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La formation de la langue marathe c4.s3: Consonnes

La formation de la langue marathe c4.s3

Language
French

Contents

Consonnes

Occlusives

c4.s3.t1.1

§ 81. On a vu au § 14 que par suite des altérations subies en moyen-indien par les anciennes consonnes intervocaliques, il n'existait plus en prākrit d'occlusives à l'intérieur du mot, sauf lorsqu'elles étaient géminées. Plus tard, par une dernière conséquence de la faiblesse des intervocaliques, ces géminées se sont simplifiées le plus souvent, du moins dans les langues occidentales autres que le penjabi (v. Grierson, *Phon.*, p. 21 et suiv.), et notamment en marathe, où les exceptions semblent généralement dues à des emprunts.

c4.s3.t1.2

On aboutit ainsi en marathe à un système où s'opposent d'une part les occlusives initiales ou issues d'anciennes géminées, d'autre part ce qui reste des anciennes intervocaliques ou se substitue à elles. Cette opposition s'est étendue dès le prākrit à *y* (*y* initial et *-yy-* donnent en pkr. et m. *j* ; *y* intervocalique disparaît ; m. *y* n'a pas d'existence réelle, v. § 54, 56 et plus bas) et à *m* (pkr. *m-* et *-mm-* > m. *m* s'opposent à pkr. *m.* *-mv-* issu de skr. *m* intervocalique). Elle se retrouve encore dans le cas de *n* et *l* : en effet *n* et *l* sont les formes initiales et géminées qui correspondent à *ṇ* et *ḷ*, formes réservées à la position intervocalique. Ici, chose curieuse, la différence porte sur le point d'articulation et non sur la manière d'articuler : tout se passe comme si *ṇ*, *ḷ* étaient par rapport à *n*, *l* comme *y* par rapport à *j*, ou *h* par rapport à *kh*, c'est-à-dire comme si la cérébrale était une forme intervocalique, donc faible, de la dentale.

c4.s3.t1.3

Une seule série d'occlusives semble contredire la règle d'opposition entre les anciennes intervocaliques et les anciennes initiales ou géminées : ce sont les sonores cérébrales *ḍ* et *ḍh* qui, si l'on s'en fiait à la graphie, représenteraient indifféremment skr. *ḍ* et *ḍh* initiaux et géminés d'une part, intervocaliques de l'autre. Or l'uniformité de la graphie dissimule une différence phonétique réelle : le Dr. P. R. Bhandarkar m'informe que les consonnes en question sont articulées au même point que *ṭ* et *ṇ*, c'est-à-dire sur le palais antérieur (*g* de la figure donnée par M. Jespersen, à la fin de son *Lehrbuch der Phonetik*) quand elles sont à l'initiale ou en groupe ; mais à l'intervocalique *ḍ* et *ḍh* sont articulés au même point que ḷ, c'est-à-dire sur le palais mou (juste devant le point i de la même figure) : l'articulation se fait donc dans ḍāg, ḍhag, kaḍhṇeṃ par exemple plus en avant que dans kāḍhā. On remarquera que cette opposition (qui se retrouve probablement dans les langues centrales où ḍ intervocalique est noté ṛ, v. Grierson, Phon., § 52) se fait suivant le même sens que celle de n et l d'une part, de ṇ et ḷ de l'autre : l'articulation la plus forte est en même temps antérieure.

c4.s3.t1.4

Le tableau ci-dessous résume les oppositions caractéristiques du système des occlusives marathes.

c4.s3.t1.5

| | Initiales ou issues de géminées prâkrites : | | | Issues d'intervocaliques anciennes : | |
| | non aspirées | aspirées | non aspirées | aspirées |
| Gutturales | k g | kh gh | zéro | h |
| Palatales | c j | s¹ jh | zéro | |
| Cérébrales | ṭ ḍ | ṭh ḍh | ḍ (ḷ) (v. ci-dessus) | ḍh |
| Dentales | t d | th dh | zéro | h |
| Labiales | p b | ph bh | v | h |

c4.s3.t1.6

¹ s issu de pkr. ch se confond avec s issu de skr. s, ṣ, ç, et est comme toutes les palatales susceptible de deux prononciations suivant le timbre de la voyelle suivante.

c4.s3.t1.7

Les occlusives ainsi définies ont en principe subsisté en marathe sans changement. Cependant le mode d'articulation des occlusives a subi un certain nombre d'altérations irrégulières portant principalement sur les consonnes suivant une nasale et sur l'aspiration.

Occlusives suivant une nasale

c4.s3.t2.1

§ 82. Dans les groupes : nasale + occlusive, c'est l'occlusive qui est en marathe la partie résistante. La nasale est susceptible de différents traitements, dans lesquels son sort est solidaire de celui de la voyelle précédente (v. § 69) ; la consonne au contraire reste en principe sans changement. Le marathe s'accorde sur ce point avec le guzrati et s'oppose avec lui d'une part au groupe du nord-ouest, où une nasale sonorise l'occlusive sourde qui la suit, de l'autre à presque toutes les langues centrales où la nasale tend à l'emporter sur l'occlusive sonore (v. J. Bloch, J. As., 1912, I, p. 332 et suiv.; et les exemples donnés par Grierson, Phonol., p. 34 à 38; cf. ci-dessous § 124): De ces deux derniers types d'altération on ne trouve en marathe que des cas exceptionnels :

c4.s3.t2.2

Les mots kumji (kuñcikā) et palamg (paryaṅka- : cf. m. pālak, pālakḥ) se retrouvent à peu près dans tous les dialectes et sont probablement empruntés dans un bon nombre d'entre eux : on ne saurait s'étonner que le nom de la « clef » et d'une forme de « lit » aient voyagé. Quant à kamgaṇī (kaṅkaṇa-), et kamgavā (kaṅ-kata-) qui coexistent avec kamkaṇ et kamkavā il est possible que la sonorisation y ait un principe phonétique : en effet ce sont parmi les mots commençant par k les seuls où le groupe ṅk remonte au sanskrit ; or dans ces mots le sanskrit lui-même a dû hésiter, et présente par exemple le doublet kaṅku- : kaṅgu- (m. kāṃg) ; au contraire là où le marathe a conservé k intérieur, c'est qu'il s'agit d'un ancien kk (kamkoḷ = skr. kakkola-, kaṅkola-) issu lui-même généralement de rk (kāṃkḍī < karkaṭikā, kamkar < kar-kara-, kukar < kukkura-, kurkura-) ; kumkūṃ semblerait donc remonter non à skr. kuṅkuma- (cf. sindhi kuṅgū), mais à la forme attestée par le tokharien kurkama- et le sogdien kurkumba- (formes communiquées par MM. Sylvain Lévi et Gauthiot).

c4.s3.t2.3

Le second type d'altération ne se constate que dans des doublets récents du type vindhṇem : viṇhṇem (vyadh-, pkr. vindh-) ; et dans les formes aberrantes du nom de nombre « cinq », qui sont au contraire de date très ancienne et qu'on trouvera étudiées au chapitre des noms de nombre.

c4.s3.t2.4

§ 83. L'aspiration des occlusives donne lieu en marathe comme dans les langues parentes à des variations fréquentes, qui restent cependant trop sporadiques et trop irrégulières pour qu'on puisse y reconnaître une loi. On trouve partout des cas d'aspiration d'occlusives non aspirées, et de perte d'aspiration dans des occlusives aspirées ; seul le singhalais, semblable aux langues dravidiennes du sud, ses voisines, ignore toute aspiration (Geiger, § 14, 3 et § 27).

c4.s3.t2.5

§ 84. Parmi les phénomènes d'aspiration il faut distinguer deux cas. A l'initiale des mots, l'aspiration remonte souvent au prâkrit et se retrouve souvent aussi dans les langues congénères. C'est le cas dans khasṇem (kas-), khāpar (karpara-), khīl (kīla-; khīla- est attesté en védique tardif et en pali), khujā- (kubja-), p.-ê. khem-kaḍ (cf. kāṃkḍī ; skr. karkaṭa-), khelṇem (s'il s'agit bien de skr. krīḍ- ; khel- est attesté dès le Rāmāyaṇa), phaṇas (dialectalement

L'aspiration

c4.s3.t3.1

paṇas, panasa-), pharas (paraçu), phāsā (pāça-, cf. saphāmci), phāsoli à côté de pāsoli (pārçva-? cf. pali phāsulikā), bhisem (bisa-), bhīṃs (bṛsī), bhukṇem (bukk-), bhūṃs (busa-). Les explications jusqu'ici fournies pour les formes prākrites de ces exemples sont insuffisantes ; le s- prosthétique alternant en indo-européen dans des conditions inconnues avec la consonne initiale k- ou p- isolée, probable dans un cas comme khāpar, possible ailleurs (v. Wackernagel, I, 230 b, Pischel, § 205, 206, n. 2), ne permet pas de rendre compte de l'aspiration des sonores ; l'influence de r ou s voisins, admise par M. Jacobi (Ausgew. Erz., § 21), semble s'appliquer mieux à ce cas (cf. l'exemple skr. très ancien jaṣa- : jhaṣa- cité par M. Wackernagel au § 141) et rendre compte par exemple de ghoṃs (gucchā). Il est possible au reste que les formes modernes à bh- initial soient en réalité plus authentiques que les formes correspondantes à b- du sanskrit ; et b- serait alors lui-même le résultat d'une dissimilation par la sifflante : on sait en effet que b- indo-européen est très rare et que b sanskrit représente plus d'une fois i. e. bh (v. Wackernagel, § 105; cf. l'observation de Pischel sur ghep- citée § 106); dans ce cas les formes modernes tiendraient au maintien de bh- ancien en présence de s ou r; ainsi s'expliquerait peut-être bher (h. ber, m. bor, skr. badara-); bhukṇem « aboyer » est le seul exemple où il n'y ait pas de sifflante : mais le mot peut admettre comme mot expressif un traitement spécial du même type que kās- > khas- « tousser ».

c4.s3.t3.2

En somme, sauf dans le cas de b- : bh- on peut admettre qu'il s'agit d'une assimilation — anormale d'ailleurs — de l'initiale à l'aspiration implicite dans la sifflante ou r : cette hypothèse semble se confirmer par l'examen des différentes formes correspondant à skr. kubja-, kubhrā-, cf. khujā, khubā à côté de kubḍā, et par jhumjhuṇem (yudhya-).

c4.s3.t3.3

On trouve un exemple analogue au précédent dans bhāph à côté de bāph (vāṣpa-), mais il n'appartient sans doute pas au marathe : l'existence de vāph dans cette langue fait soupçonner que la forme à b- est un emprunt ; on peut en dire autant de phattar à cause de son redoublement (cf. pāthar) et de themb (skr. tip- : step-) à cause de la sonorisation de p après nasale.

c4.s3.t3.4

Certains exemples peuvent s'expliquer encore par des contaminations : ainsi ghāgar (gargara-) « pot à eau » peut avoir subi l'influence de son homonyme ghāgrā « babillage » (gharghara-), qui exprimait du même coup le gazouillement de l'eau. Le nom du « filet » *phāṃs* ou du « dé à jouer » *phāsā* (*pāça-*, *pāçaka-*) peut avoir subi celle de la racine *sparç-* ; ce qui avait du coup l'avantage de désencombrer le radical *pās-* déjà représentant de *pārçva-* et *pāçāt*, voire *pakṣa-* (on constate inversement la désaspiration de l'initiale dans les semi-tatsamas faits sur *sparç-* : *paras* ; v. Grierson, *Phon.*, § 60, et cf. pr. *aputtha-* = *aspṛṣṭa-*, m. *apūt*). Mais il reste des formes réfractaires à toute explication, comme *phol* en regard de *pol* (*pkr. polla-*), et comme, surtout, les mots à *jh-* initial : l'aspiration y est postérieure à la *deci* dans *jhāḍ* et *jhoṭiṅ* ; cf. *jhomṇem* « dormir » en regard du canarais *jomp-* ; l'exclamation *jhem* à côté de *jem* « quoi » (*yat*) ; *jhaṇi* « même si » qui semble s'apparenter à *jāṇū* « comme si, comme » de la rac. *jan-* (skr. *jñā-*), surtout *jhālā*, participe passé du verbe « être », qui remplace tôt l'ancien *jālā* (*jāta-*). Les mots à *jh-* initial sont d'ailleurs généralement obscurs ; cf. § 107.

c4.s3.t3.5

§ 85. A la fin et à l'intérieur du mot, les exemples d'aspiration sont encore plus sporadiques et obscurs.

c4.s3.t3.6

Les tatsamas *kamp(h)*, *amk(h)* fournissent des exemples sûrs pour la finale ; le doublet *kap : kaph* désignant le « coton » est difficile à interpréter en l'absence d'une étymologie pour les formes *kāpūs* et *kapās* ; il reste possible que *kap* représente la forme la plus ancienne, dont *kaph* dès lors serait une altération ; il est également possible que *kaph* ait été emprunté à quelque dialecte où *s* devenu *h* (cf. s. pj. *kapāh*, or. *kapā*) et se soit ensuite désaspiré ; les mots *jāmb(h)* (*jambu-*), *vāk(h)-* (*valka-*) ne sont pas isolés : cf. *jāmb(h)ūl* et *vāk(h)aḷ* cités ci-dessous.

c4.s3.t3.7

§ 86. Les exemples d'aspiration à l'intérieur du mot sont un peu plus nombreux.

c4.s3.t3.8

Quelques-uns sont probablement de pure apparence. Le mot *vaghal-oghal* (*avagal-*) a pu subir l'influence du tats. *ogha-* ou de *ojhar* (*avakṣar-*); *muṃḍ(h)ā* « chauve » (*muṇḍa-*) a pu subir celle du mot *muṃḍhī* « tête » (*mūrdhan-*), qui par une action en retour est devenu *muṃḍī* ; *olaṃghṇem* porte peut-être la trace d'une contamination des racines *lag-* « tenir » et *laṅgh-* « sauter », ou *lambh-* « pendre » ; *buj(h)ṇem* (*pkr. bojja-*) a pu être influencé par son homonyme *bujhṇem* (*budhy-*); *gumphā* « retraite silvestre, berceau, caverne » semble malgré l'autorité d'Hemacandra se rapprocher mieux de skr. *guṣp-*, *guph-*, *gumph-* « tresser » que de la racine *gup-*, « cacher, protéger ».

c4.s3.t3.9

Un groupe à part est formé par les mots à -mb(h)-, où l'alternance est ancienne : le védique a ramb- : rambh-, le sanskrit oppose ambu- à ambhas- et abhra-, plus tard jambīra- à jambha- et jambhīra- (Wackernagel, § 109) : c'est ainsi sans doute que s'expliquent les formes ālamb(h)em, jāmb(h)ūl, bāb(h)ūl, peut-être même cumb(h)al (p. cumbaṭa-). Mais il reste encore bien des exemples tout à fait obscurs ; ainsi niḍ(h)al (lalāṭa-, pkr. niḍāla-), pāṃḍhar (pāṇḍara-), pārk(h)ā (pārākya-), pālkhī plus usuel que pālki (paryaṅka-), pemḍ(h)ī (piṇḍa-), vāphā vāphṇem (tats. vap-).

c4.s3.t3.10

§ 87. La désaspiration des occlusives aspirées se rencontre exclusivement à l'intérieur et à la fin du mot. Les cas où une consonne initiale non aspirée semble correspondre à une ancienne aspirée se trouvent dans des conditions spéciales : ainsi garat pour gharat (gṛhasthā) peut provenir d'une dissimilation provoquée par l'ancien -th final de *gharat(h)ā ; quant à dāī « nourrice », ce n'est pas pkr. dhāī, c'est un emprunt iranien.

c4.s3.t3.11

§ 88. La position finale est particulièrement favorable à la désaspiration ; aussi les exemples en sont assez nombreux à cette place. Du reste, à en juger par les hésitations de la graphie, non seulement en marathe mais dans les langues parentes et d'une langue à l'autre, la désaspiration doit être plus générale que l'orthographe ne le révèle. On trouve notés en marathe : Gutturales : bhīk (bhikṣā), bhūk (bubhukṣā) ; cauk (catuṣka-) ; jāṃg(h) (jaṅghā), mahāg (mahārgha-), savaṃg (samargha-) ; Palatales : gūj (guhya-), māj (madhya-), vāmj et sāmj, moins usités que vāmjh et sāmjh (vandhyā, sandhyā) ; Cérébrales : īṭ (iṣṭā) et ūṃṭ (uṣṭra-) ont déjà perdu leur aspiration à l'époque prākrite (iṭṭā, uṭṭa-, Pischel, § 304) ; on a de même apūṭ (aspr̥ṣṭa-, pkr. apuṭṭha-), kaṭ (kaṣṭa-), kaṃṭ (en regard de kaṃṭhā, kāṃṭhem, etc., skr. kaṇṭha-), nāṭ (en regard de nāṭhā, skr. naṣṭa-), pālaṭ (d'où pālaṭṇem ; cf. pālthā ; skr. paryasta-) ; laṭ (pkr. laṭṭhi-), lāṭ (pkr. laṭṭha-), saṭ(h) (ṣaṣṭi-), ciṭ (sr̥ṣṭi-), heṭ (pkr. heṭṭha) ; ākhāḍ (āṣāḍha- ; mais c'est sans doute un mot emprunté ; cf. les formes guz. et sindhi), koḍ(h) (skr. kuṣṭha-, koṭha-), diḍ(h) (pkr. divaḍḍha-), meḍ(h) (pkr. meḍhī) ; Dentales : garat (gṛhasthā), rohaṃt à côté de rovaṃṭh, romṭ(h) (romantha-), vīt (dial.vith, skr. vitasti-), çit (1° skr. siktha- ; 2° deçī sitthā), hāt (hasta-) ; ansūd (annaçuddhi-), āsand

c4.s3.t3.12

(açvagandha-), khād (pkr. khaddha-), gid(h) (gṛdhra-), pārad(h) (pkr. pāraddhi-), saband(h) (tats. sabandha- ; band au contraire n'a rien de commun avec skr. bandha-, c'est un emprunt au persan), sāmḍ(h) (sandhi-) ; Labiales : julūp (persan zulf), çem(b) (çleṣma).

c4.s3.t3.13

§ 89. A l'intérieur du mot les exemples de désaspiration sont également assez nombreux. Il est souvent difficile de dire si l'altération n'a pas son origine dans un mot plus court où l'aspirée était finale : ainsi on ne sait quelle est la forme primitive, de bhūk ou bhukṇem, de samṭ(h) ou sāmṭ(h)ṇem, de -sūd ou sud(h)ā, ni si les verbes à radical en -ṭ, terminaison d'un ancien participe, ont reçu leur radical sans aspirée ou ont perdu l'aspiration depuis. Inversement les formes du pkr. iṭṭā, uṭṭa-, si ce ne sont pas des réfections archaïques, semblent indiquer que l'altération des consonnes considérées ci-dessus comme finales a pu se produire au moment où elles ne l'étaient pas encore. Enfin il est tel cas où l'hésitation entre la consonne aspirée et la non aspirée est ancienne : ainsi dans le nom du « sucre », attesté d'une part sous la forme de skr. çarkarā, pkr. sakkara-, de l'autre sous celle de pali sakkhara, cf. σακχαρι, transcription provenant sans doute de l'Inde occidentale.

c4.s3.t3.14

Même en tenant compte de ces observations, il est impossible d'expliquer phonétiquement tous les faits. Dans les listes qui suivent on ne peut pas ne pas noter la fréquence des mots qui contiennent une sifflante ou une aspirée ; la dissimilation due à la présence de ces phonèmes explique sans doute pour une bonne part la chute de l'aspiration. Cette remarque s'applique d'ailleurs aussi à bon nombre des exemples de désaspiration en position finale ; mais les cas divergents sont trop nombreux pour qu'on se contente de cette explication. Mieux vaut ici encore grouper les exemples sans chercher à les interpréter tous :

c4.s3.t3.15

Gutturales sourdes : skr. ṣk est représenté par kh dans pokhar (puṣkara-), vikharṇem (viṣkar-), mais par k, non seulement dans dukal (duṣkāla- ; cf. pkr. dukkara- < duṣkara-), nikāmī (niṣ-karma-) où la composition, étant sentie, a pu conserver au mot principal son k initial (cf. deçī nikkaḍo < niṣkaṭa-, et probablement nikāl- emprunté par le marathe à l'hindi), mais encore dans sukā (à côté de sukhā, rare et sans doute étranger ; skr. çuṣka-). De même skr. *kṣ* représenté normalement par *kh* (v. § 104) l'est par *k* dans *çikṇem* (*çikṣ-*), *bhukṇem* (*bubhukṣ-* ; cf. *bhūk* < *bubhukṣā* plus haut), probablement aussi dans *pek(h)ṇem* (*prekṣ-*) et deux autres verbes sans doute aussi dérivés de la racine *ikṣ-*, *paikṇem* « attendre » et *aikṇem* « entendre » ; aucune trace d'aspirée non plus dans *pākli* (*pakṣma-*); outre le doublet *sākhar* : *sākar*, le marathe a les deux formes coexistantes dans *sāmk(h)ṇem* *sāmk(h)alṇem* (pkr. *samkhāi*), *sāmk(h)al* (*çṛnkhalā* ; la forme sans aspiration est attestée dans les prākrits jainas). — De même pour la sonore : *sāmgaḍ* *sāmgaḍṇem* *sāmgulṇem* (*samghaṭ-*), *sāmgnem* (pkr. *sam(g)h-*), *sumgnem* (cf. *sunghia-*);

c4.s3.t3.16

Palatales sonores : les passifs *dājṇem* (*dahya-*), *ruj(h)ṇem* (*ruhya-* ; mais peut-être existe-t-il un doublet indo-iranien sans aspiration, v. au lex.), *remjṇem* (*rih-*?), *cijṇem* (*sidhya-* ; *cijḥṇem* existe aussi, mais est moins autorisé) ; de même *samajṇem* (*-dhyā-*? ; cf. h. s. *samaj-*), *mājīm* *mājārīm* (*madhya-* ; cf. *māj* cité plus haut). Sur *nicc-* > *nic-* v. § 101.

c4.s3.t3.17

Cérébrales sourdes : *agṭ(h)ī* (*agnistha-*), *āṭkem*, *aṭīs*, *aḍsaṣṭ* (*aṣṭa-*), *bhaṭakṇem* (*bhraṣṭra-*), *sāmṭ(h)ṇem* (*samsthā-*), *ceṭ(h)ī* (*creṣṭhin-*). Il faut ajouter ici les verbes faits sur des thèmes de participe en *-ṭṭha* : *umaṭṇem* (*unmṛṣṭa-*?), *ghāṭṇem* (*ghṛṣṭa-*), *nisaṭṇem* (*nisṛṣṭa-*), *piṭṇem* (*pṛṣṭa-*), *miṭṇem* (*mṛṣṭa-* ; cf. *māṭhṇem*) ; l'étymologie de *sāṭ(h)īm* « pour » est incertaine : il semble à première vue qu'on ait affaire à un composé de *artha-* : mais les formes s. *sāṭo* « échange », g. *sāṭa* « en échange de » permettent de soupçonner la confusion de deux mots voisins de sens et semblables sauf l'aspiration : du reste *sāṭ-* est sans étymologie connue.

c4.s3.t3.18

Cérébrales sonores : *aḍīc* *aḍkā* *sāḍe* (*ardha-* ; cf. *diḍ(h)*), *oḍ(h)aṇ* *oḍ(h)aṇī* (deçi *oddhaṇam*, *ohāḍaṇī*), *sāḍ(h)ū* (*çālīvodha-*); *gāḍṇem* n'est pas sûr, il peut représenter *gart-* aussi bien que *gāḍh-* ; quant à *mumḍ(h)ī* (*mūrdhan-*) ce mot peut avoir subi l'influence de *muṇḍa-* sur lequel à son tour il a agi (v. § 85).

c4.s3.t3.19

Dentales sourdes : *ut(h)al* (pkr. *utthal-*), *kot(h)rib* pour *kothimbīr* (*kustumbari*). — Dentales sonores : *udav* (*uddhav-*), *sud(h)ā* (*çud-dha-* ; cf. *ansūd* cité plus haut) ; *vindrūm* doublet de *vindhrūm*, contient peut-être, non la racine *vindh-*, mais le skr. *vidra-*.

c4.s3.t3.20

Labiales sourdes : *apūṭ* (*aspr̥ṣṭa-*, pkr. *apuṭṭha-*) peut remonter à un ancien doublet sans *s* de la racine *sparç-*, ou résulter d'une dissimilation (pkr. **phuṭṭha-* > *puṭṭha-*) ; l'étymologie de *pāpṇī* (pakṣma-?) est douteuse : cf. pāklī. La forme vāphā est plus usuelle que vāpā (vāpya-) : l'homonyme vāph (skr. vāṣpa-) aurait-il agi ? — Labiales sonores : kubḍā (skr. kubhra-) remonte à un radical anciennement pourvu de deux aspirées, où la dissimilation s'est faite dans les deux sens ; cf. khubā et khujā (skr. kūbja-) ; hambā, hambar- résultent d'une dissimilation analogue (skr. ham-bhā, hambāra-) ; quant à jābāḍ, à côté de jābhaḍ, il est d'autant plus étrange que s'il est bien un composé de jāmbh + hāḍ l'aspirée avait double raison de subsister.

c4.s3.t3.21

§ 90. Les altérations portant sur le mode d'articulation exposées ci-dessus et celle de ch en s (v. § 102) sont les seules qu'aient subies les consonnes marathes d'une manière régulière.

c4.s3.t3.22

L'échange entre la sourde et la sonore (sauf le cas où cet échange est déterminé par le contact de deux consonnes, v. ci-dessus, § 82 et plus bas) est à peu près inconnu. Le verbe mac-ṇeṃ semble s'apparenter à madya- : le prākrit a déjà maccai, ce qui recule la difficulté à une époque antérieure au marathe; il n'est d'ailleurs pas sûr a priori que l'étymologie soit juste, ou qu'il n'y ait pas eu de contamination (cf. l'observation de Pischel au sujet de pkr. vaccai, rac. vraj-, § 202, note 3). A la finale de certains mots d'emprunt on trouve trace d'hésitation : ainsi jāp à côté de jāb (pers. jawāb) ; tats. akāṃt (skr. ākranda- « lamentation », peut-être influencé par ākrānta- « tourmenté par la passion »). Dialectalement on trouve s prononcé j (c'est-à-dire z) zakalā, zhavlī pour sakalā, sāvlī au Concan (cf. Molesworth, s. v. sāvlī et L. S. I. Mar., p. 6). Une évolution curieuse et inexpliquée, mais attestée dès le prākrit, est celle qui a mené en certains cas skr. ṣṭ et ṣṭh non seulement jusqu'à ṭh et ṭh, mais jusqu'à ḍh en position intervocalique ; voir § 112.

c4.s3.t3.23

§ 91. Le point d'articulation des consonnes marathes est en principe le même que celui des consonnes sanskrites. Quelques modifications partielles, et ne reposant sur aucun principe général, seront exposées à propos de chacune des catégories d'occlusives.

Les occlusives marathes et leurs points d'articulation

c4.s3.t4.1

Gutturales.

c4.s3.t4.2

k.

c4.s3.t4.3

§ 92. A l'initiale, *k* succède à *pkr*. *k* issu de : skr. *k*, dans *karṇeṃ* (*karaṇa-*), *kām* (*karma*), *kīḍ* (*kīṭa-*), *kuvā* (*kūpa-*), *keḷ* (*kadali*), *koḍ(h)* (*kuṣṭha-*), et nombre d'autres mots qu'on trouvera à leur place au lexique ; skr. *kr* dans, *keṇeṃ* (*krayaṇa-*), *kos* (*kroça-*), *kolhā* (*kroṣṭhuka-*); skr. *kv* dans *kaḍhṇeṃ* (*kvath-*); *kaḍhaī* (*kaṭāha-*) est peut-être de la même famille ; pour *kāī* « bouilloire », cela est plus douteux. § 93. En position intérieure ou finale, *k* remonte : à skr. *k* après nasale : *sāṃkaḍ* etc. cf. § 82 ; à pkr. *kk* issu de : skr. *kk* dans *cikaṇ* (*cikkaṇa-*), dans les mots expressifs *ciṃk* (*chikkā*) et *hakārṇeṃ* (*hakkhāra-*), peut-être dans *cukṇeṃ* (*cukk-?*) ; *ky* dans *pārkā* (*pārakya-*), *sakṇeṃ* (*çakya-*), *çikeṃ* (*çikya-*) ; *kv* dans *pikā* (pkr. *pikka-* = *pakka-*, skr. *pakva-*); *kr* dans *cāk* (*cakra-*), *cukā-* (*cukra-*), *tāk* (*takra-*), *vāṃk* (*vakra-*), *sūk* (*çukra-*); *tk* dans *sak* (*ṣaṭka-*); *tk* dans *ukḍā* (*utkaṭuka-*), *ukar* (*utkara-*); *ukaīṇeṃ* (*ut-kṛt-*), *ukaḍṇeṃ* (*ut-kvath-*, pkr. *uk-kaḍh-*), *ukaḷṇeṃ* (*utkalana-*) ne remontent pas sûrement au sanskrit ; ce peuvent être des composés prākrits avec *u-* (<*ut-*, *upa-*, *apa-*, *ava-*, cf. § 78); *kr* dans *kaṃkar* (*karkara-*), *kāṃkḍi* (*karkaṭikā*), *kumkūṃ* (*kurkuma-*), etc. ; v. § 82 ; *bakrā* (*barkara-*), *mākaḍ* (*markaṭa-*), *sākar* (*çarkarā*) ; *ṣk* dans *cauk* (*catuṣka-*), *dukāḷ* (*duṣkāla-*), *sukā* (*çuṣka-*) etc., v. § 89.

c4.s3.t4.4

§ 94. Selon Pischel, le *k* de *mukṇeṃ*, *mokaḷ*, *moklā*, remonterait à skr. *kn* : il est certain en effet que le participe pkr. *mukka-* ne peut remonter à *mukta-*, qui donne normalement *mutta-* (cf. sgh. *mut* et les exemples de *m.* < skr. *kt* donnés plus bas) ; mais aucun des exemples de participes rassemblés par Pischel au § 566 de sa grammaire ne s'explique sûrement par le morphème *-na-* : peut-être vaut-il mieux y reconnaître simplement une action directe du radical sanskrit ; cette influence est particulièrement probable

c4.s3.t4.5

dans le cas de *mukṇem* etc. dont la parenté avec les tatsamas d'usage courant *mukta-* *mukti-* *mokṣa-* ne pouvait manquer d'être reconnue.

c4.s3.t4.6

Dans cette hypothèse le *kk* de pkr. *mukka-* ne devrait pas s'interpréter phonétiquement : ce serait une simple graphie de *k* sanskrit rendue nécessaire par la règle du prākrit qu'il n'y a à l'intervocalique que des occlusives géminées. C'est ainsi que s'expliquent également *lākaḍ* (pkr. *lakkuṭa-*, skr. *lakuṭa-*) *mukā* (pkr. *mukka-* à côté de *mūa-*, skr. *mūka-*), surtout *ek* (pkr. *ekka-*, skr. *eka-*) mot particulièrement indispensable qui ne pouvait se maintenir qu'au prix d'un artifice.

c4.s3.t4.7

*-kk-* prākrit est inexplicable dans *ṇakka-*, mar. *nāk* (cf. skr. *nāsā*, *nāsikā*). Il sert fréquemment de morphème en prākrit classique : v. Lüders, *Bruchstücke*, p. 38, 41 ; Pischel, § 194, 598 ; ce morphème est sans doute déjà noté dans certaines inscriptions d'Açoka (v. Fleet, *J. R. A. S.*, 1906, p. 407-410 ; T. Michelson, *A. J. Phil.*, XXXI, p. 59). En marathe les exemples clairs en sont rares ; on le trouve dans *ṭhāknem* (*sthā-* : cf. apabh. *thakkei*), dans des mots expressifs comme *khuḍakṇem*, *caḍak-*, *micakṇem*, *phaṭak-*, dans des mots sans étymologie connue : *ḍokī* (cf. le doublet *ḍoi*, *ḍhakkāḍhāmknem* (racine *ḍhā-*?), *ucakṇem* (*ucca-*?)). Ce morphème remonte sans doute en partie à skr. *-kya-* : le mot *pārkā* le prouve clairement ; mais d'autres influences ont pu agir : la notation *pāikka-* du prākrit n'est en réalité qu'une transcription de la forme moderne *pāik* qui est un emprunt iranien, et non le successeur de skr. *padātika-* ; d'autre part on sait que *-kk-* est un morphème courant en dravidien (v. Caldwell, *Comp. gram. of the drav. lang.*², p. 97) ; or l'existence de mots comme *cikkā* en deçī (mar. *cikkar*, *cike*) prouve que les emprunts dravidiens sont anciens en marathe, et il est permis de rapprocher l'alternance mar. *caḍ* : *caḍak* « claque » et celle du canarais *caḷa* « bruit d'une bulle qui éclate » : *caḷaka* « dextérité, vitesse », *caḷaken* « crampe ; se contracter spasmodiquement ».

c4.s3.t4.8

§ 95. A l'initiale *kh-* représente : skr. *kh* dans *khacṇem* (*khacya-*), *khaj* (*kharju-*), *khajur* (*kharjūra-*),

c4.s3.t4.9

kh.

c4.s3.t4.10

khaḍī (khaṭī-), khaṇṇeṃ (khan-), khaṇṭeṃ (khanitraka-), khar kharaḍ (khara-), khal (khala- subst. et adj.), khāṭ khaṭaṅ (khaṭvā, khaṭvāṅga-), khaḍḍṇeṃ, khāṃḍ, khāṃḍā, khāḍā (khaṇḍ- cf. khiḍ khiṇḍ etc., v. § 75), khāṇ (khāni-), khāt (khātra-), cf. de la même racine khāī (pkr. khāīā), khāṇeṃ, cf. khāū (khādana-), khād (pkr. khaddha-), et khājeṃ (khādya-), khijṇeṃ (khidya-), khuḍṇeṃ, p. ê. khulṇeṃ, khuḍā, khulā, khoḍ, khoḍā (rac. khuṇḍ-, khoḍ-), khūr (khura-), kheḍeṃ (kheṭaka-), kher (khadira-) ;

c4.s3.t4.11

skr. sk dans khāṃḍ (skandha-), khāṃb (skambha-) et sans doute dans khavā (cf. lat. scapula) ;

c4.s3.t4.12

skr. skh dans khalṇeṃ, khalbalṇeṃ (skhalana-) ;

c4.s3.t4.13

skr. kṣ dans khapṇeṃ (kṣapya-), kharṇeṃ cf. khirṇeṃ (kṣar-), khavaṇ (kṣapaṇika-), khār (kṣāra-), khirṇī (kṣiriṇī), khīr (kṣirikā), khubalṇeṃ (ksubh-), khevā (kṣepa-), khoḍ (kṣoḍa-), khoḍṇeṃ (kṣuḍ-) ;

c4.s3.t4.14

skr. k dans khāpar et les mots étudiés § 84 ; par métathèse d'aspiration dans khāṃk pour kāṃkh (kakṣa-), khaḍiṇ khaḍaṇ pour kaḍhin (kaṭhina) etc. ;

c4.s3.t4.15

skr. ṣ dans des mots empruntés aux langues où skr. ṣ se confond dans les tatsamas avec kh : vikh (viṣa-) qui d'ailleurs en hindi même coexiste avec bis, comme ākhāḍ nom du mois āṣāḍha- y coexiste avec aṣahr.

c4.s3.t4.16

§ 96. A l'intérieur du mot kh remonte directement à skr. kh dans les tatsamas nakh (écrit en pkr. ṇakkha-), mukh etc., et dans les composés à second terme commençant par kh : pakhāl (pra-kṣal-), ākhuḍṇeṃ (ā-khuṭ-) ; la raison pourquoi kh a été conservé dans udūkhala- > pkr. ukkhala- > m. ukhal n'apparaît pas. Pour ukhaḍṇeṃ, il est difficile d'opter entre un prototype *ut-khuṭ- et un prototype utkṛṣ-, pkr. ukkaḍh-, où l'on devrait supposer une métathèse d'aspiration.

c4.s3.t4.17

kh représente de plus : skr. kh après nasale dans sāṃkhal (śṛṅkhalā), cf. § 89 ; skr. khy dans vākhāṇ (vyākhyāna-) et peut-être dans ukhāṇā (*upa-khyāna?) ; skr. ṣk dans pokhar (puṣkara-), vikharṇeṃ (viṣkir-) ; cf. § 89 et 92 ; skr. kṣ dans āṃkh (akṣa-), ākhā (akṣata-), kākh (kakṣa), kukhāvart (kukṣi-), cokh (cokṣa-), pākh pākhrūṃ (pakṣa-, pakṣi-), pekhṇeṃ (prekṣaṇa-), mākhṇeṃ (mrakṣaṇa-), rākh (rākṣā), rākhṇeṃ (rakṣaṇa-), rākhīsmukh (rākṣasa-), rukhā (rūkṣa-), rūkh (rukṣa-), lākh (lakṣa- et lākṣā), lākhṇem, olakhṇem (lakṣaṇa-, avalakṣ-), līkh (likṣā). Ajouter çikṇem etc., v. § 89 ; skr. kṣṇ dans tīkh (tīkṣṇa-) et skr. kṣm dans pāklī (pakṣma-).

c4.s3.t4.18

§ 97. A l'initiale, *g* représente pkr. *-g* issu de : skr. *g* dans gamḍ (gaṇḍa- cf. gāmḍ), gaṇṇem (gaṇaya-), gadhḍā et gāḍhav (gardabha-), gamḍh, gamḍhā (gandha-), garal (garala-), gar(h)āṇem (garh-), gavasṇem (gaveṣaṇa-), gavā, gavlī (gāv-), cf. gāī, gāulī, gavlī (gopāla-), gahirā (gabhīra-), gahūṃ (godhūma-), galṇem (gal-), galā (gala-), gāū (gātu-), gājṇem (garjana-), gāmja (gañjā), gāmjṇem (gañ- jana-), gāḍhā (gāḍha-), gāṇ (gahana-), gāṇem (gā-), gāt (gātrā-), gābh (garbha-), gāl (galla-), gāl (gālī), gilṇem (gil-), gidh (gṛdhra-), gugūl (guggulu-), guṇ (guṇa-), guṇṇem (guṇana-), gurūṃ (*go-rūpam), gū (gūtha-), gūj (guhya-), gūḷ guḍ (guḍa-), gelā (gata-), gerū (gairika-), goṭh (goṣṭha-), goṭhī (goṣṭhī), goḍ (gauḍa-), goṇ (goṇī), got (gotra-), gophā (gulpha-), gorā (gaura-), govar gosāvī (govaram, gosvāmin-), golā (golaka-), peut-être gadaḷ (cf. pers. gil), gāmjṇem (pkr. gañj-) ; skr. *gr* dans gāmthṇem, gamṭh (grantha-) ; cf. gumṭh- ; gāmv (grāma-), gim (grīṣma-) ; peut-être gyāj (grīvā-).

c4.s3.t4.19

§ 98. A l'intérieur du mot, *g*, obscur dans certains cas comme vāgul, pāgṇem, remonte : à skr. et pkr. *g* après nasale : amg(u)ṭhā (aṅguṣṭha-), nāmgar (cf. laṅgalā-), nāmglī (lāṅgalikā-), pāmg (paṅgu-), mamgal (maṅgala-), cf. omgal (amaṅgala-), ramg (raṅga-), lamgḍā (laṅga-), samgem (saṃ- gata-), himg (hiṅgu-), etc. ; ou dans les semi-tatsamas jag (jagat-), jūg (yuga-) ; à pkr. *gg* issu de : skr. *gy* dans jogā (yogya-) ; skr. *gr* dans agyā (agrega-), aglā, aglā (agra-), āgas (agraçaḥ) ; skr. *gn* dans āg (agni-), nāgvā (nagna-), salag (saṃlagna-) ; skr. *dg* dans mogar (mudgara-), probablement aussi uga(va)ṇ (udgamana-) ; skr. *rg* dans āgal (argalā), māg (mārga-), māgṇem (mārgaya-) ; cf. sugī (pkr. sugga- d'après dugga-, skr. durga-) ; skr. *lg* dans āvagṇem (āvalg-) ; skr. *k* dans un certain nombre de semi-tatsamas comme il en a été fait à toute époque (cf. pour le prākrit Pischel, § 202, pour l'apabhraṃça, § 192) : asog, osag (açoka-), kāg kāgḍā (kāka- ;

c4.s3.t4.20

g cf. le doublet *kāu* ; le canarais a *kāgĕ*, *kāgi*, *pragaṭ* (*prakaṭa-*), *baglā* (*baka-*), *mugūṭ* *mugṭā* à côté de *mukṭā* (*mukuṭa-*), *sagā* (*svaka-*), *saglā* (*sakala-*), *sāg* coexistant avec *sāy* (*cāka-*). Au sentiment de cette alternance, plutôt encore qu'à l'assimilation phonétique, est due la forme *askānd* refaite sur le semi-tatsama *asgandh* (*açvagandha-*).

c4.s3.t4.21

*gh.*

c4.s3.t4.22

§ 99. A l'initiale *gh-* représente *gh-* sanskrit dans *ghaḍṇeṃ* (*ghaṭ-*), *ghaḍā* (*ghaṭa-*), *ghaḍī* (*ghaṭikā*), *ghaṇ* (*ghaṇa-*), *ghāṃṭ* (*ghaṇṭā*), *ghāṭ* (*ghaṭṭa-*), *ghāṭṇeṃ* (*ghṛṣṭa-*), *gham* (*gharma*), *ghāy* *ghāv* (*ghāta-*), prob. *ghālṇeṃ* (cf. *jigharti*), *ghāsṇeṃ* (*gharṣaṇa-*), *ghās* (*ghāsa-*), *ghī* (*ghṛta-*), *ghoḍā* (*ghoṭaka-*). — De même à l'initiale du premier terme des composés, comme *vighaḍṇeṃ*, peut-être *āghāḍ*.

c4.s3.t4.23

§ 100. Les mi-occlusives palatales du sanskrit n'ont pas conservé en marathe une prononciation uniforme. En effet devant les voyelles *a*, *u* et *o*, elles ont perdu leur caractère chuintant ; la vieille articulation n'est conservée constamment que devant *i*. Devant *e* elle n'est pas uniforme ; à l'initiale elle est normalement palatale (*čelā*) ; à l'intérieur elle est variable ; ainsi on dit *čoč*, loc. *čočet*, mais « oblique du génitif » *tyā-če* comme *tyāčā* ; *vāčen* 1 sing. futur comme à l'infinitif *vāčneṃ* ; il semble qu'ici des influences morphologiques ont pu jouer ; il doit y avoir aussi des variations dialectales : ainsi le *Survey* donne la prononciation dentale de *c* devant *e* comme normale au Concan (*L.S.I. Mar.*,

c4.s3.t4.24

A l'initiale et à l'intérieur du mot, *gh-* vient de skr. *ghr-*, pkr. *(g)gh-* dans *ghāṇ* (*ghrāṇa-* ; cf. *ghāṇā*), *vāgh* (*vyāghra-*).

c4.s3.t4.25

*gh* ancien après nasale a subsisté : *laṃghṇeṃ* (*laṅgh-*) etc.

c4.s3.t4.26

En position initiale *gh-* provient du rapprochement récent de *gh-* appartenant primitivement à deux syllabes différentes : *ghov* < *deçī goho*. Peut-être en est-il de même dans les formes prā-krites correspondant à m. *ghā- gheneṃ ghepṇeṃ* (*graha- grahi-*); l'aspirée initiale peut cependant remonter au contraire à l'indo-européen, cf. pkr. *ghara-*, m. *ghar* en regard de skr. *gṛha-*.

c4.s3.t4.27

L'origine de *gh-* initial dans un certain nombre de mots qui ne sont pas attestés avant la *deçī* reste obscure : *ghaḍakṇeṃ* *ghusalṇeṃ- ghumṇeṃ- ghulṇeṃ- ghoṭṇeṃ gholṇeṃ* (v. au lexique).

c4.s3.t4.28

*-gh-* représente skr. *kh-* dans le semi-tatsama *regh* (*rekhā*).

c4.s3.t4.29

Palatales.

c4.s3.t4.30

p. 22, 66). La prononciation chuintante devant *a* révèle la chute récente d'un *i* : ainsi l'oblique de *rāzā* (*rājā*), est *rājā* qui est pour *rājeā* > *rājyā* ; la même prononciation est souvent aussi la marque d'un emprunt : dans ce cas, parfois on écrit *cy* pour noter la prononciation étrangère (*kāmcyā*, p.-ê. *cyār* pour *cār* « quatre »).

c4.s3.t4.31

Dans le groupe skr. *jñ, j-* ne pouvait garder sa prononciation palatale ; cette impossibilité a facilité la différenciation des deux continues, et le groupe a abouti à *dñ*.

c4.s3.t4.32

Le marathe est la seule des langues indo-aryennes qui possède ces particularités de prononciation. Mais il les partage avec les langues d'autres familles qui lui sont contiguës à l'Est : le telugu, et le koi, langues dravidiennes ; probablement le kurku, dialecte kolarien (*v. L. S. I., Muṇḍā and Dravidian lang., p. 169, 478, 586*).

c4.s3.t4.33

Par ailleurs elles sont sans conséquence pour l'histoire ancienne de la langue, et dans cet exposé on peut considérer le groupe des palatales comme unique.

c4.s3.t4.34

*c*

c4.s3.t4.35

§ 101. A l'initiale, *c* représente skr. *c* dans *cakvā* (*cakravāka-*), *citā* (*citraka-*), et dans un grand nombre d'autres mots qu'on verra au lexique ; skr. *cy-* dans *cavṇeṃ* (*cyav-*). — L'enclitique *-c*, v. mar. *-ci* a été traité comme un mot indépendant : en guzrati et en sindhi au contraire la même particule a évolué en s'arrêtant au stade sonore *-j* (*v. L. S. I., Raj., p. 59*).

c4.s3.t4.36

A l'intérieur ou à la fin du mot *c* représente skr. *c* après nasale : *camcarṇeṃ* (*cf. cañcarin-*), *camcal* (*cañcala-*), *comc* (*cañcu-*), *pāṃc* (*pañca*), *lāṃc* (*lañcā*), *saṃcarṇeṃ* (*saṃcaraṇa-*), *sāṃc(ā)* (*saṃcaya-*), *siṃcṇeṃ* (*siñc-*). Cf. *kilac kilic* (*deçi kiliñci*). Le mot *māc* : *mamci* est obscur et peut remonter aussi bien à canar. *maccu* qu'à skr. *mañca-*.

c4.s3.t4.37

Dans la même position *c* remonte à pkr. *cc*, c'est-à-dire à : skr. *cc* dans *uṃc* (*ucca-*), *ucāṭ* (*uccāṭana-*), *oṃcā* (*uccaya-*), *kācrā* (*kaccara-*), *cūṃc* (*cuccu-*); skr. *cy* dans *khacṇeṃ* (*khacya-*), *rucṇeṃ* (*rucya-*), peut-être dans *micakṇeṃ* ; skr. *ty* dans *kāc* (*kṛtyā*), *nācṇeṃ* (*nṛtya-*), *sāc* (*satya-*), prob. *aḍic* (*ardha- *irtya-*); peut-être skr. *ty* dans *romcṇeṃ* (*rac. ruṭ-*); skr. *rc* dans *āṃc* (*arci-*), *kumcā* (*kūrca-*).

c4.s3.t4.38

Dans les composés avec *niḥ-* dont le second terme commence par *c*, le résultat est non *ch*, mais *c* : ainsi *nicarṇeṃ* *ṇical* *nicint*. Peut-être y a-t-il eu substitution du préfixe *ni-* à *niṣ-*, peut-être le sens a-t-il aidé à la conservation du mot simple (cf. *niṣ-* > *nik-*, § 89 ; v. aussi l'observation de Pischel au sujet de pkr. *ṇahaara* et *harianda* au § 301) :

c4.s3.t4.39

Ailleurs *c* est récent comme dans *maccā* (*madh-cā*) ou appartient à un mot emprunté, soit au sanskrit (*amcavṇeṃ* *kā(ṃ)c* *vācṇeṃ*) soit à d'autres langues (p. ex. *upakharc* composé d'une préposition sanskrite et d'un mot arabe). Dans ce dernier cas *c* transcrit souvent *ch* des langues congénères : cela tient à ce que *ch* n'existe pas normalement en marathe ; le fait est évident dans *kā(ṃ)cyā* où *y*, destiné à noter une prononciation palatale qui n'est pas usuelle en marathe, dénonce l'emprunt ; *kā(ṃ)cyā* (*kaccha-*), *kaḍcī* (*d. kaḍacchū*) sont des emprunts qui doivent s'interpréter exactement comme *amgochā* *ucchāv* *guch* *chabilā* *chāvḍā* *chāvā* *chavṇī* *pamchi* etc. Seul *vimcū* *vimcṇī* (*vṛccikā*) est ancien : la forme sans aspiration, déjà notée par Hemacandra, est propre au marathe ; elle est d'ailleurs inexplicable.

c4.s3.t4.40

Quant à *cultā* et aux mots de la même famille où l'on attendrait une aspirée (skr. *kṣudra-*), ils forment un groupe où l'hésitation est ancienne et doit s'expliquer en dehors du marathe ; voir Wackernagel, § 116 c et Pischel, § 325.

c4.s3.t4.41

s* (pkr. *ch*).

c4.s3.t4.42

§ 102. En sanskrit *ch* n'est pas de par son origine l'aspirée correspondant à *c* : c'est en réalité le substitut d'anciens groupes consonantiques simplifiés selon la formule généralisée en moyen indien (v. Wackernagel, § 131 et suiv.). De là vient qu'en sanskrit déjà *ch* était toujours géminé à l'intervocalique, et que ce phonème n'a subi ni en prākrit ni en marathe aucune altération dépendant de sa place dans le mot : il n'y a en marathe qu'un traitement de *ch*, qui est celui des initiales et des géminées.

c4.s3.t4.43

En marathe, pkr. *ch* s'est confondu avec la sifflante *s* (*ṣ* devant voyelle palatale). La même évolution s'est produite indépendamment dans divers dialectes : le cas le plus connu est celui du bengali vulgaire (voir Beames, I, 218-219 ; cf. Ch. Eliot J. R. A., S., 1910, p. 1171 note, et L. S. I., Bengali, p. 28) ; on en retrouve des traces en hindi occidental en rajasthani et en guzrati (v. L. S. I., Rajasth., p. 20, 330); en assamais l'évolution n'est pas sûrement identique : *s* y représente toute palatale sourde (Grierson, *Phon.*, p. 3-4) ; c'est aussi le cas de certains dialectes à l'intérieur même du marathe (voir *Survey*, p. 147, 151-152; cf. 161) ; la même confusion se produit en singhalais : mais cela tient à ce que cette langue a perdu toutes les aspirées (v. Geiger, § 23, 1).

c4.s3.t4.44

L'hésitation entre les prononciations remonte assez loin dans le passé. Les inscriptions orientales d'Açoka écrivent *cikisā* au lieu de *cikcchā* le mot correspondant à skr. *cikitsā* (v. O. Franke, *B. B.*, XXIII, 177-178) ; le Bouddha qui s'appelle en sanskrit *Krakuchanda* a pour nom en pali *Kakusanda* ; le pali encore transcrit skr. *kṛcchra-* par *kasira-* ; plus tard Hāla écrit indifféremment *māussiā* (*mātṛ[sva]sṛkā*) et *māucchiā* (Pischel, § 148) ; Hemacandra admet l'équivalence des formes *pumchai* *pumsai* *pusai* (skr. *proñch-* *poñch-*), et pour la deçi celle de *kasso* et *kaccharo* (skr. *kaccara-*?). Il faut noter enfin l'équivalence *kacyapa-* : *kacchapa-* (m. *kāmsav* s'explique également bien par l'une et l'autre forme). Ces faits doivent être distingués de ceux qui s'expliquent par l'alternance indo-européenne *k-* : *sk-* (Wackernagel, § 230), à savoir les cas où le pali et le prākrit répondent à skr. *ç* par *ch* (Pischel, § 211) : ainsi skr. *çakṛt-* *çava-* *çāpa-* : pali *chaka-* *chava-* pkr. *chāba-* ; skr. véd. *çepa-* : Tait. Samh. *parucchepa-*, pali pkr. *chepa-* ; skr. *çāna-* : deçi *chāṇa-*).

c4.s3.t4.45

§ 103. *s* marathe, provenant de pkr. (*c)ch*, correspond à : skr. *ch* initial dans *sal* (*chala-*), *sāṃdṇem* (*chard-*), *sāvḷi* (*chāyā*), cf. *osvā* (*avacchada-*), *çimk* (*chikkā*), *suṭṇem* *soḍṇem* (rac. *chuṭ*) cf. *soṇem* ; *çemḍaṇem* (*chind-*; cf. *çimḍaḷ*), *çeṇ* (*chagaṇa-*), *çev* (*cheda-*), *çelḍūṃ* (*chagala-*); skr. *cch-* intérieur dans *usaḷṇem* (*ucchal-*), *kās* (*kaccha-*), *kāṃsav* (*kacchapa-*), *ṭuçi* (*tuccha-*), *pusṇem* (*prcch-*), *pusṇem* (*proñch-*); ajouter *asṇem* (pkr. *acchai*, rac. skr. *as-*); skr. *chr* dans *usāṇ* (*ucchrayaṇa-*); skr. *chv* dans *usāsā* (*ucchvāsa-*); skr. *thy* dans *umās* (*unmathya-*); skr. *ts* dans *sarū* (*tsaru-*), *vāṃsrūṃ* (*vatsa-*); skr. *tsya* dans *māsā*, *māsḷi* (*matsya-*); skr. *ps* dans *āsare* (*apsaras-*);

c4.s3.t4.46

§ 104. skr. *kṣ*. — Ce cas demande une étude spéciale. En effet

c4.s3.t4.47

skr. *kṣ* est représenté en prākrit non seulement par *kh* (v. § 95, 96) mais par *ch* et *jh* ; ce dernier traitement, qui correspond à une origine particulière de skr *kṣ*, sera examiné plus bas (§ 107). Quant aux deux premiers ils semblent s’équivaloir, et depuis le pali jusqu’aux langues modernes, il n’est guère de dialecte où ils ne soient représentés concurremment, souvent dans les mêmes mots ; le traitement *ch* remonte assez haut dans le passé pour avoir été noté dans certaines graphies de l’Atharvaveda (Wackernagel, § 135 b), et d’autre part on trouve déjà dans le Mahābhārata *kheṭa-* « village », doublet probable de *kṣetra-*. Dès lors toute hypothèse tendant à rendre compte par l’étymologie de la répartition des traitements *kh* et *ch* semble vouée à la fragilité : c’est en particulier le cas de l’explication proposée par Pischel dans sa grammaire, et qui trouve en face d’elle trop d’exemples contraires et des doublets trop nombreux pour pouvoir être admise (Pischel, § 318 à 321 ; cf. Geiger, § 16). Il est au contraire quelques indices qui tendraient à faire soupçonner à l’origine une répartition dialectale.

c4.s3.t4.48

On a remarqué depuis longtemps que dans le prākrit épigraphique *kh* était le représentant constant de skr. *kṣ* dans les inscriptions orientales, *ch* dominant au contraire au nord-ouest et à l’ouest (O. Franke, *Pali und Sanskrit*, p. 118 ; T. Michelson, *J. A. O. S.*, 1910, p. 88 ; sur une graphie spéciale de *ch* dans les textes en kharoṣṭrī, v. A. M. Boyer, *J. As.*, 1911, I, p. 423-430). D’autre part le traitement unique dans les fragments de drames bouddhiques publiés par M. Lüders est *kh* : or ces fragments sont rédigés dans des dialectes orientaux ou centraux. Enfin on sait que les grammairiens postérieurs attribuent à la māgadhī la graphie *sk* ou *ṣk* en position intervocalique (Pischel, § 324) ; quelque opinion qu’on se fasse au sujet de la valeur réelle et de la date de cette graphie (v. Lüders, *Bruchstücke*, p. 37 ; cf. Meillet, *Bull. Soc. Ling.*, 1911, p. XLIV), elle confirme le caractère oriental du traitement guttural. Inversement les langues modernes de l’extrême nord-ouest s’accordent encore aujourd’hui avec les textes en kharoṣṭrī : le correspondant à peu près unique de skr. *kṣ* y est *ch* (v. Grierson, *Piç. lang.*, p. 94 ; cf. Beames, I, p. 312).

c4.s3.t4.49

On est donc amené à supposer l’existence à date ancienne d’une répartition dialectale des traitements *ch* et *kh* de skr. *kṣ*. Auquel des anciens groupes se rattache le marathe ? Cela est difficile à dire, car en marathe comme dans le reste des langues prākritiques les mélanges et les doublets abondent (cf. Beames, I, 309-310 ; Grierson, *Phon.*, § 77, 81). En attendant une analyse détaillée portant sur chacune des autres langues, il faut se contenter d'indices.

c4.s3.t4.50

On sait que le singhalais s'accorde souvent avec le marathe : or dans cette langue, où les traitements sont aussi mélangés qu'ailleurs, le seul exemple que cite Geiger comme s'écartant à la fois du prākrit et du pali est un exemple de *s* < *ch* (*Lit. u Spr. der Singhal.*, § 16, 3). D'autre part la māhārāṣṭrī classique opposait aussi en plusieurs cas *ch* à *kh* des autres dialectes (Pischel, *Hemacandra*, II, p. 60, cité par Geiger, § 16, note 3). De même, l'analyse des exemples du marathe et du guzrati donne un résidu minime de mots où skr. *kṣ* est représenté par *s* (en guz. *ch* ou *s*) : on distingue en effet :

c4.s3.t4.51

1º les mots où *kh* est commun au marathe et aux autres langues prākritiques : ils forment la majeure partie des exemples donnés aux §§ 95 et 96.

c4.s3.t4.52

2º les mots où *s* du marathe correspond à *s* ou *ch* des autres langues ; ceux-ci sont rares : *rīṃs* (*ṛkṣa-*), *surā* (*kṣura-*), *tāṣṇem* (*takṣ-* ; ce mot n'existe que dans les dialectes occidentaux) ; *sahā* (*ṣaṭ-*) a sa place ici, car il remonte par le moyen indien *cha-* à un indo-iranien **kṣakṣ*, cf. zd *xšvaš* (v. Meillet, *Revue slavistique*, V, p. 160). Il faut ajouter *mācī* (*makṣikā*), dont le *ch* se retrouve dans les autres langues à côté de *kh*, et *saṇ* (*kṣaṇa-*) qui dans le sens de « fête » où il est conservé en marathe a *ch-* depuis le prākrit et dans tous les dialectes, le type de pkr. *khaṇa-* étant réservé au sens de « moment » ; dans ce dernier sens le mot manque au marathe. — Le mot *khār* (*kṣāra-*) faisait partie d'un ancien groupe du même genre : on trouve partout *khār* spécialisé dans le sens de « sel alcali », *chār* dans celui de « cendre » : ce dernier mot manque au marathe et y a été remplacé par *rākh*.

c4.s3.t4.53

3º les doublets marathes dont les deux termes se retrouvent dans d'autres dialectes.

c4.s3.t4.54

skr. *akṣa-* ; *āṃkh* à côté de *āṃs* (le mot est rare et ne se retrouve qu'en guzrati ; pour skr. *akṣi-*, le singhalais a les deux formes ; partout ailleurs *kh*).

c4.s3.t4.55

skr. *kakṣa-* : *kākh* (= g. h. b. o.) et *kāṃs* (= s. pj. sg. h.).

c4.s3.t4.56

skr. kukṣi- : kukhāvart (mot demi-savant ; kh en g. s. pj. h.) et kūs (= s. sgh.).

c4.s3.t4.57

Le doublet khāl (= g. s. tsig. h.) : sāl (g. s. h.), dont le prototype sanskrit manque, est d'un autre genre : les mots pkr. challī, khallā semblent se ranger en face de skr. carma, kṛttiḥ comme lat. scortum en regard de corium, cortex.

c4.s3.t4.58

4º enfin, les mots où le marathe, généralement d'accord avec le guzrati, a le traitement ch > s à l'encontre des autres dialectes :

c4.s3.t4.59

ūs (skr. ikṣu- ; s en guz. et maldiv. ; kh en pj.).

c4.s3.t4.60

taraṃs (skr. tarakṣa- ; s en g., kh en pj.).

c4.s3.t4.61

cet (skr. kṣetra- ; toutes les autres langues ont kh).

c4.s3.t4.62

En réalité kūs (kukṣi-) cité plus haut devrait se ranger ici, puisque kukh- n'existe que dans un mot isolé et demi-savant ; peut-être faudrait-il ajouter aussi visaḷṇeṃ (vi-kṣal-) et suṃḍṇeṃ (pkr. chuṇḍ-, sans doute apparenté à skr. kṣud-), mais je n'ai retrouvé ces mots qu'en guzrati où ils ont ch.

c4.s3.t4.63

Malgré l'exiguïté de ce résidu, les données qu'il fournit sont si précises et concordent si bien avec celles qu'on tire d'une part du prākrit, de l'autre des langues étroitement voisines du marathe comme le singhalais et le guzrati, qu'on est en droit de rattacher le marathe au groupe occidental où skr. kṣ aboutissait normalement à ch (exception faite, naturellement, des cas où il correspondait à pkr. jh, v. § 107).

c4.s3.t4.64

j

c4.s3.t4.65

§ 105. A l'initiale, j remonte à pkr. j issu de :

c4.s3.t4.66

skr. j dans jaḍ (et jaṭ ; skr. jaṭā), jaḍ (jaḍa-), jaṇ (jana-), jaḷ (jala-) jaḷū (jalaukā), jāī (jāti-), jāgṇeṃ (jāgrat-), jāṃgh (jāṅghā), jāṇṇeṃ (jānāti, rac. jñā-), jān(i)vasā (ianya-), jā(ṃ)pṇeṃ (jalp-), jāṃb (jambu-), jāṃbhaḍ (iambha-), jā(ṃ)vāī (jāmātṛ-), jāl (jāla-), jiṇeṃ (jīv-), cf. jī et jiv (jīva-), jirṇeṃ (jīrya-), jireṃ (jīraka-), jībh (jihvā), juṇā (jīrṇa-), je (jaya) ;

c4.s3.t4.67

skr. jy dans jeṭh jeṭhā (jyeṣṭha-), joṭī (jyoṭiṣika-) ;

c4.s3.t4.68

skr. jv dans jar (jvara-), jāl jāḷṇeṃ (jvāla-, jvalana-) ;

c4.s3.t4.69

skr. dy dans juvā (dyuta-), jov jopāvṇeṃ (dyota-) ;

c4.s3.t4.70

skr. y dans jamṇeṃ (yam-), jar (yarhi), jav (yava-), jāṃv (yāvat), jas (yaças-), jāū (yātṛ-), jāṇeṃ (yā-), jānhaveṃ (yajñopavita-), juī (yūtika-), jumpaṇeṃ (rac. yu-), jumval jūḷ (yugala-), jū (yūta-), jūṃ jumv (yuga-), jogā (yogya-), jot (yoktra-), joḍ- (rac. yuṭ-) ; les semi-tats.

c4.s3.t4.71

jatan (yatna-), jūg (yuga-). — Fait exception unique le mot ūm : en regard de skr. yūka- la decī a déjà ūā ; tous les autres dialectes ont le j initial attendu.

c4.s3.t4.72

§ 106. A l'intérieur du mot, j représente skr. j après nasale : gāmja (gañjā), pāmjar (pañjara-), bhāmjem (bhañj-), bhijjem (abhyañjana-), vijnā (vyañjana-) ; exceptionnellement skr. ñc dans kuñji (kuñcikā) v. § 82.

c4.s3.t4.73

Il remonte à pkr. jj issu de :

c4.s3.t4.74

skr. jj dans kājal (kajjala-), bhājjem (bhrajja-), lāj (lajjā), sajjem (sajja-) ; cf. ujāgar (ujjāgara-) ;

c4.s3.t4.75

skr. jñ dans sāmjem (samjñā), paij (pratijñā), en regard du traitement ṇ de paiṇ, āṇ (ājñā) ; le prākrit admettait déjà ṇṇ à côté de jj (Pischel, § 276) ; de même l'hindi a sān et an à côté de paij.

c4.s3.t4.76

skr. jv dans ujāl (ujjvala-) ;

c4.s3.t4.77

skr. jy dans vaṇjār (vāṇijya-) ;

c4.s3.t4.78

skr. rj dans khaj (kharju-), khajurī (kharjūra-), gājjem (garjana-), bhoj (bhūrja-), māmjar (mārjara-), mājjem (mārjana-), peut-être oj (ūrjas-) ;

c4.s3.t4.79

skr. bj dans khujā (kubja-) ;

c4.s3.t4.80

skr. dy dans āj (adya), ujaviṇem (udyāpana-), khājem (khādya-), khijjem (khidya-), nipajjem (niṣpadya-), pāj (padyā), māj (madya-), vājjem (vādya-), vijū (vidyut-) ;

c4.s3.t4.81

skr. ry dans ājā (ārya-), kāj (kārya-), bhāj (bhāryā) ;

c4.s3.t4.82

skr. yy dans çej (çayyā) ;

c4.s3.t4.83

skr. y dans les passifs en -(i)je (skr. -yate) ; dans dej (deya-), pej (peya-) et peut-être bhemj(h)ūḍ (bheya-) ; dans dujā, tij (dvitīya-, tṛtīya-). Ce cas se ramène en réalité aux précédents. Dans les passifs et les formations qui s'y rattachent le -jj- prākrit qui remplace skr. -y- (Pischel, § 535, 571, 572) s'explique non pas sans doute par l'influence de l'accent comme le voulait Pischel (§ 91), mais par l'extension analogique des cas où jj était régulier comme dans chijjai, bhajjai, bhijjai, bhujjai (v. Pischel, § 546). Dans le cas de dvitīya- tṛtīya- on serait tenté de supposer la substitution du suffixe -yya- à -ya- : ce suffixe très rare en sanskrit classique (p. ex. çayyā en regard de çaya-) est au contraire assez vivant en védique (v. Whitney, Skrit gramm., § 1216 e, 1218) : faut-il admettre qu'ici encore le prākrit se rattache à la langue védique en se séparant du sanskrit classique ?

c4.s3.t4.84

Dans ujū (pkr. ṛju-), j intervocalique s'est maintenu au lieu de tomber. Le prākrit notait déjà ujju-, qui ne paraît pas un tatsama. Le redoublement de j intervocalique provient peut-être, suivant une explication que me suggère M. Meillet, de ce que r avait à l'initiale un traitement spécial du type *r- : dès lors skr. rju- aboutissait régulièrement à pkr. ujju- par l'intermédiaire *urju-.

c4.s3.t4.85

La prononciation dentale de j explique partiellement les confusions du type māṃdūs pour skr. mañjūṣā ; khād « démangeaison », pour khāj (skr. kharju-) a pu être influencé par les mots de la famille de khad- « manger » ; quant au groupe gāṃdṇeṃ : gāṃj-ṇeṃ « tourmenter » il est obscur : le sens de skr. gañjana- « mépris » est trop éloigné pour qu'on attribue aucune valeur au rapprochement : peut-être ne s'agit-il pas d'un doublet phonétique, mais de deux formations différentes de la famille de skr. gada- « maladie » ; dans ce cas pkr. gejja-, gāgejja- devraient être séparés de cette famille.

c4.s3.t4.86

jh

c4.s3.t4.87

§ 107. Ce phonème est rare en sanskrit : il y apparaît dans des mots sans étymologie ou de nature nettement prākritique (Wackernagel, § 141). Il s'isole donc de j comme ch se séparait de c. En prākrit jh représente skr. hy et dhy ; de plus il correspond à skr. kṣ et semble se rattacher à un dialecte indépendant du sanskrit qui aurait conservé la sonorité d'un groupe gutturale aspirée + spirante de l'indo-européen ; du reste la plupart des mots cités par Pischel au § 326 sont sans étymologie sûre. Quoi qu'il en soit, jh du marathe continue pkr. jh ; de plus il apparaît dans un certain nombre de mots attestés à date basse en deçī, en apabhraṃça, et d'ailleurs d'origine inconnue, peut-être purement locale (voir les ex. de jh- initial au lexique). — Là où sa valeur est claire jh représente :

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