrājaka* Subhadra, d'abord sous la forme d'un *tridaṇḍin*, puis sous celle d'un *bhikṣu* c'est le modèle de la figure 281, dont nous pouvons rapprocher à ce point de vue la figure 437 (3), 2° un Ājīvaka nu, tel justement que nous l'attendons (fig. 277-279); 3° le même, sous l'aspect abusivement étendu du *tridaṇḍin* (fig. 284-286). Et si l'on demande quelles raisons nous pouvons alléguer à l'appui de cette façon de concevoir l'évolution de ce double personnage, nous montrerons du doigt les traces qui en subsistent sur les bas-reliefs: comment par exemple Subhadra, même devenu moine, garde encore parfois la tête couverte (fig. 279 et 437) et comment le trépied presque constamment ouvert à côté de lui (fig. 277, 279, 281-282, 437) et une fois même fermé dans sa main-gauche (fig. 284), au lieu d'être, ainsi que nous l'avions d'abord pensé, un accessoire pittoresque ou tout au plus une allusion à la maladie du Maître, se découvre le *laksana*, ou signe de reconnaissance, du *parivrajaka* converti. Peut-être même saisissons-nous dans cet attribut l'origine de la confusion qui s'est finalement introduite entre le *parivrajaka* vêtu et l'*Ajivaka* nu : car il semble que les ascètes de cette dernière secte arboraient également comme insigne le triple bâton¹.
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¹ Pl. XXVII 14, cf. la glose de *tedaṇḍika = kuṇḍikam thapanatthaya tulam am gahetvā caranto* (mot à mot « qui va ayant pris un triple bâton pour y fixer son vase », dans *Jātaka*, n° 259, II, p. 316-317). On peut rapprocher le filet, dans lequel est parfois suspendu le vase de celui dont les *bhikṣu* se servent encore aujourd'hui pour porter à vide leur *patra*.
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² *Voyage au Cachemire*, éd. 1830, t. II, p. 196, éd. d'Amsterdam (1724), p. 214. — Aussi avons-nous cru d'abord (1, p. 559) que cet ustensile avait pour objet de faire rafraîchir l'eau du Buddha.
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³ On remarquera seulement que sur la figure 437 le *tridaṇḍin* debout aux pieds du Maître ne se donne même plus la peine, comme sur les figures 281 et 284, de justifier son entrée en scène par une conversation avec l'un des assistants du Buddha et que d'ailleurs les moines bouddhistes sont par exception absents de cette composition.
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¹ Voyez D R BHANDARKAR, *Âjîvika*, dans *Ind Ant*, décembre 1912 p 290
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On trouvera peut-être ces explications fort embrouillées : c'est que les bas-reliefs le sont aussi, et nous ne pouvons compter cette fois encore que sur le hasard de nouvelles trouvailles pour achever de démêler les intentions ou de surprendre les étourderies de nos sculpteurs. La spécification même de l'ascète nu n'est pas aussi simple qu'on pourrait croire et varie selon les épisodes au gré des textes. L'absolue nudité n'était nullement le privilège des Âjîvakas, disciples du sophiste Maskarin Goçâliputra; ils le partageaient avec ceux de Pûraṇa Kâçyapa et certaines sections au moins des Nirgranthas ou Jaïns, dont l'une porte toujours le nom significatif de Digambara. Peut-être même cette variété de religieux subsiste-t-elle dans les régions écartées de l'Inde. Il nous est difficile d'imaginer qu'ils aient pu être un objet d'édification. Pourtant Bernier, qui en a encore souvent vu passer ainsi tout nus effrontément au milieu d'une grande bourgade, convient qu'il admirait comment les hommes, les femmes et les filles les regardaient indifféremment sans s'émouvoir non plus que quand on voit passer quelques ermites par nos rues, et comme les femmes leur portaient même l'aumône bien dévotement et les prenaient sans doute pour de saints personnages bien plus sages et plus honnêtes que le reste des hommes.. (1) Nous ne songeons pas à contester que tout ne soit pur pour les purs. Pourtant, que ces protestations leur fussent inspirées par une révolte intime de leur conscience ou par un esprit de rivalité sectaire, les bouddhistes étaient dans leurs écrits une bruyante indignation contre ce permanent attentat à la pudeur publique (2) Il nous a déjà fallu noter combien il est rare que les bas-reliefs consentent à nous montrer ces travaux éhontés(3) Est-ce vraiment un Nigrantha, comme nous l'avons supposé assez gratuitement, que nous présente la figure 261, et ne serait-ce pas plutôt Pûrana Kâçyapa en personne? Du moins est-il apparemment le seul qui reparaisse dans l'art bouddhique postérieur (4), toujours sous la forme d'un vieillard nu et obèse, mais cette fois à l'occasion du Grand Miracle de Çrâvastî Ce type semble d'ailleurs avoir été d'une trop choquante originalité pour pouvoir sortir de l'Inde C'est en vain, par exemple, qu'au Gandhâra même nous cherchons la scène de la rencontre, sur la route de Bodh-Gayâ à Bénarès, entre le Buddha tout frais éclos et cet Âjîvaka qui fut le premier homme à qui il révéla sa dignité nouvelle quand nous arrivons à ce sujet dans la série biographique de Boro-Boudour (5), c'est pour constater que l'Âjîvaka ou plutôt les Âjîvakas — car ici c'est la place qui manque le moins pour les dédoublements de personnages — sont drapés dans un long pagne beaucoup moins transparent que celui de l'« espace » ou de la « philosophie ».
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Mais pourquoi aller chercher si loin des religieux hétérodoxes, alors que nous en trouvons qui, de l'aveu même des fidèles, sont
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(1) Des Gentils de l'Indoustan, p 111 ou 123 des deux éditions citées p 262, n-2
(2) Cf Dicyâcalana, p 165, comm à st 53 du Dhammapada, p 240 (trad dans WARREN, Buddhism in translations, p 465), etc
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(3) Cf t I, p 529 et 537
(4) On le retrouve aussi bien sur les stèles de Sârnâth que les fresques d'Ajantâ, cf J A, janv-fév 1909, p 21-22, où sont données les références et explications nécessaires
(5) PLETTE, Boro-Boudour, fig 110
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étroitement associés au plus lointain passé comme aux plus proches origines du Bouddhisme ? C'est par une extension indue que l'école de Boro-Boudour attribue l'aspect de Çākya-muni à de simples Pratyêka-Buddhas (1) — ces illuminés égotistes qui gardent si jalousement pour eux la poignée de vérités qu'ils ont découverte, mais aussi qui doivent disparaître de ce monde à la venue des Buddhas
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[Figure: FIG 438 — LE PERE DU R SI ERAÇA NGA Musée de Calcutta. Hauteur 0m 17 Photographie communiquée par M J Ph VOGEL]
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parfaits, comme devant le soleil s'effacent les étoiles Si leur nom est bouddhique, leur caractère ni leurs aventures ne le sont guère Nous croyons pour notre part deviner sous cette étiquette sectaire les vieux sages du folk lore indien, toujours vivants dans l'imagination populaire, et que les bhiksu avaient trouvé cet ingénieux moyen de faire rentrer dans leur système Leur stratagème se laisse d'autant plus aisément percer à jour que, de leur propre aveu c'est le surnom de Risi patana (chute des Risis) que le Parc-des- Gazelles de Benarès aurait gardé à la suite de leur disparition miraculeuse (1) C'est aussi sous la forme de religieux brahmaniques que nous pourrions, le cas échéant, les attendre sur nos sculptures (2)
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Enfin il n'est pas jusqu'au Buddha lui même qui n'ait commencé par être, lui aussi, un tirthya On peut le considérer comme convaincu d'hérésie pendant les sept ans qui précédèrent l'illumination et où il cherchait le salut soit à l'école des brahmanes, soit dans la voie sans issue des macérations excessives Les écritures pâlies donneraient à entendre qu'avant que ses yeux fussent dessillés, il n'aurait été après tout qu'une sorte d'Âjîvaka (3) C'est aussi pourquoi nous l'avons vu passer sous l'aspect tout à fait insolite d'un ascète epuisé d'austérités (fig 192c, 193 et 200a) et les fouilles de M Spooner viennent de donner un pendant à l'image trouvée par le colonel Deane (fig 439-440) L'impression d'ensemble de ces statues est saisissante a l'examen détaillé, leur anatomie présente un curieux mélange de fantaisie et de réalisme Le créateur du type a dû travailler sinon d'après le modèle vivant, du moins d'après le frappant souvenir qu'il en avait gardé, soit qu'il ait vraiment eu sous les yeux un religieux émacié par les jeûnes, ou simplement un de ces squelettes ambulants comme on en rencontre encore de nos jours dans l'Inde en temps de famine Aussi est-il bien difficile de décider si c'est un être animé ou une œuvre d'art que décrit à son tour en cette occasion le Lalita vistara¹ tant la description qu'il nous donne de « cette tête fanée comme une gourde coupée trop verte et dont les yeux, enfoncés sous les orbites, luisent pareils à des étoiles au fond d'un puits » ou « de ce corps desséché, aux membres noueux, à l'épine dorsale onduleuse comme une tresse, aux flancs rugueux et côtelés comme ceux d'un crabe », semble faite à plaisir d'après une statue analogue à celle de Sikri ou de Takht-i Bahi. Nous devons remarquer toutefois que le même texte fait perdre au Bodhisattva toute sa beauté passée, si bien que « les garçons et les filles du village, les bouviers, les bergers, les ramasseurs d'herbe, de bois ou de bouse de vache, s'amusent par dérision à le couvrir de poussière ». Mais quand le Buddha-carita² nous dit au contraire que « bien qu'il n'eût plus que la peau et les os, la splendeur de sa majesté n'en était nullement diminuée », il n'y a plus à douter que la baguette magique de l'art n'eût déjà passé par là et dressé l'image de « l'ascète Gautama » dans toute sa glorieuse et pathétique hideur. C'est quelque chef-d'œuvre de ce genre qui aura fait dire à Acvaghosa qu'il restait un charme pour les yeux en dépit de sa maigreur effroyable : tel, si mince qu'il soit, le premier croissant de la lune d'automne n'en fait pas moins les délices des lotus.
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¹ Lalita vistara, éd p 19 trad p 20 (cf t I p 57 58)
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² Tel est comme on l'a vu plus haut l'aspect du rsi Asita et tel est encore sur la figure 438 celui du père du rsi I'Ka çringa Quant à ce dernier, c'est en vain que nous réclamons depuis si longtemps son image à l'école (cf t I p 270) A la vérité Sir Aurel Stein a cru un instant l'avoir retrouvé à Sahri Bahlol figuré sous les traits d'un Jupiter tonnant et charpeant sur ses épaules la courtisane (A S I, Inn Rep 1911-12, pl XLVIII, fig 34 et p 113 114) Le groupe a été complet d'après et c'est lien à une femme qu'appartiennent les mains passées sous le bras et sur la poitrine du personnage accroupi et légèrement renversé en arrière ma s il est apparu en même temps que ce dernier tient encore dans les débris de sa main gauche la moitié de ce qui dut être jadis un foudre, et ceci achève d'écarter une identification au premier abord très séduisante
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³ Voir Rhys Davids Dialogues, part I, p 297 n 1 — Cf cette peinture du Turfan qui, d'après M le Professeur A Grünwedel, représenterait le Buddha comme religieux brahmanique entouré d'ascètes (Idikutschari, p 17 172)
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¹ Lal. p. 254, trad. p. 220. Cf. Maha vastu II p. 231, 232.
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² Rec. II p. 128.
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A la vérité, nous ne connaissons encore d'autres répliques détachées que celles reproduites ici et une troisième tête, qui fait partie d'une collection privée d'Angleterre, mais on peut en espérer de nouvelles des fouilles de l'avenir, du moins au Gandhâra. Il ne semble pas, en effet, que cette figure, trop réaliste, ait flatté le goût du reste de la péninsule. Personnellement, nous ne nous souvenons pas d'en avoir vu, et c'est à peine si Hiuan-tsang en mentionne une près de Bodh-Gaya³. Quand, à Boro-Boudour⁴, le moment est venu de figurer le chapitre xvii du Lalita-vistara et la période des austérités, les artistes indo-javanais se gardent de creuser le moins du monde les lignes molles et rondes de leurs images du Buddha. En revanche, ce type d'un relief si vigoureux, devait tenter la virtuosité des artistes sino-japonais. Les images en abondent, ainsi qu'on peut voir aux Musées Guimet et Cernuschi; et d'ordinaire elles reproduisent jusqu'à la barbe frisottante de la statue de Sikri, signe distinctif de l'ascète que celle de Takht-i-Bahai, décidément créée d'un ciseau plus timide, ne possède déjà plus.
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³ XII st. 95, 96.
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⁴ PLETTE, fg. 78 et suiv. — A l'exposition d'art bouddhique du Musée Cernuschi.
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LES BHIkSU. — Nous avons intentionnellement relevé ce dernier détail dans le déguisement temporaire du futur Buddha en çramane hétérodoxe : il nous aidera à comprendre comment des moines bouddhistes ont pu être pris parfois pour des Tirthyas. Pareille mésaventure advint, nous dit-on ¹, à Mahâkâçyapa et à Vîtaçoka, le frère de l'empereur Açoka. Le premier en fut quitte pour perdre un bon dîner ; car le portier d'Anâthapiṇḍada, qui avait des ordres précis de ne recevoir que les bhikṣu, lui ferma au nez la porte à laquelle il était venu seul et tardivement frapper. Le second y laissa la vie ; car un hôte de basse caste, incité par une épouse cupide, lui coupa la tête pour la porter à Açoka et toucher la prime promise à quiconque mettrait à mort un hérétique. Dans les deux cas, et que l'issue en soit tragique ou comique, la méprise repose exactement sur les mêmes faits : Vîtaçoka, pour cause de maladie, et Mahâkâçyapa, à raison d'un de ses longs séjours accoutumés dans la solitude, n'ont plus que de grossiers haillons et surtout ont laissé pousser leurs cheveux et leur barbe. Réciproquement nous reconnaîtrons avant tout un moine bouddhiste à sa tête soigneusement rasée et à l'air de décente propreté qui est resté caracté-
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¹ Les deux récits se trouvent dans le Divyâvadâna, p. 81-82 et 427.
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nuschi (1913) figurait bien un bronze javanais représentant le Bodhisattva éma- cié (Art decoratif, juin 1913, fig. 1). il faudrait provisoirement y voir, à notre avis, une marque d'influence sino-japonaise sur les îles du Sud.
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ristique de la communauté Nous savons, en effet, que le Buddha, ennemi de tout extrême, permettait a ses disciples de recevoir des vêtements neufs de la main des fidèles, et ne leur prescrivait nulle
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[Figure: FIG 439 — LE CRAMANA GAUTAMA Musée de Lahore n° 2093. Provenant de Sikri Hauteur 0m 82]
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ment comme l'aurait voulu le fanfaron d'austérités que fut le traître Devadatta de les confectionner d'un assemblage de haillons ramassés sur les tas d'ordures Quant à la coupe et à la couleur de cet habit, nous aurons l'occasion d'en reparler à propos du Maître ¹
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¹ Cf plus bas p 312 et s m
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Mais qu'on ne vienne pas dire que, au costume près, rien ne distingue un moine bouddhiste d'un de ces Tirthyas qui se rasent également la tête Il y a un moyen certain de distinguer un Bhiksu déshabillé d'un Ajivaka nu Du moins le policier qui rencontre dans la forêt des Bhiksus dépouillés de leurs vêtements par des brigands et attachés en cet état à des arbres, n'a-t-il aucune hésitation à les reconnaître pour ce qu'ils sont, grâce à ce signe particulier qu'ils ont l'épaule droite noircie par le soleil et plus brune que le reste de leur corps(1). C'était, en effet, leur coutume dans la vie réelle que de laisser cette épaule à découvert Cette façon de se draper est au contraire assez rare dans l'école du Gandhâra : elle ne montre ainsi ses moines que dans des scènes de culte (fig 22, 216, 217) ou lors d'un dîner en ville(2) (fig 241, 262). Ce n'est guère aussi que dans cette dernière occasion, que nous leur voyons leur vase à aumônes à la main (cf cependant fig 141, 256a et 434d) et il est encore plus rare que, tel Mahâkâçyapa sur les figures 279 et 280, ils tiennent à la main le long bâton, dit khakkhara (3), qui leur servait, soit en voyage pour aider leur marche, soit pendant leurs quêtes pour écarter les chiens ou attirer au besoin l'attention distraite des hommes : à cet effet il était surmonté d'un cercle de métal où tintaient quelques anneaux
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Comme bien on pense, ce ne sont pas les représentations de moines qui manquent sur nos bas-reliefs A partir de la Première prédication, dont le résultat immédiat fut justement de jeter les bases de l'ordre (4), il n'est presque plus de scène de la carrière du
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(1) Sutralankara, trad HUBER, p 65 66
(2) Ce sont deux des occasions également spécifiées par YI TSING pour se dénuder l'épaule droite, Rec, p 73 et cf p 70 — On remarquera que les fidèles laïques faisaient de même quand ils rassemblaient cérémonieusement sur l'épaule gauche les plis de leur manteau
(3) Cf I TSING, Relig Em, p 11, Rec, p 191 — Pour un joli spécimen javanais de la tête en métal du bâton cf PLEYTE, Boro-Boudour, p 182 — Des six autres objets nécessaires, trois sont les pièces du vêtement et les trois autres le rasoir, l'aiguille et le filtre
(4) L'apparition anticipée d'un moine lors de la première méditation (fig 353) ou dès la quatrième « sortie » est le fait magique d'un deva, mais les Buddhas du passé Dipankara et Kâçyapa sont naturel resse ici. Il en est cinq, entre tous, dont Açoka visite le stūpa au cours de sa grande tournée de pèlerinages. A ceux de Çariputra, « le général de la loi » et « le premier des sages »; de Maudgalyāyana, « le premier de ceux qui ont des pouvoirs magiques »; de Mahākāçyapa, « le premier de ceux qui savent se contenter de peu », il fait une aumône d'un lakh (cent mille); à celui de VatkuIa, « le premier de ceux qui n'ont pas à se donner de peine », il n'alloue, pour cette raison même, qu'un liard; mais quand il en arrive à celui d'Ānanda, son offrande est d'un crore (cent lakhs, ou dix millions). Les royales largesses — encore que leur somme ne sous-entende probablement que ces petits coquillages qui servent de monnaie et qu'on appelle caories — n'ont peut-être pas toutes passé en maçonnerie : pourtant il ne semble pas qu'on ait jamais eu l'idée d'en consacrer une partie à l'érection de statues. Fa-hien (1), qui note encore de son temps le culte pieusement rendu dans les monastères aux deux grands disciples et à Ānanda, ne parle toujours que de stūpa.
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Il y a toutefois un point à retenir dans l'anecdote relative au pèlerinage d'Açoka. Vraie ou non, elle prouve l'exceptionnelle popularité dont jouissait Ānanda. On peut conjecturer qu'il la devait moins à sa qualité de « premier de ceux qui ont beaucoup entendu » la parole du Maître qu'à son nom de bon augure et surtout au fait d'avoir pendant vingt ans pris personnellement soin du Bienheureux, portant son vase à aumône, veillant sur son confort et son repos, organisant ses audiences, s'acquittant enfin de sa tâche de serviteur attitré à la satisfaction générale. Tel est en effet le certificat que lui aurait laissé en mourant le Buddha (2). D'autre part les nonnes lui savent avec juste raison un gré infini d'avoir intercédé près du Maître en faveur de leur admission dans la communauté et continuent à nourrir, en tout bien tout honneur, pour le beau doux moine le même tendre sentiment que jadis la Mâ- tangi¹. A qui fit preuve de tant de bonté et de dévouement, la pos-
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¹ Trad BEAL, p xxxix. Il note également la dévotion spéciale des nonnes pour Ananda et des novices pour Rthula, le fils du Buddha
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² Mahāparinibbāna-sutta, v, 15
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[Figure: FIG 440. — MÊME PERSONNAGE Musée de Peshawar, n° 799. Provenant de Takht-i-Bahi (1908). D'après une photogr. de l'Archæological Survey.]
v2.c14.s4.t1.78
térité ne pouvait pas tenir rigueur du déplorable instant de distraction qui lui fit omettre, Mâra aidant, de prier à temps le Buddha de demeurer parmi nous jusqu'à la consommation des siècles¹
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- Catalogue of the Archaeological Museum at Mathura — English