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La formation de la langue marathe c5.s2: Déclinaison

La formation de la langue marathe c5.s2

Language
French

Contents

Déclinaison

c5.s2.1

§ 178. Le marathe a conservé, mais en le réduisant et en le simplifiant à l'extrême, le système flexionnel du prākrit. Au reste, qu'il s'agit de la formation des thèmes ou des catégories grammaticales, le système ancien était déjà fortement réduit en moyen-indien.

Thèmes

c5.s2.t1.1

§ 179. Le sanskrit avait conservé les alternances des anciennes sonantes *y*, *v*, *r* : *i*, *u*, *ṛ* ; mais du jour où *ṛ* s'est confondu avec *a*, *i* ou *u*, la déclinaison des anciens thèmes en *-r-* a dû être ramenée à celle des thèmes vocaliques subsistants ; c'est l'état que présentent déjà toutes les inscriptions d'Açoka, sauf celles de Girnar (Senart, *Inscr. de Piyadasi*, II, p. 338, 358, 389) et que note à quelques archaïsmes près la littérature prākrite (Pischel, § 389 et suiv.). Quant à la déclinaison des thèmes en *-i-* et *-u-*, qui a duré plus longtemps (Pischel, § 377 et suiv.), elle a été, comme on verra, ramenée à celle des thèmes en *-ī* et *-ū* et rapprochée de celle des féminins en *-ā*.

c5.s2.t1.2

D'autre part la chute des consonnes finales, combinée avec l'ouverture des intervocaliques, a provoqué en prākrit la disparition presque totale des thèmes consonantiques ; sans doute dans la déclinaison des noms en *-t*, *-n* et *-s*, les textes prākrits conservent encore, probablement sous l'influence de traditions littéraires, un grand nombre de formes anciennes, mais l'adaptation à la déclinaison vocalique est dès Açoka le cas de beaucoup le plus fréquent (Senart, *l. c.* ; Müller, *Pali gr.*, p. 64-65, Pischel, §§ 355, 395, 397, 404-406, 409).

c5.s2.t1.3

C'est donc la déclinaison vocalique du prākrit qu'on trouve à l'origine de la déclinaison marathe de tous les noms et adjectifs et de tous les pronoms autres que les pronoms personnels. Le marathe ne connaît en effet que deux types de flexion : 1° celui des noms terminés par une consonne, qui remontent aux anciens thèmes en -a- (fém. -ā), -i- et -ī-, -ū- ; 2° celui des noms terminés par une voyelle longue résultant d'une contraction, notamment dans les thèmes élargis où les voyelles -a-, -i-, -u- étaient suivies du suffixe -ka- (sur ce suffixe, voir Pischel, § 598 ; Beames, II, p. 29 et suiv. ; Grierson, Phon., §§ 13, 30, 37 ; Joshi, p. 17 et suiv.).

c5.s2.t1.4

Dans tous les cas le radical est fixe et n'admet d'autres alternances que des variations quantitatives dépendant de la place des voyelles dans le mot, et dépourvues de valeur grammaticale ; ce sont les désinences seules qui expriment les catégories caractéristiques de la déclinaison.

Genre

c5.s2.t2.1

§ 180. Le prākrit a conservé, et le marathe a conservé à sa suite, la distinction des trois genres, qui s'est oblitérée dans la plupart des langues modernes. Le marathe n'est d'ailleurs pas seul à posséder encore les trois genres : il en est de même du guzrati (et des dialectes s'y rattachant, v. L. S. I., Bhil lang., p. 12 ; Raj., p. 5, 331) et du singhalais. Sauf dans ces trois langues, qui forment un groupe continu au sud-ouest, le genre neutre a disparu partout de l'Inde aryenne, même dans un parler aussi archaïque d'aspect que le sindhi ; ailleurs il ne reste du neutre que des traces isolées : telle, en hindi, et sans doute en penjabi, la désinence de nom.-acc. plur., qui a été utilisée dans la déclinaison des noms féminins (Beames, II, p. 206 et plus bas, § 187). Même à l'extrémité orientale du domaine, tout un groupe de dialectes ignore totalement le genre grammatical : il a disparu du bengali et de l'oriya dès les plus anciens textes (Beames, II, p. 178, cf. p. 147), il est inconnu à l'assamais ; l'usage en est restreint en népalais et dans la plus grande partie du Behar (L. S. I., Bihari, p. 38, 50) où l'adjectif est invariable. Il faut sans doute voir là un héritage de langues parlées par les populations de ces régions avant leur apprentissage de l'indo-européen : on sait en effet que le tibéto-birman ignore le genre grammatical (L. S. I., Tibeto-burman, t. I, p. 6 ; cf. les observations de M. Meillet au sujet de l'arménien et de l'iranien, Gr. comp. de l'arm. class., § 60). En tout cas la tendance à réduire le nombre des genres a dû se faire sentir très tôt dans les parlers orientaux : Pischel note que le passage des noms neutres en -a- à la déclinaison masculine est très fréquent en māgadhī et tout à fait rare dans les autres dialectes (§ 357) : c'est ce passage à la déclinaison masculine dont témoignent les nominatifs singuliers neutres en -e des inscriptions d'Açoka (Senart, *Inscr. de Piyadasi*, II, p. 339).

c5.s2.t2.2

D'ailleurs si le marathe conserve telle quelle dans ses désinences la distinction indo-européenne des genres, l'emploi des formes y décèle aussi une autre influence. La distinction des êtres en animés et inanimés, fondamentale dans la morphologie des langues dravidiennes (*v. L. S. I., Munda & Drav. lang.*, p. 280, 289), apparaît sur deux points de la syntaxe du marathe. En premier lieu, le nom complément direct d'un verbe est au cas direct s'il désigne une chose, au cas oblique suivi de *s* ou de *lā* s'il désigne une personne ; les êtres animés autres que les hommes rentrent dans l'une ou l'autre des catégories (*v. Joshi*, § 458 ; Navalkar, § 490, 491). En second lieu l'accord du verbe ou de l'adjectif prédicat varie, comme on verra, suivant la nature des êtres désignés par les substantifs. Quelle que soit d'ailleurs l'origine de cette distinction, le marathe n'est pas seul à l'appliquer ; on verra qu'en sindhi l'accord du prédicat se fait à peu près comme en marathe ; la règle relative aux postpositions se retrouve dans d'autres langues encore : en guzrati (*v. Tisdall*, p. 33), en sindhi (*v. Trumpp*, p. 455 et suiv.), en hindi (*v. Kellogg*, § 678), etc.

Cas

c5.s2.t3.1

§ 181. Les mêmes langues qui ont perdu la catégorie du genre ont également perdu à peu près toute désinence casuelle (Beames, II, p. 227 et suiv.). Le marathe au contraire, comme la plupart des langues de la famille, a conservé une partie de la flexion ancienne et s'en est servi pour construire un système nouveau.

c5.s2.t3.2

Du moment où les voyelles finales perdaient leur quantité, puis leur timbre caractéristique, il devait s'en suivre une confusion progressive des finales monosyllabiques. Le fait est surtout apparent dans la déclinaison des noms masc.-neut. en -a-, fém. en -ā, c'est-à-dire précisément dans le type de déclinaison qui a supplanté peu à peu tous les autres. De là le besoin ressenti par le prākrit de nouvelles différenciations : l'abl. singulier -āt, très tôt disparu, est élargi en -ādo, -āo par utilisation de la vieille désinence adverbiale skr. -taḥ ; l’accusatif pluriel en -ān est remplacé par l’accusatif pronominal en -e ; le nominatif-accusatif pluriel des noms féminins en -āḥ, devenu semblable au nominatif singulier du jour où l’aspiration finale tombait, est élargi en -āo par cumul ou assimilation de désinences ; à son imitation, le nominatif masc. plur. subit le même changement, etc. De toutes ces adaptations essayées par le prākrit littéraire, il en est très peu qui aient subsisté : mais elles témoignent d’un état mouvant de la langue où les désinences anciennes s’effritant, il fallait en réduire le nombre ou leur donner plus de consistance : cette seconde tendance est celle de la littérature, naturellement conservatrice ; c’est la première qui l’a emporté dans les parlers réels qui ont abouti aux langues modernes.

c5.s2.t3.3

§ 182. Tout d’abord, le nominatif, le vocatif et l’accusatif se sont confondus en un seul cas, le cas direct. Le vocatif singulier ne subsiste dans les noms en -a- qu’avec un allongement factice de la voyelle finale, ou se confond avec le nominatif (Pischel, § 366 b) ; dans les féminins en -ā, le vocatif en -e, seul connu de Vararuci, ne tarde pas à céder aussi la place au nominatif (Pischel, § 375). Quant au groupe nominatif-accusatif, il n’y subsiste presque aucune distinction dès que les voyelles sont assez abrégées pour que la nasalité ne s’y marque plus ; au masculin singulier seulement devu a peut-être été plus longtemps distinct de deva(ṃ) : mais, soit que la nasalité ait entraîné une fermeture légère de la voyelle (le fait n’est sûr que pour les langues du type apabhraṃça, v. § 39), soit que le groupe ait subi l’analogie des autres, le résultat général est une forme unique de nom.-acc.-voc. pour chaque nombre :

c5.s2.t3.4

| | sing. | plur. |
| masc. | devo-devam | devaḥ-devān |
| neut. | sūtram | sūtrāṇi |
| fém. | mālā-mālāṃ | mālāḥ (mālāo) |

c5.s2.t3.5

Ces considérations, qui trouveraient leurs analogues si l’on examinait les thèmes en -i et en -u, expliquent la formation en marathe, et d’une façon générale dans les langues modernes, d’un cas direct, qui au moins dans les noms terminés par une consonne, est finalement senti comme la forme même du mot (cf. Meillet, Introduction, p. 413).

c5.s2.t3.6

Ce cas désigne le sujet et l'objet du verbe, quelle que soit la nature de cet objet (v. Laddu, *J. R. A. S.*, 1910, p. 871).

c5.s2.t3.7

§ 183. Parmi les autres cas, ceux qui exprimaient des rapports concrets ont, conformément à une tendance générale commune aux langues indo-européennes, disparu progressivement de l'usage (Meillet, *ibid.*, p. 425). Dès le sanskrit s'établissent des équivalences dans l'emploi de cas différents (voir Speyer, *Ved. u. Sanskr. Syntax*, §§ 53-55, 73-74, 82, 84) : c'est le premier stade dans l'histoire de la confusion des cas indirects dont un texte comme le *Mahāvastu* par exemple offre des exemples si fréquents (voir les notes de l'éd. Senart, passim). En marathe, il ne reste plus que des traces de l'instrumental, du locatif et de l'ablatif anciens. Les rapports réels sont exprimés à l'époque moderne par des postpositions s'affixant à un cas oblique unique, substitut des anciens génitif et datif.

c5.s2.t3.8

Ces deux cas s'employaient fréquemment avec la même valeur en sanskrit (voir Speyer, *ibid.*, §§ 43, 71, 72) ; même dans la langue des brāhmaṇas la désinence de génitif-ablatif fém. sing. (skr. class. -āḥ) se confondait dans tous les cas avec la désinence de datif en -ai, v. Whitney, § 365 d. En sanskrit bouddhique, on trouve, dans un texte aussi ancien que le *Divyāvadāna*, des constructions comme celles-ci : *tasya tatrāropayiṣyāmi* « je le mettrai sur lui » (p. 510), *bahir vihārasya* « hors du couvent » (p. 490) ; à plus forte raison des confusions du même genre sont-elles nombreuses dans le *Mahāvastu* (voir les notes à I, 123, 13 ; 309, 10, etc.). En pali et en prākrit l'unification est presque complète et le génitif remplace généralement le datif (Müller, *Pali gram.*, p. 67, Pischel, § 361). C'est donc le génitif, seul ou lié à un mot déterminant la nuance spéciale de sens à exprimer, qu'on s'attend à trouver à la base du cas oblique moderne.

c5.s2.t3.9

Il en est bien ainsi, du moins au pluriel : toutes les langues indo-aryennes, non seulement celles de l'Inde gangétique ou de l'Indus (Beames, II, p. 218 et suiv.), mais les parlers montagnards du nord-ouest (Grierson, *Piç. lang.*, p. 33), et le tsigane (l'hypothèse de Miklosich, XI, p. 4, ne rend pas compte du parallélisme avec le singulier, ni de l'uniformité de la désinence à travers les différents types de flexion), aussi bien que le singhalais (Geiger, § 34, IV, § 36, IV), présentent un oblique pluriel qui remonte à l'ancien génitif.

c5.s2.t3.10

Au singulier, l'accord est loin d'être le même. Sans doute c'est encore le génitif qu'on retrouve dans l'oblique de certains parlers de l'extrême nord-ouest, notamment le kaçmiri (v. Grierson, *l. l.*) et probablement le tsigane, à en juger par l'opposition de masc. *rakles* : fém. *rakl'a*, qui rappelle de très près celle de skr. *-asya* : *-yāḥ* (Miklosich n'avance cette interprétation que timidement en ce qui concerne le masculin, et laisse la désinence de féminin complètement inexpliquée, *ibid.*, p. 3, 12). Il n'est pas impossible qu'il en soit de même en singhalais, encore que Geiger ne rende compte ainsi que du masculin (§ 34, II) et fasse appel pour le féminin à la désinence d'accusatif (§ 36, II ; pourtant il est à la rigueur possible que *-a* remonte à skr. *-āyāḥ* ; cf. *kā* < *kāya-*, § 3, 1). Mais dans les langues centrales l'explication se heurte à de graves difficultés. Le passage de *-s* -à *-h-* qu'on doit invoquer pour expliquer la désinence d'oblique masculin, est inadmissible dans la plupart des cas : parmi les langues modernes le singhalais — où d'ailleurs la forme *-asa* est conservée dans les anciennes inscriptions — et, sur le continent, le sindhi et le penjabi admettent seuls cette altération. Le prākrit non plus ne l'autorise pas : l'*apabhramça* *-aha*, *-aho* pourrait bien n'être qu'une transcription d'une forme moderne, peut-être occidentale ; à l'époque ancienne la désinence *-aha* est exclusivement māgadhī, et d'ailleurs obscure (Pischel, § 366, cf. § 264). Du reste la survivance de l's ancien dans les obliques pronominaux de l'hindi *kis*, *tis*, cf. pkr. *kissa*, interdit d'en admettre la disparition en d'autres cas. — On serait de même amené à supposer des développements phonétiques anormaux dans les désinences de féminin.

c5.s2.t3.11

Seules les désinences anciennes du datif permettent de rendre compte des formes d'oblique singulier en marathe et dans le groupe gangétique sans faire appel à des hypothèses accessoires. Malgré la tendance générale du prākrit à faire triompher le génitif du datif, la survivance de ce cas au singulier n'est pas impossible à admettre. Tout d'abord le prākrit normal offre lui-même un exemple frappant de l'opposition de *datif sing.* : *génitif plur.* dans la déclinaison pronominale : en regard de *plur. amhāṇam*, il conserve au singulier, à côté de *mama*, la forme *majjhaṃ*, issue de l'ancien datif *mahyam* ; or c'est cette dernière forme qui a fait preuve de la plus grande vitalité, puisqu'elle fournit l'oblique des pronoms personnels dans un grand nombre des langues centrales.

c5.s2.t3.12

modernes (m. majh-, h. mujh etc., v. Beames, II, 304 et suiv. ; dans le groupe du nord-ouest — v. Grierson, ibid., p. 95, Miklosich, ibid., p. 22 — et en singhalais — v. Geiger, § 47, 1 — la déclinaison pronominale est formée suivant d'autres principes) : D'autre part le fait que Vararuci, d'accord en cela avec les textes prākrits les plus anciens, interdit complètement l'usage du datif, tandis que Hemacandra l'admet précisément au singulier (III, 132), comme faisait le pali, pour exprimer l'intention, semble prouver qu'il existait dans l'usage réel une tradition à laquelle la littérature avait d'abord résisté et devait finalement s'adapter. Dès lors le remplacement rappelé plus haut de la désinence de gén.-abl. féminin par celle du datif dans la langue des brāhmaṇas semble la première manifestation d'une évolution plus générale, dissimulée par la tradition littéraire médiévale.

c5.s2.t3.13

Cette origine du cas oblique explique son emploi : dans les plus anciens textes, il sert à la fois de génitif (exemples dans la préface de Māḍgāmvkar à l'éd. de la Jñāneçvarī, p. 14-15) et de datif (ibid., p. 11 ; cf. Jñān., III, 67, X, 91, 106, XIII, 453, 505, XIV, 44, XV, 193, XVI, 471-472-473, XVIII, 1289, 1327, 1331, etc., etc. ; inscription de Patan : maḍhā dinhalā « donné au temple »). L'oblique n'a pris la valeur de cas indirect universel que plus tard, quand l'usage des postpositions s'est étendu et que les anciens cas indirects ont totalement disparu ; à l'époque ancienne c'est le cas direct, véritable accusatif, qui accompagne vāṃcūnī « excepté » (hem- īçvaru-, etc. ; Jñān., éd. Māḍgāmvkar, p. 15-16), c'est l'instrumental qui se construit avec siṃ « avec » (ibid., p. 14) viṇa « sans » (ibid., p. 16).

c5.s2.t3.14

§ 184. Le groupe des deux cas, direct et oblique, constitue donc l'essentiel de la flexion marathe ; il reste à en étudier les différents types.

c5.s2.t3.15

§ 185. La déclinaison des noms marathes terminés par une consonne remonte à celle des noms masculins et neutres en -a-, et à celle des féminins en -ā et -ī du sanskrit.

c5.s2.t3.16

§ 186. Le prototype de la déclinaison des masculins en -a- est ainsi constitué en sanskrit :

c5.s2.t3.17

1. — LE GROUPE : CAS DIRECT, CAS OBLIQUE.

c5.s2.t3.18

I

c5.s2.t3.19

| | Sing. | Plur. |
| nom. | devaḥ (devo) | nom. devaḥ |
| dat. | devāya | gén. devānām |

c5.s2.t3.20

De là, en prākrit :

c5.s2.t3.21

| *devo* | *devā* |
| *devāa* | *devāṇam* |

c5.s2.t3.22

L'aboutissement en marathe est:

c5.s2.t3.23

| Cas direct : | *dev* | *dev* |
| Cas oblique : | *devā* | *devāṃ.* |

c5.s2.t3.24

Le vieux nominatif singulier en -o est conservé dans les adjectifs pronominaux *jo*, *to* : ce sont là des archaïsmes communs à toutes les langues congénères (Beames, II, p. 315) et dus au caractère monosyllabique de ces mots ; le même nominatif se retrouve, sans doute sous l'influence des pronoms, dans les participes présents adaptés à la conjugaison ; enfin dans les mots où la dernière consonne est *h*, cet -o final a été conservé pour protéger l'aspiration (*loho*, *lāho*, etc.). L'étape intermédiaire, de type *devu*, est notée en apabhraṃça et sert couramment en vieux marathe, comme dans la plupart des langues parentes à l'époque ancienne ; c'est cette forme qu'Albiruni a notée vers l'an 1000 (cf. Albiruni, *India*, trad. Sachau, II, p. 258-259). Aujourd'hui elle n'est plus conservée qu'en sindhi : dans cette langue, où les voyelles finales résistent encore, la distinction du nominatif sing. et plur. est encore nette (*devu* : *deva*) ; de même le tsigane a perdu la finale au singulier mais l'a conservée au pluriel (*cor* : *cora*) ; le penjabi occidental a conservé trace de la vieille opposition dans l'alternance du type *kukkuṛ* : *kukkaṛ* (pkr. *kukkuḍo* : *kukkuḍā*). Sauf dans ces langues, la différenciation entre le singulier et le pluriel s'est partout effacée comme en marathe.

c5.s2.t3.25

La contraction du groupe -*āya* de l'oblique singulier s'est faite en -*ā*, comme en marathe, en sindhi, en penjabi occidental (où l'on retrouve la forme *kukkaṛ* < *kukkuṛā*), en népalais et en maithili. A Goa au contraire la contraction s'est faite en -*e* (cf. Joshi, *Comp. Gram.*, p. 95 ; faut-il rappeler ici pkr. -*āye* ? v. Pischel, § 364). Sauf dans ces dialectes, l'oblique est semblable au cas direct dans toutes les langues qui n'ont pas conservé l'ancien génitif.

c5.s2.t3.26

§ 187. La déclinaison des noms neutres en -a- est identique en sanskrit à celle des masculins, sauf aux nominatifs-accusatifs, qui ont la forme suivante :

c5.s2.t3.27

sing. skr. sūtram > pkr. suttaṃ plur. skr. sūtrāṇi > pkr. suttāiṃ.

c5.s2.t3.28

De là, en marathe :

c5.s2.t3.29

sing. sūt plur. suteṃ

c5.s2.t3.30

En guzrati comme en marathe la forme des noms neutres est semblable à celle des masculins (ceci explique la confusion de devo et devam, cf. § 182). Le singhalais au contraire oppose masc. -ā à neut. -a (la désinence du masc. est obscure ; v. Geiger, § 33, I, § 36).

c5.s2.t3.31

Au pluriel, la contraction ici encore s'est faite différemment à Goa, où la désinence du neut. plur. est -āṃ. La désinence du marathe commun se retrouve dans la désinence de fém. plur. de hindi -eṃ ; celle du goanais, dans la même désinence de fém. plur. de penjabi -āṃ. Le guzrati n'a plus trace de l'ancienne désinence de pluriel neutre ; il la remplace par la désinence -o qu'on retrouve dans cette langue facultativement à tous les genres : il faut entendre que le guzrati a élargi une désinence zéro attestée par exemple dans le Mugdhāvabodhamauktika (écrit en 1394 ; v. L. S. I., Gujarati, p. 354) ; comme le guzrati, le singhalais a éliminé la désinence ancienne du pluriel et a dû faire appel à de nouveaux procédés (Geiger, § 38, II).

c5.s2.t3.32

§ 188. La plupart des noms masculins et neutres en -i et -u ont été élargis en -ika-, -uka- ; parmi ceux qui ont subsisté, ceux en -u- se déclinent comme ceux en -a- : ūs (ikṣu-) et bund (bindu-), moh (madhu-) se déclinent comme dev, cor ou sūt ; ceux en -i ont subi un sort différent (on ne saurait identifier m. hāḍ, neut. et skr. asthi-, ni m. laṭh masc. et skr. yaṣṭi-) : ils se sont assimilés aux féminins en -i ; ainsi m. āg fém. < skr. agni- masc.

c5.s2.t3.33

§ 189. Le prototype de la déclinaison des noms féminins en -ā est constitué par les formes suivantes du sanskrit :

c5.s2.t3.34

Sing. nom. iṣṭā dat. iṣṭāyai

c5.s2.t3.35

Plur. nom. iṣṭāḥ gén. iṣṭānām Il apparaît immédiatement à l'examen de ce tableau que lors de la chute de l'aspiration finale rien ne distinguait plus le nominatif pluriel du nominatif singulier. On aboutissait ainsi en prākrit à une déclinaison où l'ensemble des nominatifs des trois genres présentait l'aspect suivant :

c5.s2.t3.36

| | Sing. | Plur. |
| masc. | *devo* | *devā* |
| fém. | *iṭṭā* | *iṭṭā* |
| neut. | *suttaṃ* | *sutlāiṃ* |

c5.s2.t3.37

Ainsi le nominatif pluriel féminin ne se distinguait plus, ni du nominatif singulier du même genre, ni du nominatif pluriel masculin. C'était là un état paradoxal que ne pouvait durer. De là, lors de la réduction des genres dans les dialectes se rattachant au type māgadhī, l'adaptation de la désinence de nominatif pluriel neutre au paradigme des noms féminins, dont témoignent encore aujourd'hui l'hindi et le penjabi ¹. De là aussi, les élargissements en *-āyo* ou *-āo* ; le premier, usuel chez Açoka et en pali, semble formé à l'imitation des nominatifs féminins en *-īyo* (c'était la seule forme qui n'était pas parallèle dans les deux flexions ; cf. Johansson, *Der dial. der Shāhbāzgarhi-redaktion*, II, p. 55, V. Henry, *Gram. pālie*, § 160) ; le second, commun en prākrit, est l'aboutissant du premier, plutôt que le résultat d'un cumul de désinences comme le veut Pischel (§ 367, 376 ; cf. *-āyai* > *-āe*). Nous devons donc poser à l'origine de la flexion marathe les formes prākrites suivantes :

c5.s2.t3.38

¹ Dans ces langues, la substitution a pu être favorisée par l'emploi honorifique du neutre à la place du féminin, tel qu'on le constate en marathe et guzrati ; cf. plus bas.

c5.s2.t3.39

| | Sing. | Plur. |
| | *iṭṭā* | *iṭṭāo* |
| | *iṭṭāe* | *iṭṭāṇaṃ* |

c5.s2.t3.40

De là en marathe :

c5.s2.t3.41

| Cas dir. | *īṭ* | *iṭā* |
| Cas obl. | *iṭe* | *iṭāṃ* |

c5.s2.t3.42

Le pluriel du kaçmiri *māla* (sg. *māl*) et celui du tsigane (*-ya* c'est-à-dire *-i-a*) s'accordent avec la forme marathe.

c5.s2.t3.43

Ici encore on trouve en goanais et en guzrati un autre aboutissant de la contraction : le nom. plur. y est en -o; en sindhi les deux formes se rencontrent : ã et ũ suivant les dialectes (Trumpp, p. 109). Nulle part ailleurs qu'en marathe il ne s'est conservé de forme d'oblique sing. distincte du cas direct dans les langues centrales. Kaçm. māli (pkr. mālāe ?) semble s'apparenter à la forme marathe; cf. tsig. -ya.

c5.s2.t3.44

§ 190. Le prototype de la déclinaison des noms féminins en -ī est constitué par les formes suivantes du sanskrit :

c5.s2.t3.45

§ 191. La déclinaison des noms marathes en -ā, -em, -ī, -ū, -o repose sur les mêmes principes que la déclinaison consonantique. Ces noms proviennent de noms sanskrits où la voyelle pénultième étant a, i, u, la dernière consonne du thème est tombée; les voyelles finales se sont alors contractées suivant les règles exposées au § 60. A cette déclinaison appartiennent en particu-

c5.s2.t3.46

| | Sing. | | Plur. |
| nom. | rātrī | nom. | rātryo |
| dat. | rātryai | gén. | rātrīṇām |

c5.s2.t3.47

Lorsque y en groupe avec une occlusive perdait son articulation, on a rétabli partout ī à la place de y ancien. De là les formes prākrites :

c5.s2.t3.48

| rattī | rattīo |
| rattīe | rattīṇam |

c5.s2.t3.49

Ces formes aboutissent en marathe au paradigme suivant :

c5.s2.t3.50

| rāt | rātī |
| rātī | rātīm |

c5.s2.t3.51

Le sindhi présente une déclinaison comparable : nom. sg. bhitĕ, plur. bhiteũ; obl. sg. bhitĕ, plur. bhit(i)ĕ (Trumpp, ibid., p. 110, 128). Cf. le plur. penjabi occidental en -īm (akkhī, etc.). Le kaçmiri offre avec le marathe un parallélisme frappant : nom. sg. rāth, datif sing. et nom. plur. rōtsü, dat. plur. rōtsün (Grierson, Manual of the kashm. lang., p. 32).

c5.s2.t3.52

Les noms féminins en -ū ont été assimilés à la déclinaison des noms en -ā. Ainsi : khāj (kharju-), madh (madhu-), vīj (vidyut-) font à l'oblique sing. khāje, madhe, vije.

c5.s2.t3.53

II lier les noms et adjectifs à élargissement des types -a-ka-, -i-ka-, -u-ka-, qui sont extrêmement fréquents et de formation toujours vivante.

c5.s2.t3.54

Les désinences prennent dans ces noms l'aspect suivant :

c5.s2.t3.55

1° Noms en -a.

c5.s2.t3.56

Masculins en prākrit : -ajo -āyāya -ayā -ayaṇam

c5.s2.t3.57

De là, en marathe, les désinences : -ā -eā, yā -e -eāṃ, yāṃ

c5.s2.t3.58

Neutres : les nominatifs seuls diffèrent. Ils sont en prākrit : -ayaṃ -ayaim

c5.s2.t3.59

d'où en marathe : -eṃ -īṃ

c5.s2.t3.60

Les noms féminins en -ā sont tous des emprunts ; ils se déclinent comme les noms en consonne provenant d'anciens noms en -ā.

c5.s2.t3.61

2° Noms en -i-. Masculins :

c5.s2.t3.62

En prākrit : -iyo -iyayā -iyā -iyāṇaṃ

c5.s2.t3.63

d'où, en marathe : -ī -yā -ī -yāṃ

c5.s2.t3.64

Le nominatifs neutres sont : pkr. -iyaṃ > mar. -īṃ pkr. -iyāiṃ > mar. -yeṃ

c5.s2.t3.65

Féminins. — La finale féminine skr. -ikā, rare en védique (v. F. Edgerton, *The k- suffixes of indo-iranian*, I, p. 58 ; cité par Meillet, *Bull. Soc. Ling.*, n° 59, p. LIV), a pris en sanskrit (plus particulièrement en sanskrit occidental, v. S. Lévi, *Vartakā* « la caille », *J. A.*, 1912, II, p. 513) comme en iranien un développement plus grand au cours du temps et sert de désinence normale du féminin dans les noms et adjectifs élargis de l'indo-aryen moderne. Les formes qu'elle prend sont en prākrit :

c5.s2.t3.66

-iyā -iyāo -iyāe -iyāṇam

c5.s2.t3.67

d'où en marathe :

c5.s2.t3.68

-ī -yā -ie, -ī -yām

c5.s2.t3.69

Le nom. sing. en -e s'est conservé dans les pronoms de la langue poétique : *te* ou *tī* « elle ».

c5.s2.t3.70

L'obl. sing. -ie, commun aussi dans la langue poétique, ne subsiste plus que pour les mots *strī* (tats.) et *bī* (*bīja-*).

c5.s2.t3.71

3° Les paradigmes étymologiquement réguliers des noms en -u-, obtenus suivant les mêmes principes que ceux des noms en -i-, sont les suivants :

c5.s2.t3.72

| Sing. | Plur. |
| m. -ū, n. -ūṃ, f. -ū | m. -ū, n. -veṃ, f. -vā |
| m.-n. -vā, f. -ve | m.-f.-n. -vāṃ |

c5.s2.t3.73

Ces formes sont toutes partiellement conservées, mais des analogies ont troublé la régularité du système. D'abord l'oblique sing. fém. est, comme l'oblique sing. des féminins en -ī, devenu semblable au cas direct. D'autre part le cas direct pluriel des féminins s'est réduit à -ū, sans doute par imitation des masculins, tandis que le cas oblique sing. masc. devenait à son tour semblable au cas direct comme celui des féminins. De là une flexion de masc.-fém. ainsi constituée : cas direct sing. et plur. -ū ; cas oblique, sing. -ū, plur. -vāṃ : on s'explique aisément que le dernier stade du nivellement, marqué par obl. plur. -ūṃ (obtenu d'après les types masc.-neut. sing. -ā, pl. -āṃ, fém. sing. -ī, pl. -īṃ ou sing. -yā, plur. -yāṃ) soit atteint dans un grand nombre de cas.

c5.s2.t3.74

La déclinaison ancienne n'est plus conservée au masculin que dans un petit nombre de mots (dont la liste diffère d'ailleurs suivant les grammairiens ; voir p. ex. Joshi, p. 98-77 ; Navalkar, p. 65). Dans les féminins, la flexion ancienne n'est plus licite qu'au Concan. Enfin dans les neutres on constate une ingérence croissante de désinences provenant de la déclinaison en -a- : le résultat le plus commun est le suivant :

c5.s2.t3.75

-ūṃ -eṃ -ū ou -ā -yāṃ

c5.s2.t3.76

En l'état actuel des recherches il est impossible de suivre dans le détail l'histoire de ces altérations.

2. — Traces d'autres désinences anciennes

c5.s2.t4.1

§ 192. Outre les désinences conservées dans la flexion vivante examinée jusqu'ici, le marathe a conservé quelques traces des anciens cas indirects autres que le génitif et le datif.

Instrumental

c5.s2.t5.1

§ 193. Dans diverses langues il semble exister des formes d'instrumental, dont l'origine est douteuse (v. Beames, II, p. 224, Grierson, *Intr. to the Maith. lang.*, p. 44-45). Ce n'est que dans le groupe du sud-ouest qu'il reste des traces sûrement anciennes de ce cas. En singhalais il n'a subsisté que la désinence *-ena*, qui sous la forme *-en* *-in* se rencontre au sing. neut. des noms et dans le mot *visin* (*vaçena*) qui sert de postposition. C'est cette même désinence qu'on est tenté de reconnaître dans le vieux guzrati sing. *-im*, *-īm*, et les formes modernes comme *çem* « par qui ? ». Enfin en marathe, l'instrumental a été un cas vivant dans la période ancienne de la langue, et il en reste un certain nombre de formes fixées à l'époque moderne. Les désinences du vieux marathe appartiennent elles aussi à la déclinaison des noms en *-a* ; mais elles comprennent les désinences de singulier et de pluriel masc.-neut. et de singulier féminin.

c5.s2.t5.2

1° La désinence d'instr. sing. masc.-neut. est *-em* < skr. *-ena*. Dans la Jñāneçvārī les exemples sont innombrables ; on trouve dans les anciennes inscriptions : *Cāvuṇḍarājem* « par le roi Cāvuṇḍa » (Çravana Belgola) ; *gādhavem* « par un âne » (Parel) ; *bāyakem* « par une femme », *senavaiem* « par le général », *devem* « par le dieu », *rāem* « par le roi », etc. (Pandharpur) ; *māpem* « selon (avec ?) la mesure » (Patan).

c5.s2.t5.3

Cette désinence est, en marathe comme partout, presque la seule dont des traces notables aient survécu à l'époque moderne. On la trouve dans des mots servant de postpositions comme *pramāṇem* « à la manière de », *mūlem* « à cause de », *saṃgem* « en compagnie de, avec », probablement *nem* « par le moyen de » (*naya*-?), *savem* et *çim* « avec » (skr. *samam*, *sahitam* avec la désinence d'instr. par influence du sens) et dans les formes jointes à la postposition karūn « grâce à », p. ex. teṇem karūn « grâce à cela » (la désinence -em a été étendue aux autres types de flexion ; aplyā kṛpem karūn « par votre faveur », v. Navalkar, § 353 note).

c5.s2.t5.4

2° Au pluriel la désinence est -īm (pkr. -ehim, skr. -ebhiḥ). Les exemples sont rares dès les plus anciens textes ; Jñāneçvarī : donhīm « par les deux » (XVIII, 245 ; cité par Māḍgāmvkar), cinhīm « par les signes (XVI, 14) ; inscr. de Pandharpur : bhaṭīm, paṇḍiṭīm. Dans la langue moderne nīm, postposition de l'instrumental pluriel, est la forme plurielle de neṃ.

c5.s2.t5.5

3° Au féminin singulier, la désinence est -ā ; M. Māḍgāmvkar en a donné de nombreux exemples dans son édition de la Jñāneçvarī, p. 12-13 ; il suffit de citer ici vojā « par honneur », ātmasukhāciyā goḍiyā « par le goût du plaisir égoïste » ; de même, dans l'inscr. de Pandharpur, devīā « par la déesse ». Peut-être est-ce cette désinence qu'on retrouve dans l'adverbe helā (skr. helayā) « facilement ».

c5.s2.t5.6

L'origine de cette forme est moins claire que celle des désinences masculines. Il existe en prākrit, à côté de l'oblique en -ae, une désinence d'instr.-gén.-loc. en -āa que Vararuci n'admet pas, mais que les textes conservent et que Hemacandra est finalement amené à consacrer de son autorité (v. Pischel, § 375). Il s'agit probablement ici de la même désinence que pali -āya qui a les valeurs d'instrumental, de génitif-ablatif et de datif. Cette désinence a très vraisemblablement son origine dans la contamination de gén.-abl. -āyaḥ, loc. -āyām et instr. -ayā où la première voyelle s'est allongée par analogie des autres cas, comme s'était allongé, ainsi qu'on a vu, le -i de la désinence fém. plur. pkr. -īo. C'est cette désinence pali -āya, pkr. -āa qu'il faut sans doute reconnaître dans l'instr. fém. en -ā.

c5.s2.t5.7

Dès la période ancienne, l'instrumental pluriel manque pour le féminin : c'est l'oblique qui en tient lieu (vividhām pūjām « par divers hommages »). C'est également l'oblique qui sert au pluriel dans les noms et adjectifs masculins et neutres élargis en -ā : -em (çrotām « par les auditeurs » ; aisām cinhīm « par de tels signes »).

c5.s2.t5.8

Dans les noms et adjectifs masc.-neut. en -ā : -em, l'instrumental singulier prend en vieux marathe une forme particulière, qui semble à première vue un tatsama. Ainsi, dans l'inscription de Paṭaṇ : māḍhīcena māpeṃ « selon la mesure employée au temple », dans la Jñāneçvarī vārena (= vāryā neṃ « par le vent », XIII, 24). Mais la désinence est en réalité -ni ; la forme -na n’en est qu’une variante assez rare ; d’ailleurs la constance de groupes du type de moheṃ mājireni (« par l’égarement et la folie », XIV, 253), taiseni jñāneṃ (« par cette connaissance », XVIII, 1100) rend peu probable a priori la restitution de la désinence sanskrite dans des cas si nettement définis. Il faut reconnaître ici l’oblique en -e, constant dans les vieux textes, suivi d’une postposition à n initial, sans doute précisément celle qui a pris l’extension que l’on sait dans la langue moderne sous la forme neṃ : nīṃ ; de là vient que dans certaines éditions la confusion a été faite : ainsi au lieu de jānateni « par celui qui sait », I, 25, les éditions populaires ont jānate neṃ. C’est la même postposition qui s’applique dès les plus anciens textes aux noms en -u, c’est-à-dire aux noms élargis en -ū ; ex. vāyūni.

Locatif

c5.s2.t6.1

§ 194. Il existe en vieux-marathe deux désinences de locatif, toutes deux du singulier : l’une, -iṃ, est celle des noms en consonne, ex. : pāsīṃ m. « sur le côté, près de », velīṃ f. « au moment, à temps », gharīṃ n. « à la maison » ; l’autre est celle des masc.-neut. en -ā, -eṃ : ex. galāṃ m. « dans la gorge », cāndināṃ « au clair de lune » et des adjectifs du même type ; ex. āṃgīṃ mājhyāṃ « dans mon corps » (Jnān., VI, 139), prathamīṃ, dujāṃ, cauṭhīṃ (ib., X, 24 ; cf. les ex. cités par Māḍgāmvkar, p. 15), īyāṃ pāṭaṇiṃ « dans cette ville de Patan » (inscr. 1128 çaka). Il suffit de se rappeler les principes de la déclinaison des noms en consonne et des noms en voyelle longue pour écarter l’hypothèse de l’identité des deux désinences : ce sont deux formes d’origine différente qui ont été adaptées à deux types de flexion.

c5.s2.t6.2

Le singhalais lui aussi a deux désinences de locatif, toutes deux applicables aux noms neutres, et arbitrairement réparties : l’une remonte selon Geiger à skr. -e, l’autre à p. -amhi (Geiger, § 38, I, 3). Et en effet dans l’usage prākrit les deux désinences en -e et -mmi coexistent dans les textes sans qu’on puisse y reconnaître aucun principe de répartition (Pischel, § 366 a). Si ce sont ces désinences qu’on retrouve en marathe, il faut admettre, en ce qui concerne la première, qu’à l’époque où -e final a passé à -i (cf. pkr. ahme, m. āhmī), cet i s’est nasalisé probablement sous l'influence d'autres désinences, comme celle de l'instrumental en -em ou du locatif voisin en -ām, ce qui lui a permis de subsister.

c5.s2.t6.3

D'autre part l'identification de la désinence -ām avec pkr. -ammi pose des difficultés d'ordre phonétique : la réduction de -mm- à -m-, lui-même caduc, est tout-à-fait anormale ; faut-il y voir un traitement spécial à la fin du mot ? Même dans ce cas on s'explique mal que -i final n'ait pas coloré la voyelle précédente comme dans -em désin. de neut. plur. (skr. -āmi) ou de 1re pers. sing. (skr. -āmi).

c5.s2.t6.4

Les autres langues n'apportent guère d'éléments de solution. On trouve en penjabi une désinence sing. -om, plur. -im ; Beames voit dans la forme du singulier un ablatif ; dans ce cas la nasalité y viendrait de la désinence plurielle qui serait alors, non l'équivalent du locatif singulier marathe, mais un instrumental (pkr. -ehim, mar. -īm ; dans le texte de Beames, II, p. 223, ligne 6 du bas, corriger is not restricted en is now...).

c5.s2.t6.5

Le locatif singulier en -i au contraire se retrouve en plusieurs endroits, le sindhi l'a conservé dans les noms masculins en -u (Trumpp, p. 120) ; de même le vieux guzrati (L. S. I., Guj., p. 354). Cet -i était normalement destiné à tomber partout : c'est ainsi que les poèmes de Tulsī Dās abondent en locatifs sans désinence. Dans les noms à élargissement en -au (pkr. -ao, m. -ā), le loc. prend régulièrement en vieux guzrati la forme -ai (L. S. I., Guj., p. 356) ; la forme en -e qui en guzrati moderne a la valeur d'instrumental et de locatif (ghoḍe à côté de ghoḍā-e) représente sans doute cette désinence contaminée avec celle de l'ablatif pkr. en -āhi ; il est permis de supposer que c'est la même confusion qui explique la désinence apabhramça en -ahim comme les désinences du vieux maithili en -ahi, -ahim (> e, em ; Grierson, Introd. to the mailh. dial., § 78) ; c'est sans doute à cette désinence, et non à skr. -e que remontent encore or. et beng. -e (Beames, II, p. 223). La forme marathe en -īm est indépendante de celle-ci.

c5.s2.t6.6

Les désinences de locatif sont mortes comme telles en marathe moderne. Il reste de celle en -īm des formes figées comme gharīm « à la maison », pāçīm « auprès », veḷīm « à temps » ; celle en -ām fournit les formes dérivées de participes présents du type pāhtām « en voyant », kāritām « pour ». La distinction des thèmes n'est plus sentie d'une manière nette au Concan, où l'on dit çetām (de *çet*, skr. *kṣetra-*), *garāṃ* (m. *gharīṃ*), v. L. S. I., Marathi, p. 174.

Ablatif

c5.s2.t7.1

§ 195. L’abl. masc.-neut. sing. en *-āt* a disparu de l’Inde et de Ceylan ; il ne semble plus subsister que dans tsig. *-al* (Miklosich, XI, p. 5). Le prākrit *-āo* qui l’a remplacé est à la base de v. sindhi *-āu* (Trumpp, p. 118 ; selon Beames, II, p. 225, la désinence moderne *-ām* est identique à celle-ci : dans ce cas elle aurait été sentie comme postposition puisqu’elle s’ajoute à l’oblique pluriel), probablement aussi de penj. loc. sing. *-oṃ* cité plus haut et des postpositions du type hindi *ko*, sindhi *khauṃ khām*, etc. (v. Grierson, K. Z., XXXVIII, p. 476).

c5.s2.t7.2

Il semble bien que l’on trouve la même désinence pkr. *-āo*, combinée avec le mot affixe *-ni -n*, dans l’ablatif sing. du vieux marathe en *-auni*, *-oni*, *-ūni* (*meghauni* « du nuage », *divūni* « depuis le jour », etc.), qui subsiste uniquement dans des mots à fonction grammaticale comme *kaḍūn*, *pāsūn* (v. m. *pāsauni*) « d’à côté [de] », *āmtūn* « de dedans » (cf. beng. du S.-E. abl. en *-tun*?) ou des adverbes comme *māgūn* « après ». La poésie et les textes de la secte Mānbhāv ont conservé pour marquer l’ablatif avec la valeur de *pāsūn* une forme *pāsāv* qui semble bien être l’ablatif du mot *pās* à l’état pur. L’absence de toute aspiration dans ces formes anciennes et la rareté dans les vieux textes du juxtaposé : oblique + gérondif du verbe « être » *hoūn* (mod. *hūn*) rend invraisemblable l’explication courante suivant laquelle v. m. *-ūn* serait une forme dérivée de la forme moderne en *-hūn* (cf. Beames, II, p. 234) : comme on le verra au contraire, l’inverse est le plus probable. V. mar. *-āo* aboutit normalement à m. mod. *-ā* : ceci rend possible l’explication de la postposition *lā* « pour » par un mot à l’ablatif ; v. plus bas § 200.

c5.s2.t7.3

§ 196. Ainsi, sauf le génitif-datif, le vieux marathe ne conservait que quelques désinences anciennes de cas indirects ; ce peu s’est réduit à presque rien dans la période moderne. Les rapports concrets et certains des rapports grammaticaux ont dû alors être exprimés par l’oblique accompagné de mots affixes qu’il reste à examiner.

3. — Postpositions

c5.s2.t8.1

§ 197. La réduction du nombre des cas, conformément à une loi plus d'une fois observée (cf. Bréal, *Sémantique*³, p. 14, cité dans Meillet, *De quelques innovations...*, p. 28), a coïncidé avec un usage de plus en plus constant de mots accessoires destinés à préciser les nuances de sens laissées dans l'ombre par l'emploi d'un cas indirect unique. En sanskrit classique, le nombre des prépositions indéclinables anciennes se restreint ; mais par contre un nombre toujours croissant de noms fixés à l'un de leurs cas et de gérondifs se dépouillent peu à peu de leur signification primitive et servent à exprimer d'une façon périphrastique les rapports usuels (v. Speyer, *Ved. u. Sanskr. Syntax*, §§ 89, 91, 93). C'est là l'origine des mots ou particules affixés aux noms marathes et qui fournissent à la déclinaison moderne ce qu'on appelle improprement ses désinences.

c5.s2.t8.2

Certains de ces affixes sont clairs ; tel le mot *var* « sur », skr. *upari* : c'est le seul indéclinable ancien conservé par la langue populaire ; telles encore les formes diverses des mots *āmt* « dedans » (loc. *āmt*, abl. *āmtūn*, skr. *antaḥ*), *kaḍ* « côté » (obl. *kaḍe*, abl. *kaḍūni*, skr. *kaṭi-*), *ghar* « maison » (loc. *ger* « avec » en concani, *L. S. I., Mar.*, p. 174), *pās* « côté » (loc. *pācīm*, abl. *pāsūn* ; skr. *pārçva-*), *māg* « chemin » (instr. *māgem*, abl. *māgūn* ; skr. *mārga-*) ou des gérondifs comme *vāmçūn* « excepté », *hūn*, *hūn* « de (abl.) ». » D'autres comme *-si*, *-tem*, *-lā* « à, vers », *nem* plur. *nīm* « par » sont obscurs ; c'est pourquoi les grammairiens ont coutume de les classer différemment : « Ce qui distingue une désinence d'une postposition, dit Joshi, est que la première n'est pas un mot, parce qu'elle n'a pas de sens par elle-même ; elle n'acquiert de sens qu'en conjonction avec le mot avec lequel elle est affixée (*Compreh. gram.*, § 209). » Il reconnaît d'ailleurs que certaines des postpositions, comme *lāgīm*, *sāṭhīm*, n'ont plus d'existence indépendante à l'époque moderne et jouent le rôle de vraies désinences.

c5.s2.t8.3

Tel est le cas par exemple de *-nt* « désinence » du « locatif » moderne. En réalité il s'agit d'un mot *āmt* « l'intérieur » qui provient, soit de skr. *antram* qui n'est connu en sanskrit qu'avec le sens d' « entrailles », cf. *antara-* « intérieur », soit de skr. *antaḥ* (pali et pkr. anto) « dedans ». Ce mot est encore indépendant en vieux marathe : on trouve dans la Jñāneçvarī gāṃvā āṃtu, VI, 311, sarpakuḷa āṃt, X, 242, akṣarāṃ āṃt, X, 269, guḍhāṃ āṃt, X, 298 (les mots sont ici séparés par le rythme : guḍhāṃ rime avec puḍhāṃ), et même, avec intercalation d’une particule tayā āghaveyāṃ ci āṃt, XI, 586 (dans varṣāṃtīṃ, XV, 285, il s’agit du locatif de -anta- : « à la fin de la pluie »). On trouve encore dans Tukārām et Eknāth sabhe āṃt et même dans Moropant tumhāṃ āṃt (ex. cités par Godbole, A new gram.³, p. 131) ; mais dès Nāmdev l’affixation se produit dans les cas favorables : kṣīrasāgarāṃt (Navanīt, p. 16), de même dans Tukārām : lokāṃt (ibid., p. 48) ou Vāman : toṃḍāṃt, divasāṃt (ibid., p. 129). Elle est généralisée dans la langue moderne : de là par exemple les formes nadīṃt, katheṃt.

c5.s2.t8.4

Il n’est pas interdit de supposer à l’origine des autres postpositions une évolution semblable ; mais celles notamment qui expriment les rapports grammaticaux se présentent souvent à un degré d’altération tel que l’histoire en devient presque impossible à reconstituer.

c5.s2.t8.5

En effet l’interprétation fait deux ordres de difficultés :

c5.s2.t8.6

1° Les mots qui se sont affixés ainsi ont pu, en devenant outils grammaticaux, subir des modifications de sens considérables qui échappent à la conjecture : tel le mot mārga- « chemin » qui a pris le sens de « derrière, après » dans mar. māgeṃ māgūṃ; même évolution de sens sans doute dans kaçm. path, pata si ce mot remonte à skr. panthan- (le mot qui désigne le « chemin » dans la langue est wath, c’est-à-dire skr. vartman-, m. vāṭ) ; de même en pali, piṭṭhe dont le sens primitif est « sur le dos », en vient à signifier non seulement « sur » (sayanapiṭṭhe « sur le lit », vālukāpiṭṭhe « sur le sable ») mais « dans » (samugga-piṭṭhesu, litt. « sur le dos de coffrets », « dans des coffrets » ; exemples empruntés à la note du Mahāvastu, éd. Senart, I, p. 624) : ce même mot sous la forme peṭh peṭhi en kaçmiri veut dire « sur » et « dans », et à un autre cas, sans doute l’ablatif, peṭha signifie « de dessus, depuis, pendant » (Grierson, Man. Kaçm., II, p. 123-124 ; M. Grierson ne donne cette étymologie que comme possible dans Piç. lang., p. 35).

c5.s2.t8.7

2° En raison de leur position accessoire et de leur faiblesse sémantique ces mots subissent souvent une évolution phoné- tique irrégulière ; on a vu la perte de la voyelle dans *āmt* ; un des exemples les mieux connus du même fait est celui de skr. *madhya-* ; ce mot est conservé correctement en marathe sous la forme *māj* « ceinture », et c'est le *tatsama* *madhyem* (avec nasalisation spontanée ou analogique des postpositions à l'instrumental *māgem* *mūlem* *kāraṇem* *nem*, etc.) qui sert à former le locatif périphrastique ; mais dans d'autres langues, où d'ailleurs la forme phonétiquement correcte existe souvent dans le sens de « milieu, ceinture, etc. », le mot a subi des altérations qui ne sont pas explicables par les règles phonétiques ordinaires : en sindhi, à côté de *mamjhām* « hors de », on trouve *me* « dans » *mām* *mom* « hors de » ; de même en hindi, à côté de *mamjh*, les équivalents *mahām* *mām* et surtout *mem* « dans ». Cet exemple suffit à témoigner des accidents imprévisibles que subissent ces mots accessoires et qui déroutent l'historien. On est donc réduit, pour les postpositions dont le sens n'est pas immédiatement apparent, à des hypothèses principalement destinées à rendre compte autant que possible des formes prises par un même mot dans les diverses langues ; car il est peut-être plus urgent encore de classer les formes que de les expliquer. C'est en tenant compte de ces réserves qu'il faut lire les remarques qui suivent.

c5.s2.t8.8

Les postpositions sont de deux sortes : les unes, indéclinables, sont des noms fixés à certains cas ou des mots originairement indéclinables ; les plus importantes, qui sont en même temps les plus obscures, sont celles qui expriment à diverses époques de la langue les relations de « datif » et d' « instrumental ». Une seule est déclinable : c'est un adjectif d'appartenance, généralement désigné sous le nom de « génitif ».

c5.s2.t8.9

1. — Postpositions du datif. -si, -s neçvar et les poètes postérieurs, malgré la concurrence du cas oblique indépendant et des autres postpositions, elle est fréquente ; sous la forme -s elle est courante dans les Bakhars et encore aujourd'hui l'usage en est fréquent dans le Deç, constant au Concan.

c5.s2.t8.10

§ 198. Cette postposition est la seule parmi celles du datif qui soit vivante à toutes les périodes de la langue. Si elle manque à l'inscription de Patan (*c'est l'oblique seul qui a le sens du datif :* *madhā* *dinhalā* « donné au temple »), on la rencontre dans celle de Pandharpur (*viṭṭhala-deva-rāyāsi*, *teyāsi* « à lui ») ; chez Jñā-

c5.s2.t8.11

On rapporte généralement cette postposition en -s au génitif skr. en -sya (cf. Grierson, K. Z., XXXVIII, p. 981 ; en dernier lieu Lesný, J. R. A. S., 1911, p. 179) : si l'on admet que l'oblique sing. en -ā est un ancien datif on n'est plus obligé de supposer deux aboutissants à la même désinence dans la même langue — invraisemblance qui d'ailleurs n'a arrêté aucun des savants jusqu'ici — et l'hypothèse courante devient plausible a priori ; mais elle se heurte à d'autres difficultés. Sans parler du sens, qui est toujours celui de l'objet direct ou indirect, et jamais le sens possessif ou partitif, la forme elle-même rend l'explication inadmissible. D'une part, ainsi que l'a remarqué M. Rājvāḍe (Crijñāneçvarīṃṭīl marāṭhī bhāṣeceṃ vyākaraṇ, p. 11), cette explication ne rend précisément pas compte de la forme ancienne -si, dont -s n'est qu'une altération normale ; car skr. -sya > pkr. -ssa ; et d'autre part elle ne s'appliquerait, en l'admettant à la rigueur, qu'au gén. sing. des masc.-neut. consonantiques ; non seulement le pluriel des mêmes noms (meghāṃsi, II, 14), mais les formes des autres types de flexion (dṛṣṭīsi, rucīsi, I, 23, 35 ; tuṃhāṃsi, IV, 42) resteraient inexpliquées, sauf par une extension analogique invraisemblable. En réalité tout se passe comme si -si, -s était ajouté aux diverses formes d'oblique¹ des substantifs et des pronoms. C'est ce qui a conduit M. Rājvāḍe à l'idée ingénieuse de rapprocher l'adverbe āspās « autour », composé de deux mots au locatif (cf. s. āsipāsi, penj. occ. āsepāse) ; le second est pās = skr. pārçve ; le premier, pour lequel M. Rājvāḍe construit une étymologie inacceptable, est probablement le locatif du mot pkr. assa-, skr. açra- « bord », encore attesté sous forme indépendante en deçī (asayaṃ nikaṭam) et en singhalais (as « côté, coin », nº 993 dans Geiger, Etym. wört.). Si l'étymologie proposée est exacte, il faut admettre que le *ā-* initial s'est réduit de la même façon que plus tard celui de *āmt* (cf. § 197).

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¹ M. Rājvāḍe (ibid., p. 10) a reconnu dans -ā du type putās l'ancienne désinence de datif -āya ; il est curieux que cela ne l'ait pas conduit à expliquer de la même façon le génitif en -ā, c'est-à-dire l'oblique lui-même (cf. ibid., p. 13).

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Quelle que soit l'interprétation étymologique de cet affixe, il faut en tout cas le distinguer nettement d'un autre affixe à *s-*, à savoir *çim* « avec » ; ce mot-ci s'apparente sans aucun doute avec *sahita-*, dont il est un locatif ou un instrumental. Tandis que *-si* « à » n'est connu qu'en marathe (cf. peut-être aussi en bhili l'obl. plur. en *-es*, *L. S. I., Bhil. lang.*, p. 3), son rôle étant tenu ailleurs surtout par des mots en *k-* (exceptionnel sur le territoire marathe ; traces dans les dialectes de la côte, v. Joshi, *Comp. Gram.*, p. 142), ou en *-r*, le mot *çim* « avec » se retrouve dans presque tous les suffixes en *-s* des autres dialectes : singh. *hā ihi* « avec », tsig. *sa* « avec », *kaçm. sūtin* « par », sindhi *sã, sãu, sẽ, senu* « avec », guz. *sum* « avec », concani *sū* « de (abl.) », *sī* « parmi », braj. *sô*, rajasth. *saï sū* « de », hind. *se* « avec » (cf. l'emploi avec les verbes *milnā* « se rencontrer », *bolnā* « parler » ou des expressions comme *bahut sāmān se ānā* « avec beaucoup de bagages »), « de, par », nép. *sita* « de », bhojp. et mag. *se*, maith. *sã sãu* « par » ; la concordance des sens et des formes montre qu'il s'agit bien ici d'un autre mot, commun au marathe et à presque toutes les langues apparentées (le penjabi à l'ouest, et le groupe extrême oriental : oriya, bengali, assamais semblent ignorer ce mot ; penj. *sī* « jusqu'à », comme sindhi *sīa*, de sens identique, sont rapprochés avec vraisemblance de skr. *sīmā* par Trumpp, *Sindhi gram.*, p. 401). Ce mot se retrouve, semble-t-il, à un autre cas (l'instrumental) et avec un emploi spécial dans les dialectes du Berar, du Concan et à Bijapur sous les formes *-çeni -çyāni -sanyā*, à la désinence du gérondif (v. *L. S. I., Mar.*, 50, 67, 92, 222).

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Au suffixe *s* indiquant la direction, faut-il rattacher *sāthim* (*sāṭim*) ? Selon une hypothèse de M. Hœrnle (*Comp. gram.*, § 365), ce mot serait composé de *-s* + un cas du mot dérivé de skr. *artha-* ; cette explication, acceptable si *-s* était la désinence du génitif, devient plus difficile avec l'interprétation proposée plus haut ou une interprétation analogue ; *sāthim* est probablement un mot indépendant, apparenté à guz. *saṭ* « échange » ; cf. § 89 et 114.

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Mot indépendant peut-être aussi la postposition *stav* « pour » ; on a proposé avec vraisemblance d'y reconnaître le tatsama *pra-* stava « occasion, circonstance », écourté en raison de son rôle de mot accessoire. Une difficulté, provisoirement insoluble, vient de ce que les textes de la secte mānbhāv présentent un suffixe d’ablatif -tav à côté de -stav : stav serait-il un composé de s- + tav ? Ce mot tav serait alors, soit le mot skr. tāvat, d’ailleurs conservé en marathe (cf. ājtaṃ vulg. « jusqu’à aujourd’hui »), soit l’ablatif du mot dont la postposition tem que nous allons examiner serait l’instrumental.

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tem

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§ 199. Cette postposition, employée très librement dans les plus anciens textes littéraires, disparaît bientôt de l’usage, même en poésie, sauf avec les pronoms de première et seconde personnes du singulier où l’on évitait les formes monosyllabiques (cf. plus bas, § 200). M. Rājvāḍe (ibid., p. 12) fait remarquer que le Christian purāṇ écrit them ; de même son manuscrit de la Jñāneçvarī ; il ramène, d’une manière phonétiquement correcte et vraisemblable du point de vue sémantique, ce them à skr. arthena ; l’inscription de Pandharpur écrit en effet le tatsama çrīviṭṭhalarāyā arthe. C’est de ce them que serait issu -tem selon M. Rājvāḍe. Mais la forme sans aspirée est attestée plus anciennement que l’autre ; et l’on sait que le Christian purāṇ est écrit en dialecte concani. Il semble qu’il y ait ici à distinguer deux séries :

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