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L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v1.c7: Deuxième partie. Les bas-reliefs

L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v1.c7

Language
French

Contents

Deuxième partie. Les bas-reliefs

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LES BAS-RELIEFS.

Chapitre IV. Les motifs décoratifs

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Nous tiendrons désormais la provenance des sculptures du Gandhâra pour théoriquement connue, en ce sens que le rapprochement des observations faites sur les lieux ou au cours des fouilles avec les spécimens les plus complets qu'un heureux hasard nous ait conservés permet de remettre en place, par la pensée, la plupart des *disjecta membra* actuellement rassemblés dans les collections publiques ou privées. La lyre d'Amphion étant perdue, là doit se borner tout essai de reconstitution. Est-ce à dire qu'il faille renoncer à débrouiller davantage la masse confuse de nos documents? L'examen critique auquel nous avons déjà eu l'occasion de les soumettre dans l'introduction (p. 32 et suiv.) nous trace assez clairement la méthode qu'il nous reste à suivre. S'il est impossible de les répartir par localités et prématuré d'en tenter une distribution chronologique, force est de nous résigner au seul mode de classement qui soit encore possible là où le cadre historique ou topographique fait définitivement ou provisoirement défaut : nous voulons parler de l'inventaire des motifs, des sujets et des types. Nous ne saurions donc garder, et nous nous ferions scrupule d'entretenir aucune illusion sur la tâche aussi modeste que laborieuse qui nous attend. Elle revient, en somme, à dresser une sorte de catalogue raisonné du butin considérable qui est le résultat et fut le prétexte des fouilles, exactement comme s'il provenait d'un seul lieu et était entassé en un seul musée. Cette première et imparfaite ébauche aura, du moins, l'avantage de nous faire connaître les diverses manifestations d'un art dont le répertoire est nettement limité, et, après tout, l'on ne saurait mieux commencer l'étude d'une école artistique que par une revue générale de ses œuvres.

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Nous considérerons donc pour l'instant, et pour les besoins de la cause, toutes les sculptures gréco-bouddhiques connues comme empruntées aux bases ou aux dômes des *stûpa* et aux parois ou aux intérieurs des chapelles dont un *sanghârâma* unique aurait couvert le Gandhâra tout entier. Dans la classification de ces trois à quatre mille spécimens, nous n'aurons recours qu'à des différences d'espèce. Nous reprendrons tout d'abord la distinction, qui nous a déjà été suggérée par les deux principaux genres d'édifices, entre les statues et figures détachées en ronde-bosse, dont nous renvoyons l'examen à une autre partie, et les panneaux qu'il est d'usage, si profondément ciselés qu'ils soient, d'appeler des « bas-reliefs ». De ces derniers nous ferons à leur tour deux parts, d'ailleurs fort inégales, selon qu'ils reproduisent des motifs d'ornementation ou qu'ils mettent en scène des légendes. A proprement parler, il est bien évident que les uns et les autres étaient décoratifs au même titre et traités comme tels selon des proportions réglées par des considérations esthétiques, indépendamment de l'importance morale des sujets. D'autre part, rien ne prouve que nombre des prétendus ornements n'aient pas eu pour les initiés un sens traditionnel ou même une intention pieuse. Mais, si indécise que puisse parfois devenir la frontière entre ces deux groupes de bas-reliefs, on n'en est pas moins fondé à distinguer, d'une part, les scènes édifiantes tirées de la légende du Buddha (cf. chap. V-VIII) et, d'autre part, les motifs purement décoratifs et profanes qui n'avaient pour but que le plaisir des yeux, et qui feront l'objet du présent chapitre.

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On pourrait être tenté de renforcer encore ce contraste en déclarant que, d'une façon générale, les compositions légendaires les plus classiques de style restent indiennes d'inspiration, tandis que les motifs décoratifs seraient, dans l'Inde, de véritables articles d'importation, aussi bien pour le fond que pour la forme. Malheureusement la complexité des faits se prête mal à ces divisions tranchées dont notre esprit s'accommoderait, au contraire, fort bien. Si, dans

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[Figure: FIG. 82. — MOTIFS INDIANISÉS (CHAR DU SOLEIL, SPHINX ET ATLANTES). Pilier de la balustrade du temple de Mahâbodhi. Aujourd'hui dans la cour intérieure du couvent brahmanique de Bodh-Gaya.]

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la décoration des édifices du Gandhâra, il entre des éléments qui n'avaient eu cours jusqu'alors que dans les ateliers méditerranéens, il en est d'autres dont les imagiers (rûpakâraka¹) du bassin du Gange connaissaient déjà l'usage. A la vérité, le départ est souvent difficile à faire entre eux, attendu que, parmi les ornements les plus anciennement employés, plusieurs avaient eux-mêmes un e origine occidentale. Pourtant nous sommes assuré de ne pas trop nous tromper en prenant pour criterium sur ce point les plus vieux monuments conservés de la péninsule. Les balustrades de Bodh-Gayâ et de Barhut, les portes de Sânchi, les façades des temples souterrains de l'Orissa ou du Konkan, tels seront pour nous les représentants de ce que nous convenons d'appeler l'« ancienne école indienne ». Toutes les fois que nous verrons reparaître au Gandhâra des détails d'ornementation précédemment mis en œuvre par elle, nous devrons réserver la question de leur origine : cette question n'en sera ensuite que mieux posée, pour eux comme pour ceux qui étaient vraiment des nouveautés encore inédites en Orient. Bref, parmi les sculptures gréco-bouddhiques, nous étudierons tout d'abord les bas-reliefs, parmi les bas-reliefs les motifs décoratifs, et, parmi les motifs décoratifs, ceux qui étaient indigènes ou avaient été déjà naturalisés dans le pays.

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¹ Cf. l'inscription n° 42 de Barhut (CUNNINGHAM, p. 141) et le rûpadakṣa de l'inscription de Râmgarh Hill (A.-M. BOYER, J. A., mai-juin 1904, p. 486).

§ I. Les éléments indiens ou indianisés

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Si nous jetons les yeux sur tel pilier bien connu de la balustrade de Bodh-Gayâ (fig. 82), nous nous apercevons en effet que plus d'un ornement d'origine iranienne ou même grecque avait été adopté par la vieille école de sculpture de l'Inde centrale avant l'avènement de celle du Gandhâra. Fait plus curieux et plus important encore à constater, quand ces mêmes motifs reparaissent dans l'Inde du Nord, c'est parfois sous leur forme indianisée et non purement occidentale. Tel est, par exemple, le cas pour les images du Soleil. Sans doute, à Bodh-Gayâ, — et, pouvons-nous ajouter, sur tel fronton moins connu d'une des grottes d'Udayagiri (Orissa), — son char est d'origine grecque : son parasol, son turban et les deux femmes, armées d'arcs ou de chasse-mouches, qui l'accompagnent, sont en revanche des accessoires bien indiens. Mais le point qu'il est intéressant de mettre en lumière, c'est que nous retrouvons au Gandhâra, soit sculptées sur des chapiteaux de colonnes(1), soit sous forme de statuettes (fig. 83), des représentations tout à fait analogues d'un Sûrya monté sur un quadrige ou d'un Phoibos travesti

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FIG. 83. — CHAR DU SOLEIL. Musée de Calcutta, n° G. 58. Hauteur : 0 m. 20.

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à l'orientale et flanqué de femmes, si bien que nous sommes ici beaucoup moins touchés des souvenirs helléniques que ces figures ont gardés, que de la transformation indienne qu'elles ont subie. Ce n'est pas tout : sur la zone médiane de ce même pilier de Mahâ-bodhi, on aperçoit encore une frise d'atlantes; du même coup, il devient impossible de faire honneur à l'art gréco-bouddhique de l'introduction de ce motif dans l'Inde. Il ne s'agit pas, en effet, des nains difformes et debout que nous montrent ordinairement dans ce rôle les sculptures de Barhut ou de Sânchi¹. Ils sont de facture élégante et accroupis avec l'un des genoux relevés, dans la pose qui leur est restée habituelle au Gandhâra (fig. 84). Il est vrai qu'ils n'ont point d'ailes : mais il s'en faut que leurs plus classiques congénères aient tous emprunté cet appendice aux Victoires ou aux génies de notre antiquité (cf. fig. 85 et 87). De leur côté, ces derniers modèles d'atlantes ont parfois aussi l'un des bras ou même les deux bras levés. Citons, par exemple, ceux qui décorent les bases des colonnes sur la figure 77 et tel spécimen du Kaçmîr, de date sans doute postérieure (fig. 86). Assurément leurs types sont d'un caractère si hellénisant, que nous devrons les porter à l'actif de l'école du Nord-Ouest (cf. p. 254); mais la preuve est faite que leur usage décoratif est plus ancien dans l'intérieur de la péninsule qu'on n'aurait pu croire². Relèverons-nous un dernier détail? Sur les chapiteaux des pilastres qui encadrent à Bodh-Gayâ le motif du Soleil, deux êtres fantastiques, sortes de sphinx à corps de lion et à buste d'homme se penchent, les mains jointes (fig. 82). Quand nous les retrouvons avec la même combinaison de formes humaines et animales et le même geste dévot, au haut de la figure 47, de chaque côté du vase à aumônes du Buddha³, comment décider d'avance s'ils sont tout frais débarqués d'Occident ou, au contraire, s'ils ne sont pas de retour d'un premier voyage dans l'Inde?

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¹ Ces chapiteaux proviennent soit de du General List), soit de Loriyân-Tangai Mâla-Tangai (phot. Cole, n°s 1076 et 1077 (phot. Caddy, ibid., n° 1068).

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¹ Cf. A. M. I., pl. 16-17 et pl. 47-49.

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² Nous pouvons ajouter qu'il y est resté durable et signaler, par exemple, sur l'un des temples de Chittor, une frise d'atlantes accroupis et à quatre bras, dont deux posés sur les genoux et deux levés en l'air : le motif est carré et mesure 0 m. 20 de côté.

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³ Les mêmes monstres se rencontrent encore tenant une pendeloque au bout d'un collier, sur l'une des statues de la planche 82 des A. M. I. (Comparez la figure 90 et la planche, au commencement de ce volume). Voyez-les ici même, avec des ailes en plus, aux deux coins de l'abaque du chapiteau de la figure 112.

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FIG. 84.] [Figure: FIG. 85.] [Figure: FIG. 86.

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FIG. 84-87. — FIGURES D'ATLANTES.

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Fig. 84. Musée du Louvre, n° 61. Provenant de Sháhbáz-Garhi. Hauteur : 0 m. 14. Fig. 85. Provenant du monastère supérieur de Nathou. D'après COLE, G. B. S. Y., pl. 11. Fig. 86. D'après une photogr. prise à Vicar-Nâg, au nord de Çrínagar Hauteur : 0 m. 28. Fig. 87. Musée de Calcutta, n° G. 81 e. Hauteur : 0 m. 185.

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On comprend dès lors ce que nous entendons par motifs « indianisés », et pourquoi nous les rangeons dans la même catégorie que ceux de provenance indienne. Ce qui nous importe en eux, ce n'est pas la remarque, déjà banale, qu'ils dénoncent des traces d'inspiration classique jusque sur les plus anciens monuments lithiques de l'Inde : c'est le fait, auquel on n'a pas pris assez garde, qu'ils tendraient à renforcer, bien plutôt qu'à diminuer, la part des influences locales dans le répertoire décoratif du Gandhâra. Nous sommes obligés, en effet, d'accepter en bloc les œuvres de la vieille école indienne : et ainsi tout élément, pour étranger qu'il soit, qui aura déjà été assimilé par elle devra être considéré par nous comme lui étant acquis. C'est à ce prix seulement que nous établirons avec exactitude le bilan des nouveautés qu'apportait incontestablement l'école gréco-bouddhique. Notre premier soin pour y parvenir sera donc de déterminer contradictoirement tout ce qu'en fait d'ornements géométriques, floraux ou animés, elle aurait pu emprunter au fonds indigène : ce n'est qu'une fois ce travail de discrimination terminé qu'il sera utile de se demander — dût la question se résoudre par la négative — si elle les a effectivement empruntés.

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LES MOTIFS ANIMÉS. — Des trois sujets réunis sur la figure 88, par exemple, il en est au moins deux qui se réclament aussitôt d'une origine classique : reste à savoir si cette parenté est, pour ainsi dire, du premier ou du second degré. Or, plus l'on examine de près cette Victoire aptère (fig. 88 a), et plus l'on hésite, en dépit de la palme qu'elle tient dans sa main gauche, à désigner d'un tel nom une figurine aussi disgracieusement déformée par le tenon qui servait à l'encastrer dans le soubassement d'un stûpa. Quant au centaure, il est impossible d'attribuer son acclimatation dans l'Inde à l'école du Gandhâra. Assurément nous ne considérons pas comme de véritables adaptations de ce type les personnages humains à tête de cheval qu'on rencontre, par exemple, sur les balustrades de Bodh-Gayâ¹ ou du petit *stûpa* de Sânchi. Mais, sur cette dernière, nous avons photographié deux exemples caractéristiques et traités absolument à la vieille manière indienne. L'un des médaillons représente un centaure et l'autre une centauresse, portant respectivement en croupe, le premier une femme et la

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¹ RÂJ. MITRA, *Buddha-Gayâ*, pl. XXIV, 2 ; le même auteur donne (pl. XLV, 12), un dessin de centaure, mais ces dessins sont sujets à caution ; cf. ANDERSON, *Catalogue*, I, p. 129, où la question est traitée avec l'exactitude d'un naturaliste.

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[Figure: FIG. 88. — VICTOIRE, LION ET CENTAURE. a. Musée de Lahore, n° 2145. Provenant de Sikri. Hauteur : 0 m. 26. b. Musée de Lahore, n° 2286. Provenant de Sikri. Hauteur : 0 m. 19. c. Musée de Lahore, n° 1202. Provenance inconnue. Hauteur : 0 m. 19. Figures flanquant des bases de stûpa (cf. fig. 72 et 92).]

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seconde un homme; une autre centauresse ainsi chevauchée, originaire de Mathurâ, s'est remisée à la bibliothèque publique d'Allahabâd. Le trait le plus nouveau, sur le modèle de la figure 88 *c*, consiste dans l'espèce de plume ou de feuille qui dissimule la jonction du corps de cheval et du torse d'homme. Bühler a déjà signalé l'existence de cet appendice, d'ailleurs fort exagéré, sur des centaures de Mathurâ publiés par lui(1), et il le croit totalement étranger à l'art classique : c'est là un point sur lequel nous aurons à revenir (cf. p. 252). Notons-le tout de suite, à unique ou à triple exemplaire, sur des personnages à forme humaine ayant la même origine (fig. 94 a) ou provenant de Barhut(2). Parfois même — notamment sur ce dernier monument, — les jambes disparaissent pour laisser le buste seulement garni d'une rangée de feuilles; or ces bizarres créatures se montrent sur une stèle du Gandhâra où elles sont fort occupées à soutenir un parasol au-dessus de la tête du Maître (fig. 79). Nous en rapprocherons celle de la figure 89, chez qui le bas du corps se perd sous une sorte de toison et qui, de plus, est pourvue d'ailes stylisées à la mode assyrienne. C'est ce que nous connaissons, dans l'art gréco-bouddhique, de plus analogue aux *suparṇa* ou oiseaux à torse humain de la vieille école(3). On peut même s'étonner à bon droit de n'avoir pas encore rencontré, dans les fouilles du district de Pêshawar, la harpie classique avec sa tête et ses mamelles humaines, alors qu'elle décore non seulement les angles de fronton et les chapiteaux des temples de Kaçmîr (cf. fig. 108), mais jusqu'au soubassement de ceux de Java(4).

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Après les êtres imaginaires dans la composition desquels entre quelque portion d'humanité et que l'Inde semble avoir connus sous le terme générique de *kiṃnara*(5), nous placerons les animaux fantastiques communs à l'ancienne et à la nouvelle école. Ils sont, semble-t-il, peu nombreux. Le *makara*, ce motif favori de la première, directement inspiré du crocodile indigène (cf. fig. 94 *a*), est complètement remplacé dans la seconde par d'autres variétés

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¹ *Epigr. Ind.*, II, n° XXIV, pl. II *b*, ou V. SMITH, *Mathurâ*, pl. XV.

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² CUNNINGHAM, *Barhut*, pl. XXI, au milieu, sous les pieds de la *devatâ*, et pl. XXVII, 12.

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³ Sur les *suparṇa*, cf. *Iconogr. bouddhique*, fig. 3 et p. 50, n. 2.

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⁴ Pour ces harpies dans des angles de fronton, cf. CUNNINGHAM, *J. A. S. B.*, 1848, II, pl. XVIII, et relevons encore, peinte sur la paroi d'une niche de Bâmiyân, «a very curious figure of a human-headed bird» (*J. R. A.S.*, 1886, p. 350). — Pour Java, cf. J. GRONEMAN, *Tjandi Parambanan*, notamment pl. VII *a*. — Cf. RÂJ. MITRA, *Buddha-Gayâ*, pl. XXXVI, 1, et XXXVIII, 2.

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⁵ Ce mot désigne, sur une inscription de Barhut (pl. XXVII, 12), des êtres à buste humain terminé en feuilles; d'après une inscription moderne de la tour de la Victoire à Chittor, il désignerait, comme au Siam, des *suparṇa*; dans la littérature classique, il s'appliquerait aux personnages humains à tête de cheval, etc. Ces spécialisations différentes donneraient à croire qu'il n'avait, à l'origine, qu'un sens très général de «monstre humain».

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[Figure: FIG. 89. — PERSONNAGE AILÉ (SUPARNA). British Museum. Provenant de Takṣaçilâ. Hauteur : 0 m. 40. Torchère ornementale de stûpa (cf. fig. 10 et 12).]

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plus classiques de monstres marins. Tout au plus pourrait-on relever le caractère local que le taureau de mer de la figure 119 doit à sa bosse, ou lui chercher des pendants parmi les lions et les éléphants aquatiques de Bodh-Gayâ¹. Le griffon ou *sîmurgh* persan (*z. saena*- meregha, skt. *çyena-mṛiga* ou aigle quadrupède) est plus fréquent à Sânchi¹ qu'au Gandhâra, où nous ne l'apercevons guère que transformé en boucle d'oreille (voir la planche servant de frontispice). Les lions ailés ne s'y montrent également que par couples, au bout de ces gros colliers flexibles qui font partie de la parure de certaines statues : encore leur échine s'allonge-t-elle à la façon de celle des dragons tandis que leur gueule porte un étui à amulettes (fig. 90). Là même où de véritables dragons déroulent leurs replis sur la bordure d'une frise (cf. fig. 277), nous verrions volontiers dans la disposition des deux du milieu, un ressouvenir de ce motif d'orfèvrerie². Mais ce curieux spécimen est intéressant par plus d'un côté. D'une part, ces quatre pattes crochues, cette tête cornue, ce dos épineux rappellent étrangement le dragon chinois, qui d'ailleurs semble, lui aussi, avoir été emprunté à l'Assyrie³ ; mieux encore, dans ces deux monstres affrontés et tenant dans leurs mâchoires, en guise de médaillon, une gemme, nous trouverions, à notre avis, l'origine probable de l'éternel sujet de l'art chinois ou sino-annamite : nous voulons parler des deux dragons qui sont toujours censés se disputer une perle aussi bien sur l'arête du toit des pagodes que sur la panse des potiches ou les broderies des vêtements. D'autre part, les Amours qui les montent — et dont on peut rapprocher ceux de la figure 91, à califourchon sur des lions — évoquent aussi bien les *erotopægnia* alexandrins que les scènes où la vieille école indienne fait chevaucher ou lutiner par de jeunes garçons toutes sortes d'animaux chimériques ou réels, sauvages ou domestiques⁴.

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¹ RÂJ. MITRA, *Buddha-Gayâ*, pl. XLVI. — Cf. V. SMITH, *Mathurâ*, pl. LXXIII, 1, etc.

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¹ Cf. *A. M. I.*, pl. 48, 53, etc. (Sânchi) : *Barhut*, pl. VI et VIII, et *Mathurâ*, pl. XXXVIII, 1, et XXXVIII *a*, 1 ; cf. pl. XXXVII (lion ailé), etc. — Nous avons encore vu le griffon, au Gandhâra, dans les échancrures d'une guirlande portée par des Amours.

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² Cf., *A. M. I.*, pl. 83-86, les têtes de dragon qui soutiennent les médaillons des colliers.

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³ Comparer les dragons sculptés sur un linteau de porte du palais de Sennachérib (*Perrot et Chipiez*, *Hist. de l'art dans l'antiquité*, I, fig. 95) avec ceux de notre figure 227, ceux du Chan-toung (*Chavannes*, *Sculpture sur pierre en Chine*, 1893, pl. 30-33), et celui qui avale et revomit le prophète Jonas sur un sarcophage du Musée de Latran.

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⁴ Pour des dragons chevauchés à

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Nous ne prétendons pas étudier ici la façon dont a été représentée par l'une et l'autre école la faune du pays. Ce n'est pas que les documents sur ce point fassent défaut, et, rien que dans les illustrations qui vont suivre, on verra passer, outre des éléphants et des lions, des chevaux, des bœufs bossus, des chameaux, des antilopes, des singes, des chiens, ou encore des serpents, des corneilles, des paons, etc. Mais c'est surtout des deux premières

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FIG. 90. — MONSTRES AFFRONTÉS : MOTIF D'ORFÈVRERIE. D'après le n° 28 du Musée du Louvre, provenant du Swât.

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espèces qu'il a été fait communément un grand usage décoratif. Le lion (simha), bien qu'il achève seulement de s'éteindre dans l'Inde, a été traité dans un style assez conventionnel, et sa crinière soigneusement peignée ou bouclée se sent des modes d'Assyrie. Le plus souvent, il orne les coins des bases (à défaut de balustrades) des stūpa, en attendant qu'il supporte le trône (simhāsana) du Bienheureux. Que son avant-train seulement soit dégagé de la pierre, comme sur les exemples de Sanghao (fig. 92 a et b) et de

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Mathurâ, cf. encore Epigr. Ind., II, xxiv, pl. III a; ou V. SMITH, Mathurâ, pl. XX. — On trouve de ces scènes sur le fronton des plus anciennes caves de l'Orissa et jusqu'à Amarâvatī (BURGESS, pl. XXIX et suiv.).

v1.c7.s1.t1.33

[Figure: FIG. 91. — LIONS LUTINÉS PAR DES AMOURS. Fragments de chapiteau provenant de Miyân-Khân. D'après H. COLE, Memorandum; cf. G. B. S. Y., pl. 26, et J. I. A. I., 1898, pl. 18, 7.]

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[Figure: FIG. 92. — LIONS ET ÉLÉPHANT. a et b. Musée de Lahore, nº 1126 et 1113. Provenant de Sanghao. Hauteur : 0 m. 36 et 0 m. 105. c. Musée de Lahore, nº 579. Hauteur : 0 m. 125. Figurines flanquant des bases de stûpa (cf. fig. 88).]

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Mathurâ (fig. 93), ou qu'il soit complètement détaché comme à Amarâvatî (fig. 68), le mouvement indique d'habitude qu'il est assis sur les pattes de derrière, exactement tel qu'il se dresse, langue pendante, au haut de l'un des piliers d'Açoka¹. Ce n'est guère que sur les chapiteaux (cf. fig. 91) qu'on le voit étendu de

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¹ Il s'agit de celui de Lauriya Navandgahr : cf. A. M. I., pl. I.

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FIG. 93. — LION DE STÛPA. Musée de Lakhnau. Provenant de Mathurâ. Hauteur : 1 m. 06.

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tout son long. Quant à l'éléphant (fig. 92 c), il remplit, comme nous avons vu (p. 185), les mêmes emplois décoratifs : mais, de plus, il joue parfois un rôle dans les scènes légendaires (cf. fig. 138, 267-269), et peut-être convient-il tout de suite de remarquer que, d'une façon générale, il est moins bien traité sur la frontière que dans l'intérieur de l'Inde. Les pachydermes de Barhut et de Sânchi, sans parler de ceux d'Amarâvatî et d'Ajanṭâ, sont beaucoup plus vivants et « d'après nature », et le sentiment de leur agile lourdeur est infiniment mieux rendu qu'au Gandhâra. Rien ne sert d'être meilleur praticien, si l'on n'a pas, comme on dit, dans l'œil le sujet qu'il s'agit de traduire à la pointe de son ciseau. Évidemment les artistes gréco-bouddhiques étaient peu familiers avec ces bêtes exotiques, et c'est ce qui explique qu'ils se montrent de si médiocres animaliers. C'est même le seul point que nous sachions où les sculpteurs indigènes reprennent sur eux l'avantage, en même temps qu'ils les égalent dans le traitement des motifs fleuris d'ornementation.

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- LA FLORE ORNEMENTALE. — Pas plus que la faune, nous n'entreprendrons d'étudier en détail la flore de l'Inde d'après les monuments¹. De nombreuses essences d'arbres, palmiers, manguiers, sâla, figuier des banyans et celui, plus sacré encore, sous lequel le Buddha parvint à l'omniscience, sont suffisamment caractérisées sur nos bas-reliefs. De ce dernier seulement nous avons à noter l'usage décoratif sur des frises où il faut prendre garde de ne pas confondre avec une sorte de lierre peu découpé sa feuille arrondie à la base et longuement effilée (fig. 95); c'est bien celle de l'arbre de la Bodhi et du *ficus religiosa* des botanistes, de l'açvattha des vieux textes et du *pippal* actuel; elle n'a pas changé depuis Barhut². Après les feuillages, les fleurs; de beaucoup la plus employée est celle de l'églantier. Le Gandhâra est resté un pays de roses, et c'est l'églantine que nous croyons reconnaître dans le fleuron normalement à cinq feuilles, parfois à quatre ou à six, qui tantôt décore isolément des surfaces unies (fig. 210), tantôt s'écarte dans des losanges ou des carrés (fig. 213), tantôt enfin se dispose Fig. 94. — a. KIMNARA LUTINANT UN MAKARA; b. FEUILLES DE VIGNE ET RAISINS. Musée de Lakhnau. Provenant de Mathurâ. Hauteur de chaque fragment .0 m. 19.

v1.c7.s1.t1.40

¹ Aussi bien, ce travail vient-il d'être fait de main de maître par M. C. JORET, *Les plantes dans l'antiquité et au moyen âge*, Première partie, II, *L'Iran et l'Inde*, p. 393 et suiv.

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² Barhut, pl. XXX, 3.

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b

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a

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Fig. 95. — GUIRLANDES DE FEUILLES DE FIGUIER SACRÉ. Musée du Louvre, n° 79. Provenant de Koi. Hauteur : 0 m. 10.

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le long d'une tige flexible et sinueuse (fig. 96). En ce cas, il n'est pas rare qu'il double ou triple autour du bouton central les rangées de ses pétales et, du même coup, se transforme en ce lotus stylisé qui se répète sans fin sur les piliers et les croisillons des vieilles balustrades indiennes (cf. fig. 68 et 228). Dans certains cas, l'emploi de la vrille et de la cloche pour combler les vides laissés par chaque ondulation de la guirlande¹ ne fait que corser la ressemblance générale des compositions (cf. fig. 97 et 98). Le vieux motif indien se prête d'ailleurs, dans l'art du Gandhara, à des applications nouvelles. Les rangs de pétales arrondis ou pointus qui bordaient les chapiteaux de Barhut² s'alignent à présent sur des piédestaux (fig. 137) ou des frises (fig. 101, cf. fig. 192); ou bien ils s'arrondissent autour du trou de la hampe pour former la décoration tant intérieure qu'extérieure des parasols qui surmontaient les stûpa³. D'autres fois, ils en ornent aussi le dôme (fig. 22 et 71-72; cf. fig. 18), ou encore revêtent la convexité de certains piédestaux de statues (fig. 76). Le profil de ceux-ci nous invite à en rapprocher immédiatement les lotus qui, retournés la tête en bas, offrent comme siège à des images de divinités un évasement de leur pédoncule (fig. 78, 145, 225). Mais, d'ordinaire, le calice n'est pas renversé et le personnage est assis sur la corolle épanouie (fig. 76, 77 et 79). On sait l'extraordinaire extension que devait prendre ce dernier procédé dans l'iconographie postérieure⁴; la première variante n'a eu, au contraire, aucun succès dans l'Inde et semble n'avoir été qu'un tâtonnement malheureux des sculpteurs gréco-bouddhiques en quête d'une formule artistique pour un symbole étranger à leur art, sinon à leur esprit.

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¹ Comparer encore V. SMITH, Mathurâ, pl. LIX, 3.

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² CUNNINGHAM, Barhut, pl. X.

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³ A noter de jolis exemples provenant de la frontière du Swât, au Musée de Calcutta. Un parasol de ce genre a été monté en guéridon au mess des Guides, à Hoti-Mardân.

v1.c7.s1.t1.50

⁴ Cf. Iconogr. bouddhique, p. 66, etc. (même pour les images debout).

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A côté de ces motifs d'origine ou d'inspiration indienne, il y en a d'autres de tout à fait classiques, comme l'ornement en chèvrefeuille et ses variétés, dont on pourrait penser qu'il a fait pour la première fois son apparition aux Indes sur les faces latérales du piédestal des statues (tel est notamment le cas de celle du frontispice) ou les frises du Gandhâra (fig. 124, cf. fig. 118). En réalité, la palmette, ainsi qu'on l'appelle également, décorait déjà les piliers d'Açoka comme les portes de Barhut et de Sânchi¹. Il est même naturel d'admettre, comme l'a remarqué Fergusson, que la vieille école de sculpture la tenait directement, par la Perse, de l'Assyrie, à laquelle la Grèce l'avait de son côté empruntée. S'il était encore une plante d'ornement qu'on eût crue spéciale à l'art du Gandhâra, c'était bien la vigne. Pourtant M. Grünwedel a déjà signalé une grappe de raisin et une feuille à la main d'un jeune garçon chevauchant un lion cornu sur la porte orientale de Sânchi². Toutefois nous ne nous rappelons pas d'avoir rencontré sur les monuments du bassin du Gange de pampres arrangés en guirlande ailleurs qu'à Mathurâ³ (cf. fig. 94 b), où ils ont pu et même dû être apportés du Nord-Ouest, et, par suite, rien n'empêche que nous attribuions l'initiative de ce motif à l'art gréco-bouddhique (cf. fig. 127 et 174). A mesure que nous avançons dans notre étude, les ateliers de Mathurâ se dessinent en effet de plus en plus, ainsi qu'on pouvait l'attendre de leur situation géographique, comme une sorte de terrain commun où voisinent et se mêlent les influences des deux écoles, tant occidentale qu'orientale. Cette vue, que nous a suggérée l'examen de la faune et de la flore ornementales, se vérifiera non moins bien dans celui des ornements architecturaux comme, plus tard, des scènes légendaires et des statues.

v1.c7.s1.t1.52

¹ Cf. Fergusson, *Hist.*, fig. 4-5 (piliers d'Açoka) et 34-35 (Sânchi); *Barhut*, pl. VI-VII, X-XII; cf. V. SMITH, *Mathurâ*, pl. XXIX, 25; XXXVIII, 4; XXXVIII a, 2; LVI, 1, etc.

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² Cf. B. Kunst, fig. 7, ou B. Art, fig. 10 (face postérieure de la troisième architrave).

v1.c7.s1.t1.54

³ Cf. V. SMITH, *Mathurâ*, pl. XXII et XXVI.

v1.c7.s1.t1.55

FIG. 96. — GUIRLANDE D'ÉGLANTINES ET ACANTHES. Musée du Louvre, n° 77. Provenant de Shâhbâz-Garhî. Longueur : 0 m. 28.

v1.c7.s1.t1.56

FIG. 97. — GUIRLANDE DE LOTUS, VRILLES ET CLOCHES. Musée de Lahore, n° 1177. Provenant de Chârsadda. Hauteur : 0 m. 125.

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FIG. 98. — GUIRLANDE DE LOTUS DANS L'ANCIENNE ÉCOLE. Musée de Calcutta. Provenant de Barhut. Vue extérieure de la balustrade. Cf. CUNNINGHAM, Barhut, pl. XL, ou A. M. I., pl. 26.

v1.c7.s1.t1.58

LES MOTIFS D'ARCHITECTURE. — Des ornements géométriques, le plus simple et peut-être le plus foncièrement indien est celui de la balustrade (fig. 99; cf. 157, etc.). Sans doute, c'est un direct souvenir de celles qui formaient le balcon des habitations privées (fig. 100, 139) ou qui entouraient les stûpa (fig. 8), les temples (fig. 41), les bassins sacrés (fig. 194-196) et, d'une façon générale, tous les lieux ou objets de culte. Comme sur les plus vieilles sculptures (cf. fig. 240), elle est d'ordinaire représentée par des piliers

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FIG. 99. — BALUSTRADES AVEC ACANTHES OU MERLONS. Musée de Lahore, nºs 351 et 795. Hauteur : 0 m. 20 et 0 m. 12.

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perpendiculaires où s'encastrent de deux à quatre traverses horizontales; plus rarement, toutes les barres sont également obliques et forment entre elles des losanges au lieu de se couper en angle droit (cf. fig. 160 et 288). Nous ferions rentrer dans le même groupe l'ornement diapré ou en damier (fig. 100, en haut, au milieu) qui était fort répandu sur les stûpa de toute taille (fig. 70; cf. fig. 18¹; voir encore fig. 77, 141, 264). D'autres motifs, bien connus pour être originaires de l'Asie antérieure, avaient depuis longtemps acquis droit de cité dans l'Inde centrale; citons le chapelet (cf. fig. 213 etc., 280), la dent de scie (fig. 100, 134, 137, 160, 164, etc.) et surtout le merlon (fig. 99). Du moins, ce dernier décorait-il, par exemple, le haut des autels persans et la

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¹ On le retrouve notamment sur la plupart des stûpa de la vallée de Kâboul, dessinés par Masson et Honigberger (voir les références, p. 6, n. 4).

v1.c7.s1.t1.62

[Figure: FIG. 100. — BALUSTRADES, ARCHES, FRONTON, DENTS DE SCIE. Musée de Lahore, n° 2120. Provenant de Sikri. Hauteur, 0 m. 33.]

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balustrade (fig. 98) ou le sommet des stûpa de Barhut (fig. 8) avant de paraître sur le couronnement de ceux du Gandhâra (fig. 70-71; cf. fig. 18). On ne peut s'empêcher de noter que Renan a retrouvé ce même ornement en gradins sur une vieille tombe de Phénicie qui, avec son dôme élevé sur un double tambour cylindrique et sa base flanquée de quatre avant-trains de lions debout, rappelle de la façon la plus frappante les topes du Nord-Ouest(1).

v1.c7.s1.t1.64

FIG. 101. — MOINES ET RELIQUAIRE SOUS ARCHES INDIENNES ENTRE PILIERS INDO-PERSANS. Musée de Lahore, n° 1011. Hauteur : 0 m. 095.

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FIG. 102. — MÊME MOTIF AVEC PERSONNAGES LAÏQUES. Musée du Louvre, n° 58. Provenant du Swât. Hauteur : 0 m. 14.

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FIG. 103. — MÊME MOTIF AVEC PETITS GÉNIES. Musée du Louvre, n° 75. Provenant du Swât. Hauteur : 0 m. 12.

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La vieille sculpture indienne a encore fourni à l'art décoratif du Gandhâra son arche caractéristique en fer à cheval (fig. 100-103, 78, 217, etc.). Parfois elle est surbaissée, parfois aussi trilobée; elle abrite soit des personnages, soit des objets sacrés; aussi bien qu'à l'ornementation des frises ou des stèles, elle sert à celle des grandes surfaces des édifices, tant *vihâra* (fig. 80) que *stûpa* (fig. 81)¹. Sur plusieurs de ces exemples elle alterne ou se com-

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¹ DIEULAFOY, Art antique de la Perse, I, fig. 34, 37; RENAN, Mission de Phénicie, pl. XI- XIII.

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¹ Voir des exemples d'arches décorant de grands *stûpa* de la vallée de Kâboul, dans W. SIMPSON, *J. R. A. S.*, 1886, part III, pl. 3; 1, et MASSON, *Ar. ant.*, pl. II-IV et IX.

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[Figure: FIG. 104-105. — DÉCORS DE PILIERS INDO-PERSANS. Musée du Louvre, n° 68 et 69. Provenant du Swât. Hauteur : 0 m. 30 et 0 m. 42.]

v1.c7.s1.t1.71

bine avec une autre forme indienne, la porte trapézoïdale; presque partout elle est flanquée de pilastres dont le style a été judicieusement qualifié par Cunningham d'indo-persan². Son caractère essentiel réside dans le chapiteau campaniforme, renouvelé des colonnes de Persépolis, et déjà adopté pour celles d'Açoka. Cette cloche est d'ordinaire coiffée d'un champignon surmonté d'un vase qui supporte un long abaque. Dans les spécimens les plus

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² A. S., V (Appendice A : *Ancient Indian architecture: Indo-Persian and Indo-Grecian styles*), p. 185 et suiv., et pl. XLV; cf. DIEULAFOY, *Art antique de la Perse*, I, p. 83.

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[Figure: FIG. 106. — CARIATIDE INDIENNE. Provenant du monastère supérieur de Nathou. D'après H. COLE, Memorandum; cf. G. B. S. Y., pl. 8 ou A. M. I., pl. 116.]

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simples, celui-ci est seulement indenté à chaque extrémité (fig. 101, 103, 180). Sur les modèles plus finement travaillés, il a lui-même pour support deux animaux adossés qui sont le plus souvent des taureaux, tout comme à Suze (fig. 102, 76, 77; cf. toutefois 91). Seulement ce sont ici des zébus, et, au lieu du seul avant-train, la bête est représentée en entier de profil, tandis que l'intervalle entre les deux croupes est rempli par une autre tête de face. En même temps, la base, en forme de bol, hausse sur un ou plusieurs gradins son fond de plus en plus grêle. Enfin l'un des éléments, et non des moins importants, des colonnes persanes a complètement disparu; ou bien, sur la figure 77 où il reparaît, au lieu de supporter les animaux, il s'intercale entre eux et l'abaque!

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On sent assez qu'il s'agit ici de fantaisies de décorateurs que ne tempèrent pas les responsabilités de l'architecte. Aussi bien, tandis que de véritables colonnes indo-persanes ont été retrouvées à Barhut et à Sânchi comme à Mathurâ, ou soutiennent encore les façades des temples de Karli et de Nâsik, nous ne voyons à citer dans le nord-ouest de l'Inde d'autre exemple architectural que les deux minârs voisins de Kâboul¹. En revanche, les sculpteurs usent largement du motif et lui ont fait subir les transformations les plus inattendues. Le plus souvent, ces pilastres, servant à séparer les scènes sur les frises, sont engagés dans un panneau rectangulaire qui a été creusé pour obtenir leur relief et dont les bords saillants les encadrent. Parfois l'artiste s'est borné à relever la nudité du fût par une figure orante (fig. 105); mais il est fréquemment arrivé qu'il a remplacé fût et chapiteau par un personnage debout sous un arbre. C'est tantôt un joueur de flûte (Lahore, n° 238) ou un danseur (fig. 104; cf. 150), et tantôt une femme adorant (fig. 294), jouant de la flûte (fig. 215) ou de la guitare (Mârdan), ou se suspendant à l'une des branches de l'arbre avec la main droite (Lahore, n° 84, 587, etc.), plus rarement avec la main gauche. Sur tous ces spécimens, la figurine garde encore pour piédestal la base caractéristique du pilier dont elle a pris la place; ailleurs ce dernier vestige du sujet originel disparaît, et le pilastre achève de se muer en une sorte de cariatide d'allure tout indienne (fig. 106; cf. fig. 185). Aussi bien, cette attitude était-elle déjà en faveur parmi les déesses qui décorent les montants de la balustrade de Barhut, et c'est elle encore que prennent les statues qui « recourbent en arc la liane de leur corps » au haut des portes de Sânchi¹. La littérature ne la connaît pas moins que l'art. Le *Mahâbhârata* ne manque pas de l'attribuer à son héroïne : « Qui es-tu, toi qui te tiens là debout, faisant plier cette branche de *kadamba*...? », et pudiquement, avant de répondre, Draupadî lâche la branche. Dans le *Buddha-carita*², lors des scènes de coquetterie auxquelles se livrent les femmes du harem dans le jardin de plaisance, il n'en manque pas qui, « saisissant une branche fleurie de manguier, s'y suspendent, laissant voir leurs seins pareils à des urnes d'or ». Il n'y a pas à douter que ce ne fût là ce que l'on pourrait appeler la pose plastique par excellence selon le goût indien.

v1.c7.s1.t1.76

¹ Voir les dessins, d'ailleurs très divergents, que donnent du Chakri Minâr MASSON (Ar. ant., pl. IX) et CUNNINGHAM, A. S., V, pl. XLV, 3.

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¹ Pour les statues sur pilier, voir Barhut, pl. XX-XXIV, et les statues de portail (*toraṇa-câlabhañjikâ*) de Sânchi, A. M. I., pl. 39, 43, etc.; ces dernières sont décrites dans le *Buddha-carita*, V, 52 (câpabhugnagâtrayasti). Les deux motifs se retrouvent à Mathurâ, pl. XXXIV-XXXV et LX-LXII.

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² *Mahâbhârata*, III, 265, 1; *Buddha-carita*, IV, 35.

§ II. Les éléments classiques

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Le terrain se trouve ainsi déblayé d'un grand nombre d'éléments importants et qu'on ne saurait omettre de mentionner, mais dont l'attribution à l'école gréco-bouddhique serait au moins contestable. Nous n'en apercevons que mieux à présent ceux qui peuvent être considérés d'emblée comme lui appartenant en propre et constituant l'apport nouveau qu'elle a introduit dans le répertoire artistique de l'Inde. Sa part d'originalité reste encore assez belle et ne fait que gagner à une aussi stricte délimitation. Bien entendu, il s'agit d'une originalité toute relative et locale; et, quand nous parlons de certains motifs comme étant la propriété exclusive de l'art du Gandhâra, c'est toujours au point de vue indigène que nous nous plaçons. En réalité ce ne sont que des reproductions plus ou moins fidèles d'œuvres classiques, et nous ne songeons pas le moins du monde à diminuer l'importance d'un fait auquel nos sculptures doivent le plus clair de l'intérêt qu'elles ont excité en Europe : mais le trait qui nous touche le plus pour l'instant est que ces rééditions étaient jusqu'alors inédites dans l'Inde. Aussi bien, dans cet art indien dont les plus anciens monuments ne remontent pas pour nous plus haut que le IIe siècle avant notre ère et sont déjà si fortement empreints d'influences occidentales, on peut encore soulever des questions de priorité entre les diverses écoles : mais qui oserait prononcer à leur propos, et en donnant sa pleine valeur à ce terme, le mot « d'originalité » ?

v1.c7.s1.t2.2

LES TROIS ORDRES. — Continuons en effet notre revue des ornements d'architecture; nous en étions restés aux piliers indo-persans; aux autres modèles qui s'en rencontrent, Cunningham propose encore, et avec non moins de raison, d'appliquer l'épithète d'« indo-grecs »(1). L'idée lui était chère que les trois ordres helléniques avaient pénétré dans le nord-ouest de l'Inde avec les Grecs eux-mêmes. Si l'on entendait par là que des temples doriques, ioniques ou corinthiens ont été construits dans le Penjâb, la thèse serait plus que risquée et tout ce que nous avons vu plus haut de l'architecture du pays la réduirait à néant; mais, si l'on veut seulement dire que des pilastres ou des colonnes plus ou moins conformes à ces trois styles y ont été employés dans la décoration des édifices, l'assertion n'a plus rien que de très vraisemblable. A la vérité, nous ne possédons, au Gandhâra même, de preuves abondantes que pour l'usage de l'acanthe corinthienne; mais à Takşaçilâ Cunningham, à Hidda W. Simpson ont trouvé des débris d'ordre vaguement ionique; et, quant aux colonnes pseudo-doriques du Kaçmîr, nous n'imaginons pas par quel autre chemin elles lui seraient venues.

v1.c7.s1.t2.3

Nous avons déjà constaté, en effet, que le temple kaçmîri avait Fig. 107-109. — CHAPITEAUX D'ORDRE INDO-DORIQUE DU KAÇMÎR. Fig. 107. D'après une photogr. prise dans les ruines d'Andrikot (viiie siècle). Fig. 108. D'après une photogr. prise dans les ruines de Brankontri (sans date). Fig. 109. D'après une photogr. prise dans les ruines de Patan (ixe siècle).

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¹ Cf. A. S., V, p. 189 et suiv.

v1.c7.s1.t2.5

Fig. 107.

v1.c7.s1.t2.6

Fig. 108.

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Fig. 109.

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emprunté aux *vihâra* de la plaine son arche trifoliée; quand nous voyons à présent le fronton où celle-ci s'encadre supporté par des colonnes d'un dessin parfois si classique avec les moulures de leur base, les cannelures de leur fût et les oves de leurs chapiteaux (fig. 107-109), il est bien difficile de ne pas croire que ce soient encore là autant d'emprunts faits à l'art gréco-bouddhique. L'un de ces chapiteaux (fig. 108) a été relevé dans les premières ruines dignes d'arrêter l'archéologue, sur la route qui remonte le long de la rive gauche de la Vitastâ jusqu'à l'Heureuse Vallée : à y reconnaître, en plus, les motifs déjà familiers de la fausse grecque fleurie d'églantines et de l'atlante accroupi entre des harpies et des griffons, on a l'impression de surprendre d'un seul coup tous ces détails décoratifs voyageant de compagnie entre Takşaçilâ et Çrînagar. Est-ce à dire que les éléments de ces colonnes soient de pur style dorique et ressemblent à ceux du Parthénon? Qui le voudrait prétendre¹, alors surtout que, des trois chapiteaux que nous publions, deux au moins appartiennent à des temples bâtis par Jayâpîḍa et Çaṅkaravarman aux VIIIe et IXe siècles de notre ère? Il suffit que l'analogie soit encore assez grande pour qu'un aussi bon juge que Fergusson ait accepté d'emblée la dérivation proposée par Cunningham. Si les premiers exemples de l'ordre « indo-dorique » ou « quasi dorique » sont apparemment perdus, il est sûr que le style s'est merveilleusement conservé au Kaçmîr jusqu'à la conquête musulmane et a d'autre part laissé sur le Salt Range un vestige de la domination kaçmîrie dans le temple de Mallot². Enfin le développement du chapiteau s'est fait, selon le procédé classique, par simple complication et superposition des moulures, et la façon dont nos spécimens se surélèvent et s'évasent présente avec les modèles byzantins et sassanides des ressemblances qui ne manqueront pas d'intéresser les experts(¹). Sans sortir de notre rôle ni de notre sujet, nous poserions volontiers la question de savoir si les changements que les architectes indigènes ont fait subir à l'ordre, sinon même le choix qu'ils en ont fait, ne leur étaient pas imposés par les autres éléments essentiels de leurs bâtisses. On dirait, en effet, qu'ils s'efforcent de gagner en hauteur sur la première courbe de l'arche trifoliée, avant de faire partir le rampant du fronton où s'inscrivait le cintre du sommet. Dans certains cas, afin de mieux parer à cette nécessité, ils forcent avec une dyssymétrie marquée l'inclinaison des lignes sur le côté intérieur des chapiteaux (fig. 109, cf. fig. 55-56) : leur visible souci d'adapter ces derniers aux données traditionnelles de leur art va jusqu'à leur en faire épouser la forme.

v1.c7.s1.t2.9

¹ Voir la comparaison instituée par CUNNINGHAM, *J. A. S. B.*, 1848, II, pl. VIII. — Cf. FERGUSSON, *History of Indian architecture*, p. 283.

v1.c7.s1.t2.10

² Sur les colonnes du temple de Mallot, cf. CUNNINGHAM, *A. S.*, V, pl. XXVII; et, sur la domination du Kaçmîr dans le Penjâb aux VIIe et VIIIe siècles de notre ère, cf. M.-A. STEIN, *Râjataranginî*, trad., II, p. 87.

v1.c7.s1.t2.11

¹ Cf. BAVET, *Art byzantin*, fig. 14, et DIEULAFOY, *Art antique de la Perse*, II, fig. 47 et 49.

v1.c7.s1.t2.12

Les spécimens de l'ordre indo-ionique sont moins nombreux; en revanche, ils ont été trouvés non seulement dans la sphère d'influence directe, mais dans le domaine propre de l'art gréco-bouddhique et fournis par des monuments contemporains de ses meilleures productions. A plusieurs reprises, les fouilles de Cunningham à Shâh-

v1.c7.s1.t2.13

[Figure: FIG. 110. — ORDRE INDO-IONIQUE. a. Base et chapiteau trouvés à Shâh-Dhéri. D'après CUNNINGHAM, A. S., V, pl. XVIII. b. Fragment de volute trouvé près de Hidda. D'après SIMPSON, J. R. I. B. A., 1893-1894, p. 99, fig. 6.]

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Dhêrî ont mis au jour des bases, des fragments de fût et des chapiteaux(1), dont quelques-uns proviennent d'un édifice bouddhique probablement antérieur à notre ère et sont ici reproduits d'après lui (fig. 110 a). Ce qu'il y aurait de plus ionique et même de plus « attique », ce sont les bases. Les fûts, unis et circulaires, étaient bâtis de tambours rapportés : « Mais les chapiteaux diffèrent très considérablement des formes grecques usuelles, surtout par l'extrême hauteur de l'abaque. Les volutes aussi diffèrent, mais elles présentent le même profil en balustre qui est commun à toutes les formes grecques de l'ordre ionique. » Il faut dire toutefois que ces chapiteaux sont sculptés dans un calcaire mal dégrossi, et étaient originairement finis avec du mortier de chaux. C'est, semble-t-il, le débris d'une ces moulures — celle-ci des plus caractéristiques (fig. 110 b) — que W. Simpson a ramassé dans les ruines de Hidda. M. V. Smith a déjà signalé le même emploi du stuc au temple de la *Fortuna Virilis* à Rome, pour compléter les détails des chapiteaux ioniques, faits de rugueux travertin. Nous ne voyons pas qu'on puisse fonder aucune conclusion chronologique sur cette rencontre dans l'application d'un expédient de part et d'autre aussi banal : du moins tout ce que nous avons dit plus haut au sujet de l'usage décoratif du *čunnam* (p. 192 et suiv.) donne-t-il à penser que l'Inde n'avait pas attendu sur ce point les leçons de Rome.

v1.c7.s1.t2.15

Le nombre des chapiteaux indo-corinthiens retrouvés est trop considérable pour être dû seulement au hasard des fouilles : il est nécessaire d'admettre qu'ils répondaient au goût dominant de la contrée, aussi bien en Udyâna qu'au Gandhâra. En cela, les amateurs indiens ne faisaient d'ailleurs que partager les préférences de toute l'Asie antérieure, telles qu'elles nous sont attestées à peu près vers le même temps par les monuments de Baalbek et de Palmyre. Nos meilleurs spécimens, avec ceux de Takht-î-Bahai et Fig. 111. *Musée de Calcutta. Chapiteau provenant de Loriyān-Tangai. (Photogr. A.-E. CADDY.)* Fig. 112. *Musée de Calcutta, n° G. 176 a et 177. Base et chapiteau provenant de Jamāl-Garhī. Pièces rapportées : largeur max. de la base : o m. 35, et du chapiteau : o m. 90. Cf. A. M. I., pl. 76 et 77.*

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¹ Cf. CUNNINGHAM, *A. S.*, II, p. 129; V, p. 70-71 et pl. VII, et le croquis de W. SIMPSON, *J. R. I. B. A.*, 1893-1894, p. 95, fig. 1.

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FIG. 111.

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FIG. 111-112. — ORDRE INDO-CORINTHIEN.

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de Jamâl-Garhî, proviennent de Loriyân-Tangai (fig. 111-112). Ce n'est pas ici le lieu de refaire l'étude détaillée que leur a consacrée Cunningham¹ : l'important est qu'en dépit de leur provinciale lourdeur et de leur exubérance orientale il n'y ait pas à hésiter un instant sur leur origine, rien qu'à voir leur triple rang d'acanthes et les hélices qui s'enroulent aux cornes du tailloir. Plusieurs détails techniques, tels justement que la largeur de l'abaque, le fait que les pointes n'en sont pas abattues mais décorées de monstres ou de fleurons, enfin et surtout l'insertion dans les creux de petits personnages, suffisent d'autre part à les différencier des modèles de la meilleure époque hellénique. Ce dernier élément est de beaucoup le plus nouveau, mais n'implique pas, comme on avait tout d'abord pensé, une date très basse. M. V. Smith a fait remarquer qu'il ne se montre pour la première fois à Rome que sur les chapiteaux des bains de Caracalla, et il concluait que « ceux de Jamâl-Garhî étaient postérieurs à 217 après J.-C. ». C'était raisonner comme si l'Orient hellénisé avait attendu de Rome l'exemple d'une innovation dont, en réalité, c'est lui qui a pris l'initiative. M. Senart a déjà cité deux spécimens de l'époque arsacide où cette disposition est reproduite; on y peut joindre ceux qui décorent un temple de Syrie antérieur de quelques années à notre ère, et qui, selon les termes formels de M. de Vogüé, « remplacent le fleuron central par une figure d'enfant assez grossière »². Au Gandhâra même, comme l'a encore remarqué M. Senart, « l'habitude de représenter le Buddha sous l'arbre de la Bodhi devait favoriser l'idée de le transporter sous les retombées de feuillage des chapiteaux ». Toutefois il ne faut pas croire que ces figurines se bornent à reproduire l'image du Maître : elles représentent encore des Bodhisattvas, des divinités et même de simples fidèles laïques, assis ou debout, en pied ou à mi-corps (cf. fig. 111-113), ou même traînés sur des chars (cf. plus haut, p. 207).

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¹ A. S., V (Indo-Corinthian style), p. 190 et suiv., et pl. XLVII-L. publié par RAWLINSON, The sixth Orient. mon., p. 353. — DE VOGÜÉ, Syrie centrale, I, p. 31 et suiv. et pl. 3 (temple de Baalsamin à Siah, au sud-est de Damas, 23 ans avant à 4 ans après J.-C.; cf. pl. 4).

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² V. SMITH, J.A.S.B., 1889, p. 163. — E. SENART, J. A., févr.-mars 1890, p. 149 : l'un des chapiteaux, en terre cuite, est conservé au Louvre, l'autre

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Fig. 113. — Pilastre indo-corinthien (cf. fig. 69 a). Musée du Louvre, n° 66. Provenant de Jalal-Banda (Swāt). Hauteur : 0 m. 39.

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Fig. 114. Console décorée. Musée du Louvre, n° 81. Provenant de Nathou. Hauteur : 0 m. 07.

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Fig. 115. — Frise d'acanthes. Musée du Louvre, n° 78. Provenant de Kharkai. Longueur : 0 m. 25.

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L'usage de ce style pseudo-corinthien, pour répandu qu'il soit au Gandhâra, y a d'ailleurs été, comme celui des autres ordres indo-grecs, plus décoratif que véritablement architectonique. Les chapiteaux complets, d'ordinaire faits de plusieurs morceaux réunis par des crampons de fer, sont relativement rares, et les bases de colonnes le sont plus encore; quant aux fûts, on n'en aurait plus trouvé trace dans les fouilles. Un seul renseignement précis a été recueilli sur leur situation : « Il est certain, dit Cunningham, qu'il y avait au moins un de ces piliers isolés dans la cour du stûpa de Jamâl-Garhî : car j'ai rencontré un bloc carré in situ, juste à l'intérieur de l'entrée et près du stûpa lui-même...¹. » Aussi est-on en droit de se demander si les représentations de chapelles et de stûpa flanqués de quatre colonnes détachées (cf. fig. 23, 24, 41, 296) ne suffisent pas à rendre raison de l'existence et de la destination des quelques débris exhumés. Ces colonnes n'étaient pas forcément de style indo-persan comme sur les images citées; il se peut, d'autre part, qu'à l'exemple des anciens laṭ indiens elles aient été surmontées soit d'une figure d'homme ou d'animal², soit d'un symbole religieux (cf. fig. 219); mais rien ne viendrait confirmer la supposition qu'elles aient jamais supporté l'entablement d'un édifice. Il n'en va pas autrement des pilastres dont, en revanche, les vestiges abondent dans les ruines : leur rôle véritable était bien moins de soutenir la corniche des terrasses de stûpa que d'en orner les faces (cf. fig. 17 et 18), ou de porter le poids du couronnement des chapelles que d'en décorer la tranche des murs (cf. fig. 45 et 46). Aussi se bornait-on le plus souvent à exécuter en mortier de chaux non seulement les moulures de leurs corps et de leurs bases, mais jusqu'aux acanthes de leurs demi-chapiteaux :

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