L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v2.c14.s2: Chapitre XI. Les castes moyennes
L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v2.c14.s2
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- French
Contents
- v2.c14.s2.t1 § I. Les « Maîtres de maison » — 50 parts
- v2.c14.s2.t2 § II. Le génie des richesses — 72 parts
- v2.c14.s2.t3 § III. La fée aux enfants — 30 parts
- v2.c14.s2.t4 § IV. Le couple tutélaire — 35 parts
- v2.c14.s2.t5 § V. Les dii minores — 67 parts
Chapitre XI. Les castes moyennes
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Cette distinction entre les castes inférieures et supérieures, que nous avons vainement cherchée dans le costume des femmes, nous avons déjà dit qu'elle s'offrait aussitôt à nous dans celui des hommes. Nos bas-reliefs vérifient d'avance l'observation qui a été consignée par Yi tsing dans ses *Mémoires* : « Les laïques de l'Inde, fonctionnaires et gens de bonne condition, ont pour costume deux pièces d'étoffe blanche, tandis que les classes inférieures et les pauvres n'en ont qu'une¹ ». Le contraste, simple et précis — et d'ailleurs toujours vrai, — saute aux yeux : c'est, par exemple, celui qu'on relève aussitôt, sur le piédestal de la figure 440, entre les deux chefs de caravanes et ceux de leurs coolies qui s'empressent autour des chariots à bœufs. A la vérité ce double vêtement va rester désormais la règle jusqu'au sommet de la hiérarchie. Il en résulte que nous finirons à un certain moment par être tout à fait incapables de distinguer un riche bourgeois d'un grand seigneur, un *çresthin* d'un *ksatriya* (cf. plus bas, p. 178). Mais la caste, ou plutôt la classe moyenne des Vaiçyas, ce tiers état de l'Inde, composé des propriétaires des champs et des marchands des villes, comprenait justement toutes les conditions intermédiaires entre le bas peuple et la noblesse. D'un côté, par le petit commerce, il confinait aux gens de métiers manuels, de l'autre, grâce à ses opulents banquiers, il avait ses entrées à la cour des rois. Ni si haut ni si bas, nous voulons nous en tenir dans ce chapitre à la couche sociale de ces « maîtres de maison », boutiquiers du bazar ou gros fermiers des villages, à l'inépuisable charité desquels l'errante et mendiante Communauté a dû de pouvoir si longtemps subsister. Si l'on songe au rôle vital qu'avaient ainsi à jouer les upāsaka ou zélateurs laïques, on peut à bon droit espérer entrevoir sur les sculptures, qu'ils ont pour la plupart payées de leurs deniers, quelque chose d'eux et même des habituels objets de leurs croyances et de leurs pratiques religieuses.
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¹ Yi tsing, *loc.*, p. 67.
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¹ Voir dans RHYS DAVIDS, Dialogues, part II, 1, sur les traductions différentes que M. RHYS DAVIDS a données successivement de ce passage, voir les observations de M. OLTRAMARE dans R. H. R., juillet-août 1912, p. 116.
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Il ne faudrait pas croire en effet que, pour être devenus adhérents du Buddha et pourvoyeurs de ses moines, ces bons laïques eussent pour cela renoncé, ni même eussent été sollicités de renoncer à la foi commune. La conversion au bouddhisme entraînait quelques obligations nouvelles, elle ne nécessitait aucune espèce d'abjuration. Loin de professer aucune hostilité à l'endroit de la religion populaire, les textes se contentent de l'accommoder à leur propagande en faisant des dieux traditionnels — le seul Māra excepté — les premiers et les plus dévots adorateurs du Maître (1). En revanche, et comme par un échange de bons procédés, ils font celui-ci recommander leur culte aux fidèles en échange de leurs bienfaits : « car celui qui est aimé des dieux la bonne fortune devient son partage (2) ». Nous ne pouvons douter que chaque upāsaka n'ait ainsi conservé parmi les innombrables divinités de l'hindouisme, ce qu'on appelait son iṣṭa devatā, sa « favorite » et, pour ainsi dire, sa patronne, celle à qui recourir dans les circonstances tragiques comme en vue des besoins courants de la vie, aussi capable de le sauver des « huit périls » de mort (3) que de l'aider à retrouver les objets perdus. Il y aurait d'ailleurs de notre part quelque naïveté à penser que ces tutélaires déités fussent forcément celles dont les hymnes védiques nous ressassent les hyperboliques louanges. Dans l'Inde, comme ailleurs, on a vite fait de [Figure: FIG 345 — DONATEURS AVEC BRÛLE-PARFUMS (cf fig 137) Musée de Lahore n° 679 Largeur 0 m 26]
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² Encore les attaques de Māra sont-elles, selon le veut une manière d'hommage à l'avènement du Buddha, Mahavagga, VI, 28, 11; Mahaparinibbana-sutta, I, 31. Au sujet des deux
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³ Sur les « huit périls » cf. Icon. bouddh., I, p. 144, n. 2.
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[Figure: FIG 346 — DONATEURS AVEC VASE Musée de Peshawar Provenant de Takht-i-Baha (908) D'après une photogr de l'Archæol g al Survey]
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découvrir, pour peu qu'on y regarde de près, sous le manteau de la religion établie, quantité de superstitions plus ou moins orthodoxes Surtout il n'est pas de pays qui ait plus consciemment érigé en principe le fait naturel que chacun se crée des dieux à la mesure de son esprit et de son cœur. Dans le passage même que nous venons de citer, l'œil surnaturel du Buddha a bien perçu le mystère de cette constante adaptation entre le fidèle et l'objet de son adoration Regardant construire la future capitale de l'Inde, il remarque que sur les sites où résident les plus hautes déités, elles déterminent les plus grands personnages à s'établir, tandis que les déités de moyenne ou de basse condition en font autant pour leurs humains congénères (1). Ainsi en va-t-il toujours dans l'Inde : « Telle foi, tel homme », déclare la Bhagavad-Gita (2) La réciproque n'est pas moins vraie. « Dis moi qui tu es et je te dirai qui tu adores », ou du moins serait il possible de le deviner en gros, pour le détail des devotions les plus répandues et de leurs objets, ce sera aux images conservées de nous l'apprendre
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Sur les fidèles eux-mêmes, il semble a première vue que les documents doivent abonder. Dans presque toutes les scènes de la carrière du Bienheureux, en outre de ses deux appariteurs obligés, le Vajrapâni et le moine chargé de représenter la Communauté (3),
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(1) Mahavagga, VI, 28, 7 et 8, Mahaparinibbana sutta, I, 26 et 28 De ces génies domestiques on peut encore rapprocher le Yaksa « gardien de maison », cité dans Une traduction chinoise de la Jataka-mala (R H R, XLVII, 1903 p 318), la devata qui demeure au-dessus du quatrième porche de la maison d Anathapindika dans le préambule du Jataka n° 40 et le deva du monastère dans le Sutrilankara, trad Huber, p 387 388, etc
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(2) XVII, 3 Io yacchrad thah sa eva s ih It le texte explique « les réalistes (sattvika) adorent les dieux les passionnes (rajasa) les génies (laksas et Râksasas), les âmes obscures (tamasa) adorent les fantômes (Prêtas) et les mauvais esprits (Bhutas) » On ne saurait plus clairement répartir entre les trois grandes catégories humaines les trois ordres de cultes Nous ne ferons pas autre chose ci-dessous, cf p 102 et suiv
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(3) C est cette constante association qui, dans l article cite, II, p 48 n 1 a fut émettre à M J Ph Vogel l hypothèse que cette tria le Vajrapâni represen tait le Dharma, la Doctrine il nous est tout au plus apparu plus haut (p 63) comme un futur Dharma pala ou Protecteur de la Loi les zélateurs laïques se pressent autour de sa personne sacrée Mais il faut le dire, bien que ces upāsaka appartiennent à toutes les classes de la société, ils adoptent le plus souvent un aspect uniforme et conventionnel Assurément pour nous fournir des types sincères, et même réalistes, nous pouvons compter sur la pittoresque fantaisie de ces têtes de chaux à qui nous devons déjà des caricatures si pleines de verve (fig 308-312) Malheureusement elles se présentent pour la plupart sous forme de fragments que nous ne savons à quoi rattacher, en tout état de cause, elles auraient besoin, pour être sûrement attribuées, du contrôle plus explicite des bas-reliefs Pour trouver sur ceux-ci d'authentiques images de ces marchands qui faisaient vivre la secte et qui même avaient été les premiers — glorieux titre pour une âme croyante — à offrir quelque nourriture au Buddha parfaitement accompli, serons-nous donc justement réduits aux représentations si rares des prototypes légendaires de leur confrérie, Trapusa et Bhallika (cf I, p 415 et fig 440)? C'eût vraiment été de la part des sculpteurs une noire ingratitude et une insigne maladresse que de refuser à leurs bailleurs de fonds la sorte d'immortalité dont ils disposaient Ils n'ont eu garde de commettre pareille faute Non contents de les croquer sur le vif dans les coins et comme en marge de leurs œuvres — stèles, pignons de stūpa, ou piédestaux de statue — ils sont allés parfois jusqu'à les installer aux meilleures places, de chaque côté des plus saintes icones, car, non plus que nos artistes anciens ou modernes, ils n'ignorent la façon de flatter l'amour propre de leurs clients Nous leur en tiendrons d'autant moins rigueur que, par ce biais, nous sommes en droit d'attendre d'eux, outre les renseignements mythologiques dont nous parlions il y a un instant, des informations d'ordre ethnographique
§ I. Les « Maîtres de maison »
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LES DONATEURS — Le caractère votif de nos sculptures, aisé à déduire de leur destination religieuse et d'ailleurs attesté par nombre d'inscriptions, devait fatalement entraîner — et suffit par suite, pour des raisons tirées de l'humaine nature, à expliquer — l'apparition sur elles des *dānapati*, des « maîtres du don », ou, comme nous disons nous mêmes, des donateurs¹. Nous n'insisterons donc pas sur le caractère classique de cette innovation mais il semble qu'on puisse suivre, en voie de progression croissante, l'audace des artistes et l'intrusion des pieux amateurs. Tout d'abord les premiers n'osent figurer les seconds que dans des scènes de culte plus ou moins directement copiées de la vie réelle. Ils les montrent par exemple sur le piédestal d'une statue, dans l'acte de l'adorer en faisant, selon la coutume, brûler de l'encens ou une lampe² à ses pieds (cf. fig. 137 et 344), ou bien ils les placent debout dans des attitudes respectueuses de chaque côté soit d'un temple (fig. 345), soit du vase à aumônes du Maître, qu'il leur était loisible de vénérer ainsi chaque jour à Pèshawar (fig. 211 et piédestal des statues des planches I et II, cf. I, p. 420), à moins qu'ils ne préfèrent les agenouiller devant l'ancien turban du Bienheureux (fig. 186), comme Hiuan tsang l'a encore vu faire dans la ville capitale du Honkan³. Ailleurs, et notamment sur nombre de représentations du « grand Miracle » de Çrâvastî, il nous est impossible de déterminer si nous avons affaire à un marchand gandhârien et à sa femme ou à ce couple bourgeois du pays de Koçila, Lûhasudatta et son épouse «la mère de Rddhila», qui jouent un rôle dans l'histoire(1) Tel est par exemple le cas sur la figure 79 pour les deux orants debout qui encadrent le lotus magique qui sert de siège au Bienheureux Sur les figures 76 et 407 où ils sont agenouillés dans la partie inférieure de la stèle, les présomptions sont déjà en faveur de l'hypothèse des donateurs Celle-ci devient
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¹ Nous sommes heureux de nous trouver d'accord sur ce point avec M. J. Ph. VOGEL, *A. S. I., Annual Report 1903-1904*, p. 256.
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² Sur les figures 293, 294 et 439 il s'agit visiblement d'une lampe dont un modèle portatif très élaboré (cf. notre figure 22) se retrouve dans les mains de plus d'un donateur de Turfan (par exemple *Id. kutzchart*, pl. VI) mais les figures 137 et 344 donnent l'en plutôt s'il est permis de s'en fier aux proportions l'impression d'un brûle-parfums — On peut remarquer que le l'encensoir portatif que M. J. Ph. VOGEL a reconnu dans la main du donateur d'une statue d'Lahore (n° 65 cf. *A. S. I., Annual Report 1902-1903*, pl. LVII a) se retrouve aussi en Asie centrale.
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³ *Ree*, II, p. 254.
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¹ Cf J I jan f 1909 p 30-31
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FIG 38 — DONATEURS AVEC «GRAND ONCLE»
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Collection privée. Provenant du Swat. Hauteur 0 m 1,5
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presque une certitude pour les orants de la figure 346 Enfin aucun doute ne subsiste plus en ce qui concerne les sept personnages qui — non sans accuser la différence des rangs par l'infériorité de leur taille — encadrent sur le soubassement de la figure 77 la série des sept derniers et du prochain Buddhas
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Mais ce sont surtout les prétendues «scènes d'adoration» dont nos sculpteurs ont exploité le caractère vague et neutre pour mettre leurs clients sur un pied de familiarité de plus en plus grande avec le Maître Nous nous sommes déjà expliqué plus haut sur les origines d'une partie de ces scènes (cf. I, p. 426) : si c'est un Buddha qui trône au milieu, elles relèvent, à notre avis, du fameux épisode de l'adhyasana ou « invitation » à la Prédication. Si au contraire le personnage central est un Bodhisattva, elles se rapportent à un autre épisode sur lequel nous nous reprochons de n'avoir pas suffisamment insisté en son temps, le samcodana ou « instigation » (1) au Grand départ. Des succédanés de l'une et l'autre scène sont par exemple réunis sur un piédestal de Calcutta (fig. 347) comme sur les deux compartiments supérieurs d'un pignon de Lahore (fig. 47) : mais la seconde est plus fréquente que la première. Ici encore il y a des degrés dans la liberté grande qu'a prise le sculpteur. Sur le fameux piédestal inscrit, dit de Hashtnagar (fig. 479), non seulement l'ordonnance générale à trois personnages de l'instigation a été respectée, mais, comme nous verrons plus bas (chap. XII), nous sommes bien véritablement en présence des dieux Indra et Brahmā encadrant le Bodhisattva; le donateur, simplement introduit en surnombre par la gauche, ne fait qu'assister à la scène en spectateur édifié. Mais bientôt les clients assument sans vergogne le rôle des dieux; il est clair qu'Indra et Brahmā ont dû leur céder la place sur l'adhyasana de la figure 347 b comme sur le samcodana des figures 347 a, 348 et 456 (cf. A.S.I., Ann. Rep. 1903-1904, pl. LXVII, 1 et 2). Désormais, tout comme sur les figures 77 et 346, voilà les donateurs placés sur le même plan que le Maître : encore se bornent-ils sur ces divers tableaux à ne fouler que la terre où nous vivons et sur laquelle le Bienheureux est descendu. Par une initiative plus hardie — mais aussi, semble-t-il, beaucoup plus rare — l'auteur de la figure 349 n'a pas craint de leur faire escalader le ciel des dieux Tuṣitas pour y adorer le Bodhisattva dès avant sa descente, alors qu'il est encore assis dans son paradis et sur son lotus natals (cf. fig 145 et I, p. 286)
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Il est à peine besoin de souligner à quel point ces simples rapprochements éclairent nombre de bas-reliefs autrement inexplicables. Ainsi seulement devient compréhensible la présence aux côtés du Bodhisattva céleste de la figure 349 au lieu des déjà accoutumés dorants laïques des deux sexes, ou près du Bodhisattva terrestre
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¹ Voir plus bas, p 220
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a b Fig 347 — DONATEURS AVEC GINST AT ON DU BODHISATTVA b INVITATION DU BUDDHA Musée de Calcutta. Provenant le Lor jân Tanga. Hauteur 0 m 2
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Fig 348 — DONATEURS AVEC GINST AT ON DU BODHISATTVA Moulage du Musée de Lahore d'après un original provenant de Cha sadda Hauteur 0 m 25
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de la figure 347 a l'apparition de deux moines alors qu'il ne saurait avoir encore fondé sa Communauté, double exemple d'énigmes qui demeureraient insolubles hors l'hypothèse des donateurs. Mais à vrai dire, l'existence de ceux-ci n'a nullement besoin, pour s'imposer, de cette contre-épreuve si décisive soit-elle. Il suffirait du témoignage de nos yeux. Il ne se peut pas que, par contraste avec l'uniformité des icones, nous n'ayons été frappés de la variété de leurs adorateurs. Visiblement la pierre corrobore les données des inscriptions votives sur la diversité et parfois aussi le nombre des souscripteurs. C'est ainsi que nous rencontrons non seulement des moines et des laïques (fig. 347 *a* et *b*) mais encore, dans le cas d'offrandes faites en famille, « les femmes et les enfants » ou « les frères et les sœurs » associés à la bonne œuvre. De tels groupes familiaux, avec les différences d'âge et de sexe, de types et de costumes qu'ils comportent, se présentent apparemment déjà sur les figures 137, 211, 346 et 349. Celui qui figure sur le soubassement de la figure 77 compte un nombre impair de membres : à qui connaît le goût de nos artistes pour la symétrie, ce seul trait apparaît déjà comme une preuve flagrante de son caractère réaliste et non décoratif. Parmi les sept orants, nous relevons un moine, trois zélateurs laïques, deux femmes et un petit enfant. Sur la figure 348 les membres de la parenté se balancent de façon plus harmonieuse. A la gauche du Bodhisattva se tiennent le père et la mère. La femme qui suit celle-ci est-elle l'aînée des filles ou une sœur ? Le moine qui, de l'autre côté, paraît stimuler la dévotion de son voisin, est-il leur directeur de conscience à tous, ou simplement l'aîné des fils ou encore leur oncle ? Nous ne savons : mais nous pouvons en tout cas compter au moins quatre garçons et deux filles, nombreux espoir d'une pieuse maison. Surtout il nous apparaît clairement que ces gens ont posé devant l'artiste exactement comme ils feraient de nos jours en face de l'objectif du photographe. Ce point acquis légitime nos recherches et justifie notre espoir en leur avenir.
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LES COSTUMES. — Déjà, en ce qui concerne leur aspect extérieur, nous pouvons arriver à une précision assez grande. Les textes énumèrent en effet les diverses pièces qui constituaient le vêtement tandis que les monuments nous apprennent la façon de les draper : libre à nous de contrôler les uns et les autres par l'observation des modes présentes — au moins dans les campagnes ou sur les népligés d'intérieur — restés plus fidèles aux commodes coutumes du passé. Le témoignage de Hiuan tsang se rejoint d'un côté avec celui de Yi-tsing, de l'autre avec ceux de Strabon ou d'Arrien pour confirmer la prédilection des Indiens à l'égard du blanc. Un point hors de conteste est que les deux pièces du vêtement indien n'étaient
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F 349 — DONATEURS ET BODHISATTVA DANS LE CÈLLE TU TAN (cf fig 45) Musée de Lahore n 856 Provenant de Jamal-Garhi Largeur 0m 33
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Rec I p 75 Yi tsing Rec p 67 Arrien Ind ca XVI Geogr xv 1 71 o Strabon fait justement observer que cela est contra re à ce qu'est l'autre part le leur goût pour les etoffes fleur es C'était la couleur des la ques par oppo- sit on à celle des mo es cf plus bas p 318 D vya ad p 160 Burnouf I trod p 180 n 1 et l'éd t d Açoka trouvé à Sârnâth près de Bénarès (Ep gr Ind ca t VIII p 168) Ces léts ls n intéressent d ailleurs pas la sculpture et nous aurons plus d une fo s à déplorer que la pe nture gandhârienne soit perd ue ni taillées ni cousues. On les employait dans leur forme rectangulaire, telles qu'elles sortent du métier. Ce sont celles que nous avons déjà décrites à propos du costume des femmes, le paridhāna (aujourd'hui dhoti) destiné aux membres inférieurs et l'uttarīya qui est le manteau ou châle (chaddar) jeté sur le torse (cf. fig. 350). Non seulement ce sont les mêmes vêtements que l'on voit aux personnages des plus anciens monuments de l'Inde centrale, mais la façon de les draper est souvent très analogue. Sur les jeunes gens de la figure 348 par exemple, le châle se réduit, comme à Barhut¹ aux dimensions d'une simple écharpe (cf. fig. 468, 469) pendant que leur dhoti, arrêtée au genou, forme par devant la même longue pointe, seulement moins artistement empesée à petits plis. Mais, en face d'eux, leur père porte un pagne descendant à mi-jambe (ἐπὶ μέσην τὴν κνήμην, comme dit fort bien Arrien) et un manteau assez ample pour envelopper au besoin tout le torse. C'est ce costume qui, comme nous le verrons, deviendra la règle pour les personnages de distinction que figurent nos statues, mais déjà nous le trouvons également porté par les deux marchands de la figure 440 et les chefs de famille de nos figures 345 et 349. A y regarder de plus près, on constate d'ailleurs, au moins sur les figures 346 et 348, que ni les bras ni l'épaule droite de ces personnages ne sont nus non plus que ceux de leurs compagnes, et il en faut conclure que dans la caste moyenne du Gandhāra, les hommes ne partageaient pas seulement avec les femmes les deux vêtements traditionnels de l'Inde, mais qu'ils leur empruntaient encore à l'occasion — sans doute pour l'hiver — le port d'une troisième pièce d'habillement qui nous est déjà apparue comme spéciale au Nord-Ouest, la tunique à manches².
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¹ Barhut pl. XXI XXII
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² Remarquons incidemment que par une exception à notre connaissance unique et qui ne s'explique que par la contamination du motif des donateurs, l'auteur de la figure 479 a été également cette sorte de veste à un dieu indien dans l'espèce à Indra.
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Cette dernière se voit à plein, avec ses larges pans coupés droit au dessus du genou sur la gauche de la figure 346 et les figures 351-353, et comme le personnage qui l'a endossée a enfilé en même temps une paire de pantalons il en résulte qu'il est vêtu d'une façon beaucoup plus voisine de nos habitudes européennes. Tou
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Fig 350 352 — Costumes de donateurs de et b re res
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F 350 Mus e de Calcu a Ha en om 55
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Fg 351 Mus mf Folke ku de B hn H u er on 9
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Fg 352 B h M s n Lo d es Hauteur o 95
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tefois nous n'avons pas à demander aux Gaulois ni aux Germains le secret de cet accoutrement. En leur qualité de grands voyageurs les pèlerins chinois n'ignorent pas que, s'il est totalement étranger à l'Inde il est fort répandu dans l'Asie occidentale et centrale. Tracez nous dit Yi-tsing¹ suivant la direction de l'Himalaya une ligne partant du Kaçmîr et traversant tout le continent jusqu'à la mer de Chine : au Sud de cette limite idéale, on s'habille en principe, sur la terre ferme et dans les îles¹, avec les deux vêtements non ajustés que nous avons décrits ci-dessus; mais à l'Ouest, en Perse, et au Nord, dans le Tibet, la Kachgarie et tout le Turkestan, « comme ces pays sont froids »², les gens portent toujours la blouse et la culotte ». C'est ce que confirment, pour l'époque dont nous nous occupons, aussi bien le costume des rois « indoscythes » sur leurs monnaies et de Kaniṣka sur la statue récemment découverte à Mathurâ, que celui de telle figurine de terre cuite trouvée autour de Khotan (fig. 527). Qu'il y eût déjà des gens de la Haute-Asie installés au Gandhâra, alors que florissait l'école gréco-bouddhique, c'est ce dont historiquement nous ne pouvons douter, non plus que de la conversion générale de ces envahisseurs au Bouddhisme. Nous ne saurions donc être surpris que leur costume apparaisse sporadiquement sur nos sculptures et soit notamment prêté à plus d'un donateur. Lors même que le caprice de l'artiste l'attribue, pour l'amour de la variété, à quelque héros de la légende, nous croyons le plus souvent entrevoir, au fond de cette fantaisie, quelque apparence de raison. Par exemple quand nous avons rencontré, ainsi figuré sous l'aspect d'un conquérant étranger, l'un des nobles prétendants aux reliques du Maître (fig. 294), il nous a semblé saisir dans ce trait une allusion au « roi du pays-frontière de l'Udyâna », qui passait dans la tradition locale pour en avoir obtenu sa part; et sur la figure 295, les chameaux ne nous avaient pas paru une monture moins bien appropriée à son voyage de retour (cf. I, p. 594). Du moins faut-il retenir le caractère nettement exotique de cet habillement comme de cet équipage: il est hors de doute qu'aux yeux des Indiens les braies suffisaient à dénoncer un *Mleccha*, exactement comme pour les Grecs ou les Romains elles dénotaient immédiatement un «Barbare».
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¹ Sauf naturellement celles des « indigènes nus », dans le golfe de Bengale.
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² Telle est aussi la raison pour laquelle on portait parfois, par-dessus le tout, une sorte de pelisse de fourrure, ainsi qu'il est clairement visible sur la figure 352. N'oublions pas non plus les lourdes bottes qui complètent ce costume.
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FIG 35 — ROI EN COSTUME BARBARE (PREMIÈRE MÉDITATION ?) Musée de Lahore, n° 105 Hauteur 0m 34
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LES TYPES — D'autres traits soulignent encore à l'occasion l'allure étrangère de certains personnages Tel est le cas de celui qui se tient debout à la droite du Bodhisattva¹ sur un curieux basrelief de Lahore (fig 353) Le tableau est malheureusement trop fragmentaire pour que nous puissions l'identifier avec sûreté, mais nous inclinerions à y reconnaître une « Première méditation » conçue selon la formule du *Buddha carita*, avec l'adjonction d'un moine, (cf I, p 341) Dans ce cas ce serait à Çuddhodana que l'artiste aurait ainsi imaginé de donner l'apparence d'un monarque « indo scythe » Ce qui est sûr, c'est que cette indéniable ressemblance est encore accentuée par la haute tiare pointue, qu'il lui prête après l'avoir empruntée à Vasudêva (pl V, 15 et 17) Mais il ne faudrait pas croire que cette sorte de bonnet persan — ou, comme nous disons, phrygien — fut toujours exécuté en joaillerie et exclusivement réservé aux rois Nous le retrouvons, fait de simple étoffe, sur des têtes détachées du musée de Lahore ou de Mathurâ (fig 354, 493), où il semble bien que le seul souci de figurer exactement quelque type réel de donateur ait guidé le ciseau ou l'ébauchoir de l'artiste(1) Une autre mode d'origine étrangère consiste dans le port de la moustache (cf fig 355 357, etc) d'occurrence fréquente au Gandhâra, au point qu'elle persiste parfois à se montrer jusque sur la lèvre supérieure du Buddha (cf fig 189, 210, 212, 326, etc), elle n'en contraste que mieux avec les faces toujours glabres des laïques de l'Inde centrale Quant à la barbe, lorsqu'elle décore le menton de simples mortels, elle paraît être restée dans le Nord Ouest, comme dans le reste de la péninsule, l'attribut spécial des ascètes brahmaniques(2) C'est peut être pour complaire sur ce point aux habitudes de ses sujets cis himalayens que Huviska a coupé le bouc hirsute de ses pères et se présente sur ses monnaies complètement rasé (pl V, 11), mais, d'autre part il faut admettre que les Gandhâriens, ou du moins les plus fashionables d'entre eux, s'étaient
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¹ Sur la gauche de *A V I*, pl 139 a on relève deux personnages analogues et semblant également offrir de la nourriture mais cette fois au Buddha Nous avons déjà cru y reconnaître une variante de l'of-frande de Trapusa et Bhallika (I p 415) L'artiste aurait il ainsi figuré les deux premiers fidèles laïques pour souligner leur caractère nomade et leur provenance lointaine? Ou serait-ce qu'il aurait en
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tendu le nom du second defigure en Ballika = Bactrien?
(1) On retrouve la même coiffure a Ajanta (p 430 pl 5 fig 9) — Sur Rohl cf A S I, t XIV p 24 et pl XIV
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(2) Cf plus bas p 255 et suiv La reserve faite sur les toures l'artues de saksas que nous avons déjà renc otre et dont le caractère exceptionnel autant que classique n'est plus à démontrer déjà plu à copier, en ce qui concerne la moustache, la mode de leurs satrapes parthes (¹) (fig. 368 et pl. IV, 17 et 19).
v2.c14.s2.t1.33
¹ Cf. P. GARDNER, Cat, d'une part pl XXVII, 9 et XXVIII, 9; d'autre part pl XV, 11 et XXIV, 7
v2.c14.s2.t1.34
Fig 354 357 — Types étrangers (*)
v2.c14.s2.t1.35
Fig 354 Musée de Lahore n° 166 Provenant de Rokhari Hauteur 0m 31
v2.c14.s2.t1.36
Fig 355 Musée de Lahore, n° 175 Provenant de Rokhari Hauteur 0m 23
v2.c14.s2.t1.37
Fig 356-357 Musée du Louvre, n° 98 et 99 Provenant de Shahba Garhi Hauteur 0m 07
v2.c14.s2.t1.38
En revanche, il ne semble pas que nous devions chercher quelque influence occidentale dans le fait que la plupart de nos upāsaka de type indien gardent la tête nue : nous verrions plutôt dans cet usage une marque de la relative humilité de leur position sociale. Rares sont ceux qui arborent le turban de cérémonie, et plus rares encore ceux qui le conservent au complet (cf. fig. 359). Pour les princes eux-mêmes, c'était là une coiffure de ville et non d'appartement (²). Aussi Hiuan-tsang a-t-il cru pouvoir énoncer cette règle générale que les Indiens « portent un petit nœud de cheveux sur le sommet de la tête et laissent pendre le reste ». C'est justement à cette mèche relevée sur le haut du crâne que se reconnaissent toujours les Hindous : et, si ceux d'aujourd'hui rasent volontiers le reste de leur chevelure, la remarque de Hiuan-tsang fournit une description fort exacte de celle de nos vieux donateurs, là du moins où le détail s'en laisse apercevoir d'une façon distincte (fig. 346 et 358). On verra non moins clairement sur tels fragments de Lahore (fig. 355) ou du Louvre (fig. 356-357) comment, chez d'autres, les cheveux étaient coupés en rond sur le front et tout autour de la tête, avec ou sans chignon (cf. fig. 348). On notera par ailleurs que les paysans (fig. 175 et 197) ne sont pas autrement coiffés. De quelque point de vue qu'on l'envisage, la classe où se recrutent nos donateurs s'étend bien sur toute la zone intermédiaire entre les petites gens et les grands seigneurs; ainsi s'explique l'extrême variété de leurs types, tant pimpants que modestes, tant indigènes qu'immigrés.
v2.c14.s2.t1.39
² Nous reviendrons plus bas (p 186), à propos des hautes castes, sur le détail de toutes ces questions.
v2.c14.s2.t1.40
De cette constatation il résulte d'abord que nous avons à présent toutes raisons de ranger dans cette catégorie l'immense majorité des têtes en mortier de chaux que les fouilles nous ont rendues, et dont le caractère extraordinairement vivant n'a pu manquer de nous frapper Il en découle encore, par voie de conséquence, que ce serait ici le lieu de traiter, si elle était mûre, la question du naturalisme dans l'école du Gandhâra car c'est justement à ces pittoresques documents qu'il faudra quelque jour
v2.c14.s2.t1.41
[Figure: FIG 358 359 TYPES INDIENS Fig. 358 Musée de Calcutta, P 11 Provenant de Peshawar Hauteur 0m 15 Fig. 359 Musée du Louvre, n° 72 Provenant de Shahbâ Garhî Hauteur 0m 17]
v2.c14.s2.t1.42
demander les éléments de cette étude Evidemment l'emploi d'une matière plus facile à travailler avait, comme il arrive toujours, donné naissance à une forme plus souple et plus libre de la plastique Sur ces têtes, si hardiment modelées, la gamme des expressions et des physionomies est, il va de soi, infinie, et c'est à peine si nos nombreuses reproductions en peuvent donner un faible aperçu¹ Par en bas, elle confine à la caricature nous avons aussi bien pu ranger à côté des parias et des démons de notre précédent chapitre les figures 311-312, l'une à cause de sa bouche largement ouverte, l'autre à cause de son gros nez épaté. Nous nous élevons d'un degré avec les faces si évidemment sincères et conformes à la nature des figures 354-359. Plus haut encore, il semble que nous touchions aux limites de l'idéalisation (fig. 360-363) : mais jamais les plus esthétiques de ces essais ne nous donnent l'impression du stéréotypé et du convenu. Tout apprêt est banni de l'air bon enfant de la figure 360, sinon des torsades de sa chevelure. Le fin profil de la figure 361, avec son nez légèrement aquilin, n'a rien d'académique. Sur les figures 362-363, la grâce légère des papillottes, pressées ou non d'une bandelette, s'unit à la longueur des yeux et à la lourdeur tout orientale de la paupière pour donner une nouvelle saveur aux types en apparence les plus classiques. Et sur la plupart de ces visages flotte un sourire, comme si l'artiste les avait créés en se jouant.
v2.c14.s2.t1.43
¹ Cf J I f f, 1858 pl 27
v2.c14.s2.t1.44
¹ Cf A. GRÜNWEDEL, Idikutschari, Desert Cathay, fig 270-272, Mission pl I, IV, XV, XIX XX, M. A. STEIN, PELLIOT, dans la revue de l'Art deco-Ancient Khotan, pl LXXXI-LXXXV et ratif, août 1910, p 49, etc
v2.c14.s2.t1.45
A ces remarques trop générales se borne pour l'instant tout ce que nous voyons d'essentiel à noter sur les figures « réalistes » du Gandhâra. Mais bientôt celles-ci ne manqueront pas de s'animer encore davantage par la comparaison avec les nombreuses têtes de même nature, récemment exhumées au Turkestan, et dont le moins qu'on puisse dire est qu'elles leur ressemblent comme des sœurs(1). Un seul trait, à vrai dire, les différencie de façon constante : tandis qu'au Gandhâra l'œil reste toujours profondément enfoncé sous l'arcade sourcilière, à la façon indo-européenne, dans toute l'Asie centrale il affleure le visage, à la mongole, si même il ne proémine pas légèrement. Sans doute cette divergence a pu aller en s'accentuant pour une raison technique : nous faisons allusion à la facilité avec laquelle ces faces aux lignes molles et empâtées, sans creux ni saillies, se prêtaient à une exécution mécanique au moyen d'un seul moule; et nous savons en effet que ce procédé, peu employé au Gandhâra où la main-d'œuvre artistique n'était pas rare (cf. I, p. 196), était au contraire devenu courant dans la Sérinde. Mais, la part de ces contingences matérielles une fois faite, il n'en reste pas moins que sous cette différence de facture se décèle une déviation du sens esthétique, régie à son tour par une dissimilarité de race. Cette première constatation n'est pas pour diminuer la valeur ethnographique que nous nous plaisons à attribuer à ces modelages, ni l'espoir des bénéfices que l'on pourra tirer un jour de leur comparaison avec les productions gréco-bouddhiques de l'Asie centrale.
v2.c14.s2.t1.46
F g 360 363 — TYPES IDÉALISÉS
v2.c14.s2.t1.47
F g 360-361 Musée du Louvre n 87 et 88 Provenant de Shahbâ-Garhi
v2.c14.s2.t1.48
Il te ra o 16 et o 11
v2.c14.s2.t1.49
F u 362-363 Musée du Louvre n 89 et 90 Provenant de Shahbâ Garh
v2.c14.s2.t1.50
Hauteurs 0 m 10 et 0 m 08
§ II. Le génie des richesses
v2.c14.s2.t2.1
Nous avons émis la prétention d'identifier, après les bourgeois, les dieux de la bourgeoisie; et nous avons déjà dit plus haut (II, p. 82) dans quelle couche moyenne de la mythologie, correspondant à la situation sociale de leurs adorateurs, nous avions le plus de chances de les rencontrer. Toutes les analogies nous engagent en effet à les chercher, eux aussi, dans la zone intermédiaire entre la plèbe et la noblesse divines, au-dessus des démons et au-dessous des dieux. Les Vaiçyas ont dû avoir leur mythologie, comme ils ont eu leur littérature. On conçoit aisément que les hymnes védiques, avec ou sans leurs commentaires, aient rebuté des gens dont ce n'était pas le métier; mais il faut croire que même les épopées royales, dont la bourgeoisie indienne fait aujourd'hui ses délices, ne la satisfaisaient pas encore entièrement; aussi Guṇâḍhya — pour nommer l'auteur en qui se personnifie le génie — écrivit-il à son intention et en dialecte populaire des contes à son goût avec des héros à son gré : « Les dieux ont le bonheur monotone; les hommes sont perpétuellement malheureux »; c'est pourquoi je veux vous conter des histoires de génies(1) » Ainsi l'intérêt littéraire se concentrait pour elle autour de Kuvêra, le dieu des richesses, et de sa cour de Yaksas et d'enchanteurs, il y a tout à parier que c'est également dans ce groupe
v2.c14.s2.t2.2
[Figure: P 364 — PANC ET LE GÉNIE DES RICHESSES Musée de Lahore, n° G06 Hauteur 0m 21]
v2.c14.s2.t2.3
de divinités qu'elle aura placé son idéal moral aussi bien qu'esthétique Comme les Brahmanes ont leur Brahmâ(2), comme les nobles ont Çakra l'Indra des dieux, nous pouvons être sûrs que les bourgeois se seront aussi choisi quelque « divinité favorite » parmi les génies les mieux aptes à réaliser les plus chers de leurs vœux. La seule difficulté — et elle n'est pas mince — est de pénétrer après coup dans la pénombre de la conscience religieuse et d'y poursuivre, avec la seule lanterne du philologue, des croyances sinon mortes aujourd'hui, du moins complètement transformées, et qui, même au temps où elles florissaient, étaient moins pensées que senties — surtout, hélas! moins écrites qu'orales.
v2.c14.s2.t2.4
¹ Kathasaritsagara I 1 47 48 — Le caractère bourgeois des romans d'aventures du genre de la Brihat-katha a été bien mis en lumière par M F Lacôte, dans son remarquable Essai sur Gunadhy et la Brihat-Katha Paris 1908 Voyez également H Jacobi Z D M G XLVIII 1894 p 411 et suiv
v2.c14.s2.t2.5
² Cf Maha, ovinda-sutta § 36 (I avs Davids D al gues part II p 278)
v2.c14.s2.t2.6
Par bonne chance le Buddha lui-même s'est chargé de nous éclairer sur la psychologie de ses upāsaka. C'était, nous l'avons vu (I, p. 478), sa coutume, comme celle de tous les religieux errants de l'Inde, de payer son écot après chaque repas qu'on lui avait offert par quelque allocution édifiante; et s'il est une qualité que les textes ne se lassent pas d'attribuer à la prédication de leur Maître(1), c'est son opportunité pleine de tact et le sens exact des convenances particulières à chacun de ses changeants auditoires. Ils lui en font donner une première preuve au moment où il reçoit l'hommage des prototypes de ses fidèles laïques, Trapuṣa et Bhallika. De quoi va-t-il parler à ces deux marchands? Des quatre saintes vérités tout fraîchement découvertes, de l'absolue vanité de ce monde, de la nécessité du renoncement? Il n'a garde, car il n'aime pas perdre ses paroles et son temps. Ce « premier sermon », il le réserve à ses cinq anciens condisciples, intelligences déjà rompues aux questions métaphysiques et dès longtemps préoccupées par le problème du salut. Ce qu'en échange de leur riz il offre ici à ces âmes simples, c'est une formule de bénédiction pour la prospérité de leurs affaires commerciales : et cette formule consiste justement à invoquer la protection des génies, mâles et femelles, de tous les points cardinaux(2). Si le recours à de telles déités pouvait passer pour avoir été recommandé de la bouche même du Bienheureux, comment aurait-on songé à l'interdire aux fidèles qui ont eu le malheur de ne naître qu'apres son Parinirvâna? Une histoire édifiante, contée sans malice par le scrupuleux Yi-tsing¹, nous découvre la raison profondément humaine de ces devotions popu-
v2.c14.s2.t2.7
¹ Cf. par exemple Jataka, n° 478
v2.c14.s2.t2.8
² Mahāvastu, III, 306 et suiv. ; Lalita-vistara, éd., p 387 et suiv. ; trad., p. 322 et suiv.
v2.c14.s2.t2.9
¹ Rec p 38 cf pour les détails fra 1 126
v2.c14.s2.t2.10
[Figure: FIG 36. — MÊME PERSONNAGE Musée de Calcutta n° G 44 (Hau eu 0 m 21]
v2.c14.s2.t2.11
laires que sans doute les moines les plus orthodoxes n'osaient proscrire, sûrs qu'ils étaient de ne pouvoir les extirper. Un couvent de Kuçinagara se trouve mis dans l'embarras par l'arrivée inopinée et tardive d’une bande de cinq cents moines : il s’agit d’improviser leur repas avant l’heure canonique. Or midi va être sonné sur le gong (gaṇḍi). Qu’à cela ne tienne : la vieille mère d’un frère lai se met en devoir de brûler de l’encens devant une icone miraculeuse : « Le grand sage, lui dit-elle, est entré dans le nirvāṇa, mais, du moins, il existe encore des êtres comme toi... Viens à notre aide... » On ne saurait avouer plus ingénument que, dans les occasions pressantes, mieux vaut invoquer un génie vivant qu’un Buddha mort.
v2.c14.s2.t2.12
SA DESCRIPTION. — Quelle était cependant cette divinité, apparemment aussi subalterne que secourable ? Pour dépister les manifestations extérieures de ces superstitions, volontiers ignorées de la littérature indienne, nous n’avons guère d’espoir que dans les observations faites sur la vie réelle par les pieux archéologues chinois. Aussi, apprendrons-nous avec un vif intérêt que Yi-tsing a rencontré cette image dans tous les grands monastères de l’Inde et qu’elle tenait à la main « une bourse d’or ». Cet attribut se passe de commentaires et la signification en est claire dans toutes les langues : remarquons seulement que le culte du génie, porteur de cet aguichant symbole, a dû particulièrement fleurir dans les cercles où le Bouddhisme recrutait le plus clair de ses adhérents — comme continue à le faire le Jaïnisme. C’est un milieu de marchands qu’évoquent le plus souvent les légendes : chefs de caravane ou banquiers, armateurs au long cours ou boutiquiers sédentaires, tels, sont les personnages les plus habituels des avadāna; c’étaient autant d’adorateurs acquis d’avance au dispensateur des richesses. Notons encore que Yi-tsing fait voisiner ce dernier, dans le réfectoire ou sous le porche du couvent, avec une autre déité du même ordre, mais celle-ci féminine, Yakṣiṇī comme il est Yakṣa, et dont la fonction propre est de donner des enfants. Disposant à eux deux des deux choses que désire le plus le commun des hommes, à commencer par les Indiens, on conçoit que leur manque de dignité ait pu être compensé par leur popularité; et celle-ci expliquerait à son tour le rôle considérable que, d'après le témoignage oculaire du bon pèlerin, ils ont joué dans l'iconographie religieuse. A la vérité Yi-tsing n'a pris occasion d'en parler qu'à propos des monastères du bassin du Gange. Mais Hiuan-tsang signale ce même «génie des richesses» dans un couvent du Kapiça, sur les confins occidentaux de l'Inde du Nord¹, et là aussi il était assis à l'un des coins de la porte. Le pèlerin ne nous dit malheureusement rien de l'image assise vis-à-vis et qui devait être, selon la coutume, celle de la fée aux enfants. En revanche, c'est celle-ci que Sir Aurel Stein a trouvée peinte sur le seul jambage non écroulé d'un temple du Turkestan chinois méridional (fig. 529). A l'autre bout du monde bouddhique, les deux habituels pendants continuent à se faire face des deux côtés de l'entrée du Candi Mendut² de Java (fig. 514 et 515).
v2.c14.s2.t2.13
¹ Mem, I, p 43, Rec, I, p 59
v2.c14.s2.t2.14
² Cf J Ph VOGEL, B E F E O, IV, 1904, p 727 Nous devons encore à l'éminent archéologue un important article consacré au même personnage et publié dans le même recueil (Note sur
v2.c14.s2.t2.15
Ainsi assurés de l'ubiquité du personnage, nous n'aurons pas de peine à le reconnaître, avec ou sans sa compagne, sur nombre d'images du Gandhara. Rien ne nous serait même plus aisé que de
v2.c14.s2.t2.16
[Figure: FIG 366 — MÊME PERSONNAGE Musée de Calcutta, n° G 57 Hauteur 0m 25]
v2.c14.s2.t2.17
prévoir la plupart des variantes que comporte le thème fondamental du « génie ». L'interchangeable diversité des types de Yaksa, barbus ou imberbes, étroitement drapés ou largement dévêtus,
v2.c14.s2.t2.18
[Figure: FIG 367 — MÊME PERSONNAGE Musée de Lahore, n° 3 Provenant de Takht Hauteur 1 m 80]
v2.c14.s2.t2.19
nous est désormais trop familière pour nous arrêter un instant. L'attribut caractéristique de la bourse, comme tout à l'heure celui du foudre, n'est-il pas ici dans la majorité des cas pour lever nos
v2.c14.s2.t2.20
une statue du Gandhâra conservée au musee de Lahore, B E F E-O , III, 1903, p. 149)
v2.c14.s2.t2.21
hésitations, et l'analogie pour décider du reste? Peu importe donc que l'auteur de la figure 364, tout comme celui de la figure 253, ait cru adroit de rehausser la dignité de son Yaksa en le diadémant
v2.c14.s2.t2.22
FIG. 363 — LE YAKSA AU SAC D'ARGENT
v2.c14.s2.t2.23
d'un turban, il suffit qu'à ses côtés nous apercevions — sur le genou et sous le bras d'un de ses serviteurs, qui a d'ailleurs tout l'aspect du coolie dont il tient le rôle — le symbole parlant du sac ou plutôt de l'outre¹ déversant des pièces de monnaie à pleine ouverture. A ce prince charmant s'oppose, comme une vivante antithèse, le génie adulte, barbu, hirsute, plus qu'à demi nu de la figure 365; mais quoi, il tient dans la main gauche une bourse, et celle-ci, si exiguë soit-elle, est assez pour que s'impose leur assimilation. A côté de ce groupe, qui associe le donneur d'or à la donneuse d'enfants et non plus seulement aux enfants qu'elle donne, vient à son tour se ranger, quoique isolé, le fragment de la figure 366, où le Yakṣa joint à la semi-nudité un visage jeune et imberbe (cf. fig. 379-381). Aucun de ces rapprochements ne fait difficulté; nous avons déjà vu Vajrapāṇi passer, sous l'inspiration du moment, par un jeu de transformations non moins variées; mais aussi nous ne trouvons dans tout cela rien de nouveau ni de passionnant. Apparemment nous en resterions là et nous nous résignerions à ne désigner cet autre Yakṣa que par un vocable tiré de son office, comme celui de Dhana-da ou de Dhana-pati, si tout à coup ne surgissaient devant nos yeux des figures incomparablement plus originales. Qu'elles appartiennent d'ailleurs à la même série, on n'en saurait douter : la plupart tiennent encore (fig. 386-389) ou tenaient jadis, avant que leurs mains fussent brisées (fig. 367-370, 379-385), l'insigne emblématique du genre de faveurs qu'en attendaient les fidèles. Le spécimen le plus caractérisé nous est fourni sans conteste par la figure 367. Il serait inutile d'insister sur l'impression de vie intense qui se dégage de ce port impérieux, de ce torse massif, de cette physionomie brutale. Elle nous convainc immédiatement qu'une pareille figure n'est pas une simple création allégorique, ou du moins qu'elle revêt tous les traits d'un personnage réel. A une image si individuelle on cherche instinctivement un nom propre : et tel est le prestige de l'art que, dociles, les archéologues se sont mis aussitôt en campagne pour lui en trouver un.
v2.c14.s2.t2.24
¹ M. FOUCHER, *loc. laud.*, p. 101, a déjà noté sa ressemblance avec celle des *bhuta* ou porteurs d'eau de l'Inde.
v2.c14.s2.t2.25
SON IDENTIFICATION. — C'est là en effet un point dont les pèlerins chinois ont négligé de nous instruire. Du moins Yi-tsing nous dit-il simplement qu'on donnait au génie a la bourse le sobriquet de Mahākāla, le « Grand Noir », à cause des perpétuelles onctions d'huile qui finissaient par le noircir De son côté Hiuan-tsang ne
v2.c14.s2.t2.26
[Figure: FIG 309 — MÊME PERSONNAGE Collection des Gu des à Mardin Hauteur 1 m 37]
v2.c14.s2.t2.27
le désigne que par le vague titre de « Roi des Esprits » (I al sa rāja) Assurément nous pouvons agencer de façon assez cohérente cette dernière donnée avec les renseignements glanés çà et là dans les textes Au milieu des innombrables esprits qui peuplent la nature nous avons déjà vu les Yaksas de loin se dégager complètement du règne végétal et animal où plongent encore en partie leurs congénères de la terre, des arbres et des eaux, et les oiseaux surnaturels eux-mêmes. Parmi ces génies en passe de devenir dieux, nous savons qu'il y avait au moins deux catégories inégales en dignité(1). Nous n'ignorons pas non plus que vingt-huit d'entre eux, sans doute des plus puissants, sont sortis du rang et ont atteint le grade de général d'armée (senāpati)(2). Le Divyāvadāna(3) fait même une place à part à l'un d'entre eux, du nom de Pāñcika. Une fois il assume contre les hérétiques le rôle d'un Vajrapāṇi plus prompt à l'offensive; une autre fois, c'est au secours d'un Bodhisattva qu'il part avec ses troupes. Mais, si haut gradé qu'il soit, il n'est encore que l'exécuteur des volontés du dieu, son roi, nommé tantôt Kuvēra, tantôt et plus souvent Vaiçravaṇa : car, bien que ces deux noms figurent souvent côte à côte dans les énumérations, on ne peut guère douter qu'ils ne désignent au fond le même personnage(4). Dès lors comment n'aurait-on pas été tenté de reconnaître d'emblée, dans des images de si fière allure, le grand chef lui-même, de préférence à n'importe lequel de ses subordonnés? Songez que dès le début Cunningham avait d'enthousiasme «roi» le superbe guerrier du musée de Lahore Depuis lors, la critique européenne n'en voulait pas démordre : si génie il y avait, il fallait qu'il fût au moins le roi des génies! L'identification avec Kuvēra, suggérée pour la figure 364 par M. Burgess, fut étendue par M. Grünwedel à la figure 367, et reprise en détail par M. Vogel
v2.c14.s2.t2.28
(1) Milinda-pañha, IV, 1, 38 (éd., p 118, trad., p 176), ou les Yaksas sont dits appesakkha. ou mahesakkha. (skt alpeçakhya, maheçakhya, et cf. le texte cité ci-dessus, p 84, n 1.
(2) Sur les 28 sênapati des Yakṣas, cf. Lalita-vistara, p 66, 1 5; 67, 10, 202, 9. Mahavamsa, XXXI, 90, XXXI, 81, etc
(3) P 163 et 447
(4) Cf par exemple Lalita-vistara, p 218 et 390 (kuvēra) en face de p. 302 et 384 (Vaiçravaṇa) — D'autre part ces noms se présentent côte à côte pour le plaisir d'allonger les énumérations (Mahavastu, III, p 68, 3.77.20, mais non I, 245, Lalita-vistara, p 120 383, 390; Dhanada et Kuvēra distingués dans Div, p 587. 1 13, etc) Ils semblent bien pourtant se rapporter au même personnage, qui est le sarva-yakṣadhipa rāja (Mahavastu, III, p 309) ou Vittēça, le premier des bons et mauvais génies (Bhag-Gud, XIII, 18).
v2.c14.s2.t2.29
dans une excellente monographie(1) A la vérité il subsistait encore une assez forte objection si l'on voit bien qu'une bourse est l'attribut naturel du dieu des richesses, on ne saisit pas de prime abord ce qu'il peut avoir à faire d'une pique Mais bientôt une solution
v2.c14.s2.t2.30
[Figure: FIG 370 — MÊME PERSONNAGE British Museum Hauteur 0 m 44]
v2.c14.s2.t2.31
élégante de la difficulté fut suggérée par Sir Aurel Stein dans une note de son bel ouvrage sur les antiquités de Khotan(2) On pourrait dire qu'elle était déjà contenue dans ce court refrain des textes Uttarasyâ diçah Kuvero mahârâjah(3) « kuvêra, roi du Nord » Pour
v2.c14.s2.t2.32
(1) J A A 1898 p 31 Globus Bd LXXV, n°11 18 mars 1899 p 176 B Kunst, p 126 et éd angl p 136 B E F E O, III 1903 p 163
v2.c14.s2.t2.33
(2) Ancient Khotan p 158 n 6 où il signale en passant « this special connexion of the god with the Scythian North »
v2.c14.s2.t2.34
(3) Cf Lalita-vistara p 218 etc les artistes en mal d'exécution de la commande de leurs donateurs, ces quatre mots auraient été un trait de lumière. Si l'on pouvait douter que les créateurs du type lui eussent donné l'aspect des rois barbares qu'ils voyaient descendre du Nord, il suffirait de se reporter aux monnaies indo-scythes. Sur ces dernières, où le roi est volontiers figuré en pied, on retrouverait aussitôt la courte lance constamment employée comme emblème de la royauté; et, si c'est là le sceptre le plus habituel de ces farouches monarques, pourquoi ne serait-il pas également dans la main de Vaiçravaṇa l'emblème de sa souveraineté sur le Septentrion ?...
v2.c14.s2.t2.35
L'affaire en était là : et, pour notre part, nous ne demandions qu'à partager une identification si répandue. Pourtant il faut bien avouer que, même avec ce dernier correctif, elle faisait encore quelque violence aux documents de la cause. Que Kuvêra, en sa qualité de dieu protecteur du Nord, ait joui dans les pays septentrionaux de civilisation indienne d'une popularité supérieure à celle de ses collègues des trois autres points cardinaux, le fait est naturel et attesté : encore n'y a-t-il jamais poussé son avantage jusqu'à être le seul à se targuer d'images spéciales et nettement caractérisées. Tel est cependant l'exorbitant privilège qu'on ne craint pas de réclamer déjà pour lui dans l'école du Gandhâra. Peut-on du moins apporter à l'appui de cette prétention un commencement de preuve ? Tout au contraire. Il existe plusieurs répliques, de différentes mains, d'une scène où figurent sûrement les quatre rois gardiens du monde (cf. fig. 208 b et 210) : non seulement elles n'ont rien de commun avec l'une quelconque de nos images, sauf peut-être la figure 364, mais elles défient l'œil le plus sagace de relever un indice, si faible soit-il, qui permette de reconnaître lequel d'entre eux est Kuvêra (cf. plus bas, p. 159). Passerons-nous outre à cette protestation des pierres ? Loin de nous encourager à le faire, les textes y mêlent les leurs. S'il est un point qui ressorte clairement des renseignements de Yi-tsing comme de l'aspect des groupes conservés (fig. 379-387), c'est que le « génie des richesses », de quelque nom qu'on doive l'appeler, est l'époux de la fée Hâritî. Faudrait-il donc admettre une mésalliance entre Kuvêra et une simple Yaksinî, sa sujette ? Si les mœurs indiennes autorisent à la rigueur ces sortes d'union, elles ne sauraient concéder à une fille d'aussi basse condition le rang de première reine. D'ailleurs les textes pâlis nomment incidemment l'épouse officielle de Kuvêra : elle s'appelait Bhûñjatî¹. Ce n'est pas davantage le roi suprême des génies, mais seulement son général en chef, qu'un passage du Lalita-vistara² met en rapport avec la fée aux enfants. A la vérité il y est dit simplement que les cinq cents fils de Hâritî forment la suite du général Pañcika, mais si vague qu'il fût, ce rapprochement nous donnait fort à réfléchir. Que ledit général fût à la fois le chef et le père de sa troupe, c'est ce que confirme d'ailleurs un passage du Mahavamsa³, qui fait convertir toute la famille par Madhyântika. C'est sur ces entrefaites que nous avons rencontré, dans un texte du canon chinois traduit par M. Chavannes⁴, cette indication péremptoire et qui sonne le glas de la plus séduisante des hypothèses : « Hâritî est l'épouse de Pañcika ».
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- Mahāvastu — Sanskrit
- Milindapañha — Pāli
- Divyāvadāna — Sanskrit
- *Buddhacarita — Sanskrit
- Mahāgovindasutta — Pāli
- Sakkapañhasutta — Pāli
- Mahāsamayasutta — Pāli
- Tibetan translation ('Chi med mdzod) — Classical Tibetan
- Mahāmāyūrī Vidyārājñī — Sanskrit
- Epigraphia Indica
- Mahābhārata — Vyāsa, Sanskrit
- Saddharmapuṇḍarīkasūtra — Sanskrit
- Vinayapiṭaka — Pāli
- Devī — Sanskrit
- Mahāvaṃsa — Pāli
- Jātakamālā — Āryaśūra, Sanskrit
- Mahāmāyūrī — Sanskrit
- Bṛhatkathā
- Bodhisattvāvadānakalpalatā — Kṣemendra, Sanskrit
- Sukhāvatīvyūha (larger) — Sanskrit
- Śrāvastī
- Bodh Gayā
- *Saṃyuktaratnapiṭakasūtra — Sanskrit
- Sāñcī
- Bharhut
- Skārah Ḍherī
- Shāh-jī-kī-Ḍhērī
- Loriyan Tangai
- Ajanta
- Abhidhānacintāmaṇi — Hemacandra, Sanskrit