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La formation de la langue marathe c4: Phonétique

La formation de la langue marathe c4

Language
French

Contents

Phonétique

Généralités

c4.s1.1

§ 28. C'est par les formes grammaticales principalement que les langues indo-aryennes situées à l'est de l'Indus se distinguent les unes des autres. Le système phonétique y est au contraire sensiblement identique, du moins tant que l'on se borne à observer les caractéristiques essentielles, qui reproduisent fidèlement celles du moyen-indien. Cependant lorsqu'on examine à part la phonétique de l'une quelconque de ces langues, on y constate des contradictions et des irrégularités sans nombre. Cela tient à ce que dans toutes, le vocabulaire a subi des infiltrations multiples. A toute époque, l'Inde gangétique et le Dekhan ont eu une civilisation commune, et toutes les régions en ont été unies par des rapports constants ; mais cette unité provenait de l'uniformité d'un système social, et non de la prééminence durable d'un centre d'expansion : aucune région n'a imposé sa langue à toute l'Inde, aucune province n'a imposé son dialecte à tout le Mahārāṣṭra. Dès lors rien ne s'opposait dans aucun dialecte à la tendance à l'emprunt; cette tendance trouvait d'autant plus de facilité à s'exercer que chacune des castes pouvait enrichir indépendamment son vocabulaire d'éléments qu'elle versait à son tour dans la langue commune.

c4.s1.2

On trouve donc à l'intérieur de chacun des dialectes une grande quantité de mots ou de séries de mots qui ont eu une histoire indépendante des dialectes où on les trouve employés; cette histoire, qu'on peut établir avec une certaine difficulté dans des langues bien connues comme celles de l'Europe, est tout à fait impossible, au moins provisoirement, dans l'Inde. Il faut se contenter de constater et, si possible, de classer les irrégularités provoquées par ces emprunts dans chacun des parlers sans les expliquer.

c4.s1.3

En marathe, la proportion de ces mélanges paraît moins forte qu'ailleurs, du moins en ce qui concerne la période moderne ;

c4.s1.4

mais il suffira de se reporter à ce qui est dit plus bas de la numération pour voir combien une série de vocabulaire généralement ancienne et homogène présente de difficultés et de contradictions au point de vue phonétique. On doit donc s'attendre à trouver en marathe, d'une part des règles simples et générales, qui sont communes à cette langue et à la plupart des langues indo-aryennes ; d'autre part une grande quantité de singularités généralement inexplicables, qui donnent à la phonétique du marathe un aspect confus et compliqué.

Voyelles

Les éléments du vocalisme marathe

c4.s2.t1.1

§ 29. On a vu au § 13 que le moyen-indien possédait les voyelles a, i, u brèves et longues, et e, o normalement longues ; le timbre de ces voyelles a subsisté sans changement en marathe. Ex. : āg (agni-), tīn (trīṇi), pūt (putra-), yeṇem (eti), tel (taila-), jot (yoktra-), cor (caura-). Les diphtongues anciennes ayant été éliminées en moyen-indien, toute diphtongue marathe est d'origine récente, et provient ou bien du contact de deux voyelles primitivement séparées, comme dans pai- (prati-), cauthā (caturtha-), ou d'emprunts savants comme dans ts. gaurav, ou gair (ar. ġair).

c4.s2.t1.2

TRAITEMENT DE Ṛ VOYELLE.

c4.s2.t1.3

§ 30. En moyen-indien, a, i, u répondent non seulement aux voyelles correspondantes du sanskrit, mais sont aussi l'aboutissant de ṛ. On trouve les trois traitements en moyen-indien, sans que le principe de répartition s'en laisse déterminer clairement et sans que le traitement soit unique dans chacun des mots (voir Pischel, § 49-53). En marathe on trouve aussi les trois traitements et de nombreux doublets. L'examen des mots où il y avait ṛ en sanskrit fournira un bon exemple des contradictions présentées par la phonétique marathe et de la difficulté qu'il y a à les expliquer. — Dans les listes suivantes on distinguera les exemples attestés en prākrit des exemples plus récents, et on signalera les doublets marathes.

c4.s2.t1.4

1° Traitement a. — Attestés en prākrit : asval à côté de rīs (ṛkṣa- ; cf. acchabhalla-), kānhā en regard du semi-tatsama kiseṇ (kṛṣṇa-), taṇ (tṛṇa-), tānh (tṛṣṇā), dāḍhā (dṛḍha-), dāvṇem (s'il s'agit bien d'une racine *dṛp-), pāṭh (pṛṣṭha-), mau (mṛdu-), maḍem, melā (mṛta-), māṭhṇem à côté de miṭṇem (mṛṣṭa-), māti (mṛttikā), sāmkhāl (ṣṛṅkhalā). Il faut écarter dākhaviṇem aussi bien que dekhṇem : le premier remonte sans doute non à dṛc- mais à drākṣ-, et le second résulte de l'analogie de pkr. pekh-, skr. preks- (v. Pischel, § 554 et note 10). — Remontent à la deçī : kac (kṛtyā), paḍkay (-kṛti-).

c4.s2.t1.5

Ne sont attestés qu'à date moderne : kātyā (kṛtika-, peut avoir été influencé par kārtika-), ghāṭṇeṃ à côté de ghusaḷṇeṃ (ghṛṣṭa-), tāṭh (tṛṣṭa-), peut être bāhṇeṃ (bṛh-). Le mot saḍhaḷ s'oppose à skr. cithila-, pkr. siḍhila- (v. Wackernagel, § 16).

c4.s2.t1.6

2° Traitement i. — Attestés en prākrit : riṇ (ṛṇa-), rīs à côté de asval (ṛkṣa-), iṭī (ṛṣṭi-), kivaṇ (kṛpaṇa-), kisāṇ (kṛṣāṇa-), ghī (ghṛta-), gheṇeṃ (gṛh-, peut-être grahi-), tij, cf. aḍic (tṛtīya-), diṣṇeṃ (dṛcya-), diṭh (dṛṣṭi-), bhīṃgruṭī (bhṛṅga-), cīṃg (cṛṅga-), ciṭ (sṛṣṭi-; le a de nisaṭṇeṃ, cf. skr. nihsṛṣṭi-, est dû sans doute à sa position à l'intérieur du mot, v. § 43), hiyyā (hṛdaya-).

c4.s2.t1.7

Récents : taisā (tādṛça-), miṭṇeṃ en regard de māṭhṇeṃ (mṛṣṭa-), probablement aussi piṭṇeṃ (pṛṣṭa-). La racine khiṃḍ- est peut-être un doublet de la racine skr. et m. khamḍ-; ce peut être aussi une contamination de cette dernière avec khid-. Le mot viṃcū (vṛccikā ; pkr. viṃchua-) se dénonce comme un emprunt par son c qui ne peut en marathe sortir de pkr. ch.

c4.s2.t1.8

3° Traitement u. — Attestés en prākrit : ujū (ṛju-), (sur un traitement spécial à l'initiale qui explique peut-être la réduplication de j dans pkr. ujju-, v. § 106), opṇeṃ (cf. skr. arp-), gumṭhṇeṃ (cf. skr. granth- et m. gāṃṭhṇeṃ), ghusaḷṇeṃ en regard de ghāṭ (ghṛṣ-), pāūs (prāvṛṣa-), pusṇeṃ (pṛcch-).

c4.s2.t1.9

§ 31. — Quel est le principe de diftérenciation entre ces divers traitements ? Il semble d'abord qu'on puisse faire appel à des influences purement phonétiques. Dans tous les exemples anciens de ṛ > a sauf dans mṛdu-, la voyelle de la syllabe qui suivait le ṛ est a ; dans la plupart de ceux où ṛ est représenté par u, la voyelle suivante est u, ou bien ṛ est en contact avec une consonne labiale (dès lors pkr. mau- peut être conçu comme le résultat d'une dissimilation) ; enfin plusieurs des cas où ṛ est devenu i, on

c4.s2.t1.10

Les exemples modernes sont douteux : komṇeṃ ressemble à plusieurs mots de la deçī où r apparaît, mais la forme exacte du prototype ne se laisse pas reconstruire ; nijhūr s'apparente à nijharṇeṃ (pkr. nijjharai, skr. rac. kṣar-), et la deçī a les deux mots nijhūrā- et nijhara- ; mais la conservation de r consonne rend le mot suspect de contamination, soit avec d'autres formes de la même racine, soit même avec d'autres mots ; enfin pohā (pṛthuka-) s'explique aussi bien par pkr. *pahua- que par puhua-.

c4.s2.t1.11

constate la présence d’un *i* dans la syllabe voisine, ou le contact d’une sifflante. Des principes semblables ou analogues rendent compte des traitements prākrits notés par Pischel, §§ 49-51, et de certaines formes prākrites qui ont pénétré en sanskrit : ainsi s’expliquent les oppositions de *puṇyaḥ* : *niṇyáḥ*, de *kaṅkaṇaḥ* : *kiṅkiṇī* (v. Meillet, *Mélanges Kern*, p. 121).

c4.s2.t1.12

Mais ni en sanskrit, ni en prākrit, ni davantage en marathe, la phonétique ne suffit à expliquer tous les cas. Il semble qu’on doive aussi faire la part de mélanges dialectaux, et attribuer à la répartition de certains traitements une base en partie géographique.

c4.s2.t1.13

Si l’on remonte jusqu’au Veda, on constatera que le traitement le plus fréquent dans les prākritismes qui y ont pénétré est *a* : ainsi *avaṭa-*, *kaṭuka-*, *vikaṭa-*; *aṇu-*, *kaṇa-*, *gaṇa-*, *phaṇ-*, *kaṣati*, *paṣṭha-*, *bhaṣa-*, *iraj-* (v. Wackernagel, §§ 9, 146, 172, 208) ; *u* et *i* (*puṇya-*; *niṇya-*, *cithira-*, *krimi-* à côté de *kṛmi-*, v. Wackernagel, § 16, 19) sont rares et s’expliquent toujours par des raisons phonétiques spéciales. Mais sitôt qu’on arrive à la période des *sūtra*, la confusion entre les différents traitements est complète; de même pour le pali, qui est comme le sanskrit une langue littéraire mélangée.

c4.s2.t1.14

Par contre, en examinant les diverses recensions des inscriptions d’Açoka, on trouve, malgré les mélanges qui les obscurcissent, une curieuse répartition. La rédaction de Girnar ignore le traitement *i* (dans *tārisa-* etc., il n’y a probablement pas de *ṛ*, v. Wackernagel, Préface, p. xxi, contredit cependant par Brugmann, *Grundriss*, II, 1, p. 496, note) ; *u* ne se rencontre que deux fois ; et en regard de *paripuchā*, *vuta* on trouve malgré la labiale *vaḍhi*, *maga*, *magavya*. De plus un petit groupe de mots présente une variation significative : à *kata*, *daḍha*, *maga*, *magavya*, *vaḍhi* de Girnar, répondent à Shahbazgarhi *kiṭ(r)a* à côté de *kata*; *diḍha*, *mrugo* à côté de *magavya*, *vuḍhi* à côté de *vaḍhi* et *vaḍhanam*, à Kalsi *kitaṃṇata* en regard de *kata*, *diḍha*, *mige*, *migavya*, *vuḍhānam* à côté de *vuḍhi* (Senart, *Inscr. de Piyadasi*, II, 330, 348, 369, 370; cf. les observations de T. Michelson, *Am. J. Phil.*, XXX, 428, XXXI, 56, 58 ; *J. A. O. S.*, XXXI, 231, 249). Cette répartition semble légitimer l’hypothèse que *a* est le traitement dominant au sud-ouest ; le traitement *i* au contraire paraît appartenir aux dialectes du nord et de l’est; cf. à Bhabra, *adhigicya* (skr. *adhikṛ-* tya) dont le caractère oriental est manifeste (v. Sylvain Lévi, J. As., 1912, II, p. 512).

c4.s2.t1.15

L'examen des langues littéraires conduit à la même hypothèse. Les parlers moyen-indiens du Nord n'ont pas eu de fortune littéraire. Mais si les prākrits des fragments de drames bouddhiques édités par M. Lüders ne connaissent que le traitement i, n'est-ce pas parce qu'ils appartiennent à la région centrale et orientale ? A l'époque classique, si l'on examine les mots pour lesquels plusieurs traitements sont représentés, c'est la māhārāṣṭrī qui a le plus normalement a, i étant de la çaurasenī ou de la māgadhī (il faut faire abstraction des prākrits jainas, qui sont mélangés) : ainsi kida-, ghida- sont les formes çaur. et mg. ; cf. mg. piṣṭa, çaur. tiṇa-, miu-, miccu-, puṭṭha-, vusaha-, diḍha- à côté de daḍha- (Pischel, § 49, 52, 53).

c4.s2.t1.16

Si l'on se retourne maintenant vers le marathe, on constate d'abord que les formes où skr. ṛ y est représenté par i ou u se retrouvent dans les langues congénères du continent, sauf, naturellement, quand les mots eux-mêmes manquent dans ces langues. De plus, parmi les doublets prākrits, le marathe préfère presque toujours la forme contenant a : dāḍhā, mau, maḍem, melā, saḍhaḷ (ghī, taisā, qui font exception, sont des mots universels dans l'Inde). Et lorsqu'il y a hésitation dans les langues modernes, le marathe préfère les formes à a : taṇ, tāṇh, pāṭh, mātī, sāṃkhaḷ. Or l'hindi par exemple répond à ces mots par tin, tis (tṛṣā), pīṭh, miṭṭī (à côté de maṭṭī), sīkaḍ (à côté de sāṃkal ; cf. bg. çikhal). Par contre le guzrati et le singhalais sont les seules langues qui aient a dans le correspondant de skr. tṛṇa- ; le singhalais seul avec le marathe continue pkr. accha- en même temps que riccha- (ṛkṣa-) ; du groupe m. māṭhṇem : miṭṇem le singhalais ne connaît que le premier terme. Le guzrati et le singhalais vont même sur certains points plus loin que le marathe : ce sont les seuls à répondre par un a à ṛ de skr. hṛdaya-, m. hiyyā (mot de la langue littéraire, sans doute emprunté à un autre dialecte) ; le singhalais a uniquement a dans les mots correspondant à m. gheṇem, ҫiṃg, ҫiṭ.

c4.s2.t1.17

On est donc amené à supposer que les variations du traitement de ṛ en marathe s'expliquent, non seulement par des influences phonétiques, mais encore par des mélanges dus à des emprunts aux dialectes de l'Inde centrale, remontant sans doute à une époque extrêmement ancienne, et renouvelés depuis : abstraction faite de ces emprunts, le marathe se rattache, en ce qui concerne le traitement de ṛ, à un groupe dialectal du sud-ouest, dont font encore partie le guzrati et le singhalais.

Altérations dépendant de la place des voyelles dans le mot

Préliminaires; l'accent

c4.s2.t3.1

§ 32. Bien que le vocalisme marathe soit constitué avec les mêmes éléments que le vocalisme du moyen-indien, les voyelles marathes ne répondent pas toujours dans les cas particuliers aux voyelles prākrites correspondantes. Celles-ci ont en effet subi une évolution variable suivant la place qu'elles occupaient dans le mot.

c4.s2.t3.2

1. — Les voyelles finales des polysyllabes sont toutes tombées. Donc, sauf en quelques formes archaïques, toute voyelle finale du marathe est le résultat d'une contraction de la voyelle finale ancienne avec l'ancienne voyelle pénultième.

c4.s2.t3.3

2. — Les voyelles pénultièmes ont subsisté; elles ont conservé leur timbre et, lorsqu'elles étaient brèves, ont pris la quantité longue. La syllabe pénultième ancienne est devenue en marathe la syllabe finale et le sommet rythmique du mot : de là l'usage de la rime dans la poésie marathe.

c4.s2.t3.4

3. — Les éléments précédant la pénultième ont perdu leur quantité, et même, s'ils étaient en syllabe intérieure, leur timbre propre.

c4.s2.t3.5

On a souvent remarqué l'analogie que présentent ces altérations avec celles qu'ont subies les mots du latin dans les langues romanes, et l'on en a généralement déduit qu'elles étaient dues aussi à l'action de l'accent d'intensité pénultième, combiné avec un contre-accent initial, selon la formule de Darmesteter (v. p. ex. Beames, I, p. 17 et suiv. ; cf. Brandreth, *The Gaurian compared with the Romance Languages*, J.R.A.S., 1879, p. 287 et suiv. ; 1880, p. 334 et suiv.). On a en conséquence fait précéder l'histoire phonétique de l'indo-aryen moderne d'un exposé de l'accent et de son histoire (v. Grierson, *Phon.*, p. 395 et suiv. ; Geiger, § 4 et suiv.). Méthode nécessaire, si l'existence et les lois de l'accent étaient établies pour chaque période Mais l'histoire de l'accent et par conséquent les conséquences de son action sont plus malaisées à déterminer qu'il ne paraît au premier abord.

c4.s2.t3.6

§ 33. En ce qui concerne la période ancienne, les données positives manquent absolument. Ni la littérature ni les textes grammaticaux ne fournissent d'indication claire. Il est pourtant présumable que si l'accent d'intensité avait été sensible à l'époque classique, l'enseignement relatif au ton védique aurait eu son équivalent dans l'étude de la *bhāṣā*, au prix de quelques corrections ou même de quelques malentendus. Cela serait arrivé presque certainement si l'accent d'intensité avait pris la place du ton ancien, comme le voulait Pischel (v. § 46). M. Jacobi a fait justice de cette opinion; d'après lui l'accent se serait posé sur la première voyelle longue à partir de la fin du mot; de plus un accent secondaire aurait frappé l'initiale. Ce n'est pas le lieu de discuter en détail cette théorie, qui admet d'ailleurs des exceptions graves, v. Jacobi, *I. F.*, XXXI, p. 219; mais on verra, en parcourant l'article de M. Jacobi dans *Z. D. M. G.*, XLVII, p. 574 et suiv., que la faiblesse des finales, ce qu'on sait du rythme indo-européen et les lois ordinaires de la contraction prākrite suffisent à expliquer la plupart des exemples cités, surtout si l'on tient compte de la présence de nombreux tatsamas en prākrit. Il faut cependant noter les règles curieuses des *Phiṭ-sūtra* de Ṣāntanava que M. Jacobi cite *K. Z.*, XXXV, p. 568, et où il semble se trouver trace d'un ton placé selon une règle rythmique à côté du ton traditionnel : ce second ton serait-il en réalité un accent d'intensité? Dans l'ensemble, la présence d'un accent n'est pas prouvée pour la période ancienne; il faut même se rappeler que les théories à ce sujet ont pour point de départ les observations de savants d'origine germanique (Haug, Bühler) sur la prononciation moderne du sanskrit, observations qui ont pu être faussées par un préjugé naturel à ces savants, et qui sont d'ailleurs contredites non seulement par mon expérience personnelle, mais aussi par des enregistrements phonographiques (v. Felber, *die indische Musik der ved. u. der klass. Zeit, Sitzsber. kais. Ak. Wiss. Wien, phil.-hist. Kl.*, CLXX, VII, 1912, p. 77 et suiv.

c4.s2.t3.7

§ 34. La description de l'accent moderne est, elle aussi, difficile et incertaine. Beames se reconnaît incapable d'en fournir

c4.s2.t3.8

une théorie satisfaisante; il allègue que le sujet, obscur dans tous les cas, l'est particulièrement dans des langues qui ont passé une longue période de leur existence sans littérature (I, p. 17-21) ; raison évidemment fausse; mais un auteur d'un esprit si clair et si pénétrant aurait sans doute déterminé les lois de l'accent dans les langues indo-aryennes, si l'observation en avait été tant soit peu aisée. Un fait est certain, c'est que là où d'autres observateurs signalent l'accent, ils le donnent comme très peu marqué et se confondant pour ainsi dire avec la quantité. C'est par exemple le cas au Behar (v. Grierson, *Maith. Gram.*, § 28). En hindi, Greaves déclare l'accent inexistant (*Hindi Gram.*, § 26); Kellogg avec moins de fermeté dit en somme la même chose (« ... although unquestionably existing is much less marked than in English and is quite subordinate in importance to quantity... », § 35). Presque partout ailleurs les grammairiens s'accordent à ne point signaler l'accent. En bengali, M. Anderson note l'existence d'un accent de phrase qui, comme en français par exemple, rend l'accent du mot insensible (v. *J. R. A. S.*, 1912, p. 1074-1075). En marathe, Joshi admet qu'il existe et le place « généralement » sur la pénultième, ou sur la finale si elle est longue (§ 176). Navalkar s'exprime ainsi (§ 39) : « En marathe, chaque mot est prononcé sur un ton égal, la syllabe initiale étant seule dans l'effort de la prononciation levée légèrement au-dessus des autres ; mais l'accent, dans le sens d'une intensité accrue comme en anglais, est inconnu au marathe, sauf dans les trois cas suivants. » Les cas qu'il cite sont celui d'une voyelle suivie de deux consonnes (*ghaṭṭ, pakkā ; ҫabda, bakka*, etc.), d'une brève suivie d'un anusvāra (*baṇḍ*, etc.), d'une voyelle suivie d'un visarga (*duḥkha*, etc.) : on voit aisément qu'il s'agit partout de groupes consonantiques, et par suite de mots empruntés, soit au sanskrit, soit à d'autres langues modernes. Enfin, et ceci est un fait particulièrement caractéristique, les grammaires écrites en langue indigène (Goḍboḷe, Ciplūṇkar) omettent totalement la question de l'accent. Du reste, de témoignages recueillis récemment, il résulte que les indigènes n'ont ni l'idée de l'accent, ni un mot pour le désigner.

c4.s2.t3.9

§ 35. De plus, en admettant les descriptions courantes de l'accent sanskrit et moderne, on ne saurait établir à coup sûr un lien entre les deux périodes. L'abrégement et la décoloration des voyelles intérieures se sont produits à dates différentes, et ne

c4.s2.t3.10

présentent pas ce caractère de nécessité et de constance qu'on attendrait s'ils tenaient uniquement à l'intensité. L'allongement des voyelles pénultièmes devenues finales peut aussi s'expliquer autrement : on a observé des cas où la chute des voyelles finales détermine à elle seule l'allongement de la voyelle précédente (v. Streitberg, *I. F.*, III, p. 310-311); du reste l'allongement marathe es d'origine récente. La difficulté n'est pas propre au marathe : en faisant la théorie de l'accent pour d'autres langues, les savants se sont heurtés à des contradictions ; M. Geiger (§ 4) est obligé de supposer deux périodes différentes dans l'histoire de l'intensité en singhalais, et deux couches différentes dans le langage ; dans son exposé général de la phonétique indo-aryenne (*Phon.*, p. 398-399), M. Grierson a dû admettre des attractions d'accent d'une syllabe sur l'autre, des absorptions de l'accent principal par le contre-accent. Qu'est-ce à dire, sinon que l'histoire de l'accent ne saurait se faire d'une manière continue ?

c4.s2.t3.11

§ 36. Il convient de rappeler encore que les faits de dissimilation signalés plus bas dépendent tous de lois qui, d'après les recherches de M. Grammont, ne supposent pas l'accent d'intensité.

c4.s2.t3.12

§ 37. Par suite de la chute des consonnes finales du sanskrit, le moyen-indien ne connaissait plus que des fins de mots vocaliques. Or la faiblesse caractéristique de l'élément final du mot a atteint à leur tour ces voyelles. Il semble que la première trace de ce phénomène se constate déjà dans les inscriptions d'Açoka : dans les rédactions orientales des édits sur piliers, -ā final est noté bref (v. T. Michelson, *I. F.*, XXIII, p. 228-239 ; cf. Meillet, *J. As.*, 1908, II, p. 312). Mais, sans doute parce que la longue finale abrégée était cependant restée plus longue que les voyelles brèves non finales, les prākrits littéraires ont tous conservé jusqu'à basse époque la graphie traditionnelle. En prākrit classique on trouve quelquefois -ā final abrégé : mais c'est dans des conditions morphologiques déterminées. Ainsi *jaha* = skr. *yathā*,

c4.s2.t3.13

Dès lors il convient de considérer les variations régulières de quantité et même de timbre des voyelles comme dépendant d'un rythme purement quantitatif. C'est ce qui sera fait dans l'exposé qui suit.

A. Voyelles finales

c4.s2.t4.1

*va* = skr. *vā*, etc. peuvent s'expliquer, selon l'interprétation de M. T. Michelson, comme des doublets d'origine indo-européenne ; les désinences de 3e sg. d'aoriste en *-thā* : *-ttha* sont obscures de toute façon (Pischel, § 547, cf. § 520) ; quant aux absolutifs en *-ua* (*kadua*, *gadua*, etc. ; Pischel, § 581) des dialectes orientaux, qui semblent rappeler la graphie des édits orientaux d'Açoka, on peut à la rigueur y voir une contamination de *-tvā* avec *-ya*. — Restent deux faits d'abrégement sûrs et communs à tous les prākrits classiques : 1° toute voyelle nasalisée longue s'abrège en position finale (Pischel, § 83) ; 2° *-e* et *-o* s'abrègent aussi et sont notés *-i* et *-u* dès les fragments Dutreuil de Rhins et dans les textes prākrits en vers (Pischel, § 85) ; peut-être l'abrégement et la fermeture de *-e* final ont-ils contribué en quelque mesure à la disparition, générale en prākrit, de la conjugaison moyenne au profit de la conjugaison active (v. Pischel, § 452).

c4.s2.t4.2

Dans presque tous les parlers indo-aryens modernes les voyelles finales sont tombées. Seuls font exception le bihari (v. Grierson, *Maith. gram.*, § 8-10), le kaçmiri, le sindhi (v. Grierson, *Phon.*, § 400) et le singhalais (v. Geiger, § 28, 2. c, § 30). En marathe les voyelles finales ne subsistent plus que dans la partie méridionale du Concan, où elles ont toutes la quantité brève : cette survivance est due sans doute à l'influence d'habitudes dravidiennes (v. L. S. I., *Mar.*, p. 167, 188, 189). Cette exception mise à part, il ne reste plus en marathe de voyelles finales qui ne soient des archaïsmes ou le produit de contractions, ou enfin le résultat d'innovations analogiques.

c4.s2.t4.3

§ 38. La chute de *-a*, bref ou long, pur ou nasal, est antérieure à la constitution du marathe, et il n'en reste plus trace que dans la scansion poétique. Au contraire *-i* et *-u* ont duré davantage. La tradition manuscrite des anciens poètes est flottante ; mais elle donne constamment la désinence de datif sing. et de 2e pers. sing. en *-si* (mod. *-s*), la désinence de 3e plur. en *-ti* (mod. *-t*), le nominatif sg. masc. normal en *-u*, et même en *-o* après voyelle, après *v*, *y* et *h* : ainsi on lit dans l'*Abhilaṣitārthacintāmaṇi* les formes *rāvo nārāyaṇu*. De même dans les inscriptions anciennes : à Pandharpur *phāgaṇi-pur*, *devarāyāsi*, *vivaru* (l. 3), *paṇḍitū* (l. 28) ; on trouve encore dans des textes du xvie siècle (*Granthamālā*, mars 1902, p. 31-33), *pāṭailu* et *pāṭelu*, *sāvantu* (*sāmantaḥ*). — A

c4.s2.t4.4

l'époque basse au moins ces graphies sont très probablement archaïques. On ne s'expliquerait pas sans cela l'incohérence de la tradition : si l'on trouve -i final écrit indifféremment long ou bref dans Hemādī, bref dans māli, joisi (Pandharpur, l. 4, 17), c'est sans doute qu'à cette époque déjà le i final est commun ; de là les graphies jarī, tarī (mod. jar, tar, skr. yarhi, tarhi), -asī -atī (mod. -as, -at, skr. -asi, -ati), etc. des textes littéraires anciens, dans des formes où il s'agit de -i brefs du sanskrit.

c4.s2.t4.5

En même temps que la quantité, le timbre de -i et -u s'est altéré. Les deux phonèmes se sont confondus l'un et l'autre avec -a. On en a la preuve dans la prononciation de l'enclitique -c, qui est une affriquée dentale, alors que la forme de cet enclitique en vieux-marathe et en concani est -ci : or on sait que les palatales conservent la prononciation ancienne devant i (v. plus bas). Un exemple analogue est probablement fourni par -s qui s'ajoute aux noms de parenté (ājā-s, āji-s, etc.) et aux noms de divinités (lāmv : lāmṣ = deçi lāmā) : ce -s représente sans doute skr. -çri : or, la prononciation de ce phonème est s et non ç, ce qui prouve que -ī s'est confondu avec a avant de disparaître.

c4.s2.t4.6

Le traitement de certaines diphtongues en position finale sera examiné aux § 60 et suiv. Voici des exemples de la chute des voyelles simples :

c4.s2.t4.7

§ 39. Pkr. -a et -am sont tombés dans : āj (adya), āṭh (aṣṭa), pāṃc (pañca) ; nom.- acc. neut. nāmv (nāma), jal (jalam), pān (par-ṇam) ; désinence d'instrumental singulier en -em (-ena).

c4.s2.t4.8

Pkr. -ā et -ām sont tombés dans les nom.-acc. sing. fém. comme āt (deçi attā), ās (āçā, āçām), kal (kalā, kalām), vel (velā, velām), vāṭ (vartman, pkr. fém. vaṭṭā, vaṭṭām), au nom.-acc. plur. masc. skr. -āḥ, -ān, dans la désinence d'oblique plur. masc. neut. -ām, issue de skr. -ānām, et fém. -īm, issue de skr. -īnām. L'adverbe heṭh est obscur ; on ne peut déterminer s'il représente pkr. heṭṭhā ou un cas (acc. neut. ou locatif) de l'adjectif pkr. heṭṭha- (Pischel, § 107). En marathe -ā ou -ām final est le résultat d'une contraction : c'est le cas à l'oblique plur. masc. neut. cité plus haut, ou dans la désinence de 2e plur. où il remonte à pkr. -aha, skr. -atha ; de même les nom. masc. sing. en -ā remontent à pkr. -ao ; quant à sahā « six », dahā « dix », la voyelle finale y a été ajoutée après coup.

c4.s2.t4.9

Il faut remarquer en passant que -ăm final est tombé en marathe sans avoir préliminairement changé de timbre. Dans les dialectes moyen-indiens qui sont à l'origine de certaines autres langues, la nasalité avait assourdi cette voyelle. De là provient l'opposition entre la désinence de nom.-acc. neut. sing., qui est en guzrati -um, et la forme correspondante du marathe -em (-akam) ; de même le nom de nombre « cent », en sanskrit çatam, est devenu dans les langues du centre et de l'ouest autres que le marathe : s. sau, g. ço, h. pj. sau à côté de sai, tandis qu'on a d'autre part m. çem, h. pj. sai, o. çae, b. çaye, sgh. siya. Ainsi s'explique sans doute aussi la désinence d'oblique pluriel en hindi -om (-ānām), correspondant à -ām du marathe, du rajasthani, du penjabi, du sindhi (et peut-être du guzrati) ; il n'est pas impossible que l'énigmatique désinence de 1re pers. sing.- ūm de l'hindi (-āmi) ait la même origine. L'apabhramça se range parmi les dialectes qui ont ainsi assourdi -am final ; on sait que -am y devient -u, et que -akam y devient -aum (Pischel, § 351-352) ; de même la désinence de 1re pers. sing. y est -aum ; quelle que soit donc la valeur du témoignage qu'il fournit (cf. § 22), l'apabhramça se sépare du marathe sur ce point important et se range avec les dialectes centraux. Peut-être la conservation du timbre primitif de -am final dans le dialecte moyen-indien qui a précédé le marathe est-elle pour quelque chose dans la conservation du genre neutre dans la déclinaison nominale ; en effet -am restait distinct de -o, désinence des masculins (devo, etc.) ; au contraire dans les langues où pkr. -am devenait -u, cette désinence se confondait avec -u issu de pkr. -o.

c4.s2.t4.10

Pkr. -i et -im sont tombés dans les nom.-acc. des noms en -i- : āg (agniḥ, agnim), āmc (arciḥ, arcim), etc. ; dans la désinence de la 2e pers. du sing. présent -s (-si), dans celle de 3e plur. du même temps -t (-nti) ; dans le préfixe paḍ- (prati-, pkr. paḍi-), dans la conjonction paṇ, anciennement paṇi.

c4.s2.t4.11

Pkr. -ī et -īm sont tombés au nom.-acc. sing. et plur. des noms fém. skr. : -ī, -īm, -iḥ, -īn, v. au chap. de la déclinaison ; ārat (*ārātrī), keḷ (kadalī), dāvaṇ (dāmanī), etc. ; adject. fém. en -iṇ, skr. -inī : dudhīṇ, etc. — Les noms marathes en -ī remontent à pkr. -io, -iā, -iam, v. le même chapitre ; les formes verbales āthī ,nāthī (asti, nāsti), les pronoms ahmī, tumhī « nous, vous » sont des formes fixées en cours d'évolution ; jarī, tarī, pour jar, tar (yarhi, tarhi), appartiennent à la langue poétique.

c4.s2.t4.12

Pkr. -u et -um sont tombés au nom.-acc. sg. des noms en -u- : tamt (tantu-), kāmg (kaṅgu-), khāj (kharju-), jāmbh (jāmbŭ-), pāmɡ (paṅgu-), phāɡ (phalgu-), bumḍ (bindu-), vij (vidyut-, pkr. vijju-), himɡ (hiṅgu-) ; cf. le dérivé çeɡaṭ (çigru-).

c4.s2.t4.13

Les exemples manquent pour -ū final ; c’est un morphème déjà rare en sanskrit (Whitney, Skr. gram., § 1179) ; -ū et -ūm du marathe remontent à pkr. -uo, -uā, -uam : ils répondent fréquemment à skr. -u, parce que les thèmes sanskrits en -u ont été le plus souvent élargis ; c’est pourquoi l’on a les formes pāmɡū, vijū, à côté de pāmɡ, vij, etc.

c4.s2.t4.14

Skr. -e et -o se sont d’abord réduits à -i et -u, puis sont tombés ; -e est attesté indirectement dans les pronoms ahmi tumhī ; il n’en reste plus rien dans les formes adverbiales ās, āspās qui sont d’anciens locatifs (aҫre, pārҫve). De même -o est tombé dans l’adverbe āgas (aɡraҫaḥ) et dans les nominatifs sg. masc. : il ne subsiste que dans les pronoms (jo, to), dans les participes servant d’indic. présent (uṭh-to, etc., v. plus bas), dans rāo (rājan-) et les noms dont la dernière consonne est h : kaḷho (kalaha-), māho (māɡha-), lāho (lābha-), loho (loha-) ; encore Navalkar (§ 104) pré-fère-t-il ḍoh; moh à ḍoho, moho ; enfin, dans les noms propres comme kanho-bā (kṛṣṇa-), viṭho-bā (viṣṇu-). On trouvera aussi la forme réduite du même cas dans kāū (kāka-), pihū (priya-), dans les hypocoristiques Rāmū, etc. (v. Joshi, § 206 a) et dans un dérivé tel que mehu-ḍā (meɡha-).

B. En syllabe pénultième

c4.s2.t5.1

§ 40. En règle générale, le timbre de la voyelle pénultième s’est conservé sans changement depuis le prākrit ; et si la quantité en était brève, il y a eu allongement.

c4.s2.t5.2

Pour -i et -u, le fait est noté dans l’écriture. Ex : désinence de féminins en -īṇ (skr. -inī) comme haṭṭīṇ, rajputīṇ, etc. ; kaṇīs (kaṇiҫa- ; oblique sg. kaṇsā), haḷīs (haḷiṣā), tats. kaṭhīṇ et kaḍhīṇ, kuṭil ; désin. de 2e et 3e p. sg. du futur en -ҫil, -il (v. plus bas), guɡūḷ (ɡuɡɡulu), niṭhūr (niṣṭhura-), māṇūs (en compositio māṇas- : skr. māṇuṣ(y)a-), lākūḍ à côté de lakḍā (skr. lakuṭa-), lasīṇ à côté de lasaṇ (laҫuna-), himɡūḷ (hiṅɡula) ; tats. ākūl (ākula-).

c4.s2.t5.3

Pour -a la notation est plus hésitante. D’une façon générale la quantité étymologique est conservée. On a ainsi d’une part :

c4.s2.t5.4

kavāḍ (kapāṭa-), kisāṇ (kṛṣaṇa-), de l'autre kavaḷ (kavala-), kāpaḍ (karpaṭa-), pākhar (deçī pakkharā), pātaḷ (deçī pattala-) ; mais on trouve le plus souvent a dans le cas où cette voyelle précède une ancienne consonne géminée : ālas (ālasya-), karavat (karapa-tra-), savat (sapatni-), en regard de umās (deçī ummacchia-). D'autre part on a kirāṇ (kiraṇa-) dans un tatsama. Le traitement de pahār (prahara-), vahāṇ (upānāh-) d'une part, de rahāṭ (araghaṭṭa-) de l'autre est spécial et s'explique par la présence de l'aspiration entre deux a (v. plus bas). Les incertitudes de la graphie ne doivent pas faire illusion sur la quantité de la voyelle : en réalité la voyelle notée ā dans l'écriture devanāgarī est toujours longue en syllabe finale (v. Joshi, § 170).

c4.s2.t5.5

§ 41. La syllabe pénultième du prākrit est devenue finale en marathe ; en effet, ou bien elle était séparée de la voyelle finale par une consonne géminée, et dans ce cas la voyelle finale du prākrit est tombée, ou bien la chute d'une ancienne consonne intervocalique a mis en contact la voyelle pénultième et la voyelle finale, et dans ce cas ces deux voyelles se sont contractées. On peut donc formuler la règle concernant l'allongement de la voyelle prākrite de la manière suivante : en marathe la dernière voyelle du mot est toujours longue.

c4.s2.t5.6

Il résulte de la loi précédente que les voyelles des mots monosyllabiques sont toutes longues.

c4.s2.t5.7

Exemples : 1° pénultièmes : kac (kṛtya-) écrit aussi kāc ; kaḷ (kalā), jal (jala-), prononcés kāc kāḷ, etc. ; āt (deçī attā), ār (aja-gara- ; cf. arā), āg (agni-), khāj (kharju-), iṭ (iṣṭa), gīdh (gṛdhra-), kīr (kila), ūs (ikṣu-), kās (kakṣa-), pūl (pers. pul) ; 2° finales : thā (deçī thāha-), bīm (bīja-), gahūm (godhūma-), etc. — Cette règle ne s'applique pas aux mots accessoires, comme cir « vite ! » (ciram), paṇ « mais » (punaḥ, p. pana), ou aux pronoms comme to « il ».

c4.s2.t5.8

L'allongement est de date récente. Les vieux textes ne le notent pas avec régularité ; et un mot tel que udiḍ est encore en deçī udiḍo.

c4.s2.t5.9

§ 42. Exceptions. I. — Les voyelles suivies de nasale et occlusive ont la quantité longue ou brève, suivant qu'elles sont ou non nasalisées et que la nasale a perdu ou conservé son articulation (v. § 68).

c4.s2.t5.10

II. Dans un certain nombre de mots la voyelle pénultième des polysyllabes s'est décolorée, conformément à la règle propre aux voyelles intérieures. On a ainsi kilac à côté de kilic (deçī kiliñca-), nāraḷ à côté de nārel (nārikela-), nīsān et niçīn (niḥcreṇi-), paras, pāras et pārīs (parīkṣā), paral, parāl et pareḷ (deçī pariali) ; phāṇas et phāṇūs (ar. pers. fānūs), lasan et lasīṇ (laçuna-), sābaṇ et sābūṇ (ar. sābūn). La forme avec i ou u manque pour āmvas (amiṣa-), avàl (d. avila-), kavaṭh (kapittha-), pulaṇ (pulina-), vaṇaj (vāṇijya-), saḍhaḷ (çithila-), çiras (çiriṣa-), haraṇ (hariṇa-); kukar- (kukkura-). De même on trouve ā abrégé, au moins en apparence, dans ingal (aṅgāra-, pkr. iṅgāla-), paḍkhar (d. paḍikkhāro), palas (palāça-), Paiṭhaṇ (pratiṣṭhāna-), māvlaṇ (mātulānī), mhasaṇ (çmaçāna-), peut-être dans ālas (ālasya-).

c4.s2.t5.11

Il est difficile d'expliquer toutes ces variantes. Sans doute quelques mots doivent être mis à part, comme pāras où l'on pourrait voir une contamination de parīkṣā et de sparça- ; kukar, suspect d'emprunt, le mot usuel pour « chien » étant kutrā, kutreṃ ; la brève de kuṃvar masc., à côté de kuṃvār fém., (kumāra-, kumārī) est attestée dès le prākrit ; le a de hālad (haridrā) est également donné par les grammairiens prākrits (voir cependant Pischel, § 115). Mais l'ensemble des faits s'interprète malaisément. Faut-il y voir la trace d'emprunts du marathe à des dialectes voisins ? On sait en effet que le guzrati réduit souvent i et u à a en toute position (v. Grierson, Phon., § 20, 23) ; et de fait aval, kukar, phaṇas, lasaṇ, haraṇ, halas se retrouvent dans cette langue. On rencontre dans les dictionnaires de l'hindoustani des doublets analogues à ceux du marathe : si l'hypothèse ci-dessus énoncée était exacte, il faudrait considérer que dans le cas de l'hindoustani une des séries proviendrait des dialectes du Rajasthan. Mais cette explication ne saurait rendre compte des cas d'abrègement de ā : sauf kuṃvar, toutes les formes citées plus haut sont propres au marathe.

c4.s2.t5.12

La date de ces altérations n'est pas moins malaisée à déterminer : le prākrit a déjà hāladda-, kumara-, sirisa-. Le sanskrit de basse époque possède kurala- à côté de kurula- : cf. mar. kuraḷ et kurūḷ. En deçī ṇisaṇī voisine avec avila-, kiliṃcī ; mais la Jñāneçvarī écrit encore āmvis le mot qui dans la langue moderne est āmvas ; et phāṇas a grande chance d'être un emprunt tout à fait moderne.

C. Avant la syllabe pénultième

c4.s2.t6.1

§ 43. Dans toute la partie du mot qui précède la syllabe pénultième du prākrit, c'est-à-dire la syllabe finale du marathe, la quantité est incertaine et tend vers la brévité. La loi est commune au marathe et au groupe penjabi-hindi-bihari, probablement aussi aux autres langues (v. Grierson, *Phon.*, § 34, 2, p. 414; *Maithili Gram.*, § 32 et suiv.; Hœrnle, § 25, 146; Beames, I, § 40). En marathe, elle s'applique avec le plus de rigueur à *i* et *u*, et plus à *e* et *o* qu'à *a*. Pour ce dernier phonème l'abrègement paraît moins fréquent, et il semble même se produire des actions contradictoires ; mais la question est obscurcie par le fait que les notations indigènes de quantité peuvent servir aussi à rendre le timbre (cf. § 15) ; s'il s'agit de noter *a* ouvert bref, la graphie hésitera fatalement entre les signes représentant *ă* et *ā*, qui sont l'un et l'autre faux, le premier en ce qui concerne le timbre, le second en ce qui concerne la quantité. Cependant il n'est pas impossible que la régularité plus grande de la graphie touchant *i* et *u* exprime un phénomène réel ; on sait en effet que, toutes choses égales d'ailleurs, les voyelles fermées tendent à se prononcer d'autant plus brèves qu'elles sont plus fermées (v. Meillet, *M. S. L.*, XV, p. 265-267).

c4.s2.t6.2

§ 44. En syllabe initiale, *i* et *u* sont toujours brefs. Ainsi, à côté de *giḷṇeṃ* (gil-), *civaḍṇeṃ* (cipiṭa-), *tivaṇ* (tripaṇṇa-); *tusār* (tuṣāra-), *tulas* (tulasī), *tuḷṇeṃ* (tul-), où ces voyelles sont brèves de par leur origine, on trouve, correspondant à *ī* et *ū* anciens : *jiṇeṃ* (jīv-), *jirṇeṃ* (jīrya-), *pivḷā* (pīta-), *pisṇeṃ* (piṃs-, pkr. pīs-),

c4.s2.t6.3

En syllabe initiale la quantité seule est atteinte ; en syllabe non initiale, la brévité est poussée au point que *i*, *u* et même *e*, *o* perdent leur timbre propre et se confondent avec *a* ; de là vient que le *c* de *viṃcṇī* par exemple est une affriquée dentale, quoique la forme ancienne soit *viṃciṇī* ; en effet on verra plus bas que les anciennes palatales n'ont perdu leur caractère chuintant que devant *a*, *u* et *o*, et l'ont conservé devant *i* et généralement devant *e*.

1° En syllabe initiale

c4.s2.t7.1

piḷṇeṃ (pīḍ-), kuḍṇeṃ (kūrd-), dhutārā (dhūrta-), purā (pūrita-), suār (sūpakāra-), suī à côté de sū (sūcī), où i et u étaient longs de nature; ils l'étaient par position dans les formes anciennes de khijṇeṃ (khidya-), citā, citārī (citra-), nikāmī (niḥkarma-), nisaṇ (niḥcreṇī), bhitar (abhyantara-), riṭhā (ariṣṭaka-), ritā, cf. rikāmā (rikta-); kudāl (kuddāla-), cukṭī (d. cukka-), cukṇeṃ (d. cukk-), dukaḷ (duḥkāla-), putlā (putra-), punav (puṃnāga-), pusṇeṃ (proñch-), bujhṇeṃ (budhya-), bhukṇeṃ (bhukk-), rusṇeṃ (rusya-).

c4.s2.t7.2

Cette loi a été notée généralement : en premier lieu, à propos des dissyllabes terminés par une voyelle longue comme īsaḍ, dérivé de īs (īṣā), kiḍā (kīṭaka-), giḍhāḍ (gṛdhra-), citā (citra-), ritā (rikta-); khujā (kubja-), cukā (cukra-), cuḍā (cūḍā), cunā (cūrṇa-), juī (yūtikā), junā (jīrṇa), juvā (dyūta-), purā (pūrita-), pulā (pūla-), puvā (pūpa-), mudī (mudrikā), ruī (d. rūvī), sukā (çuṣka-), sugī (pkr. sugga-), sunā (cūṇya-); cf. Grierson, Phon., § 13; en second lieu, à propos des composés comme dhupāṃgrā (dhūp + aṃgārā), phulel (phul + tel), v. Grierson, ibid., § 34; dans ce cas l'orthographe dissimule souvent l'abrègement, mais il ne faut pas en être dupe. Molesworth, s. v. kuḷkarṇī, s'exprime ainsi : « This form of spelling is desirable, for system is desirable; but the People favour it not »; et il renvoie à kuḷkarṇī, qui est la forme courante.

c4.s2.t7.3

§ 45. En ce qui concerne e et o, l'orthographe ne permet pas généralement d'observer le même phénomène. Mais l'écriture canaraise, qui note ĕ et ŏ brefs, permet de reconnaître dans les dialectes méridionaux une alternance ēk : ĕkā, lōk : lŏkā semblable à celle de kīḍ : kiḍā, etc. (v. L. S. I., Mar., p. 168, 194); la fer-

c4.s2.t7.4

Comme on a vu, l'abrègement n'est pas borné à ces deux cas et se produit dans toute espèce de mots. Par là le marathe s'oppose — du moins si l'on se fie à la graphie — aux langues qui le bordent à l'est. Au nord, le guzrati ne distingue guère la quantité de i et u dans l'écriture (v. Beames, I, 151) et transforme souvent i et même u en a (v. L. S. I., Rajasth., p. 329). Le marathe n'est donc peut-être pas isolé, et fait partie, au point de vue du traitement des voyelles initiales, d'un groupe occidental.

c4.s2.t7.5

Des observations précédentes il résulte qu'un mot comme piḍṇeṃ est emprunté ou refait sur pīḍ-; de même un mot comme jīvā « corde d'arc » (jyā) se dénonce par sa forme comme un tatsama.

c4.s2.t7.6

meture consécutive à l’abrègement à même été plus d’une fois notée dans l’écriture : ainsi dikil « verra », de dekh-, hutā « était » de ho (ibid., p. 122). Le même abrègement se révèle indirectement dans les équivalences a et o dans cotkar, catkar pour catkor (cauth- + kor), gamūtra pour le tatsama gomūtrā-, etc. ; cf. aussi la forme kupiṇ pour skr. kaupīnā-, gurūm (gorūpa-), et gahūm (godhūma-).

c4.s2.t7.7

Le phénomène doit remonter loin dans le passé, à en juger par la forme akrā (ekādaça, pkr. ekkaraha), dont la voyelle initiale est d’ailleurs de timbre énigmatique.

c4.s2.t7.8

Il ne faut cependant pas considérer tout e ou tout o initia ] comme bref au même titre que i bref par exemple ; e ou o radicaux ont notamment une tendance à rester longs. A côté de ěkā-lā, datif de ek, on a ĕklā « solitaire », dérivé du même mot ; de même dans les verbes ṭhēpṇeṃ, etc. D’autre part on prononce mī tyālā bhēṭlōṃ hōṭōṃ « je lui ai rendu visite » ; mais sous l’influence de l’accent rhétorique, le e de tethvar « jusque là » (tatro-pari) sera prononcé nettement long. La question est compliquée encore par l’échange fréquent de e et i, de o et u, qui remonte au prākrit et dont il sera traité plus bas.

c4.s2.t7.9

§ 46. Pas plus que celle de e et o, la quantité de a en syllabe initiale n’est constamment déterminée. Lorsque la voyelle est précédée d’une consonne, la quantité étymologique est généralement conservée ; exemples :

c4.s2.t7.10

a > a : kaḍeṃ (kaṭaka-), kaḍtar (d. kaḍantara-), kaḍap (d. kaḍappa-), kaḍhṇeṃ (kvath-), kavḍā (kaparda-), kavaḷ (kavala-), kasṇeṃ (kaṣ-), kaḷṇeṃ (kal-), kaḷamb (kadamba-), kaḷvā (kalāpa-), kaḷas (kalaça-), kaḷī (kalikā), kharaḍ (khara-), kharṇeṃ (kṣar-), khavaṇ (kṣapaṇika-), khavā (d. khavaa-), khalṇeṃ (skhal-), gaṇṇeṃ (gaṇaya-), gavasṇeṃ (gaveṣa-), gaḷā (gala-), ghaḍṇeṃ (ghaṭ-), ghaḍā (ghaṭa-), caḍhṇeṃ (pkr. caḍ-), caṇā (caṇaka-), cavṇeṃ (cyav-), jaḍṇeṃ (rac. jaṭ-), jaḷū (jalaukā), jhaḍṇeṃ (pkr. jhaḍ-), jhamvṇeṃ (yabh-), tarṇā (taruṇa-), tarṇeṃ (tar-), tarams (tarakṣa-), taroḍ (d. taravaṭṭa-), tavā (tap-, d. tavaa-), taḷṇeṃ (d. tal-), taḷāv (taḍāga-), tharū (tsaru-), thavā (stabaka-), dahīṃ (dadhi-), dharṇeṃ (dhar-), naī (nadī), nāvā, navrā (nava-, navavara-), navas (nam-), paḍṇeṃ (pad-), paḍhṇeṃ (paṭh-), paṇat (pranaptr-), pahilā (cf. prathama-), paḷṇeṃ (palāy-), paḷas (palaça-), paḷheṃ (d. palahī), phaḷā (phalaka-), baisṇeṃ (upaviç-), barū (d. barua-), bahīṇ (bhaginī), mau (mṛdu-), maḍhṇeṃ (mṛṣ-, pkr. maḍh-), maḍhū (madhu-), maṇem (mar-), maċī (masī), mhasaṇ (cmaçāna-), mahāg (mahārgha-), mahāl (mahālaya-), malṇem (mala-), mhais (mahiṣī), raḍṇem (raṭ-), rasāl (rasāla-), rahaṃvar (ratha-), rahas (rahasya-), rahāṭ (araghaṭṭa-), lavaṃg (lavaṅga-), lasūṇ (laçuṅa-), lahar (laharī), lahu- (laghu-), vaṇvā (d. vaṇava-), varāī (varāha-), varaṃḍā (d. varaṇḍa-), varāt (varayātrā), vasṇem (vas-), vahū (vadhu-), vaḷṇem (val-), vaḷem (valaya-), saī (sakhī), saḍṇem (caṭ-), saṛṇem (sar-), sarvā (d. sarivā-), sarū (tsaru-), savaṃg (samargha-), savaḍ (d. sāvaḍa-), savat (sapatni-), saṃvthaḷ (sama-), savā (sapāda-), saveṃ (samaya-), sasā (çaça-), haḍakṇem (rac. haṭh-), haḍḍā (haḍi-), haṇṇem (han-), haraṇ (hariṇa-), harṇem (har-), haryāḷ (haritāla-), hasṇem (has-), halad (haridrā), halīs (halīṣā), halū (pkr. halu-).

c4.s2.t7.11

ā > ā: kāṇā (kāṇa-), kārṇem (kāraṇa-), kāḷā (kāla-), khāṇem (khād-), gāū (gāv-), gāḍhā (gāḍha-), jāī (jāti-), jāū (yātṛ-), jāṇṇem (jānāti), jāṇem (yā-), jāmvaī (jāmātṛ-), jāḷem (jālaka-), tāvṇem (tāpaya-), tāḷū (tālu-), thāvarṇem (sthā-), thāḷā (sthāla-), dāvaṇ (dāmanī), nhāvī (nāpita-), nāṇem (nāṇaka-), nārel (nārikela-), nāsṇem (nāçaya-), pāūṇ (pādona-), pāūs (prāvṛṣa-), pāṇī (pānīya-), pāradh (d. pāradḍha-), pārvā (pārāvāta-), pāravḍā (prākāra-), pārā (pārāta-), pāvṇem (prāp-), pāḷṇem (pālana-), phāṇūs (ar. fānūs), bāvlā (d. bāullī), bāher (bāhira-), māḍī (d. māḍia-), māṇas (mānuṣa-), māho (māgha-), mālā (d. māla-), rāī (rājikā), rāūt (rājaputra-), rāuḷ (rājakula-), rāhī (rādhā), vāḍā (vāṭa-), vāṇī (vāṇija-), vārṇem (vyāhar-), vārā (vāta-), vārik (d. vāria-), vārū (vāru-), vāvar (vyāpāra-), vālā (vāla-), vāḷū (vālukā), sāū (sādhu-), sāy (d. sāha-), sāyar (sāgara-), sārī sārikā), sāḍe- (sārdha-), sāvantu (sāmanta-), sāmvar (d. sāmari-), sāvaḷ (d. sāhulī), sāvlī (chāyā), sāmvā (çyāmāka-), sāmvḷā (çyāmala-), sālā (çyāla-).

c4.s2.t7.12

§ 47. De même a allongé en compensation de la simplification d’une consonne géminée est généralement maintenu :

c4.s2.t7.13

ākhā (akṣata-), āthi (asti), ādhā (ardha-), āpaṇ (ātman-), kāmkḍī (karkaṭikā), kājal (kajjala-), kātar (kartarī), kānaḍā (karṇāṭaka-), kāpaḍ (karpaṭa-), kāpūr (karpūra-), kāpūs (cf. karpāsa-), kāṃsav (kac-chapa-), khājem (khādya-), khāpar (kharpara-), gājṇem (garj-), gādhav (gardabha-), gātāḍī (d. gaṭṭāḍī), cākhṇem (cakṣ-), cāṭṇem (cf. pkr. caḍḍai), cāṭū (d. caṭṭu), jāmpṇem (jalp-), jhālar (jhallarī), ṭhāḍā (pkr. ṭhaḍḍha-), ḍājṇem (dahya-), ḍāvā (d. ḍavva-), ṭātāvṇem (tapta-), tāpṇem (tapya-), tāsṇem (takṣa-), nāgā (nagna-), nācṇem (nṛtya-), nāṭhā (naṣṭa-), nātu (naptṛ-), pāmklī (pakṣmala-), pākhar (upaskara-), pākhrūm (pakṣi-), pāṭhaviṇem (prasthāpaya-), pādā (cf. d. paḍḍī), pāṭal (d. paṭṭala-), pāḍṇem (pard-), pālā (pallava-), bābar (barbara-), bhājṇem (bhrajj-), bhādarṇem (bhadra-), bhādvā (bhādrapada-), mākhaṇ (mrakṣaṇa-), māṇṇem (mārg-), māmjar (mārjāra-), māmjṇem (marj-), mātī (mṛttikā), māthā (mastaka-), māṃḍṇem (mard-), māṇṇem (manya-), mācī (makṣikā), rākhṇem (rakṣ-), rāṇī (rājñī), rātā (rakta-), rābṇem (cf. rambh-, larb-), lāgṇem (lagna-), lāḍṇem (lard-), lādhṇem (labdha-), vākhāṇ (vyākhyāna-), vāguḷ (d. vaggolai), vājṇem (vādya-), vāṭṇem, vāṭlā (vart-), vāḍhṇem (vardh-), vāḍhāyā (vardhaka-), vāṇṇem (varṇ-), vādaḷ (vardalikā), vādhī (vardhra-), vāsrūm (vatsa-), sākhar (p. sakkarā, σακχαρι), sājṇem (sajj-), sāmḍṇem (chard-), sātvaṇ (sapta-), sātū (saktu-), sādaḷṇem (cādvala-), sāsū (cvaçru-), hāṭṇem (pkr. -haṭṭ-), hālṇem (d. hall-).

c4.s2.t7.14

Mais on trouve aussi de nombreux exemples d’abrègement de ā, et quelques cas d’allongement de a :

c4.s2.t7.15

§ 48. D’une façon générale, lorsqu’un jeu d’alternances morphologiques met en valeur l’importance rythmique de la fin du mot, a du début tend à s’y abréger comme les autres voyelles. Au skr. carpaṭa- correspond m. cāpaṭ qui a le même sens de « bas, plat » ; mais l’élargissement provoque l’abrègement de la syllabe initiale dans capḍā ; de même tāṭī a pour dérivé taṭyā ; en regard de cālṇem « aller », on a l’impératif 2 plur. calā ; de même vaṭīm est le locatif d’un mot *vāt perdu, dérivé de skr. vaktra-. Ainsi s’explique l’opposition de paṭhār, paṭhārī d’une part, pāṭhar (pras-tāra) de l’autre. — De là l’abrègement de la syllabe initiale dans les mots dérivés et composés ; d’où résultent par exemple les oppositions suivantes :

c4.s2.t7.16

khāṭ (khaṭvā) : khaṭaṃg (khaṭvāṅga-), gāḍhav : gaḍhḍā (gardabha-), cāk (cakra-) : cakvā (cakravāka-), nāṭ, nāṭhā : naṭhārā (naṣṭa-) ; nāk : nakṭā- (pkr. nakka-), phāṭṇem : phaṭakṇem (sphat-), māvlā (mātulaka-) : māvlaṇ (mātulānī) ; lākh : lakārī (lākṣā) vākhāṇ : vakhāṇṇem (vyākhyāna-), vāṇī (vāṇija-) : vaṇaj, vaṇjār (vāṇijya-) ; infin. vādhṇem : part. vaḍhinnalā (vardh-). De même les redoublements halhāl, halahvāl à côté de hāl-ahvāl, seul conforme à l’original arabe. De même encore les causatifs : maṭhāviṇem, manāviṇem en regard de māṭhṇem (mṛṣṭa-), māṇṇem (manya-). — La règle n’est au reste pas absolue ; cf. p. ex. māṭkulā à côté de maṭgā (d. maṭṭa-).

c4.s2.t7.17

Mais tous les cas d’abrègement ne sont pas si clairs. On peut à la rigueur attribuer à la même tendance la forme de certains mots élargis ou dérivés, dont le simple manque en marathe : ainsi lavḍā en regard de pkr. lāū (skr. alābu-), kabrā qui en hindi par exemple fait groupe avec kābar (karbūra-) ; cf. bhaṭaḳṇeṃ (bhraṣṭa-), kacrā (kaccara-). Mais comment expliquer l'a bref de pkr. pall-, skr. pary- dans palāṭan, palaṃg, palāṇ, en regard de pālaṭ, pālthā formés de même (le doublet pālāṇ est moins correct que palāṇ), ou de pālā, skr. pallava- ? Comment rendre compte à la fois de maṭhā (mastu-) et māṭhā (mastaka-), de vaṭhāṇ (upa-sthāna-) et de pāṭhaviṇeṃ (prasthāpaya-), de ratī (raktikā) et de rātā (raktaka-), de bhalā « bon » (bhadra-, bhalla-) et bhālā « pique » (bhalla-) ? Une bonne partie des mots à a bref se retrouvent dans les autres langues : suffit-il pour expliquer les anomalies de recourir à l'hypothèse de l'emprunt ?

c4.s2.t7.18

Un assez grand nombre de monosyllabes ont a bref devant une ancienne consonne géminée. Un mot comme nakh peut être considéré comme un tatsama, et le pkr. ṇakkha- n'est que la notation de ce fait. Mais l'explication ne vaut pas pour khaj (kharju-), nath (d. ṇatthā), laṭṭh, laṭ (pkr. laṭṭhi-), sak (saṭka-), haṭ à côté de hāṭ (haṭṭa-).

c4.s2.t7.19

Dans les verbes il semble qu'une autre action se fasse sentir ; à savoir le sentiment de l'opposition entre les thèmes d'actif-causatif et de passif-neutre ; on avait le modèle mārṇeṃ « tuer, battre » : marṇeṃ « mourir » ; pāḍṇeṃ « faire tomber » : paḍṇeṃ « tomber » ; gāḍṇeṃ « enfouir » : gaḍṇeṃ « être enfoui ». De là, contrairement à la phonétique, l'opposition de kāṭṇeṃ « couper » et de son passif kaṭṇeṃ (kart-) ; de ghāṭṇeṃ « écraser » et ghaṭṇeṃ « se contracter » (ghṛṣṭa-). On s'attendrait dès lors à ce que tous les verbes ayant une brève expriment l'état : tels macṇeṃ « se gonfler » (pkr. maccai), khapṇeṃ (kṣapya-) « se vendre, s'épuiser », ou même sakṇeṃ (cakya-) « pouvoir ».

c4.s2.t7.20

Mais khacṇeṃ « sertir » est un verbe actif : dira-t-on que c'est un tatsama ? Dans un mot tel que vaṭṇeṃ « écraser le coton », qui est sans étymologie connue, cette explication est impossible.

c4.s2.t7.21

La question est donc totalement obscure. Il semble bien, à en juger par quelques formes doubles — tāpṇeṃ (tapyate), hākṇeṃ (pkr. hakkai) plus usuels que tapṇeṃ, hakṇeṃ ; thākṇeṃ poét. à côté de thakṇeṃ qui a à la fois le sens actif et neutre (pkr. thakkai) ; khasṇeṃ et khāsṇeṃ « tousser » (kāsate) — qu'il faille faire entrer des mélanges dialectaux en ligne de compte. Au reste il ne faut jamais oublier que les phonèmes notés par ă et ā dans l’alphabet comportent une différence de timbre ; dès lors les différences graphiques peuvent en un grand nombre de cas répondre à des variations de timbre et non de quantité.

c4.s2.t7.22

§ 49. Inversement, a de la syllabe initiale est allongé. Ce cas est plus rare ; il se présente :

c4.s2.t7.23

1° dans des composés à préfixe : ainsi pāḍcī (deçī paḍicchīā) en regard de paḍsād (pratiçabda-), paḍos (prativāsa-), etc. ; pārakhṇeṃ pāras (parīkṣ-), pārusṇeṃ, pārosā (paryuṣ-), en regard de paraṇṇeṃ (pariṇayana-), parvat (parivarta-), parasṇeṃ (paryeṣ-), pārīs (parīkṣā). Il s’agit ici d’une action morphologique dont on retrouve la trace dès le prākrit et jusqu’en sanskrit (v. Pischel, § 77-78).

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