Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v3.c10.s12: XII. — Inscription de Çivadeva à Khopasi
Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v3.c10.s12
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- French
XII. — Inscription de Çivadeva à Khopasi
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L'estampage de cette inscription m'a été envoyé du Népal en 1902 par les soins du mahârâja Chander Sham Sher Jang. La localité de Khopasi (écrit aussi Sopasi) où se trouve la stèle est en dehors des limites de la vallée, à l'Est de Bhatgaon. L'inscription est en magnifique état de conservation ; c'est un privilège réservé singulièrement aux chartes de Çivadeva, à Khopasi comme à Bhatgaon et à Patan. Il est difficile de croire que le nom seul de leur auteur les ait sauvegardées : Çivadeva n'a pas de relief, ni dans l'histoire, ni dans la légende. Çivadeva a eu plutôt la bonne fortune de régner au moment où l'art épigraphique atteignait sa perfection au Népal : la pierre, choisie avec soin, a été laborieusement polie ; les caractères, d'une élégance sobre et harmonieuse, sont gravés d'un ciseau précis et sûr.
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L'inscription couvre 0m,47 en hauteur, 0m,34 en largeur ; le corps des caractères mesure environ 0m,009, et les interlignes sont de 0m,015. L'écriture a subi des transformations caractéristiques et prend un aspect nettement original. La courbe se substitue partout à l'angle ou à la ligne droite ; la hampe du ça, du ga, du repha se renfle du milieu : l'i final d'akṣara atteint régulièrement la ligne de niveau inférieur des lettres. La boucle du ga s'est considérablement développée et elle constitue l'élément essentiel du tracé ; le *ṇa* au contraire a réduit et presque annihilé les boucles de sa base, mais il a prolongé jusqu'à la ligne inférieure les courbures supérieures de ses deux tiges. Le *la* s'est retroussé, et l'axe de sa courbure est devenu parallèle à la hampe. Le *ha* a tourné sur son axe ; il présente maintenant à la droite du scribe l'ouverture de sa concavité ; de plus sa hampe a subi une inflexion marquée, et sa courbure inférieure s'est retroussée comme celle du *la*. Le *pa* dessine maintenant une panse ; le *ma* a creusé ses contours en lignes concaves ; le *da*, au lieu d'accrocher directement la tige supérieure de son angle à la ligne du haut, l'amorce maintenant sur une courte perpendiculaire abaissée de cette ligne même.
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Au point de vue du système orthographique, j'observe que la muette est régulièrement doublée après *r*, selon la tradition des Licchavis. La consonne finale est encore tracée au-dessous du niveau de la ligne, mais elle est surmontée d'un trait horizontal qui fait fonction de virāma.
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L'inscription consiste dans une charte de franchise octroyée par Çivadeva aux habitants de Kurpāsī ; c'est clairement le village actuel de Khopasi, où se trouve cette stèle, et dont le nom s'est à peine altéré après un espace de treize siècles. L'entrée du village est interdite aux représentants de l'autorité centrale ; les affaires locales seront jugées par le *svatalasvāmin*, personnage de nature énigmatique. L'expression *svatala* revient à plusieurs reprises dans l'épigraphie de Valabhī : *Valabhisvatala*, dans une charte de Çilāditya I, an 286 ; *Vaṭapadrasvatala sanniviṣṭa*, dans une charte du même roi, an 290 ; *Valabhisvatalasanniviṣṭa Trisangamakasvatale pratiṣṭhita*, dans des chartes de Dhruvasena, an 310. L'expression appartient à la langue administrative, et semble bien désigner le territoire communal. Mais qu'est-ce que le *svāmin*, le propriétaire de ce terrain communal? Est-ce une sorte de seigneur local? Les clauses et restrictions sont plus obscures encore : « En toutes affaires, il n'y a pour vous qu'une porte, et de plus, lors des deux processions de l'ouverture de la porte et du Kailâsakûṭa, vous devrez donner chacun cinquante mṛttikâs naturellement blanches ». Je suis tenté de croire que le village, pour mieux assurer son autonomie, est autorisé à s'enfermer dans un enclos percé d'une seule porte (comme on le voit encore dans les régions écartées du Katliawar, par exemple). La mention des deux yâtrâs est intéressante pour l'histoire religieuse du Népal; l'inscription d'Amçuvarman, an 30, à Harigaon semble bien aussi en mentionner une (l. 19) mais le texte est douteux. Une des yâtrâs est celle du Kailâsakûṭa, la résidence d'Amçuvarman qui doit devenir le palais de la dynastie nouvelle après la mort de Çivadeva. J'ignore aussi ce qu'il faut entendre par « cinquante mṛttikâs ». Le mot mṛttikâ désigne l'argile ; les composés pāṇḍumṛttikā, dhavalamṛttikā désignent la craie (P. ex. Râmâyaṇa II, 71, 20; Ayodhyā dṛṣyate dūrāt sārathe pāṇḍumṛttikā, où le commentaire glose : sudhādhavalatvāt; les maisons stuquées lui donnent l'air d'être en craie). Le chiffre de cinquante s'appliquerait alors à une mesure qui n'est pas spécifiée ou s'agit-il d'objets en terre blanche?
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Le document lui-même est désigné dans l'inscription sous le nom de çilâpaṭṭaka « tablette de pierre » ; c'est le mot dont se sert un peu plus tard Jiṣṇugupta (Bhag. 13, l. 14; inf. Thankot, l. 13), en empruntant la formule même de Çivadeva (Çiv°. cirasthitaye câsya prasâdasya çilâpaṭṭakena prasâdaḥ kṛtaḥ. Jiṣṇu°. asya ca prasâdasya cirasthitaye çilâpaṭṭakaçâsanam idan dattam).
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Çivadeva ici comme dans toutes ses chartes joue un rôle fort effacé; il est nommé en tête, avec un panégyrique fort raccourci; il ne porte même pas le titre de bappapâ-
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dânudhyâta qui garantit, pour ainsi dire, la possession légitime du pouvoir, titre qui lui est conféré dans l'inscription du Golmadhi-tol (mais qui est également omis au Tulacchi-tol). Il agit sur le rapport du mahâsâmanta Amçuvarman, qui est célébré en termes pompeux (cf. sup. II, 126 sq.). Parmi les épithètes qui lui sont décernées il en est une qui reparaît sous des formes diverses dans toutes les inscriptions de Çivadeva : *svabhujabalotkhātakhilavairivarggeṇa*, l. 6-7; Tulacchi-tol et Golmadhi-tol, l. 6: *svaparākramopaçamitāmittrapakṣa* — [Bendall lit : *amitavipakṣa*, contrairement à la photographie même qu'il reproduit;] — *prabhāvena*; Bhag. 5, l. 6-8: *°çauryyapratāpāpahatasakalaçatrupakṣaprabhāvena*; s'agit-il d'un simple exercice de variations littéraires, ou bien de traductions différentes faites sur un original commun? Une autre épithète vante Amçuvarman comme un adorateur fervent de Çiva, sous le vocable de Bhava (l. 5 : *bhagavadBhavapādapaṅkajapraṇāmānuṣṭhānātātparyya°*); elle amorce pour ainsi dire un nouvel élément du protocole, introduit par Amçuvarman et perpétué jusqu'à nos jours : *bhagavatPaçupatibhaṭṭārakapādānugṛhīta*. Le formulaire de conclusion est, avec quelques légères variantes, celui qui se rencontre toujours dans les inscriptions de Çivadeva. Le délégué royal, Deçavarman, appartient au groupe des Varman et porte le titre de Gomin; j'ai étudié déjà ce groupe et ce titre (II, 128-131).
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L'intérêt capital de l'inscription consiste dans sa date ; elle dégage en effet l'ancienne chronologie du Népal d'une combinaison inexacte fondée sur une lecture fautive. Bhagvanlal avait publié une inscription de Çivadeva I (n° 5), malheureusement incomplète et sans date. Il avait rapproché, il est vrai, de cette inscription une autre (n° 4), également mutilée, mais assez bien conservée dans sa partie inférieure, et datée clairement de *saṃvat* 535 *çrāvaṇa* *çukla divā daçamyām*. Bhagvanlal n’avait pas négligé d’observer que « les caractères du n° 5 ressemblaient étroitement (*closely resemble*) à ceux du n° 4 ». Le dûtaka de l’inscription n° 4, en samvat 535, est le rājaputra Vikramasena. D’autre part une inscription d’Amçuvarman, samvat 34, a pour dûtaka le mahâ . . yaka Vikra . . (n° 6). Bhagvanlal n’avait pas hésité, en raison de la longueur bien définie de la lacune, à restituer dans sa traduction le nom de Vikra(masena).
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En 1884-85, M. Bendall découvrait au Népal, à Bhatgâon (Golmâdhi-ṭol), une nouvelle inscription de Çivadeva, qu’il publiait dès le mois d’avril 1885 dans l’*Indian Antiquary* (XIV, 97). Sans un mot d’explication ni de justification, sans même signaler l’énorme divergence entre sa lecture et la date de 535 fournie par Bhagvanlal, il interprétait les signes de la date par Samvat 318, et il en concluait sans autre débat : « La date de cette inscription peut contribuer à la solution des questions si embarrassantes des ères entre l’ère Çaka et celle de Çrî Harṣa. Contenant trois signes numériques, dont le premier est le symbole pour 300, elle ne peut guère se rapporter qu’à l’ère commençant en 319 J.-C., que certaines personnes regardent encore comme l’ère Gupta-Valabhî ». Une de ces « personnes » M. Fleet, qui allait justement démontrer une fois pour toutes l’identité de l’ère 319 et de l’ère Gupta, s’empressa de saluer cette inscription nouvelle comme la « note fondamentale » (*key-note*) de la chronologie népalaise. Partant de cette donnée : samvat 318 = Gupta 318 = (318 + 319/320 J.-C.) = 637/38 J.-C., il agença tout un système nouveau de chronologie (*The Chronology of the Early Rulers of-Nepal*, dans *Ind. Ant.* XIV, 342-351 ; publié à nouveau dans le volume III du Corpus : *The inscriptions of the Early Gupta Kings*, Appendix IV, p. 177-191). M. Bendall publia de nouveau l’inscription, cette fois avec un fac-similé photographique dans son rapport : *A Journey... in Nepal...*, Cambridge 1886, p. 72, Appendix I; il ajoutait cette fois une réserve sur le chiffre des unités, qui pouvait être un 6 aussi bien qu'un 8. Dans le texte même du Rapport (p. 13-14) il insistait sur « l'admirable concordance » de la date interprétée par l'ère Gupta et des autres données touchant Amçuvarman.
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Dès 1894 (*Note sur la Chronologie du Népal*, dans *Journ. Asiat.* IV, 55-72) j'ai eu l'occasion de protester contre la prétendue chronologie rectifiée que M. Bendall et M. Fleet avaient mise en circulation. L'inscription de Khopasi, corroborée par les inscriptions fragmentaires de Thoka et de Dharampur, fait décidément justice de ces combinaisons. Le chiffre des centaines, chez Çivadeva, est 500 et non pas 300. C'est à tort que Bühler a, dans la Table IX de sa *Paléographie Indienne*, réuni sous la même rubrique de 300 les deux signes empruntés, l'un à l'inscription de Mânadeva à Changu Narayan, l'autre à l'inscription de Çivadeva au Golmadhi-tol; c'est à tort aussi qu'il a omis, sous la rubrique 500, le signe fourni par l'inscription 4 de Bhagvanlal. On pourrait être tenté de penser que Bühler a voulu, par cette omission, indiquer qu'il rejetait l'interprétation du Pandit; mais il ne faut pas oublier que c'est Bühler lui-même qui a traduit et publié le mémoire de Bhagvanlal, écrit originellement en Gujarâtî, et qu'il en revendique expressément sa part de responsabilité dans la préface. La différence des deux signes 300 et 500 éclate d'ailleurs si on les rapproche, comme fait Bühler dans sa Table. Le signe de 300 est régulièrement constitué par le signe de la centaine (quel qu'en soit le tracé) avec l'addition de deux traits attachés à la hampe de la centaine, et qui fléchissent en s'écartant de leur attache; c'est là une forme régulière, constante et qui se constate au Népal même dans les inscriptions de Mânadeva à Changu Narayan et à Lajanpat. A partir de 400, comme l'observe Bühler (p. 74) les symboles sont constitués par des ligatures de la centaine avec les traits caractéristiques des nombres 4 à 9. La ligature de 100 est figurée, dans le 500 de Çivadeva, par un signe très analogue à notre 3; ce signe est rattaché par un trait horizontal à une hampe verticale d'où partent vers la gauche deux traits nettement horizontaux; le trait supérieur, attaché à l'extrémité de la hampe, est le plus long; l'autre, inséré au-dessous du point d'attache du trait qui va relier en sens inverse la hampe à la ligature du 100, s'infléchit à son extrémité et finit en boucle. Il suffit de se reporter sur le tableau même de Bühler à la série des unités pour y trouver le signe correspondant avec la valeur 5, spécialement le signe de la colonne VII, emprunté aux Kuṣaṇas. Bhagvanlal, dans son étude sur les *Anciens signes numériques en nâgarî* (*Ind. Antiq.*, VI, 42 sqq.) reproduit la même forme d'après les inscriptions des Guptas, mais sans référence précise. Le signe de 500 est donc bien régulièrement formé par la combinaison de la centaine avec son unité particulière, tout comme dans le cas de 400, de 600, de 700.
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Il faut donc lire, dans l'inscription du Golmadhi-ṭol, comme dans les autres inscriptions de Çivadeva et comme dans l'inscription 4 de Bhagvanlal, pour le chiffre des centaines : 500.
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Les inscriptions de Çivadeva sont de 518 (Golmadhi-tol) et 520 (Khopasi). Elles continuent ainsi la série ouverte par l'inscription de Changu Narayan (386) et prolongée par Lajanpat (387), To-Bahal (402), Bhag. 2 (412), Bhag. 3 (435), Kisipidi (449), Tsapaligaon (489), et close par Bhag. 4 (535). Si je prends pour origine de l'ère l'an 33 çaka courant, en fondant mon calcul sur le mois supplémentaire fourni par l'inscription de Kisipiḍi (449 saṃvat),
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l'an 520 samvat correspond à 553 çaka courant = 631 J.-C. J'ai déjà montré, d'une manière indépendante, dans une Note sur la Chronologie (Journ. As., 1894, II, 55 sqq.), que l'an 34 d'Amçuvarman doit correspondre à 629 J.-C. La première inscription d'Amçuvarman date de l'an 30 de la nouvelle ère (Harigaon I); la dernière date de 4(4?); j'ai essayé de marquer les progrès de son autorité dans le libellé même de ses chartes (II, 138 sqq.) entre ces deux dates extrêmes ; la première doit correspondre à 625 J.-C. Si mes calculs sont exacts de part et d'autre, les deux règnes chevauchent ainsi l'un sur l'autre ; cette apparente confusion n'est sans doute que le reflet authentique d'une réalité assez trouble. Toutes les chartes de Çivadeva que nous possédons sont rendues sur le rapport du mahâsâmanta Amçuvarman, de qui l'éloge éclipse entièrement la personne du souverain. On peut aisément imaginer des hypothèses assez variées pour rendre raison des faits : Çivadeva aurait pu conserver une autorité nominale dans un ressort restreint de compétence ou de territoire, tout en restant sous la tutelle de son maire du palais ; en dehors de ce ressort, Amçuvarman aurait exercé l'autorité suprême. Si on observe que les inscriptions actuellement connues d'Amçuvarman laissent une lacune entre l'an 34 = 629 J.-C. et l'an 39 = 634 J.-C., et que d'autre part les inscriptions actuellement connues de Çivadeva se placent justement dans ce court intervalle (518 samvat = 629 J.-C. ; 520 samvat = 631 J.-C.), on peut supposer encore qu'Amçuvarman a dû, pour des raisons de politique étrangère ou intérieure, accepter ou restaurer un souverain de la dynastie légitime, le Licchavi Çivadeva.
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Du même coup, une difficulté qui gênait la combinaison de M. Fleet s'éclaircit et se résout. Je rappelle que l'inscription de 535 (Bhag. 4) a pour dûtaka le rājaputra Vikramasena, et que l'inscription d'Amçuvarman, samvat 34 (Bhag. 6) a pour dûtaka le mahâ . . yaka Vikra . . .; nom restauré par Bhagvanlal en Vikramasena. M. Fleet, en citant cette inscription (*Gupta Inscr.*, p. 178, n. 2) a bien soin d'ajouter : « Si nous acceptons la restitution de Bhagvanlal, nous devons prendre bien garde de ne pas confondre ce personnage avec le râjaputra Vikramasena qui est le dûtaka de l'inscription de saṃvat 536, deux cents et quelques années plus tard. » Mais le râjaputra Vikramasena reparaît maintenant dans une nouvelle inscription d'Amçuvarman, à Sanga, an 32 avec le titre de sarvadanḍanâyaka. Ici la lecture est certaine et l'identité du personnage devient évidente. D'une part, une inscription datée de 535 et que la ressemblance étroite des caractères range, au témoignage de son premier éditeur, à côté d'une inscription de Çivadeva, contemporain et suzerain nominal d'Amçuvarman ; d'autre part un personnage identique de nom et de titre paraît dans cette inscription et dans une inscription d'Amçuvarman. Est-il raisonnable de le dédoubler et de creuser un intervalle de deux cents ans et plus entre les deux moitiés du personnage?
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La date de 535 semble, il est vrai, soulever à son tour une nouvelle difficulté. Comptée de l'an 110 J.-C. = 0 pour origine, l'année 535 correspond à 646 J.-C. ; à ce moment Amçuvarman est mort. N'est-on pas en droit de s'attendre à trouver exclusivement en emploi l'ère nouvelle introduite par Amçuvarman et continuée au moins pendant un siècle et demi par ses successeurs? Mais j'ai déjà décrit (II, 155) la période de troubles qui suivit la mort d'Amçuvarman ; Jiṣṇugupta, héritier irrégulier du pouvoir, reconnaît pour suzerain un Licchavi ; s'il se sert en saṃvat 48 de l'ère d'Amçuvarman, il semble à Thankot revenir à l'ère des Licchavis. Or, l'inscription de 535 présente la même particularité décisive que l'inscription de Thankot : tandis que Çivadeva, fidèle à la pratique des Licchavis, redouble constamment la muette après *r*, l'inscription de 535 ne fait pas le redoublement ; elle écrit *pūrva* (4,7), *bhūmer dakṣiṇa* (9), *parvata* (11, 12), *°vartibhir* (17, et non *°varttibhir* comme Bhagvanlal transcrit à tort. Elle adopte le système orthographique inauguré par Amçuvarman et continué par ses successeurs ; elle se range ainsi en dehors et à la suite de la série Çivadeva. C'est, il me paraît, une vérification et une garantie de plus au bénéfice du système chronologique que j'ai proposé.
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1. Svasti Mānagṛhād aparimitaguṇasampal Licchavikulānandakaro
2. [bha]ṭṭārakamahārājaçrīÇivadevaḥ kuçalī Kurppāsīgrāmanivā
3. sinaḥ pradhānapurassarān kuṭumbinaḥ kuçalam abhidhāya samājñā
4. [pa]yati viditam astu vo yathānena svaguṇamaṇimayūkhāloka
5. [dhva]stājñānatimireṇa bhagavadBhavapādapaṅkajapraṇāmānuṣṭhā
6. natātparyyopāttāyatihitaçreyasā svabhujayugabalotkhātā
7. [khi]lavairivarggeṇa çrīmahāsāmantāmçu varmmaṇā māṃ vijñapya madanu
8. [jñā]tena satā yuṣmākaṃ sarvvādhikaraṇāpraveçena prasādaḥ kṛtaḥ
9. [sa]mupasthitavicāraṇīyakāryyeṣu svatalasvāminaiva yūyam vicā
10. raṇīyāḥ sarvvakāryyeṣu caikam eva vo dvāraṃ dvārodghāṭanaKailāsa
11. (kūṭa)yātrayoç ca bhavadhiḥ pratyekaṃ pañcācaj jāticulamṛttikā deyā 12. (ç cira)sthitaye cāsya prasādasya çilāpaṭṭakena prasādaḥ kṛtas ta
13. devamvedibhir asmatpādaprasādapajīvibhir anyair vvā nāyaṃ prasādo
14. nyathā karaṇīyo yas tv etām ājñām utkramyānyathā kuryyāt kārayed vā ta
15. m ahaṃ maryyādābhaṅgakāriṇam atitarān na marṣayiṣyāmi bhāvibhir a
16. pi bhūpatibhir ddharmmagurubhir ggurukṛtaprasādānuvarttibhir iya
17. m ājñā samyag anupālānīyeti samājñāpanā || dūtakaç cātra
18. Deçavarmmagomī saṃvat 520 caitrakṛṣṇapakṣatithau pañcamyām
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(1-4). Salut de Mānagṛha. Ses innombrables vertus, parfaites, font la joie de la race des Licchavis ; le souverain, le grand roi Çivadeva, en bonne santé, aux habitants du village de Kurpāsī, notables en tête, chefs de famille, souhaite le bonjour et fait savoir :
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(4-12). Sachez ceci : Ce personnage de qui les vertus, pierreries, irradient, éclairent, et dissipent les ténèbres de l'ignorance, qui, toujours prosterné aux pieds, lotus, du saint Bhava, a pris sur lui d'assurer à l'avenir le salut et le bonheur, de qui les bras, couple puissant, ont déraciné tous les ennemis coalisés, le grand marquis Amçuvarman m'a fait rapport, et, autorisé par moi, il vous a accordé la faveur d'interdire l'entrée à tous les ressorts (de justice). Dans toutes les affaires qui viendront à être débattues, c'est le propriétaire local qui devra vous soumettre à son examen. Et pour toutes les affaires vous n'aurez qu'une seule porte. Et lors de l'ouverture de la porte et de la procession du Kailâsa kûṭa, vous aurez à donner un à un cinquante craies naturellement blanches.
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Et pour la longue durée de ce privilège, le privilège a été mis sur une tablette de pierre.
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(13-17). Et maintenant qu'on le sait, personne, ni des gens attachés à mon service, ni des autres, ne doit rien changer à ce privilège. Et quiconque, transgressant mon ordre, le rendrait vain, soit en personne, soit par instigation, je ne tolèrerai absolument pas qu'il viole les stipulations fixées. Et les rois à venir, eux aussi, par respect de la loi, en conformité du privilège que j'impose à leur respect, devront bien maintenir cette ordonnance.
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(17-18). Le délégué ici est Deçavarma-gomin. Année 520, mois de caitra, quinzaine noire, cinquième jour.