L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v1.c5: Introduction
L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v1.c5
- Language
- French
Contents
- v1.c5.s1 § I. Esquisse géographique — 31 parts
- v1.c5.s2 § II. Les fouilles du Gandhâra — 40 parts
- v1.c5.s3 § III. Collections et recueils — 40 parts
- v1.c5.s4 § IV. Critique des documents — 14 parts
- v1.c5.s5 § V. État de la question — 21 parts
Introduction
v1.c5.1
Nous nous proposons d’étudier, dans son œuvre, ses origines et son influence, l’art dit « gréco-bouddhique » ou « du Gandhâra ». L’une de ces appellations n’exclut pas l’autre : en fait, elles se complètent et se précisent mutuellement. La seconde est empruntée à l’ancien nom du pays qui a fourni jusqu’ici les principales découvertes et forme le présent district de Pêshawar, sur la frontière nord-ouest de l’Inde. Cette désignation purement géographique a l’avantage de ne préjuger en rien du fond des choses, et reste la plus prudente et la plus sûre : mais on ne peut se dissimuler qu’elle soit déjà devenue trop étroite. La première, plus large et plus ambitieuse, prévoit à l’avance toutes les surprises que peuvent nous réserver les fouilles de l’avenir, du jour où elles seront redevenues possibles, sur le territoire actuel de l’Afghanistan et notamment du côté de l’ancienne Bactriane; mais, en même temps, elle prétend définir ce qu’elle nomme, et n’y réussit qu’imparfaitement. Elle est toutefois d’un emploi courant, et nous ne nous en interdirons pas l’usage : il suffit de s’entendre sur le sens qu’il convient d’attacher à cette expression.
v1.c5.2
A vrai dire, cette bizarre alliance de mots ne sert pas à désigner quelque chose de moins hybride qu’elle. Personne ne songe plus à contester le caractère hellénisant des sculptures du Gandhâra, en dépit de leur provenance indienne. Si le lecteur conserve encore sur ce point quelques doutes, il devra bientôt se rendre à l’évidence matérielle de nos reproductions¹. En revanche, il est non moins certain que la signification et la destination exclusivement bouddhiques de ces monuments deviennent de plus en plus manifestes.
v1.c5.3
¹ Voir notamment les figures 87, 111-131, etc.
v1.c5.4
avec le progrès des recherches. Pour notre part, nous définirions volontiers cet art comme la combinaison d'une forme classique et d'un fond bouddhique, l'adaptation de la technique grecque ou, plus exactement, hellénistique à des sujets strictement indiens. C'est en ce sens qu'il est permis de parler, si fort que les deux mots jurent entre eux, d'une école gréco-bouddhique. Plus on les examine, et plus l'on se convainc que l'originalité et l'intérêt de ces œuvres singulières consistent justement dans cette intime union du génie antique et de l'âme orientale, dans cette sorte de fusion de la légende bouddhique coulée à même les moules importés d'Occident. Elles sont ainsi à double aspect, mais non à double entente. On pourrait dire d'elles, comme des médailles bilingues des rois indo-grecs, qu'elles sont de la monnaie asiatique frappée en style européen. C'est bien, selon le mot d'E. Curtius, « une page nouvelle de l'art grec » qui s'ouvre; mais le sens de cette page ne peut être déchiffré qu'en sanskrit.
v1.c5.5
Il s'ensuit naturellement que la tâche de l'interpréter, sinon de la décrire, échoit pour la plus grande part à l'indianiste. Quand l'archéologue grec a une fois constaté les ressemblances extérieures de cet art avec celui de la décadence hellénique, il a épuisé à peu près tout ce qu'il lui est loisible de dire : l'objet des édifices, le sujet des bas-reliefs, le nom des statues ne sont déjà plus de son ressort. Ce serait volontairement courtiser l'erreur que de chercher dans ces monuments les scènes ou les personnages de la fable païenne. Il est vrai de dire que la tentative ne serait pas moins vaine de prétendre expliquer par des raisons purement locales la naissance, sur les confins de l'Inde, de cette plastique presque totalement étrangère au pays en même temps qu'infiniment supérieure à tout ce qu'avait déjà produit l'art indigène. Mais l'influence occidentale une fois admise — et nous verrons qu'il se mêle aux motifs grecs plus d'un élément iranien, — c'est bien à l'orientaliste que revient le soin de pénétrer autant qu'il peut, en s'aidant des textes bouddhiques, le sens intime de ces œuvres d'art. Telle est la tâche que nous nous sommes tout particulièrement assignée. Sans négliger la valeur décorative de ces sculptures, nous glisserons sur les rapprochements de pure forme, dont la plupart sautent aux yeux, pour nous attacher à dégager l'allusion légendaire ou l'intention religieuse qu'elles recèlent : aussi bien est-ce justement là ce dont, en leur présence, un lecteur européen a le plus besoin d'être averti.
v1.c5.6
Avant d'aborder l'examen direct des monuments, un certain nombre de questions préalables se posent, auxquelles il convient de répondre : De quels lieux proviennent-ils? A quelle époque remonte leur découverte et à qui est-elle due? Dans quelles collections sont-ils conservés? Jusqu'à quel point représentent-ils l'ensemble d'une même école? Enfin que nous ont appris à leur sujet les publications antérieures? C'est ce que nous devons commencer par exposer sommairement : l'authenticité et la valeur historique de nos documents s'en trouveront du même coup justifiées.
§ I. Esquisse géographique
v1.c5.s1.1
Tout d'abord, il ne faudrait pas croire que ces monuments ne se rencontrent pas en dehors du Gandhâra : l'aire géographique de l'école déborde bien au delà des limites du district actuel de Pêshawar. Encore s'agit-il ici de territoires où les fouilles ont fait retrouver les productions typiques, sinon les archétypes de cet art. S'il était question de ceux où ont seulement pénétré ses procédés et ses modèles, nous aurions à signaler l'apparition de ces derniers en plus d'un coin de l'Inde, aussi bien au Kaçmîr et à Matra (Mathurâ), qu'à Amarâvatî; et, d'autre part, nous devrions les suivre sur les routes de l'Asie centrale jusqu'aux confins orientaux du Turkestan chinois. Enfin la région à laquelle s'est étendue son influence médiate est encore plus vaste et n'embrasse rien moins, comme nous verrons, que l'Extrême-Orient tout entier. C'est grâce à l'art gréco-bouddhique que s'est propagé jusqu'au Japon comme jusqu'à Java, avec les images des Buddhas et des Bodhisattvas, le sentiment classique des proportions et de la draperie. Mais, pour nous en tenir à ce qui constitue son domaine propre, il s'étendait sur tout le nord-ouest de l'Inde et l'Afghanistan, depuis la Vitastâ ou Jhilam, la plus occidentale des cinq rivières du Penjâb, jusque par delà la barrière neigeuse de l'Hindou-Koush : c'est, du moins, ce dont les relations des voyageurs, tant anciens que modernes, nous fournissent la preuve.
v1.c5.s1.2
LES TÉMOIGNAGES. — Les plus récentes de ces explorations ne sont pas les moins intéressantes : nous voulons surtout parler des missions de M. Klementz et de MM. Grünwedel et Huth (1) au Tourfan, sur la route septentrionale de la Kachgarie, celle qui mena Hiuan-tsang dans l'Inde, et de MM. Dutreuil de Rhins et Grenard, de M. Sven Hedin et de M. A. Stein (2) le long de la route méridionale, celle qui vit passer, à l'aller, Song Yun, et, au retour, Hiuan-tsang (3). Les investigations des archéologues européens — sans préjudice des trouvailles que les chercheurs de trésors indigènes avaient déjà faites du côté de Koutcha et de Khotan, et que se sont surtout partagées les collections russes et anglaises (1) — confirment tous les renseignements que nous donnent les pèlerins chinois sur l’existence de nombreux monuments bouddhiques dans ce pays de civilisation, sinon même de colonisation indienne. Les brillantes découvertes de M. A. Stein ont notamment établi le caractère ou, du moins, les origines classiques des ruines et des débris qui jonchent la contrée, jusqu’à 4 degrés de longitude à l’est de Khotan. Mais on est d’accord pour penser que, dans cette mince lisière d’oasis qui s’allonge entre les dunes désertiques du Taklamakan et la formidable désolation des monts Kouen-lun, l’art gréco-bouddhique n’a pu être qu’un article d’importation, semé à l’étape par les caravanes. C’est ailleurs qu’il nous faut chercher son berceau. Le trouverons-nous dans cette Bactriane qui fut, il y a deux mille ans, le premier lieu de contact des trois grandes civilisations hellénique, indienne et chinoise, comme elle est encore au point de rencontre des trois grands empires chinois, anglo-indien et russe ? C’est ce que l’avenir permettra de décider, quand la partie méridionale du bassin supérieur de l’Oxus sera enfin ouverte aux recherches archéologiques. Toutefois les vraisemblances historiques sont pour que les sculptures mixtes, comme les monnaies bilingues, n’aient été d’abord mises en circulation que là où le besoin dut le plus vivement s’en faire sentir, c’est-à-dire au sud du Paropamise et sur les rives de l’Indus. Jusqu’à preuve du contraire, les plaines de Peukelaotis (*Puṣkarāvatī*) et de Taxile (*Takṣaṣilā*) demeurent pour nous le pays indo-grec par excellence. Il n’en est pas moins significatif de constater qu’exception faite pour Koutcha, Hiuan-tsang ne commence guère qu’avec le vingt-huitième des trente-quatre « royaumes » énumérés dans son premier livre à s’étendre complaisamment sur les monuments religieux du chemin. Si l’on songe que le nom de *Po-ho*, qu’il lui donne, représente celui de Balkh ou Bactres, l'ancienne métropole des successeurs d'Alexandre en ces contrées, la survivance de quelque influence classique dans le style des images merveilleuses et des édifices très anciens dont il nous parle paraîtra peu sujette à caution¹. L'hypothèse, déjà vérifiée plus haut pour le Turkestan, se transforme de nouveau en certitude à quelques lieues plus au sud, à partir du trente-troisième royaume, celui de Bâmiyân. Les quelques croquis publiés ne laissent pas de place à la moindre hésitation sur la filiation gréco-bouddhique des énormes statues rupestres, que signale le pèlerin². Quand enfin ce dernier a achevé de franchir les « Montagnes neigeuses » et est entré au Kapiça, il ne tarit plus en descriptions et en légendes : ici encore les notes de Masson sur les nombreux vestiges qu'il découvrit, en cherchant Alexandrie du Caucase, au pied du versant méridional de l'Hindou-Koush, dans le nord-est de Kâboul, peuvent être utilement rapprochées de celles du voyageur chinois³.
v1.c5.s1.3
¹ D. KLEMENTZ et W. RADLOFF, Nachrichten über die von der K. Akad. der Wissensch. zu St. Petersburg im Jahre 1898 ausgerüstete Expedition nach Turfan, Hft. I. Saint-Pétersbourg, 1899. — Cf. E. SENART, Notes sur quelques fragments d'inscriptions du Turfan (rapportées par MM. Munck et Donner), J. A., mars-avril 1900, p. 343. — Au sujet de la fructueuse mission de MM. Grünwedel et Huth n'ont encore paru à notre connaissance (janv. 1904) que Einige praktische Bemerkungen über archæologische Arbeiten in Chinesisch Turkistan, von Prof. Dr A. Grünwedel, dans le Bull. de l'Assoc. intern. pour l'Expl. de l'Asie Centrale et de l'Extrême-Orient, n° 2. Saint-Pétersbourg, oct. 1903, p. 7-16.
v1.c5.s1.4
² DUTREUIL DE RHINS et GRENARD, Mission dans la Haute-Asie (1890-1895), troisième partie. Paris, 1898. — SVEN HEDIN, Through Asia. Londres, 1898, (vol. II, chap. LX-LXV), ou Trois ans de luttes aux déserts d'Asie. Paris, 1899 (chap. XI-XII). — M.-A. STEIN, Preliminary Report on a journey of archæological and topographical exploration in Chinese Turkestan. Londres, 1901; Sand-buried Ruins of Khotan. Londres, 1903; un Detailed Report est en préparation pour paraître en 1905.
v1.c5.s1.5
³ A l'aller, Fa-hien coupe et emprunte tour à tour ces deux routes : voir la carte des trois itinéraires dressée par M. Ed. Chavannes dans le Guide Madrolle, Chine du Sud. Paris, 1904.
v1.c5.s1.6
¹ S. D’OLDENBURG, *Zametki o buddijskom iskusstve*, II, et G. KIZERICKIJ, *Chotanskija drevnosti iz sobranija N. F. Petrovskago*, Saint-Pétersbourg, 1895 (avec illustrations). — R. HOERNLE, (*British) Collection of antiquities from Central Asia*, in *J. A. S. B.*, extra-number, I, 1897; II, 1901 (voir notamment pl. VIII-XIII).
v1.c5.s1.7
¹ Hiuan-tsang, trad. Stan. JULIEN, *Mémoires, etc.*, I, p. 29 et suiv., ou S. BEAL, *Buddhist Records, etc.*, I, p. 43 et suiv.
v1.c5.s1.8
² Les premiers croquis seraient ceux de Burnes (*J. A. S. B.*, II, 1833, pl. XIX), et les derniers ceux du capitaine J. Maitland (*J. R. A. S.*, 1886, pl. V-VIII: cf. *J. R. I. B. A.*, 3ᵉ série, t. 1, 1893-1894, p. 104. — L'opinion exprimée à cette même place par M. W. Simpson « qu'il n'y a pas d'influence classique au nord de l'Hindou-Koush » est au moins prématurée).
v1.c5.s1.9
³ C. MASSON, *Memoirs on the ancient coins found at Beghrâm in the Kohistân of Kâbul* (*J. A. S. B.*, III, 1834, p. 153; V, 1836, p. 1 et 537).
v1.c5.s1.10
Mais déjà nous entrons dans l'Inde du Nord, et dès lors les témoignages se multiplient et se complètent mutuellement. Les *stûpa* qu'a vus Hiuan-tsang dans les environs de Nagarahâra et de « Hi-lo » sont ceux qui furent violés avec plus ou moins de ménagements, de 1833 à 1836, par Masson et Honigberger autour de Jellalabâd et de Hidda⁴. Fa-hien, descendu dans l'Inde par l'Udyâna, les avait déjà visités au début du vᵉ siècle, en remontant la vallée du Kâboul-roûd(1). La dernière invasion anglaise de l'Afghanistan a permis en 1878 à un « correspondant de guerre » qui était en même temps un artiste, M. W. Simpson, de les examiner derechef au passage(2) : on n'en avait plus trouvé le loisir depuis la première (1838-1842), et peut-être serons-nous forcés d'attendre une campagne nouvelle pour recueillir à leur sujet de plus amples renseignements. Il s'en faut en effet que toute cette région de la « Frontière du Nord-Ouest » soit aisément accessible; si nous n'en sommes pas réduits pour les ruines situées entre Pêshawar (conquis par les Sikhs sur les Afghans en 1835) et Mânikyâla aux seules notes et trouvailles de Ventura et de Court(3), nous le devons au fait que ces localités ont passé depuis le milieu du siècle dernier sous la domination britannique avec le reste du Penjâb. C'est seulement en 1895 que l'expédition du Chitrâl a ouvert aux Européens une partie de la vallée du Swât(4) : encore a-t-il fallu le soulèvement de juillet 1897 pour qu'une colonne anglo-indienne pénétrât jusque dans le Swât supérieur et s'en vît camper sous les murs de Manglaor, la vieille capitale de l'Udyâna. Un autre coin du même pays, la vallée de
v1.c5.s1.11
⁴ Sur les fouilles de Honigberger, voir J. G. GERARD, *Memoir on the topes and antiquities of Afghanistan* (*J. A. S. B.*, III, 1834, p. 321), et JACQUET, *Notice sur les découvertes archéologiques faites par M. Honigberger dans l'Afghanistan* (*J. A.*,
v1.c5.s1.12
3e série, II, 1836, p. 234; IV, 1837, p. 401; VII, 1839, p. 385). — C. MASSON, Memoir on the topes and sepulchral monuments of Afghanistan, dans H. WILSON, Ariana antiqua, 1841, p. 56-118.
v1.c5.s1.13
(1) Fa-hien, trad. LEGGE, p. 36-40. Au ve siècle encore, Tao-yo en fit autant, mais rien ne prouve qu'au vie siècle Song Yun ait suivi leur exemple: voir Ed. CHAVANNES, B. E. F. E.-O., III, 1903, p. 427, n. 10.
v1.c5.s1.14
(2) W. SIMPSON, Buddhist architecture, Jellalabâd (Trans. Roy. Instr. Brit. Architects, 1879-1880, p. 37-64); Buddhist Caves of Afghanistan (J. R. A. S., 1882); The classical influence in the architecture of the Indus region and Afghanistan (J. R. I. B. A., 3e série, t. I, 21 déc. 1893, p. 96-97) ou The autobiography of W. Simpson, éd. par G. EYRE. Londres, 1903, chap. xxx, p. 277-287.
v1.c5.s1.15
(3) Sur les recherches de ces officiers européens au service de Ranjit-Singh, voir pour Ventura, Asiat. Researches, XVH, p. 601 et J. A. S. B., III, 1833, p. 28 et 308; III, 1834, p. 313 et 436; et pour Court, J. A. S. B., III, 1834, p. 556; V, 1836, p. 387 et 481; VIII, 1839, p. 306 et J. A., 3e série, IV, 1837, etc. Tout le « progress of discovery » de la période antérieure à 1840 se trouve d'ailleurs résumé dans le premier chapitre de H. WILSON, Ariana antiqua, 1841.
v1.c5.s1.16
(4) Voir notre relation de voyage Sur la frontière indo-afghane (Tour du Monde, oct.-nov. 1899, ou éditée à part, avec additions et remaniements, Paris, 1901).
v1.c5.s1.17
Bounêr, bien qu'enclavé entre les deux districts anglais de Pêshawar et de Hazâra, était *terra incognita* quand, en janvier 1898, le gouvernement de l'Inde se résolut à punir les Bounêrwals de l'assistance qu'ils avaient prêtée, six mois auparavant, aux Swâtis révoltés. Par bonne chance pour nos études, M. A. Stein fut attaché à l'expédition. Il n'eut qu'un regret, c'est que celle-ci se borna à une simple promenade militaire de dix jours; mais ces dix jours bien employés lui permirent de relever nombre de ruines et d'y reconnaître les restes des anciens couvents bouddhiques mentionnés par les pèlerins chinois¹.
v1.c5.s1.18
¹ M.-A. STEIN, *Detailed Report on an archæological tour with the Bunêr field force*, Lahore, 1898. (Réimprimé dans l'*Indian Antiquary*, 1899.)
v1.c5.s1.19
LES NOMS SANSKRITS. — Le rapprochement entre les rapports des pieux voyageurs de jadis et les observations des archéologues actuels fournit en effet une base solide à l'identification des sites et permet de reconstituer dans ses grandes lignes la géographie ancienne du pays. C'est ainsi, par exemple, que l'emplacement des « quatre grands stûpa de l'Inde du Nord » dont Fa-hien nous parle², est connu, sauf pour l'un d'eux, avec une suffisante approximation. On sait qu'ils commémoraient les quatre grands miracles de charité accomplis par le futur Buddha au cours de ses existences passées. Celui du « don du corps » à la tigresse affamée, longtemps localisé par erreur à Mânikyâla, est à chercher dans les montagnes d'où débouche l'Indus³. Celui du « don de la tête » à Takşaçilâ et celui du « don des yeux » à Puşkarâvatî sont sûrement parmi les tertres qui se dressent encore au nord de Shâh-Dhêrî et de Chârsadda. Quant à celui du « don de la chair » (on se rappelle que l'offrande est faite à un vautour pour la rançon d'une colombe), Hiuan-tsang le place clairement sur les frontières du district de Pêshawar et du Bounêr, et M. A. Stein a cru justement le retrouver près du village de Girârai.
v1.c5.s1.20
² Chap. IX-XI, trad. LEGGE, p. 30-32.
v1.c5.s1.21
³ Voir à ce sujet les remarques de M. Ed. CHAVANNES, *Song Yun*, *B. E. F. E.-O.*, III, 1903, p. 411, n. 3.
v1.c5.s1.22
Du même coup il déterminerait dans les ruines considérables de Panjkotai, près de Sounigrâm, l'emplacement du sanctuaire du Mahâvana : c'est là que le Bodhisattva, alors prince et fugitif, sachant sa tête mise à prix et n'ayant plus rien à donner à un pauvre, se fit livrer par ce dernier à son ennemi. Le lieu où, dans une autre existence encore, il avait écrit avec un de ses os brisés comme calame, sa moelle comme encre et sa peau comme parchemin un texte de la bonne Loi, serait à Goumbatai, près du gros bourg de Toursak. A ces identifications nous ajouterions volontiers¹ celle du mont Hi-lo avec l'Ilam, dont les sources et les ruines sont restées un but de pèlerinage pour les marchands hindous établis dans les bazârs de la frontière indo-afghane. Enfin nous sommes entièrement d'accord avec M. A. Stein quand il reconnaît l'extrême vraisemblance des localisations proposées par le colonel Deane pour l'Udyâna, notamment celles de Moung-kie-li (*Mangalapura*) à Manglaor et du Chan-ni-lo-che dans la vallée d'Adinzai, avec leurs contingents obligés de monastères et de *stûpa*². Si les *political officers* des expéditions de 1878-1880 avaient eu au même degré le sens et le goût de l'archéologie, nous aurions des données plus précises sur l'emplacement des sanctuaires de la « prédiction de Dîpaṅkara » près de Nagarahâra ou de l'« os du crâne » près de Hidda, dans la vallée de Kâboul, et nous ne serions pas réduits au seul témoignage de Hiuan-tsang³ sur l'existence de nombreux monuments bouddhiques dans la région de Ghazni.
v1.c5.s1.23
¹ Voir *B. E. F. E.-O.*, I, 1901, p. 368, n. 3.
v1.c5.s1.24
² H. A. Deane, *Note on Udyâna and Gandhâra*, in *J. R. A. S.*, 1896, p. 655 et suiv., et 1898, p. 460 et suiv.
v1.c5.s1.25
³ *Mémoires*, II, p. 188, ou *Records*, II, p. 284.
v1.c5.s1.26
Mais c'est surtout au Gandhâra que nous pouvons suivre pas à pas les pérégrinations du voyageur chinois⁴ : il nous conduit comme par la main le long de l'ancienne grand' route de l'Inde. S'arrêtant d'abord à Puruṣapura, aujourd'hui Pêshawar, il nous fait visiter avec lui, à une petite distance au sud-est de la ville, la fameuse fondation religieuse du roi indo-scythe Kaniṣka, dont les tumuli de Shâh-jî-kî-Ḍhêrî semblent marquer encore la place. Puis il nous mène en une étape vers le nord-est à Puṣkarâvatî (Prâng, Chârsadda et Râjar) sur la rive gauche de la rivière du Swât et proche du célèbre stûpa du « don des yeux ». De là il se rend à Po-lou-cha (probablement Varṣapura, aujourd'hui Shâhbâz-Gaṛhî) où le pieux rappel du généreux prince Viçvantara lui fait omettre de signaler l'existence d'une inscription d'Açoka. Sans le crochet que lui coûta l'ascension de la montagne de Bhîmadêvî, trois étapes lui auraient suffi par la route ordinaire pour atteindre Udabhâṇḍa (Und), sur l'Indus, d'où en trois jours, après avoir traversé le fleuve, l'hiver à gué et l'été en bac, on gagnait Taxile. Les informations qu'il recueillait à chacune de ces grandes haltes guidaient son infatigable dévotion vers les sanctuaires les plus importants du pays. D'Udabhâṇḍa, c'est pour lui une simple promenade que d'aller à Çalâtura (Lahor), la patrie du grand grammairien sanskrit Pâṇini. A Varṣapura, il ne recule pas devant deux journées de marche vers le Nord pour visiter aux abords du versant méridional de la passe de Shâhkot l'ancienne retraite du ṛiṣi Unicorne (Ekaçṛiṅga). Une excursion de la même durée le long de la rivière du Swât le conduit enfin, le premier jour, de Puṣkarâvatî au stûpa de Hâritî, « la mère des démons », aujourd'hui connu sous la dénomination équivalente de Sara-Makh-Ḍhêrî (le tumulus de la Face-rouge, entendez : la Variole), et, le second, à celui que sanctifiait, dans le voisinage de Gandhairi, le souvenir du jeune ascète Çyâma, ce modèle de piété filiale.
v1.c5.s1.27
⁴ On trouvera les références aux travaux antérieurs et notamment à ceux de Cunningham (*Ancient Geography of India*; *Arch. Survey Reports*, II et V, etc.) dans nos *Notes sur la géographie ancienne du Gandhâra* (*B. E. F. E.-O.*, I, 1901, p. 322-369), et des vues photographiques de la plupart des localités qui vont être énumérées dans le *Tour du Monde* (oct.-nov. 1899). Cf. la carte à la fin de ce volume.
v1.c5.s1.28
LES NOMS MODERNES. — Nous aurons plus tard à nous demander comment ces légendes, pour la plupart originaires de l'Inde centrale, sont venues s'acclimater au Gandhâra : ce qu'il importe pour le moment de remarquer, c'est que la liste de ces sanctuaires n'épuise nullement celle que les pèlerins en auraient pu dresser, s'ils avaient voulu les énumérer tous. Hiuan-tsang estime en chiffres ronds le nombre des couvents bouddhiques du Gandhâra à un millier, après quoi il en mentionne quinze; il évalue de même ceux de l'Udyâna à quatorze cents, et ensuite il n'en cite pas vingt. C'est dire que la tâche de l'explorateur ne consiste pas seulement à identifier les places dont les textes nous ont transmis les anciens noms; il doit encore visiter nombre de sites anonymes, ou du moins pour lesquels nous n'avons que les appellations barbares dont les ont gratifiés les habitants actuels, presque tous étrangers par la religion, la langue et la race à la tradition indienne. Il serait hors de question de donner ici un relevé complet, nous ne disons pas de toutes les ruines qui subsistent, mais de toutes celles, au nombre d'une centaine, dont nous avons pu retrouver les traces en parcourant ce pays en somme fort restreint : aussi bien ces noms ne sont-ils pas le moins du monde évocateurs du passé bouddhique.
v1.c5.s1.29
Nous ne nous attarderons donc pas à dénombrer tous les tumuli (dhêrî) disséminés le long des bords de l'Indus, de Khairabâd à Und, ni ceux qui bossuent la plaine aux environs de Pêshawar, ni ceux enfin qui de Prang à Tangai, par Chârsadda, Râjar, Outmanzai, Tourangzai, Oumarzai et Shêrpao, jalonnent la route entre les « huit villes » du pays de Hashtnagar. Ce n'est point d'ailleurs de là que proviennent les principales découvertes, mais de la partie centrale et septentrionale du district, aujourd'hui occupée par la tribu pathâne des Yoûsoufzais. Si, afin de nous orienter, nous nous plaçons à Hoti-Mardân, au milieu de cette plaine jadis bien mieux arrosée et plus fertile qu'à présent, nous distinguons de là comme deux lignes concentriques de ruines. Les unes occupent, à une distance moyenne de douze kilomètres, l'essaim avancé des collines : les autres, plus lointaines, bordent le pied des montagnes qui jadis séparaient le Gandhâra de l'Udyâna. Parmi les premières, nous citerons celles de Takht-î-Bahai, au-dessus du village de Shahrî-Bahlol; de Jamâl-Garhî, Sikri et Tarêli, au-dessus de Sawal-Dhêr et de Bakshâli; de Mêkha-Sandha et de Karamâr, au-dessus de Shâhbâz-Garhî. Derrière Karamâr, sur un des contre-forts du Mahâban, le couvent-forteresse de Rânîgat domine le bourg de Naogrâm; de ce point si nous reprenons en sens inverse notre marche le long de la frontière du Bounêr et du Swât, au débouché de toutes les passes, vers Narinji, Machai, Roustam, Babouzai, Kaçmîr-Smats, Sanghao, Nathou, Miyân-Khân, Koi-Tangai, Palai, Kharkai, Dargai, partout nous rencontrerons les débris d'anciens monastères bouddhiques. Depuis le peu de temps qu'une partie du Swât est accessible, on en a trouvé non seulement dans la vallée principale et celles d'Adinzai et de Talâsh, sur la route du Chitrâl, mais sur le versant septentrional des passes de Dîgar, de Malakand, de Chârkotlai, de Shâhkot, de Gouniyâr, de Chêrat, de Morah, etc., et nous savons par la rapide exploration de M. A. Stein que l'annexion du Bounêr ne procurerait pas une moindre moisson de ruines.
v1.c5.s1.30
En résumé, l'aire géographique de l'école gréco-bouddhique, telle qu'elle est actuellement définie, comprend avant tout, pour mêler les noms anciens aux modernes, outre le Gandhâra proprement dit (district de Pêshawar), à l'Ouest le Kapiça et la vallée de Kâboul, et au Nord l'Udyâna (Bajaur, Dîr, Swât et Bounêr). Il faut y adjoindre encore, sur la rive gauche de l'Indus, les districts de Hazâra et de Rawâl-Pindı. Enfin, du côté du Sud, des trouvailles occasionnelles ont été faites dans les districts de Kohat et de Bannou (probablement le Po-na de Fa-hien), et même de Dêra-Ismaïl-Khân¹. Selon toute probabilité, de futures recherches viendront élargir ce domaine, au Nord-Ouest vers Balkh, au Sud-Ouest vers Ghazni : mais il y a peu d’apparence qu’elles en changent, pour ainsi dire, le centre de gravité. Placées au point d’aboutissement des bassins du Kâboul-roûd et du Swât, les belles plaines mollement ondulées du Gandhâra restent, avec leur porte largement ouverte sur l’Indus, le cœur de toute cette région montagneuse et le carrefour de toutes ses grandes routes. Véritable vestibule de l’Inde, ce pays vit-il vraiment, comme il semble, naître et se développer, de la rencontre entre la lointaine et décadente influence de la plastique hellénique et le prosélytisme exceptionnel d’une religion indienne, cet étrange produit qui a reçu le nom d’art gréco-bouddhique? Toujours est-il qu’à l’heure présente il est le mieux connu, le plus fouillé et celui qui, si l’on y ajoute le revers septentrional de ses montagnes frontières du côté de l’Udyâna, a fourni la presque totalité des sculptures qui feront l’objet de notre étude : il n’en faut pas davantage pour justifier le titre que nous avons choisi.
v1.c5.s1.31
¹ Au Musée de Lahore existent des têtes en mortier de chaux, trouvées en 1868 dans un tertre miné par l'Indus à Rokri Tahsil, Mianwali, district de Bannou (cf. *Arch. Survey Rep.*, XIV, p. 29, ou *Panjab Gazetteer, Bannu District*, p. 27). Le major Cole signale en outre un tumulus à Akra, dans ce même district (*Second Report*, 1883, *App. A.*, p. xxiv), et le vieux fort d'Oumarkot, près de Khaïpour, dans celui de Dêra-Ismaïl-Khân (*ibid.*, p. xxvii, ou *First Report*, 1882, *App. H.*, III, p. liv; mais voir *Panjab Gazetteer, Dêra-Ismaïl-Khân Dis-*
§ II. Les fouilles du Gandhâra
v1.c5.s2.1
La découverte des richesses artistiques enfouies sous les ruines du district de Pêshawar ne remonte guère qu’à une cinquantaine d’années. L’unique préoccupation des premiers chercheurs, de Ventura, de Court, de Honigberger, de Gerard, de Masson, semble avoir été d’éventrer tous les stûpa, de Mânikyâla à Kâboul, pour y recueillir avant tout des monnaies anciennes; de sculptures, il n’en est que peu ou point question¹. On ne s’avisa de leur
v1.c5.s2.2
¹ C’est tout juste si Masson mentionne des «idoles, etc., à Hidda » (Ariana antiqua, p. 113). Pour une statue découverte près de Kâboul par Gerard, voir J. A. S. B., III, 1834, p. 363, et pl. XXVI, 1 (cf. plus bas, p. 24).
v1.c5.s2.3
trict, Lahore, 1883-1884, p. 22) d’où provient également un plat d’argent à motif bachique du British Museum (Archæologia, LV, Londres, 1897, p. 534). Sur deux fragments de statue provenant du Hazâra, voir Proc. A. S. B., mai 1861, p. 174, et pour les recherches de Cununingham à Takşaçilâ, Hasan-Abdâl et Mânikyâla, voir Arch. Survey Rep., II, V et XIV, ou encore Panjab Gazetteer, Rawâl-Pindi District, 1893-1894, p. 30 et suiv.
v1.c5.s2.4
importance qu’à partir de l’annexion du Penjâb à l’Inde britannique (1848-1849). En revanche, on s’est bien rattrapé depuis, et il n’est autant dire plus, au Gandhâra, de ruines qui n’aient été fouillées au moins une fois, le plus souvent sans plan arrêté et dans des intentions médiocrement désintéressées. L’histoire serait longue et lamentable (si les aveux des coupables permettaient de l’écrire) de toutes ces déprédations, depuis l’exploit du colonel qui, nous dit Cunningham¹, déménagea sur douze chameaux les statues de Jamâl-Garhî, jusqu’à ces « irresponsible diggings » dont le colonel Deane déplore avec raison les ravages dans le pays à peine ouvert du Swât². Presque nulle part on n’a eu le souci de déblayer à fond les édifices en vue d’en établir le plan et de restituer l’ordonnance de la décoration : on ne s’est occupé que de mettre la main sur des sculptures; encore n’a-t-on pas pris la peine d’enlever ou de mettre à l’abri celles qui étaient jugées trop lourdes ou trop fragmentaires pour valoir le transport. En maints endroits, torses décapités et reliefs mutilés jonchent les déblais³ et attestent l’ignorance et la brutalité avec laquelle les fouilles ont été, si l’on peut ainsi parler, conduites; car il y aurait quelque ironie à employer ce terme, alors que le plus souvent elles étaient abandonnées, sans aucune direction européenne, à la surveillance d’un subalterne indigène ou même à la discrétion des coulies recrutés au village le plus voisin. Les monuments du Gandhâra ne nous sont parvenus, il faut bien le dire, qu’à l’état de ruines voulues et non naturelles. Ils ont été détruits de main d’homme avant d’être ensevelis par le temps. Mais on peut se demander si leurs débris n’ont pas plus souffert dans ces dernières années du vandalisme des amateurs archéologues, qu’ils n’avaient fait, au cours des siècles précédents, du fanatisme des musulmans ou de l’industrie des chercheurs de trésors et des ramasseurs de briques et de pierres de taille. A cela, rien à faire; aussi bien est-ce partout l’histoire [Figure: FIG. 1. — RUINES DE TAKHT-i-BAHAI (cf. fig. 63). Vue du contrefort central, prise du sommet vers le Nord. Gravure extraite du Tour du Monde 1899.]
v1.c5.s2.5
¹ *Arch. Survey Rep.*, V, 1875, p. 46.
v1.c5.s2.6
² J. R. A. S., 1896, p. 664.
v1.c5.s2.7
³ Cf. *infra*, fig. 66, ou *Tour du Monde*, oct. 1899, p. 476, au premier plan.
v1.c5.s2.8
de ce qu'on pourrait appeler la période héroïque des fouilles. Il est seulement temps que le Gouvernement éclairé de l'Inde intervienne pour mettre un terme aux fantaisies d'antiquaires des Européens et un frein à la cupidité des indigènes. Nouveau danger plus grave encore, ceux-ci ont appris à connaître la valeur vénale de ces œuvres d'art, et l'appât du gain a eu vite fait de les transformer d'iconoclastes en marchands d'idoles. Au train dont vont les choses, il ne resterait bientôt plus, ni en deçà ni au delà de la frontière anglaise, aucun site historique à peu près intact pour les recherches méthodiques que l'on peut espérer de l'avenir. Diverses mesures récentes, l'érection en province distincte des districts de la frontière du Nord-Ouest, la réorganisation de l'*Archæological Survey* et la mise en vigueur d'une loi sur la « conservation des anciens monuments »¹, présagent heureusement l'ouverture d'une ère nouvelle pour l'archéologie du Gandhâra.
v1.c5.s2.9
¹ Introduit à l'« Imperial Legislative Council » en octobre 1903, le « Bill for the preservation of ancient monuments » a pris force de loi le 18 mars 1904, sous le gouvernement de Lord Curzon.
v1.c5.s2.10
LES FOUILLES OFFICIELLES. — Rien ne fait mieux mesurer l'étendue du mal que nous venons de signaler que le contraste entre le nombre considérable des ruines fouillées et le petit nombre des fouilles sur lesquelles nous possédons quelques renseignements. Les premières dont on ait gardé la trace imprimée sont celles que les lieutenants Lumsden et Stokes exécutèrent en 1852 dans les ruines de Jamâl-Garhî (fig. 65-66²), découvertes quatre ans auparavant par Cunningham; de leurs trouvailles, qui périrent en 1866 dans l'incendie du Crystal Palace, il ne reste que les lithographies accompagnant l'article que leur avait consacré E. C. Bailey, dans le *Journal de la Société asiatique du Bengale*³. En 1863, dans le même recueil, I. Löwenthal nous entretient des statues et bas-reliefs trouvés dans les environs de Pêshawar et de Naogram(1). En 1864, l'intéressant « Rapport sur les Yoûsoufzais » du Dr Bellew joint, à un aperçu des nombreux monuments anciens du pays, des détails précieux sur ceux qu'il avait particulièrement explorés à Shahr-î-Bahlol(2) et à Takht-î-Bahai (fig. 1 et 63). C'est surtout à ce dernier site que travaillèrent, en 1869-1870, les sapeurs du général Mac-Lagan, et c'est encore de lui que provenait en grande partie la collection rapportée peu après en Europe par le Dr Leitner(3).
v1.c5.s2.11
² Voir encore *Tour du Monde*, 1899, p. 481 (vue du n° 1 du plan de la fig. 64) et p. 452 (vues des n°s 2, 4 et du n° 5 du même plan).
v1.c5.s2.12
³ J. A. S. B., XXI, 1852, p. 608-621, et pl. XXV-XLII. Pour deux autres têtes de mortier de chaux trouvées à la même époque « près de Pêshawar », voir *ibid.*, p. 634 et 511, pl. XIX et XX.
v1.c5.s2.13
L'intérêt et les controverses qu'elle souleva semblent avoir provoqué les recherches plus étendues qui se firent les années suivantes sous l'impulsion de Cunningham et dont les principaux résultats ont été réunis par lui dans le volume V de l'Archæological Survey of India (1875). C'est d'abord une exploration plus complète de Takht-î-Bahai sous les ordres du sergent Wilcher (janvier-avril 1871)(4). Les « sapeurs et mineurs » reprenaient en même temps les fouilles de Jamâl-Garhî, que la 8e compagnie, dirigée par le lieutenant A. Crompton, achevait en mars-avril 1873(5). Deux ans après, ils travaillaient encore, sans suite ni succès, dans les tertres de Shâh-jî-kî-Dhêrî et de Takkâl, près de
v1.c5.s2.14
(1) J. A. S. B., 1861, p. 411, et 1863, p. 1 : On the antiquities of Pêshawar District.
v1.c5.s2.15
(2) H. W. BELLEW, General Report on the Yûsufzais, Lahore, 1864 : cf. Panjab Gazetteer, Pêshawar District, 1897-1898, p. 46 et suiv. Vue de Shahr-î-Bahlol, Tour du Monde, 1899, p. 544.
v1.c5.s2.16
(3) I. A., 1873, p. 242, et 1874, p. 158; COLE, Memorandum, p. 1, note; CUNNINGHAM, Arch. Survey Rep., V, préface; V. SMITH, J. A. S. B., LVIII, 1, 1889, p. 120; W. SIMPSON, J. R. I. B. A., 1893-1894, p. 95.
v1.c5.s2.17
(4) Panjab Gov. Gazette, Suppl., 6 août 1873 : Report on the exploration of Buddhist ruins at Takht-î-Bahai, Yûsufzai, during the months of January, February, March and April 1871, by a detachment of the Bengal Sappers and Miners from the command of Sergeant F. H. WILCHER, R. E., p. 528-532.
v1.c5.s2.18
(5) Panjab Gov. Gazette, Suppl., 12 févr. 1874 : Report on the exploration of the Buddhist ruins at Jamâl-Garhî during the months of March and April 1873, by the 8th company, Sappers and Miners, under the command of Lieutenant C. A. CROMPTON, R. E., p. 1-7 (avec plans et croquis).
v1.c5.s2.19
Pêshawar¹. De leur côté, la 9e compagnie et le lieutenant S. Grant se chargeaient des ruines de Kharkai (fig. 67), déjà entamées en 1851 par le lieutenant Lumsden et d'où quelques fonctionnaires et Cunningham lui-même s'étaient depuis procuré de nombreuses sculptures². Elle trouva encore quelques jours à consacrer à Tarêli, au nord du gros bourg de Sawal-Dhêr, lequel passe pour avoir fourni au Dr Bellew quelques-unes des plus belles pièces du Musée de Lahore³. Mais c'est seulement les trouvailles antérieures à l'été de 1873, « provenant pour les neuf dixièmes de Jamâl-Garhî », que Cunningham a réunies dans sa *List of sculptures from Yûsufzai*, laquelle ne contient pas moins de 165 numéros⁴.
v1.c5.s2.20
¹ *Panjab Gov. Gazette, Suppl.*, 18 nov. 1875 : *Report on the explorations at mound Shâh-ji-ki-Dhêri, near Pêshawar, by a detachment of the Sappers and Miners under the command of the late Lieutenant C. A. Crompton, R. E.*, et *Report by Lieutenant P. Haslett, R. E., on the explorations at Takkal, near Pêshawar, during April and May 1875, by the 4th and 8th companies, Sappers and Miners, under the command of the late Lieutenant C. A. Crompton, R. E.*, p. 717 *et* 719 (avec croquis); cf. *ibid., Suppl.*, 30 mars 1876, p. 238-239.
v1.c5.s2.21
² *Panjab Gov. Gazette, Suppl.*, juin 1874 : *Report on the exploration of the Buddhist ruins near Kharkai during the months of March and April 1874 by the 9th company, Sappers and Miners, under the command of Lieutenant Skene Grant, R. E.*, p. 439 (manque dans l'exemplaire de l'India Office Library). Cf. *Arch. Survey Rep.*, V, p. 53-54, et Cole, *Memorandum*, p. 1, note.
v1.c5.s2.22
³ *Arch. Survey Rep.*, V, p. 55. Vue de Tarêli dans *Tour du Monde*, 1899, p. 479.
v1.c5.s2.23
⁴ *Arch. Survey Rep.*, V, *Appendice B*, p. 197.
v1.c5.s2.24
Survint la double expédition de Kâboul (1878-1880); M. J.-D. Beglar, assistant de Cunningham⁵, profita de l'occupation de la passe du Khaïber par les armes anglaises pour déblayer en janvier 1879 les restes d'un sanctuaire bouddhique découvert près d'Ali-Masjid (fig. 2), tandis que, de son côté, M. W. Simpson fouillait le « tope » d'Ahin-Posh⁶. La guerre terminée, le Gouvernement du Penjâb sanctionna de nouveau à la fin de 1881 — apparemment sur l'initiative du major H. Cole, qui venait d'être nommé « conservateur des anciens monuments de l'Inde » —
v1.c5.s2.25
⁵ *Arch. Survey Rep.*, XIV, 1882, préface, et Cole, *First Report*, App. H, III, p. LXVI.
v1.c5.s2.26
⁶ Cf. plus haut, p. 7, n. 2, et plus bas, p. 76, n. 1.
v1.c5.s2.27
[Figure: FIG. 2. — RUINES DE STŪPA DÉBLAYÉES PRÈS D'ÁLI-MASJID (cf. fig. 81). D'après une phot. de M. J.-D. BEGLAR — Gravure extraite du Tour du Monde, 1899.]
v1.c5.s2.28
« l'emploi de compagnies de sapeurs indigènes commandées par un officier européen, pour faire des recherches archéologiques dans le district de Pêshawar ». Cunningham en traça le programme et l'un de ses assistants, M. W. Garrick, fut envoyé sur les lieux. Il ne semble pas que cette campagne de 1882 ait donné de grands résultats. La 4e compagnie, sous les ordres du lieutenant Martin, ne fit qu'effleurer les ruines de Chârsadda; et la 10e compagnie, partie seulement vers la fin de mars 1882 sous les ordres du lieutenant Maxwell, travailla un mois, sans grand profit, sur la colline de Karamâr¹. Quant à M. Garrick, il commença un peu partout, à Chârsadda, à Tarêli, à Shâhbâz-Garhî, à Takkâl, des excavations qu'il ne poussa nulle part, et qui, à en juger par ce qu'il en dit, furent pires qu'inutiles².
v1.c5.s2.29
¹ Report on Buddhist explorations in the Pêshawar district by the 10th company, Sappers and Miners, under the command of lieutenant C. MAXWELL, R. E., during April 1882, Lahore, 1882. M. Ph. VOGEL a eu l'obligeance de nous donner communication de cet opuscule qui manque à l'India Office Library. Des fouilles furent opérées à Kotki, près d'Ouriya, et dans le voisinage des villages de Tajâ, Chârgoul et Râna-Galiara : les premières seules furent fructueuses; le résultat en fut expédié au Musée de Lahore.
v1.c5.s2.30
² Arch. Survey Rep., XIX, 1895, p. 91-137. Pour la destruction d'un des derniers stûpa du Kaçmîr (encore figuré dans H. COLE, Ill. of ancient buildings in Kachmir, Londres, 1869, n° 36) par le même soi-disant archéologue, voir M.-A. STEIN, trad. de la Râjataranginî, I, p. 140, note.
v1.c5.s2.31
Un nouvel essai, celui-ci plus heureux, fut tenté en 1883, toujours sur les indications et même la lointaine direction du major Cole³. S'attaqua — non plus manu militari; cette fois, ce furent les villages qui fournirent la main-d'œuvre — aux nombreux couvents cachés dans chaque repli de montagne entre Kharkai et Kaçmîr-Smats. La charge des fouilles fut surtout confiée au jemadâr Kaleh-Khân, qui avait déjà eu l'occasion de faire son apprentissage d'archéologue, pendant la dernière guerre afghane, aux dépens des *stûpa* de Jellalabad. On ne saurait blâmer la façon dont le brave subalterne indigène exécuta sa consigne. Si les bâtiments sont mal déblayés et les plans fort rudimentaires, du moins la moisson de sculptures fut des plus abondantes. Le couvent de Sanghao en fournit à lui seul 134, et celui de Koi-Tangai, près de Miyân-Khân, plus de 300. Le « monastère supérieur » et le « monastère inférieur » de Nathou¹ en livrèrent chacun 79, sans compter les pièces de stuc. En somme 503 statues et bas-reliefs sortirent de quatre misérables emplacements, qui tous ensemble tiendraient à l'aise dans un carré de quarante mètres de côté. Quelques coups de pioche donnés deci, delà, dans d'autres sites du voisinage, Mala-Tangai, Mîr-Jahan, Babouzai, portèrent le nombre total à plus de 700 : et l'exploration de ce canton est loin d'être achevée. Il faut s'applaudir qu'on ait eu l'idée de marquer tous ces morceaux de la lettre initiale du lieu de leur trouvaille : c'est ainsi l'une des rares collections dont l'origine exacte soit encore aujourd'hui connue.
v1.c5.s2.32
³ H. COLE, Memorandum on ancient Monuments in Eusofzai (sic), with a description of the explorations undertaken from the 4th February to the 16th April 1883, and suggestions for the disposal of the sculptures, Simla, 1883. Cf. Second Report of the Curator of ancient Monuments in India, for the year 1882-1883, App. I, et Third Report . . . for the year 1883-1884, p. 22, et App. I, S et T.
v1.c5.s2.33
¹ Pour des vues de Kaçmîr-Smats, Sanghao et Nathou, voir *Tour du Monde*, 1899, p. 483, 485, 486, 487 et 489. Notons en passant que les noms des deux couvents de Nathou leur viennent de leur position respective, en amont ou en aval, par rapport au ruisseau qui coule dans le ravin les jours de grande pluie; en fait, le « lower monastery » est situé sur le versant de la colline à une altitude bien supérieure à celle de l'« upper one ».
v1.c5.s2.34
Elle partage, il va sans dire, ce mérite avec celle que le colonel Deane tira en 1889 d'un coin du ravin non moins insignifiant et aride de Sikri ou Shikar-Tangai (le Val de la chasse). Ces fouilles méritent une place à part, non seulement à cause des chefs-d'œuvre qui se trouvent au nombre des quelque 400 sculptures recueillies, mais aussi en raison de la méthode avec laquelle elles furent dirigées² et qui nous vaut de posséder au milieu de la galerie archéologique de Lahore une base ronde de *stûpa* dans son état original (fig. 73). Une chance du même genre et non moins méritée échut encore au colonel Deane, quand, de concert avec M. Stuart Waterfield, il découvrit près de Gandhairi, également *in situ* et enfouie sous quelques pieds de terre, une autre petite base carrée à peu près intacte : divers fragments, et notamment les débris du pinacle de parasols qui gisaient à côté, ont permis de tenter une reconstruction de cet édicule¹, qui, après avoir décoré le jardin de la maison du magistrat à Pêshawar, orne à présent le vestibule du Musée de Calcutta (fig. 72).
v1.c5.s2.35
² *Memorandum by Capt. H. A. Deane, assistant commissioner, Mardàn, on excavations at Sikri, Yûsufzai, Panjab Gov. Press, Lahore, 21 déc. 1889* (les plans manquent). *Cf. J. A.*, viiiᵉ série, XV, 1890, p. 139 et suiv., et xᵉ série, II, 1903, p. 185 et suiv. Il est juste d'ajouter
v1.c5.s2.36
¹ Cf. J. R. A. S., 1896, p. 668.
v1.c5.s2.37
Les fonctions de *political officer* près l'expédition du Chitrâl, puis en Swât et Dîr devaient encore permettre au colonel Deane de rendre d'autres services signalés à l'archéologie². Le moindre ne fut pas de diriger et parfois de contenir l'ardeur de néophytes dont tous les officiers du corps d'occupation s'étaient soudain sentis transportés à la vue des nombreuses ruines de l'Udyâna. Grâce à son influence et au zèle également désintéressé du major F. Maisey, commandant du poste de Dargai, une part du butin artistique recueilli sur les deux versants des montagnes du Swât fut réservée aux collections publiques. C'est surtout, comme nous verrons, le Musée de Calcutta qui en a profité — non, à ce que dit l'histoire, sans que le gouvernement du Penjâb en ait éprouvé sur le moment quelque dépit. Le forcement de la passe du Malakand est d'avril 1895; dès l'automne suivant, le Dr L. Waddell et M. A.-E. Caddy furent tour à tour députés par Sir Charles Elliot, lieutenant-gouverneur du Bengale, pour prendre livraison des sculptures rassemblées à cette intention. Au printemps de 1896, sous les auspices du colonel Reid, commandant le poste de Chak-
v1.c5.s2.38
² Pour ses travaux d'exploration et d'identification, voir plus haut, p. 19; à noter encore la recherche des inscriptions, en partie énigmatiques, qu'il a proposées à la sagacité du monde savant (J. A., IXe série, IV, 1894, p. 332 et 504, et VI, 1895, p. 379-380; J. A. S. B., 1898; J. R. A. S., 1899, et cf. 1903, p. 238 et suiv.; *Sitzungberichte der K. P. Akademie der Wissensch.*, Berlin, 14 févr. 1901, etc.).
v1.c5.s2.39
qu'avant de débuter ainsi par un coup de maître, l'archéologue improvisé avait eu l'occasion de conférer avec M. J. Burgess, alors directeur général de l'Archæological Survey of India, sur la méthode à suivre dans ce genre d'explorations.
v1.c5.s2.40
darra, M. A.-E. Caddy déblaya en outre avec autant de soin que de fruit, dans la passe de Shâhkot, la base du stûpa de Loriyân-Tangai (fig. 3-5). C'est la dernière exploration officielle en date avant celle, dont nous avons déjà parlé, de M. A. Stein au Bounêr (1898); et avec elles se termine, pour ce qui est du dernier siècle, la maigre liste que nous avons essayé d'en dresser. Il va de soi que celle des trouvailles et des acquisitions privées serait singulièrement plus longue, s'il n'était tout à fait exceptionnel que ces dernières prissent le chemin de quelque musée ou fissent seulement l'objet d'une publication(1).
§ III. Collections et recueils
v1.c5.s3.1
Nous en avons assez dit pour qu'on conçoive aisément que nombre de sculptures gréco-bouddhiques sont actuellement entre les mains de simples particuliers, tant dans l'Inde qu'en Europe. C'est là un fait bien connu sur la frontière afghane et une opinion partagée de tous ceux qui se sont occupés de la question(2). Il est assurément fort regrettable qu'une part minime de ces œuvres d'art soit seule échue aux musées; du moins, il n'y a pas lieu de regretter qu'elles n'aient pas été laissées sur place. Puisqu'on avait tant fait que de les déblayer, il ne restait, surtout aux débuts, d'autre moyen de les conserver que de les mettre, aussitôt découvertes, hors de la portée des villageois musulmans. La plupart trouvèrent ainsi un premier asile entre des piquets de tente ou sous une véranda de bungalow en attendant d'avoir les honneurs de quelque galerie privée ou publique. Malheureusement, si l'on pourvut ainsi à leur sûreté, on ne songea le plus souvent à prendre aucune note non seulement de leurs positions respectives, mais même de l'endroit où elles avaient revu le jour. On devine le tort aujourd'hui causé à nos études par le désordre de ces acquisitions accumulées de toutes mains ou dispersées au hasard des caprices individuels, sans qu'on ait presque jamais eu soin d'en établir et d'y joindre un procès-verbal d'origine. De celles mêmes qui sont venues grossir le contingent des musées, seule une infime minorité possède, pour ainsi parler, un état civil; et, par suite, il nous faut d'avance renoncer à en posséder jamais un catalogue qui soit pleinement satisfaisant. Nous nous bornerons ici à donner un aperçu de la composition des principales collections, tant indiennes qu'européennes.
v1.c5.s3.2
¹ Nous ne trouvons guère à citer ici, pour le premier cas, que le don fait au musée de Calcutta par M. J. G. Delmerick, de têtes en mortier de chaux trouvées près de Pêshawar (Proc. A. S. B., 1870, p. 217), et, pour le second, que la publication dans le J. R. A. S., 1899, p. 422, avec planches (ou J. I. A. I., 1900, p. 80, fig. 15 et 16, et cf. enfin nos figures 195 et 222) de deux bas-reliefs trouvés, en décembre 1897, dans les réserves encore inépuisées de Takht-i-Bahai; mais cf. plus bas, p. 28 et 30, d'autres exemples de prêts et de donations.
v1.c5.s3.3
² Cf. V. SMITH, J. A. S. B., LXVIII, part 1, 1889, p. 114; J. BURGESS, J. I. A. I., 1898, p. 24, et Buddhist Art in India, préface, etc.
v1.c5.s3.4
Musée de Calcutta. — L'« Indian » ou « Imperial Museum », comme il est de mode de l'appeler, possède la plus ancienne statue gréco-bouddhique dont il soit question dans l'indianisme. Découverte près de Kâboul, en novembre 1833, par le Dr Gerard, elle fut offerte le 6 août suivant à la Société asiatique du Bengale, dont la collection a formé, comme on sait, le noyau du musée fondé en 1866. Aux quelques objets ainsi transférés se sont ajoutés d'autres dons faits par des particuliers; mais l'apport de beaucoup le plus considérable fut celui de l'Archæological Survey, à la suite de ses heureuses campagnes de fouilles de 1872-1873. Numérotées G(andhâra). 1 à G. 177, ces dernières sculptures, provenant pour la plupart de Jamâl-Garhî, ont fait l'objet, en 1883, d'un catalogue dressé avec beaucoup de soin par un naturaliste, le Dr J. Anderson¹. Jointes aux numéros K(âboul). 1, H(azâra). 1-2, et P(éshawar). 1-19, elles constituent ce que l'on peut appeler l'ancien fonds.
v1.c5.s3.5
¹ J. ANDERSON, *Catalogue and Handbook of the archæological collections in the Indian Museum*, Part I, p. 198-261 (Calcutta, 1883).
v1.c5.s3.6
Postérieurement à l'apparition du catalogue, ce fonds a reçu trois additions des plus notables. La première consiste en une part du produit des fouilles engagées en 1883 par le major Cole, soit une centaine de sculptures provenant surtout de Koi-Tangai et du monastère supérieur de Nathou (1). La seconde comprend la collection rapportée par M. A.-E. Caddy de sa première mission sur la frontière du Nord-Ouest en octobre-novembre 1895; il faut y
v1.c5.s3.7
FIG. 3. — BASE DÉBLAYÉE DU STÛPA DE LORIYÂN-TANGAI (cf. fig. 4). D'après une photographie de M. A.-E. CADDY, au Musée de Calcutta.
v1.c5.s3.8
distinguer, outre le petit stûpa de Gandhairi, don du colonel Deane et de M. S. Waterfield, deux lots de sculptures réunis l'un dans la vallée du Swât par le colonel Deane, l'autre aux environs de Dargai par le major Maisey (2). Enfin les importants résultats des fouilles de M. A.-E. Caddy à Loriyân-Tangai ont tous été réservés à Calcutta (3).
First 85 of 158 passages. Read on