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Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v1.c2.s3.t3: III. — Les documents indigènes

Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v1.c2.s3.t3

Language
French

III. — Les documents indigènes

v1.c2.s3.t3.1

CHRONIQUES. — PURĀṆAS. — INSCRIPTIONS. — MANUSCRITS.

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MONNAIES.

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Le Népal a une chronique locale, la Vamçāvalī¹. L’ou-

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¹ Vamçāvalī : — WRIGHT, History of Nepāl translated from the Parbatiyā. Cambridge, 1877. — Minayeff a publié un long compte rendu de cette traduction dans le Journal du Ministère de l’Instruction publique (de Russie), 1878 ; il reproche à Wright (et non sans raison) d’avoir dans son Introduction complètement passé sous silence le nom et l’œuvre de Hodgson. En outre « les traducteurs indigènes ont moins traduit que rapporté l’original » (p. 8). Minayeff signale aussi des rapprochements inattendus, reproduits dans son article sur le Népal (Očerki Zeilona i Indiy, Petersbourg, 1878, I, 231-284), entre certains récits de la Vamçāvalī et des récits bibliques qui en auraient donné l’idée. Ainsi Krakučchanda qui frappe du doigt le rocher pour faire jaillir la Bagmati (W. p. 80) serait une copie de Moïse ; Virūpākṣa qui arrête d’une main le soleil (W. p. 92) ne serait que Josué travesti. C’est crier un peu vite à l’emprunt, à propos de données qui peuvent appartenir au folk-lore universel. — Sur la Vamçāvalī cf. BENDALL, Cat. mss. Cambridge. Add., 1160 et add. 1952. — Bhagwânlâl INDRÂJÎ, Some Considerations on the History of Nepâl dans Ind. Antiq. XIII (1884), p. 411-428. — FLEET, Ib. XXX, p. 8.

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Aucun des mss. de la Vamçāvalī n’a encore été décrit. Voici la description du ms. de la Vamçāvalī brahmanique que m’a communiqué S. Exc. Deb Sham Sher :

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Ms. de 83 feuilles réunies en livre. 0,27 × 0,15 ; 9 ou 10 lignes à la page. Caractère devanāgarī. Sur la couverture, images peintes (v. la reproduction au frontispice de ce volume) de « Syambhu, Paçupati, Çrī Vacchlesvarī, Dakṣiṇa-çmaçāna, çrī Vāgmatī, Gamgāmātā, Asvattha-samyukta-Sveta-Vināyaka, Rājā Dharmadatta, Kalpavṛkṣa ».

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Incip. — Çrī Gaṇeçāya namaḥ | vrage est de date assez récente ; il existe en deux recensions : l'une, bouddhique, a pour auteur un moine qui résidait à Patan, dans le couvent de Mahâbuddha, au commencement du xixe siècle ; elle a été traduite en anglais sous la direction de M. Wright par l'interprète indigène (munshi) de la résidence britannique, Çiva Çamkara Simha (Shew Shunker Singh), assisté du Pandit Guṇānanda. L'autre, d'inspiration brahmanique, est seule reconnue comme authentique par le gouvernement Gourkha. Le

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aviralamadajalanivahaṃ bhramarakulānekasevitakapolaṃ |
abhimataphaladātāraṃ kāmeçaṃ Gaṇapatiṃ vande ||
atha naipālike devān prādurbhāva rājabhogamālā. yathākramena vartamāna. vidhau sakaladuḥkhārtajanānāṃ narebhyaḥ çṛṇvante sati pāpānāṃ haraṇaṃ hetukāraṇāt..... dine dine smaraṇena sakalatīrthadevarājamālā vaṃçāvalisaṃgrahaṃ kuryāt.

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Histoire divine jusqu'à Vikramājita, comme dans Wright.

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Atha nararājamālā.

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[Quelques vers en sanscrit. Puis] : Nilakaṇṭhaprakāçakrameṇa vartamānena Kaliyugabhūpālasamastamālikāraṇāmbujasya rājya çrīmat pṛthvīrājño Himavataḥ çailamadhye vartate mahārathībhūtamaṇḍale Bhṛṅgeçvarabhaṭṭārake prādurbhūtāḥ. tadanu Nemunyādibhiḥ ṛṣigaṇais tatra Gautamādayo devā..... tena Nepālaprathamarājñāṃ bhumjitā Gopālānāṃ krameṇa rājyaṃ bhogaṃ praçaçāsa.

v1.c2.s3.t3.12

Suit l'histoire des rois, sur le même plan que Wright, jusqu'à Vikrama Sāha (avènement en 1816).

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Desin. — Svasti çrī Samvat 1891 Sālam iti jyeṣthamāse çuklapakṣe çrī Daçaharāparvadine somavāre Devapaṭṭanavāsī Siddhi Nārāyaṇadvijavareṇa idaṃ Vaṃsāvalīrājopakhyāna apūrvagrantham sampūrṇam liṣitvā munsī guṇākara. paropakārī. supuruṣāya. çrī Lakṣmīdāsanāmne. sampradattam | yasmai kasmai na dātavyam. çubham ||

v1.c2.s3.t3.14

L'inventaire sommaire des papiers de Hodgson, offerts par l'auteur à l'India Office en 1864, indique : « Vingt-trois Vasavalis, ou Chroniques indigènes, en partie traduites et disposées chronologiquement à l'aide des monnaies et des inscriptions. » L'ensemble est divisé en deux séries : 1° chroniques névaries ; 2° chroniques gourkhalies. La première comprend des chroniques générales des dynasties névaries, des chroniques particulières (la dynastie Gopāla), et des biographies royales (Pratāpa Malla, Viṣṇu Malla, Mahendra Malla, Siddhi Narasimha Malla); la seconde se rapporte uniquement aux Gourkhas (W.-W. HUNTER, Life of Brian Houghton Hodgson. London, 1896. Appendix B, p. 357-359).

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Temple et couvent de Mahâbuddha (Mahâ-bodhi) à Patan.

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mahârâja Deb Sham Sher m'en a communiqué un bel exemplaire, daté de 1891 samvat (= 1834 J. C.) et qui a pour rédacteur le brahmane Siddhi Nârâyaṇa, habitant de Deo Patan; le manuscrit en fut remis « à un excellent homme, nommé Lakṣmî Dâsa »; mais il ne devait « être donné à personne ». Je n'en sais que plus de gré au mahârâja d'avoir violé cette prescription en ma faveur. Sur la demande du mahârâja Chander Sham Sher, le grand prêtre (guru) du royaume m'a confié son exemplaire personnel, qui est simplement une copie fidèle du même texte.

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Le brahmane et le bouddhiste pouvaient opter entre trois langues pour écrire leur Vamçâvalî: le sanscrit, recommandé par son prestige religieux et littéraire, mais réservé aux savants; le névar, la vieille langue indigène; enfin le parbatiya (ou: khas), nouveau venu dans la vallée, où la conquête Gourkha venait de l'introduire. L'un et l'autre ont choisi le parbatiya, et par là trahi la même préoccupation. Ils ne visent point un succès d'école; ils ne s'adressent pas aux Névars assujettis; ils veulent atteindre les nouveaux maîtres du pays, également redoutés du bouddhisme qu'ils détestent comme une hérésie, et des brahmanes qu'ils dépouillent au nom de l'orthodoxie. Ce n'est pas une curiosité de dilettante qui porte les deux auteurs à recueillir les souvenirs et les traditions du passé; ils se soucient moins encore d'élever un monument à l'indépendance perdue. Ils ne cherchent qu'à détourner des temples et des couvents la rapacité malveillante des vainqueurs; ils rappellent la longue suite des miracles qui consacrent l'origine des fondations religieuses, comme une menace salutaire de la vengeance divine prête à châtier les convoitises criminelles. La Vamçâvalî, malgré ses apparences historiques, n'est qu'un rameau de la littérature des Purâṇas.

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Le compilateur de la Vamçâvalî bouddhique se flatte d'avoir « et vu et ouï bien des choses du passé en vue de son œuvre ». Le brahmane, d'autre part, se targue d'écrire « un ouvrage sans précédent ». Il est impossible cependant de croire à l'indépendance absolue des deux rédactions. La Vamçâvalî brahmanique n'ajoute rien d'original à la bouddhique ; elle se contente d'éliminer les récits et les épisodes qui tendent à glorifier l'église rivale. Elle adopte le même système de chronologie, les mêmes dates fondamentales. Elle indique, il est vrai, la durée du règne des Abhîras et des Kirâtas, omise dans la Vamçâvalî bouddhique ; mais il s'agit de dynasties légendaires où l'imagination est libre de se donner carrière ; l'invention arbitraire peut y suppléer aisément aux matériaux absents.

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Le titre de l'ouvrage en marque expressément l'origine. Le mot Vamçâvalî (littéralement : « généalogie-en-file ») désigne dans l'usage des chancelleries royales les listes dynastiques où chacun des souverains vient successivement prendre place, enchâssé dans un panégyrique en général aussi pompeux que banal et vide. La collection de ces panégyriques, qui va naturellement en s'allongeant tant que dure la dynastie, figure souvent en tête des chartes et fournit à l'histoire de l'Inde un précieux appoint. La dynastie des Ćalukyas Orientaux en est le plus parfait exemple ; elle s'est perpétuée durant six siècles ; les Vamçâvalîs inscrites en tête de ses donations ne donnent pas seulement la succession des princes à travers une si longue période ; elles énoncent encore la durée précise de chaque règne.

v1.c2.s3.t3.20

Au Népal même, la pratique des Vamçâvalîs est ancienne : l'inscription de Mâna deva à Changu Narayan, la première en date des inscriptions connues, s'ouvre par une vamçâvalî ; l'inscription de Jaya deva à Paçupati retrace les origines de la famille royale jusqu'aux dieux. Le roi Pratâpa Malla deva « prince des poètes » applique formellement le nom de *vamçâvalî* à un historique de la dynastie Malla qu'il a composé lui-même (*Bhagv.* n° 19, l. 1). Les Névars affirment qu'il existe encore aujourd'hui à Patan de longues bandes où sont inscrits dans l'ordre de succession tous les rois du Népal. Bhagvanlal et Minayeff n'ont pas réussi à les voir, et je n'ai pas été plus heureux qu'eux. Il n'est pas douteux cependant que de pareils documents existent, ou qu'il en ait existé: la Vamçâvalî qui fut communiquée à Kirkpatrick, à la fin du XVIIIe siècle, surpassait en valeur, en richesse, en exactitude les Vamçâvalîs dont nous disposons.

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Une récente trouvaille, due comme tant d'autres à M. Bendall¹, jette un peu de lumière sur les origines obscures de la Vamçâvalî. M. Bendall a découvert à la bibliothèque du Darbar un recueil de trois manuscrits tracés sur feuilles de palmier et datés, par leur contenu comme par leur écriture, de la fin du XIVe siècle. Le premier (V¹) est une chronique rédigée dans un sanscrit incorrect, sans aucun souci de la syntaxe classique. Le compilateur y a mis bout à bout la suite des rois népalais, avec la durée de chaque règne, les faits principaux, et leur date. Les donations aux temples y tiennent une telle place que M. Bendall croit l'ouvrage en rapport avec les archives du sanctuaire de Paçupati. La seconde pièce du recueil (V²) est une liste où sont enregistrées les naissances des rois et des grands personnages; elle est entièrement rédigée en langue névare; elle embrasse la période de 177 à 396 N.-S. (ère névare de 880 J.-C.). Le troisième document (V³) continue le second, mais il en modifie le caractère; il introduit d'autres détails, et tend à transformer la liste en annales. Il est également rédigé en névar, et s'étend de 379 à 508 (ère névare). M. Bendall rattache l'origine de ces annales (V¹ et V³) à la révolution politique qui porta au pouvoir souverain Jaya Sthiti Malla, et à la renaissance littéraire qui suivit.

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¹ C. BENDALL. *The history of Nepal and surrounding kingdoms (1000-1600 A. D.) compiled chiefly from mss. lately discovered*, dans *Journ. As. Soc. Beng.*, LXXII, I, 1 (1903).

v1.c2.s3.t3.23

Si l'histoire du Népal s'était déroulée sans accident, sans révolution, sous l'autorité continue d'une seule dynastie, les Vamçâvalîs auraient pu fournir à l'histoire un enchaînement solide de noms et de faits. Mais jusqu'au XVIe siècle, l'anarchie semble être le régime régulier du Népal ; les familles suzeraines exercent un pouvoir éphémère ou illusoire ; les roitelets locaux pullulent et rarement arrivent à faire souche. Fidèles à la méthode ordinaire de l'Inde, telle qu'elle se manifeste déjà dans la chronologie des Purâṇas, les Vamçâvalîs disposent à la file, en ordre de succession, tous les noms dont le souvenir s'est conservé, sans se préoccuper de leur rapport réel. Ce système de déviation, déplorable pour l'histoire, s'accommode parfaitement aux exigences de la chronologie hindoue. Il faut que le passé réel aille s'accrocher, sans solution de continuité, au passé fabuleux ; les seuls faits qui comptent sont les exploits des héros épiques ou mythiques que la poésie a consacrés. Il est donc indispensable de remonter, coûte que coûte, jusqu'au début du quatrième âge du monde, en l'an 3000 av. J.-C. Aussi le poète de la Râja-taraṅgiṇî cachemirienne, qui se pique pourtant d'introduire la critique dans le classement des faits, transporte au second millénaire avant l'ère chrétienne l'empereur Açoka, petit-fils de ce Candra gupta qui connut Alexandre le Grand ; l'Attila de l'Inde, le Hun Mihira kula, passe du VIe siècle de l'ère chrétienne au VIIe av. J.-C. La Vamçâvalî du Népal fait de même : elle place 100 ans avant l'ère chrétienne le couronnement d'Amçuvarman qui régnait au VIIe siècle de J.-C. J'étudierai dans un chapitre spécial Les obscurités de la chronologie népalaise; j'aurai à y signaler en détail les principes d'erreur qui vicient la Vamçâvalî, et surtout la multiplicité des ères, si désastreuse dans tous les domaines de l'histoire indienne.

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L'auteur de la Vamçâvalî bouddhique ne s'est pas contenté de transcrire les listes dynastiques; il s'en est servi pour encadrer un résumé des Purâṇas et des Mâhâtmyas locaux. Il rapporte parfois des vers traditionnels qui fixent (ou déforment) le souvenir des événements considérables : l'introduction du dieu Matsyendra Nâtha, l'invasion de Nânya deva, la disparition de Siddhi Nara Simha. Il va même jusqu'à citer des inscriptions d'Amçuvarman, de Jaya Sthiti Malla, de Yakṣa Malla et de ses successeurs. Il consulte aussi des archives de famille; sa complaisance à relater les aventures de certains personnages assez insignifiants, comme Abhayarâja et Jivarâja, décèle un de leurs descendants; l'auteur est sans aucun doute des Ânandas, prêtres du Mahâ Buddha vihâra à Patan, qui exercent de père en fils la profession de pandit-interprète à la résidence britannique; peut-être Amṛtânanda, la gloire de la famille, qui composa plusieurs ouvrages en sanscrit et en névar, et qui initia Hodgson à la connaissance du bouddhisme.

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Nous possédons plusieurs des ouvrages pouraniques que le rédacteur de la Vamçâvalî a mis en œuvre; j'en ai moi-même rapporté deux du Népal; il en existe encore bien d'autres qu'on se procurera quelque jour. Ces ouvrages, intéressants pour l'étude de la religion, du culte, des légendes populaires et de la géographie historique, ne procèdent pas en général d'une inspiration élevée; ils servent les intérêts financiers de la religion et du prêtre.

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L'Inde est sur toute son étendue couverte de lieux saints qui se disputent la faveur du public pieux. Chacun d'eux a sa clientèle locale; mais l'ambition des prêtres et des princes convoite au delà de ce cercle restreint la multitude ambulante des pèlerins qui foulent sans répit les chemins de l'Inde en quête de menus profits. Un pèlerinage à la mode est une grande foire ; les brahmanes y vendent leurs prières, les fakirs y exploitent leur ascétisme truqué, les marchands y débitent des chapelets et de la mercerie, le chef y perçoit des impôts et des taxes. Et comme la concurrence suscite la réclame, la rivalité des sanctuaires enfante les *mâhâtmyas*. Le mot « mâhâtmya » signifie au propre : grandeur d'âme, noblesse, éminence. Dans la littérature religieuse, il s'applique aux ouvrages versifiés qui servent à la fois d'amorce, d'amusement, d'édification et de guide pratique aux fidèles. Le Mâhâtmya raconte l'origine du pèlerinage, l'apparition divine et le miracle qui l'ont consacré ; il énumère les points à visiter, les mérites à gagner, avec l'indication des jours spécialement propices. Le Mâhâtmya ne se présente pas comme un ouvrage humain ni comme une œuvre isolée ; il prétend se rattacher à quelqu'une des compilations nommées Purâṇas, traités versifiés d'histoire sainte, de cosmogonie, de théologie et de mythologie que l'hindouisme moderne tient pour révélés et vénère à l'égal des Védas. Parmi les dix-huit Purâṇas canoniques, le Skanda-Purâṇa a servi le plus fréquemment à couvrir la pieuse fraude des auteurs de Mâhâtmyas. Le Kâçî-khaṇḍa et l'Utkala-khaṇḍa qui glorifient les deux sites les plus sacrés de l'Inde : Bénarès et Jagannath (Jugernaut), se donnent comme des sections du Skanda-Purâṇa, et c'est au même ouvrage que le Mâhâtmya du Népal se flatte d'appartenir.

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Le *Nepâla-mâhâtmya*² est divisé en trente lectures, groupées dans un cadre factice, à la manière des Purâṇas. Le célèbre sacrifice du roi Janamejaya, qui entendit parmi tant d'autres rhapsodies la récitation complète du Mahâ-Bhârata, a rassemblé une multitude de saints personnages.

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² Le *Catalogus Catalogorum* d'Aufrecht signale deux mss. du Nepâlamâhâtmya ; l'un d'eux est à la bibliothèque du Queen's College à Bénarès, où je l'ai examiné. J'ai rapporté de Katmandou une excellente

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copie, exécutée sur ma demande par les pandits de la bibliothèque du Darbar. Le ms., sur papier népalais, a 77 feuillets, de 11 à 14 lignes à la page.

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Incip. : çrī Gaṇeçāya namaḥ | oṃ namaḥ Sarasvatyai devyai | Nārāyaṇaṃ namaskṛtya Naraṃ caiva..... (le vers usuel) | sūta uvāca | janamejayasya yajñānte munayo brahmavādinaḥ | I. iti..... çrī Skanda-purāṇe Himavat-khaṇḍe Nepāla-māhātmye Paçupatipradurbhāvo nāma prathamo 'dhyāyaḥ. 4ᵃ. II. iti..... nārāyaṇa-prādurbhāvo nāma dvitīyo 'dhyāyaḥ. 6ᵇ. III. iti..... ᵒmāhātmye tṛtīyo 'dhyāyaḥ. 9ᵇ. IV. iti..... Içvariprādurbhāvo nāma caturtho 'dhyāyaḥ. 12ᵃ. V. iti..... Doleçvaraprādurbhāvo nāma pañcamo 'dhyāyaḥ. 15ᵃ. VI. iti..... çrī SūryaVināyakaprādurbhāvo nāma ṣaṣṭho 'dhyāyaḥ. 18ᵃ. VII. iti..... ᵒmāhātmye saptamo 'dhyāyaḥ. 21ᵃ. VIII. iti..... Mahendradamanopākhyāne 'ṣṭamo 'dhyāyaḥ. 24ᵇ. IX. iti..... ᵒmāhātmye navamo 'dhyāyaḥ. 27ᵇ. X. iti..... ᵒmāhātmye daçamo 'dhyāyaḥ. 29ᵇ. XI. iti... ᵒmāhātmye ekādaço 'dhyāyaḥ. 35ᵃ. XII. iti... ᵒmāhātmye dvādaço 'dhyāyaḥ. 37ᵇ. XIII. iti..... ᵒmāhātmye trayodaço 'dhyāyaḥ. 41ᵃ. XIV. iti..... ᵒmāhātmye caturdaço 'dhyāyaḥ. 45ᵃ. XV. iti..... ᵒmāhātmye pañcadaço 'dhyāyaḥ. 47ᵃ. XVI. iti..... ᵒmāhātmye ṣoḍaço 'dhyāyaḥ. 48ᵇ. XVII. iti..... Sukeçavarapradānanāma saptadaço 'dhyāyaḥ. 51ᵃ. XVIII. iti..... ᵒmāhātmye 'ṣṭadaço 'dhyāyaḥ. 53ᵇ. XIX. iti..... ᵒmāhātmye ūnaviṃçatitamo 'dhyāyaḥ. 54ᵇ. XX. iti..... ᵒmāhātmye viṃçatitamo 'dhyāyaḥ. 57ᵃ. XXI. iti..... Mālino vadho nāmaikaviṃçatitamo 'dhyāyaḥ. 59ᵃ. XXII. iti..... ᵒmāhātmye dvāviṃçatitamo 'dhyāyaḥ. 60ᵃ. XXIII. iti..... ᵒmāhātmye trayoviṃçatitamo 'dhyāyaḥ. 62ᵃ. XXIV. iti..... ᵒmāhātmye caturviṃçatitamo 'dhyāyaḥ. 63ᵇ. XXV. iti..... ᵒmāhātmye pañcaviṃçatitamo 'dhyāyaḥ. 65ᵇ. XXVI. iti..... ᵒmāhātmye ṣaḍviṃçatitamo 'dhyāyaḥ. 67ᵃ. XXVII. iti..... ᵒmāhātmye saptaviṃçatitamo 'dhyāyaḥ. 69ᵇ. XXVIII. iti..... ᵒmāhātmye aṣṭāviṃçatitamo 'dhyāyaḥ. 71ᵃ. XXIX. iti..... ᵒmāhātmye ūnatriṃço 'dhyāyaḥ. 74ᵃ. XXX. iti..... ᵒmāhātmye triṃço 'dhyāyaḥ. 77ᵃ. çubhaṃ | bhūyāt | sarvajagatāṃ |

v1.c2.s3.t3.31

La Vamçāvalī raconte que le roi Girvāṇa Yuddha, au commencement du XIXe siècle, se fit expliquer le sens du Himavat-khaṇḍa.

v1.c2.s3.t3.32

Un d'entre eux, Jaimini, au nom de la compagnie tout entière, interroge le vénérable Mârkaṇḍeya sur les lieux saints du Népal ; et Mârkaṇḍeya répond avec une infatigable complaisance à l'inlassable curiosité de son auditoire. Il glorifie d'abord le bois de Ɫeṣmântaka où Çiva se métamorphosa en gazelle pour dépister les dieux lancés à sa recherche (I), puis le Dolâgiri où un brahmane irrité coupa la tête de Viṣṇu (II), le Vâlmîkîçvara érigé par l'auteur du Râmâyaṇa sur le lieu même où il composa son poème (III), le bois de Rakta-andana (Santal-Rouge) où Pârvatî triompha du démon Çaṇḍa (IV), et les liṅgas élevés par tous les dieux témoins de la victoire (Y), le Ḍoleçvara sorti miraculeusement du sol (V), le Maṅgaleçvara qui commémore la résurrection d'un enfant (VI), le Tila-Mâdhava qui rappelle une apparition et un prodige de Viṣṇu, le Svarṇaçṛṅgeçvara et le Kileçvara fondés par Kṛṣṇa. A propos de cette double fondation, Mârkaṇḍeya narre longuement en style d'épopée la guerre engagée entre le démon Mahendra damana et le fils de Kṛṣṇa, Pradyumna ; cette rhapsodie intercalaire, où le galant alterne avec l'héroïque, se termine en bon roman par un double mariage ; Pradyumna épouse et la sœur du démon vaincu, Prabhâvati, et la fille du dévot Sûryaketu nommée Ċandravatî (VI-XII). Le Someçvara sert d'occasion à une autre rhapsodie développée ; Soma a érigé ce liṅga sur les conseils d'Agastya pour se purifier de l'inceste qu'il avait commis avec Târâ, la femme de son précepteur Bṛhaspati ; en vertu d'un procédé cher au génie hindou, un récit secondaire se trouve inséré dans cet épisode ; Agastya y raconte à Soma l'origine des Râkṣasas, de Laṅkâ leur séjour, et les austérités prodigieuses qui valurent à Râvaṇa de devenir leur roi (XIII-XXVI). Enfin le mâhâtmya introduit, en l'adaptant à son but, la légende célèbre de Guṇâdhya : l'auteur de la Bṛhatkathâ, après avoir remis au roi Madana l'original de ses contes en dialecte paiçâcî, vient au Népal, y donne l'exemple du pèlerinage circulaire (kṣetra-pradakṣiṇa) et dresse le Bhṛṅgīçvara (XXVII-XXX).

v1.c2.s3.t3.33

Le style et la langue du Nepâla-mâhâtmya n'appellent pas d'observation particulière; le poète manie sans embarras et sans incorrection les formules banales qui servent à tous les ouvrages du même genre. Mais son inspiration religieuse le classe à part; elle réfléchit fidèlement le syncrétisme éclectique qui a presque toujours prévalu au Népal. Les mâhâtmyas en général, comme toute la littérature pouranique dont ils se réclament, affichent une sorte de fanatisme sectaire; le dieu local y est exalté aux dépens de tous ses rivaux. Le Nepâla-mâhâtmya au contraire, en dépit de son origine clairement brahmanique, met sur le même rang Çiva, Viṣṇu et le Bouddha. Le poète fait proclamer l'identité de Viṣṇu et de Çiva par la voix de Nemi, comme au nom du Népal tout entier dont Nemi est le saint patronal. Au reste, l'orthodoxie brahmanique de l'Inde n'a-t-elle pas admis le Bouddha parmi les avatars de Viṣṇu? Ici le Bouddha n'est qu'une « forme » de Kṛṣṇa; toutefois ils ne se confondent pas entièrement tous les deux. Si le Bouddha réside parfois, comme Kṛṣṇa, dans le Kathiawar (Saurāṣṭra), il lui arrive aussi de passer en Chine (Mahâ-Čína), où la présence de Kṛṣṇa serait inattendue. Les divinités concurrentes ne rivalisent que de politesse aimable : Çiva-Paçupati félicite Nemi qui l'a reconnu identique à Viṣṇu; l'épouse de Çiva offre au Bouddha une faveur à choisir et consent à lui laisser partager avec Çiva les honneurs du culte. Et « le Compatissant », qui ne veut pas être en reste de courtoisie, dédie à Çiva le liṅga de la Compassion (Kâruṇikeçvara).

v1.c2.s3.t3.34

Le Nepâla-mâhâtmya, comme la plupart de ses congénères, échappe à toute chronologie; l'ouvrage est si complètement impersonnel qu'il semble flotter en dehors du temps. Ni nom, ni date, ni indice qui permette même la plus vague approximation.

v1.c2.s3.t3.35

Le *Vāgvatī-māhātmy*a², ou, pour reproduire le titre dans toute son ampleur, le *Vāgvatī-māhātmya-praçaṃsā* se donne comme une section du Paçupati-purāṇa; j'ignore si ce Purāṇa, complètement inconnu par ailleurs, existe dans son intégralité; je n'ai réussi à me procurer au Népal que

v1.c2.s3.t3.36

² 3. Mon ms. du Vāgvatī-māhātmya est écrit sur papier népalais de petit format; il a 71 feuillets, de cinq lignes à la page. Il a été copié, sous la surveillance du pandit Vaikuṇṭha Nātha Çarman, d'après un exemplaire ancien, et il est tracé en beaux caractères népalais archaïques.

v1.c2.s3.t3.37

Incip. — oṃ namaḥ çripaçupataye | yasya vaktrād viniṣkrāntā Vāgvatī lokapāvanī | namāmi çirasā devaṃ Çaṅkaraṃ bhuvaneçvaram || I. iti çrī Vāgvatīmāhātmyapraçaṃsāyāṃ tīrthavarṇane Prahlādatapahsiddhir nāma prathamo 'dhyāyaḥ. 7b. II. iti çrīo ºpraçaṃsāyāṃ tīrthavarṇane Vibhīṣaṇāstrasiddhir nāma. 11b. III. iti çrīo ºpraçaṃsāyāṃ tīrthavarṇanaṃ nāma. 12b. IV. iti çrīo ºpraçaṃsāyāṃ tīrthavarṇanaṃ nāma caturthaḥ. 14a. V. tīrthayātrākhaṇḍaḥ samāptaḥ. 14b. VI. iti çrīo ºpraçaṃsāyāṃ Pradyumnavijaye maharṣisamdarçanaṃ nāma ṣaṣṭamaḥ (sic). 19a. VII. iti çrīo ºvijaye Prabhāvatīvivāho nāma saptamaḥ. 22a. VIII. iti çrīo ºvijaye ratnopahāro nāma. 25a. IX. iti çrīo ºvijaye udyogasaṃvarṇano nāma. 28a. X. iti çrīo ºvijaye Prabhāvatīvinodo nāma. 31a. XI. iti çrīo ºvijaye Nāradālāpo nāma. 37a. XII. iti çrīo ºvijaye Virodhadarçano nāma. 39a. XIII. iti çrīo ºvijaye Indradamanavadho nāma. 42b. XIV. iti çrīo ºpraçaṃsāyāṃ Prahlādavijayakhaṇḍaḥ nāma samāptaḥ. 49a. XV. Incip. — oṃ namaḥ Çivāya | praṇamya çirasā bhaktyā paçūnāṃ patim avyayam | purāṇaṃ sampravakṣyāmi munibhiḥ pūrvavarṇitam || iti çrī Vāgvatīmāhātmyapraçaṃsāyāṃ Paçupatipurāṇe Çleṣmāntakavanāyatamaṇo (sic) nāma. 51a. XVI. Sanatkumāra uvāca | etasminn antare... iti çrīo ºpurāṇe hariṇeçvaraçṛṅgaharaṇo nāma. 54a. XVII. iti çrīo ºpurāṇe Īçvaravākyaṃ nāma. 59a. XVIII. iti çrīo ºpurāṇe Gokarṇeçvarapratiṣṭhāpano nāma. 61a. XIX. iti çrīo ºpurāṇe Gokarṇeçvarapratiṣṭhāpane pūrvārdhakhaṇḍaḥ. 63b. XX. iti çrīo ºpurāṇe dakṣiṇaGokarṇeçvarapratiṣṭhāpano nāma. 65a. XXI. iti çrīo ºpurāṇe tīrthānandapurāṇe pūrvārdhakhaṇḍaḥ. 67a. XXII. iti çrī Paçupatipurāṇe Vāgvatīmāhātmyapraçaṃsāyāṃ Vāgvatīstotraṃ samāptam. 71a.

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les chapitres consacrés à la gloire de la Vâgvatî (Bagmati). Ces chapitres, au nombre de trente, se répartissent extérieurement en deux divisions ; l'une, formée des quatorze premières lectures, a pour interlocuteurs Bhîṣma qui interroge et Pulastya qui enseigne ; elle débute par une invocation triple : à Çaṅkara, dont la bouche donne naissance à la Vâgvatî, à Pulastya lui-même qui a récité le Purâṇa, à Vyâsa qui l'a recueilli. Les lectures qui la composent portent régulièrement comme suscription : *iti çri-Vāgvatī-māhātmya-praçaṃsāyām*... La seconde division, qui consiste en huit lectures, commence par une invocation à Paçupati ; elle a pour narrateur Sanatkumâra ; chacune des lectures porte comme suscription : *iti çri-Vāgvatī-māhātmya-praçaṃsāyām Paçupati-purāṇe*.

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La première division s'analyse d'elle-même en deux parties : le *tīrtha-varṇana* « le panégyrique des baignades sacrées », appelé aussi *tīrtha-yātrā-khaṇḍa* « section du pèlerinage aux baignades sacrées » (I-V) et le *Pradyumna-vijaya-khaṇḍa* « la victoire de Pradyumna » (VI-XIII). Questionné par Bhîṣma, Pulastya lui révèle la sainteté du Mṛga-çikhara, où Narasimha parut sous la forme d'une gazelle ; de la Vâgvatî, issue de la bouche de Çiva riant de plaisir aux pénitences de Prahlâda ; des tīrthas d'Indramârga, où Vibhîṣaṇa pratiqua des mortifications et entendit réciter par son père Viçravas le Râmâyaṇa « qui était encore à venir » ; d'Umâ; d'Agastya, etc. (I-V). Suivent les aventures amoureuses et guerrières de Pradyumna, sa campagne contre Indradamana, son mariage avec ses deux amantes (VI-XIV). Le récit est parallèle à l'épisode du Nepâla-mâhâtmya, mais il en est indépendant.

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Les huit dernières lectures, qui forment la seconde division, rapportent la métamorphose de Çiva en gazelle dans le bois de Çleṣmântaka (XV), les recherches des dieux et la rencontre (XVI), le discours de Çiva aux dieux qui l'ont découvert (XVII), l'érection du triple Gokarneçvara par Brahma, Viṣṇu et Indra (XVIII), l'histoire de Dhanada [Kuvera] qui sur les avis de son père Viçravas renonça à régner sur Laṅkà et s'en alla s'établir sur le Kailâsa (XIX), l'érection du Gokarneçvara de l'Inde méridionale par Râvaṇa, frère de Kuvera et son successeur à Laṅkà (XX). L'ouvrage se termine par un catalogue de rivières, de confluents, de baignades sacrées, avec l'énumération des avantages qui leur sont respectivement attachés (XXI), et par une exaltation de la Vâgvatî (XXII).

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Les deux mâhâtmyas, on le voit par cette brève analyse, mettent en œuvre à peu près le même fonds de légendes ; ils représentent deux rédactions d'un groupe de traditions, de récits et de contes locaux qui peuvent remonter à un passé assez éloigné. Le Vâgvatî-mâhâtmya n'est pas mieux daté que le Nepâla-mâhâtmya ; cependant, comparé à celui-ci, il donne l'impression d'une composition plus récente. Il semble avoir éliminé à dessein les noms des personnages qui rattachaient encore d'un lien, si vague qu'il fût, le Nepâla-mâhâtmya à la réalité humaine, à l'histoire. Vâlmîki, Guṇâdhya en ont disparu pour laisser toute la place aux dieux et aux démons. D'autre part, la différence de facture éclate aux yeux. La narration du Nepâla-mâhâtmya est sobre, alerte, presque dramatique ; celle du Vâgvatî-mâhâtmya est lente, encombrée de longues descriptions par énumération qui sont parfaitement oiseuses. Enfin, de l'un à l'autre, l'esprit religieux a changé. Le Vâgvatî-mâhâtmya attribue à Çiva le premier rang sans partage ; les autres dieux sont ses inférieurs, et le Bouddha est résolument tenu à l'écart soit comme un suspect, soit comme un ennemi.

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Le bouddhisme népalais a, tout comme le brahmanisme, cultivé le genre du mâhâtmya ; il a célébré, et recommandé, ses lieux sacrés dans le *Svayambhû-Purâṇa*⁵. La désigna-

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4. Svayambhū-Purāṇa. — The *Vrihat Svayambhū Purāṇam*, containing the traditions of the *Svayambhū-kṣhetra* in Nepal, edited by PANDIT HARAPRASÂD ÇÂSTRÎ. Calcutta, 1894 (Bibliotheca Indica, 6 fascicules). — *Svayambhū-Purāṇa*, dixième chapitre, publié par L. DE LA VALLÉE-POUSSIN. Gand, 1893 (dans le Recueil de travaux publiés par la Faculté de philosophie et de lettres de l'Université de Gand, 9e fascicule). — Analyses dans : HODGSON, *Essays on the languages, literature and religion of Nepal*. London, 1874, p. 17 sqq. ; RAJENDRALALA MITRA, *The sanskrit Buddhist literature of Nepal*. Calcutta, 1882, p. 249-259. — HARAPRASAD ÇASTRI, *Notes on the Svayambhū-Purāṇa*, dans le *Journal of the Buddhist Text Society of India*, vol. II, part. II, 33-37. — Manuscrits décrits dans : COWELL and EGGELING, *Journal of the Royal Asiatic Society*, 1875, VIII, p. 2-53, nºs 17, 18, 23. — PISCHEL, *Katalog der Handschriften der Deutschen Morgenländischen Gesellschaft*, 2-3. — BENDALL, *Catalogue of the Buddhist Sanskrit Manuscripts in the University Library*. Cambridge, add. 870, 871, 1468, 1469, 1536. La brève analyse que je donne est fondée sur la recension intitulée Svâyambhuva-purâṇa. Comme ce texte (déjà signalé, je le rappelle, par M. de Lavallée-Poussin) n'a pas été décrit, je crois utile d'en donner une description sommaire.

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Bibliothèque Nationale, mss. sanscrits. D, 78, 152 feuillets : 0,33 × 0,107, 9 lignes à la page. Caractère devanāgarī. I. Oṃ namo ratnatrayāya | pañcavarṇan samuccārya pañcabhūtāny abhāvayat | pravṛttau pañcatatvātmā pañcabuddhātmane namaḥ || Longue introduction en prose : Jinaçrī interroge Jayaçrī à Gayā sur la Svayambhūpattikathā. Açoka et Upagupta. Récit de la visite de Çākyamuni au Népal. Les vers remplacent la prose :

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lumbinivad ramyam ālokya vadatāṃ varaḥ |
vaktum Nepālamāhātmyam cakāṅkṣa dhārmyam āsanam || 7b.

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(L'expression *Nepāla-māhātmya* revient encore p. 8a). iti svāyambhuve purāṇe çṛiyotirūpasvayamutpannasya svayambhūmāhātmyavarṇanaṃ nāma prathamo 'dhyāyaḥ. 14b (= Vṛhatº I, II).

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II. Ānanda demande :

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çrotum samutsuko Guhyeçvarideçādisambhavam |
kadā khagānanā devī prakāçam āgamad vibho ||
deçānāṃ racanāṃ nṛṇāṃ hradaviçoṣaṇam tathā |

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iti çrī svāyambhuve purāṇe dhanādaharudagopucchaguhyeçvarīprakāçamañjuçricaityanirmitam nāma dvitīyo 'dhyāyaḥ. 26a (= Vṛhatº III).

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III. iti çrī svāyambhuve purāṇe Krakutsandābhigamanabhikṣucaryācaraṇa Vāgmatī Keçavatiprabhāvaṃ nāma tṛtīyo 'dhyāyaḥ. 41a (= Vṛhatº IV): IV. Maṇirohiṇībhavakathāṃ bruve smanmahimātmikām | iti çrī svāyambhuve mahāpurāṇe Maṇicūḍaṭāgādimakāradaçasambhavam nāma caturtho 'dhyāyaḥ. 63a (= Vṛhatº suite du IV). V. Gokarṇeçvaramukhyānāṃ saṃkathāṃ vitarāgiṇām | tion de Purāṇa n’a sans doute été appliquée à cet ouvrage qu’en vue de donner le change et de faire concurrence, par une heureuse confusion, aux prétendus extraits des Purāṇas mis en circulation par les brahmanes. Le Svayambhû-Purāṇa ne contient aucun des cinq éléments constitutifs d’un Purāṇa ; il ne traite ni de la cosmogonie, ni des créations secondaires, ni des généalogies divines et héroïques, ni des grandes périodes fabuleuses, ni de la géographie universelle ; il se borne à magnifier Svayambhû, et la colline qui le porte, et d’une manière générale, toute la vallée

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iti çrī svāyambhuve purāṇe vītarāgasamutpattikathanaṃ nāma pañcamo ’dhyāyaḥ. 73ᵃ (= Vṛhato fin du IV). VI. atho vakṣyāmi tīrthānāṃ māhātmyam kāmadāyinām | santi bahūni tīrthāni teṣāṃ mukhyāni dvādaça || iti çrī svāyambhuve purāṇe puṇyatīrthādidvādaçatīrthavarṇanaṃ nāma ṣaṣṭho ’dhyāyaḥ. 101ᵇ (= Vṛhato V). VII: çṛṇu bhūpopatīrthānāṃ kathām atha samāsataḥ | kuṇḍakūpataḍāgādipraṇāliracitātmanām || iti çrī svāyambhuve mahāpurāṇe upatīrthamātṛkāpīṭhacmaçānavarṇanaṃ nāma saptamo ’dhyāyaḥ. 106ᵇ (= Vṛhato V). VIII. iti çrī svāyambhuve purāṇe çrīdharmadhātuvāgīçvaramaṇḍalābhidhāna-pravartanaṃ nāmāṣṭamo ’dhyāyaḥ. 119ᵃ (= Vṛhato VI). IX. pravakṣyāmy atha bhūpeça svayambhūguptasamkathām. iti çrī svāyambhuve mahāpurāṇe Pracaṇḍadebhavikṣucaryājyotīrūpaguptikaraṇaṃ nāma navamo ’dhyāyaḥ. 129ᵇ (= Vṛhato VII). X. (Publié par M. de Lavallée-Poussin.) iti çrī svāyambhuve mahāpurāṇe nāgāçdhanadurbhikṣādiçānti Çāntikaravarṇanaṃ nāma daçamo ’dhyāyaḥ. 138ᵃ (= Vṛhato VIII). XI. atha pūjāphalaṃ vakṣye çṛṇu bhūpāla uttama | iti çrī svāyambhuve purāṇe pūjāphalavarṇanaṃ nāma ekādaço ’dhyāyaḥ. 145ᵇ (= Vṛhato VIII, suite). XII. Reprise de la prose. Açoka quitte Pāṭaliputra pour se diriger vers le Nord, va jusqu’au Népal, puis rentre à Pāṭaliputra, au Kukkuṭārāma. Upagupto rājānaṃ svāçiṣā saṃvardhya punaḥ. kathayāmi çṛṇu bhūpāla | tatra punaḥ kālāntare çrīmadāryāvalokiteçvaramūrtir bhaviṣyati tathā Trailokyavaçaṃkara Lokeçvaramūrtir Yakṣamaileçvaramūrtir upadravaçāntau tathā bahavo devānāṃ sambhaviṣyanti bahavas tīrthāç ca cāturdigīyair bhūmipālair mokṣyante iti bhaviṣyakathām upadiçya dhyānāgāraṃ āviçat | Rājāçokaḥ svarājyam upāgamat | atha bhikṣur Jayaçrīḥ sajinaçrīrājapramukhaṃ samyalokam āçirvacobhir anvamodat | yatra sūtraratnam idaṃ dharmasāṃkathyam..... Éloge du Purāṇa. iti çrī svāyambhuve mahāpurāṇe ’çokatīrthayātrāphalastutikathanaṃ nāma dvādaço ’dhyāyaḥ. 152ᵇ.

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du Népal. Le nom de « mâhâtmya » le caractérise si bien que ce mot y reparaît sans cesse, soit dans les titres des chapitres, soit au cours de l'exposition ; en son ensemble, c'est un Nepâla-mâhâtmya à l'usage des bouddhistes, et son auteur n'hésite pas lui-même à se servir de cette désignation.

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L'ouvrage a eu tant de succès qu'il a dû se plier à toutes sortes de remaniements pour s'adapter aux goûts variés de ses lecteurs. Il n'en existe pas moins de cinq recensions actuellement connues. La plus longue porte le titre de Svâyambhuva-Purâṇa ou Svâyambhuva-mahâ-purâṇa ; elle est en douze chapitres ; une autre, la Svayambhûtpatti-kathâ, a dix chapitres (elle est appelée aussi Madhyama-Sva° pu°) ; trois autres sont divisées en huit chapitres, mais elles sont néanmoins de longueur très inégale. Tandis que le Vṛhat-Sv° pu° couvre en manuscrit plus de 3 000 lignes, et le Mahat-Sv° pu° plus de 2 000, le Svayambhučaitya-bhaṭṭārakoddeça n'en compte que 250 environ. Les différences ne portent du reste que sur la forme ; le fond est partout identique ; l'ampleur des descriptions et la pieuse accumulation des épithètes oiseuses déterminent seules l'étendue du poème. La rédaction la plus satisfaisante au point de vue de la correction et de la composition est celle du Svâyambhuva-(mahâ)-purâṇa ; elle contraste totalement avec le style barbare et la métrique abominable du Vṛhat-sv° pu°, imprimé dans la *Bibliotheca Indica*. La date de chacune des recensions n'est pas connue, et il est difficile de fixer autrement que par des raisons de goût leur ordre chronologique. Le nom du roi Yakṣa malla paraît aussi bien à la fin du Svâyambhuva que du Vṛhat° dans une prophétie prononcée par le Bouddha ; Yakṣa malla étant mort vers 1460, nos rédactions ne peuvent guère être antérieures au xviᵉ siècle, si la mention de ce roi n'est pas due à une interpolation, toujours facile dans une prophétie et surtout à la fin d’un ouvrage. Les autres rois nommés et glorifiés dans le poème, Guṇakâma deva et les deux Narendra deva, datent d’une époque bien plus lointaine. Deux Guṇakâma deva ont régné sur le Népal; la tradition place le second au début du VIIIe siècle; mais la désignation de Narendra comme le fils de Guṇakâma deva fixe le choix sur le plus ancien de ces deux rois. L’autre Narendra deva, associé à un événement capital de l’histoire religieuse au Népal, régnait vers le milieu du VIIe siècle. Voilà les seuls repères qu’on puisse tirer des recensions du Svayambhû Purâṇa¹. Un travail de critique comparative, réservé à l’avenir, permettra sans doute de reconnaître la forme originale du Purâṇa ou de la restituer.

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¹ Le pandit Haraprasad Çastri (dans le Journal Buddh. Text. Soc., loc. laud.) prend à tort le second des deux Narendra deva mentionnés dans le Purâṇa pour le roi qui régnait à Bhatgaon vers le milieu du XVIIe siècle. L’épisode où paraît Narendra deva est trop célèbre pour autoriser la moindre confusion; le héros en est bien un des successeurs d’Amçu varman, le même Narendra deva qui entretint des relations d’amitié avec la Chine. Si le Vṛhat-Svo place ce Narendra deva « un long temps après Yakṣa malla », il serait vain d’attacher la moindre importance à cette apparence de classement chronologique ; le compilateur du Purâṇa se sert simplement de cette formule commode pour mettre bout à bout les événements qu’il veut raconter. — Du reste l’épisode de Narendra deva et de Bandhu datta n’est pas mentionné par le Svâyambhuva-(mahâ)-purâṇa. Je n’y ai pas retrouvé non plus d’indication qui corresponde aux vers du Vṛhat-Svo signalés par Haraprasad et où se trouve une allusion à la destruction du Viçveçvara de Bénarès (dans la description de Bénarès comme la patrie du Bouddha Kâçyapa). Tout semble attester que le Svâyambhuva est antérieur au Vṛhat°. Il est regrettable que la Bibliotheca Indica ait imprimé de préférence cette dernière recension, et que l’éditeur du texte ait cru devoir farcir à plaisir de barbarismes et de solécismes le sanscrit macaronique de son auteur ; il n’est pas conforme au « fair play » même entre brahmane et bouddhiste, de choisir, comme de parti pris, les leçons les plus incorrectes et d’éliminer les autres.

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Vue d'ensemble du temple de Paçupati.

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Le Purâṇa bouddhique a tout au moins reproduit le cadre traditionnel des purâṇas brahmaniques ; il est agencé en

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Le procédé de développement en quelque sorte mécanique pratiqué par le Vṛhat° rappelle tout à fait la manière des Vaipulya-sûtras.

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ṣaṭsaṃvāda, en « conversation à six », c'est-à-dire que trois groupes d'interlocuteurs se superposent; le premier dialogue est emboîté dans un second qui est inséré dans le troisième. Deux Bodhisattvas, Jayaçrî et Jinaçrî, s'entretiennent à Gayâ; Jayaçrî interrogé sur l'origine de Svayambhû rapporte à son compagnon une conversation engagée sur le même sujet entre le roi Açoka et son maître spirituel Upagupta. Pour satisfaire la curiosité du souverain, Upagupta lui-même n'avait trouvé rien de mieux que de lui répéter le dialogue échangé jadis sur le même thème entre le Bouddha Çâkyamuni et le Bodhisattva Maitreya qui l'interrogeait. Çâkyamuni y narre les visites à Svayambhû des Bouddhas antérieurs, Vipaçyin, Çikhin, Viçvabhû, Krakučchanda, Kanakamuni, Kâçyapa, leurs prédictions, leurs adorations, le culte qu'ils ont rendu aux lieux sacrés, les vertus qu'ils leur ont reconnues, le voyage de Mañjuçrî au Népal, la vallée conquise sur les eaux, la civilisation introduite, l'ordre établi, le culte des Nâgas institué comme un remède contre la sécheresse par le roi Guṇakâma deva. Ébloui par tant de merveilles, Açoka s'empresse d'aller lui-même au Népal, élevant partout sur sa route des stûpas; puis, son pèlerinage achevé, il rentre à Pâṭaliputra, où son maître Upagupta lui annonce brièvement les destinées futures du culte d'Avalokiteçvara. Et Jinaçrî, enchanté à son tour, remercie Jayaçrî de ce récit instructif et édifiant.

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Pour contrôler les données suspectes de la tradition et de la légende, le Népal offre à l'histoire deux catégories de documents : les inscriptions et les manuscrits. L'épigraphie du Népal est loin de remonter aussi haut que l'épigraphie de l'Inde. Si l'empereur Açoka visita jamais la vallée, comme le Svayambhû Purâṇa l'affirme, aucun monument ne commémore expressément son passage; un intervalle de sept siècles et demi sépare les piliers à inscriptions élevés par Açoka dans le Téraï népalais et les inscriptions de Mâna deva qui ouvrent l'épigraphie népalaise. Cette épigraphie s'étend sur un espace de quatorze siècles, mais elle est loin de présenter une succession continue de documents. Des lacunes inexplicables la découpent en séries irrégulières. A partir de Mâna deva, elle se prolonge jusqu'au ixᵉ siècle de J.-C., et s'interrompt alors pour reprendre avec la fin du xivᵉ siècle. J'ai déterré à Harigaon une inscription du xiᵉ siècle (139 de l'ère népalaise) ; mais par une étrange fatalité, l'inscription avait disparu quand je retournai pour l'estamper. Les inscriptions découvertes par Bhagvanlal, Bendall et moi émanent toutes des mêmes princes; celles que j'ai reçues du Népal depuis mon retour restent, quelle qu'en soit la provenance, enfermées dans ce cercle fatal de noms et de dates.

v1.c2.s3.t3.60

Les inscriptions¹ anciennes du Népal sont toutes gravées exclusivement sur la pierre; on n'a pas encore trouvé d'anciennes donations inscrites sur des plaques de cuivre (*tâmra-pattra*), comme l'usage en était répandu dans l'Inde dès les origines de l'épigraphie (témoin les plaques de Sohgaura, qui remontent sans doute à l'époque Maurya). Et cependant le Népal a des mines de cuivre, exploitées de longue date, et ses bronziers jouissent d'une antique réputation. La Vamçâvalî mentionne, il est vrai, un règlement du Čârumatî-vihâra qui fut gravé sur cuivre sous le règne de Bhâskara varman, personnage légendaire plutôt qu'historique et qui précède de vingt générations le roi Mâna deva. Le mahârâja Chander Sham Sher m'a envoyé la copie des plaques actuellement conservées dans ce couvent; elles n'ont rien à voir avec Bhâskara varman; elles sont modernes, et même rédigées en langue névarie. Les tâmra-pattras qu'on trouve souvent cloués à la façade des temples datent tous des trois ou quatre derniers siècles.

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¹ Inscriptions. — Pandit Bhagvânlâl Indrâjî. *Twenty-three Inscriptions from Nepâl*; dans *Ind. Antiq.* IX, 163-194 : *Some Considerations on the Chronology of Nepâl*; translated from Gujarâtî by Dr. Bühler, *ib.* XIII, 411-428. — Cecil Bendall. *A Journey of Literary and Archæological Research in Nepal and Northern India*. Cambridge, 1886.

v1.c2.s3.t3.62

Les inscriptions sur pierre (*çilâ-pattras*) sont gravées tantôt sur des piliers que surmonte une image sacrée, par exemple à Changu Narayan, à Harigaon, tantôt sur l'objet même auquel elles se rapportent, tantôt, et le plus souvent, sur des tablettes dressées. La pierre est soigneusement polie, les caractères tracés avec soin et avec goût ; le fronton de la stèle est généralement décoré d'une sculpture en relief, soit le disque de Viṣṇu entre deux conques, soit le taureau de Çiva, soit encore une fleur de lotus. Le texte des anciennes inscriptions est toujours en sanscrit, les formules du protocole sont empruntées au formulaire général de l'Inde, mais l'invention des poètes locaux s'exerce volontiers dans les invocations liminaires ou dans les panégyriques. Les rois mêmes ne dédaignent pas d'entrer en lice et de montrer leur adresse à manier les vers.

v1.c2.s3.t3.63

La seconde série des inscriptions népalaises s'ouvre avec la restauration des Mallas, vers la fin du XIVe siècle. Il est difficile de croire qu'on ait cessé pendant cinq cents ans de graver des inscriptions au Népal ; il est surprenant que des rois aussi glorieux dans la tradition que le fondateur de Katmandou, Guṇakâma deva, n'aient pas cherché à s'immortaliser par la pierre. Les stèles laborieusement effacées et grattées qui se rencontrent partout en grand nombre sont peut-être les témoins, réduits au silence, de cette période obscure. La croyance populaire les tient toutes pour antérieures à l'ère népalaise (880 de J.-C.) ; un fondateur d'ère doit payer toutes les dettes du pays avant d'inaugurer un comput nouveau ; à la fondation du Nepâla-samvat, on aurait donc détruit tous les engagements antérieurs et les documents qui les portaient. M. Wright s'est fait l'écho de ce préjugé (*Vamçâv.*, p. 246). Il suffit, pour en constater l'inanité, d'observer que la première série dés inscriptions népalaises est tout entière antérieure au Nepâla-samvat.

v1.c2.s3.t3.64

A partir du xviiᵉ siècle, l'épigraphie des Mallas abonde jusqu'à l'encombrement. Pratâpa Malla inonde de sa prose et de ses vers l'étendue de ses domaines ; ses successeurs et les princes des dynasties rivales, à Patan et à Bhatgaon, étalent partout la pompe déclamatoire de leurs vains titres. L'écriture tend à l'arabesque ; elle s'assouplit, se contourne en lignes fantaisistes, se marie à la pierre qu'elle prétend décorer. En même temps, le sanscrit recule : la langue vulgaire, le névari, pénètre dans l'épigraphie ; sans se hausser jusqu'à la littérature, elle exprime les réalités banales ou triviales que la langue sacrée ne sait plus ou ne veut plus rendre, les stipulations, les clauses, les limites des concessions, etc. Le parbatiya, depuis la conquête gourkha, se substitue par degrés au névari ; mais le sanscrit garde encore son prestige et continue à s'employer dans les invocations et le protocole des inscriptions.

v1.c2.s3.t3.65

Malgré le voisinage du Tibet et les fréquentes relations des deux pays, les inscriptions tibétaines sont rares au Népal ; je n'en ai pas trouvé d'anciennes, ni à Syambu Nath, ni à Budnath. Les Tibétains se contentent de graver avec une surprenante habileté de main la formule sainte : *om mani padme hum* sur les roches qui bordent la route. Le seul texte considérable est l'inscription bilingue de Syambu Nath qui commémore la restauration de l'édifice au xviiiᵉ siècle. J'espérais retrouver aussi un souvenir des Chinois qui visitèrent à plusieurs reprises le Népal ; je n'ai vu que trois caractères chinois gravés sur une petite chapelle moderne à Syambu Nath.

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Les suscriptions des copistes sont une ressource originale de l'histoire népalaise. Les couvents et le climat du Népal ont préservé un assez grand nombre de manuscrits anciens, tracés sur des feuilles de palmier (*tâla-pattra*); il faut sortir de l'Inde pour rencontrer des documents de paléographie indienne dignes d'être opposés à ceux du Népal : le Dhammapada de Kachgar et le manuscrit Bower, les trouvailles du Dʳ Stein dans le Takla-Makan, les feuilles de palmier d'Horiuji au Japon. La plupart des anciens manuscrits népalais actuellement connus sont déposés, soit à la bibliothèque du Darbar, à Katmandou, soit à la Bibliothèque de l'Université de Cambridge, qui a acquis la collection du Dʳ Wright. Les vieux stûpas, les couvents, les bibliothèques des particuliers recèlent encore d'inappréciables trésors qu'une exploration méthodique pourra rendre un jour à la science. Fidèles à un usage répandu dans l'Inde, mais plus spécialement observé au Népal, les scribes népalais indiquent à la suite de l'ouvrage terminé la date d'achèvement, souvent avec des détails qui permettent d'en calculer l'équivalent européen sûr et précis : jour de la semaine, constellation lunaire, angles du soleil et de la lune, etc... Souvent aussi ils mentionnent le nom et les titres du roi régnant, si bien qu'une partie de la chronologie népalaise est fondée sur ces signatures de scribes¹.

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¹ Mss. du Népal. — Cecil BENDALL, *Catalogue of the Buddhist Sanskrit Manuscripts in the University Library, Cambridge*. Cambridge, 1883. — RAJENDRALALA MITRA. *The Sanskrit Buddhist Literature of Nepal*. Calcutta, 1882. — HARAPRASAD SHASTRI, *Report on the search of sanskrit manuscripts, 1895 to 1900*. Calcutta, 1901. — V. aussi : *Katalog der Bibliothek der Deutschen Morgenländischen Gesellschaft*, tome II : Handschriften, Inschriften, Münzen, etc. Leipzig, 1881 (nᵒˢ 1-6 : mss. donnés par Wright). — COWELL AND EGGELING, *Catalogue of the Hodgson Collection of Buddhist Sanskrit Mss.*, dans le *Journal of the Royal Asiatic Society*, new series, vol. VIII, 1-52. London, 1876. — Les mss. envoyés par Hodgson à la Société Asiatique et à Burnouf, et conservés à la Bibliothèque Nationale, n'ont jamais été l'objet d'un catalogue scientifique. — V. Sir W.-W. HUNTER, *Catalogue of Sanskrit Mss. collected in Nepal by Brian Houghton Hodgson*. London 1881 (réimprimé à la fin de: *Life of Brian Houghton Hodgson*. London, 1896, p. 337-356).

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La numismatique¹, qui fournit un appoint si utile à certaines sections de l'histoire indienne, fait à peu près entièrement défaut au Népal. Les spécimens anciens qui ont été retrouvés jusqu'ici sont frappés par des princes de la première série épigraphique (VIᵉ-VIIᵉ siècles de J.-C.).

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¹ Numismatique népalaise. — PRINSEP, *Essays*, I, p. 61-62, et pl. III, nº 12. — CUNNINGHAM, *Coins of Ancient India*, p. 112. — *Journal of the Asiatic Society of Bengal*, 1865, p: 124. — BENDALL, *Z. D. M. G.*, XXXVI, p. 651. — V. SMITH, *Proceedings A. S. B.*, 1887, p. 144. — HOERNLE, *ib.*, 1888, p. 114.

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