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L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v2.c14.s3.t3: § III. Les Bodhisattvas

L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v2.c14.s3.t3

Language
French

§ III. Les Bodhisattvas

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Un esprit trop prompt pourrait en effet conclure hâtivement de ce qui précède, par réaction contre l'abus que la critique européenne semble avoir d'abord fait des Bodhisattvas, qu'il n'y a pas au Gandhâra d'image de ces derniers. Même à nous en tenir aux seuls documents iconographiques qui ont déjà passé sous nos yeux, l'erreur serait évidente. Il y a, en effet, des cas nombreux où ce n'est plus le Buddha, mais une figure princière qui occupe le centre du groupe : or ce personnage assis entre deux divinités, qui souvent restent debout, ne peut appartenir qu'à la seule catégorie de laïques qui leur soient hiérarchiquement supérieurs, à savoir les Bodhisattvas. Il en est de même du pseudo-Dieu qui occupe la droite de la série sur la représentation des sept Buddhas du passé (fig. 79 et 457) : le huitième ne peut figurer que l'être destiné à se transformer en Buddha de l'avenir. Enfin, si nous retournons la tête vers les scènes légendaires, que de fois nous avons vu, au cours de ses vies antérieures comme de son existence dernière, le Bodhisattva qui devint Çâkya-muni ! Aussi, quand nous rencontrons dans les galeries gréco-bouddhiques de nobles personnages occupant soit le siège central d'un groupe, soit un piédestal nettement isolé (et, dans ce dernier cas, ordinairement illustré de quelque allusion à la légende du Maître), nous avons le droit d'y voir, non pas, comme on l'a cru longtemps, des « rois » ou des « hiérarques » du Bouddhisme, — non pas, comme on pourront croire à présent, de simples dieux, — mais bel et bien des Bodhisattvas (1) Toute la question est de savoir lesquels.

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Sur ce point, on ne saurait prendre trop de précautions, et la raison en est simple. Plastiquement parlant, les Bodhisattvas ne sont, comme les appellent poliment les textes, que des « fils de famille » (kula-putra, entendez des « gentlemen »). Par suite,

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[Figure: FIG 408 — MÊME SUJET Musée de Calcutta. Provenant le Loriyan Tangai. Hauteur 0m 40]

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comme à l'usage de ses rois et de ses dieux, l'école ne disposera en leur faveur que de cet eternel modèle du grand seigneur laïque, coiffé ou non de son turban. Nous allons donc forcément retrouver une fois de plus, pour leur confusion et la nôtre, mêmes draperies, mêmes bijoux, même coiffure, même chaussure, voire même type physique. Aussi bien est-ce encore ce type que reprendront tout

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(1) Les « rois » ou « hiérarques » sont des hypothèses de CUNNINGHAM et de FERGUSSON. On sait que la détermination de ces statues est due à M. le Prof. A. GRÜNWEDEL (B. Hist. p. 159 ed. angl. p. 182).

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à l'heure les Buddhas, avec lesquels les Bodhisattvas ont par définition en commun tous les signes du « grand homme » (cf. plus bas, p. 287). Mais n'anticipons pas, et bornons-nous ici à constater que, de toutes ces marques, la plus apparente, parce que placée en plein visage, est l'espèce de grain de beauté velu qui se trouve, nous dit-on, juste entre les deux sourcils. Par cette *ūrṇā*, comme les textes l'appellent, le Bodhisattva s'apparentera au Buddha, de même que la chrysalide porte déjà tel ou tel stigmate de l'insecte parfait; par elle aussi, il se différenciera donc des divinités ordinaires. Du moins, la conclusion ne sort pas seulement de la logique des choses : elle est encore conforme au système ordinaire de l'école, et nous ne pouvons douter qu'en théorie cette marque frontale n'ait fourni la seule ligne de démarcation possible entre les images du *mahāpurusa* et du *deva*, du surhomme et du dieu; encore faut-il tenir compte de l'inadvertance ou de l'oubli toujours possibles du sculpteur, et ainsi cette règle est susceptible de bien des exceptions dans la pratique. Lors même qu'elle eût été constamment observée, elle ne nous fournirait encore qu'une distinction de classe et non d'individus. Mais ce serait évidemment trop demander aux artistes gandhâriens que d'exiger d'eux la création de physionomies caractéristiques à l'intention de chacune des vagues figures du panthéon bouddhique. Ils n'en seront que plus disposés à recourir à des indices de reconnaissance extrinsèques; et, de notre côté, nous n'en devrons être que plus attentifs au langage muet des attributs, des gestes, de la coiffure même de la statue, ou encore du genre de siège sur lequel elle est assise et des symboles figurés sur son piédestal.

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LE TÉMOIGNAGE DES ÉCRITURES. — Nous sentons aussi vivement que personne la regrettable fragilité de ces indices : et, par suite, en l'absence de toute inscription nominative, nous nous attacherons plus étroitement que jamais aux indications des textes. Or nous avons déjà constaté (cf. I, p. 370), justement chez ceux qui nous ont le plus constamment fourni le commentaire direct des scènes légendaires, une tendance à s'intéresser toujours davantage aux faits et gestes du futur Buddha plutôt qu'à ceux du Buddha accompli. On admettra volontiers que cette concentration croissante de l'intérêt sur la première partie de la vie du Maître prélude déjà au mouvement religieux qui a pris et gardé, dans l'histoire du Bouddhisme, le nom de Mahâyâna, ou, comme on traduit d'ordinaire, de « Grand

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Fig 409 410 — DIEUX OU BODHISATTVAS (1)

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Fig 409 Musée du Louvre n° 30 Provenant de Kharkh. Hauteur 0m 30 Fig 410 Musée de Calcutta : Provenant de Loriy-in-Tanga Hauteur 0m 67

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Véhicule ». Cette voie supérieure, chacun le sait, est celle que choisit le fidèle, candidat à la Bodhi et brûlant de se consacrer au salut de l'humanité entière, de préférence à la carrière moins noble, embrassée par le moine oisif qui n'aspire qu'au titre de saint (arhat) et ne se soucie que de son propre nirvana Bouddhiste, cette conception nouvelle de la morale ne l'est plus, à vrai dire, qu'en ce qu'elle persiste à se modeler sur l'imitation du Buddha, mais du Buddha avant son illumination, avant même son entrée en religion, au temps de sa jeunesse et de sa vie conjugale, ou encore à l'époque de ses existences antérieures. Si elle ne va pas jusqu'à substituer absolument l'idéal laïque à l'idéal monastique, elle exalte du moins — tout comme la *Bhagavad-gītā* — l'homme vertueux qui est resté dans le monde aux dépens de celui qui en est sorti. Non contente de revendiquer pour le premier le droit au salut, elle proclame encore la supériorité du procédé qu'il emploie pour l'atteindre et qui ne tend à rien moins qu'à la suprême perfection, poursuivie d'âge en âge, à coup de sacrifices, à travers une série incalculable de renaissances. Pour le guider et le soutenir dans la longue et dure voie où l'engage un vœu solennel, le débutant comptait sur l'intervention et la grâce efficace des Bodhisattvas, ses précurseurs. Déjà voisins du but, ces êtres surnaturels, inférieurs aux seuls Buddhas (que tout de même on n'osait détrôner), passaient pour bien supérieurs aux dieux de la vieille mythologie. Il s'ensuit aussitôt qu'au point de vue extérieur — celui qui, reconnaissons-le à sa honte, intéresse avant tout l'archéologue — « le culte des Bodhisattvas » devint, ainsi que le fait judicieusement remarquer Yi-tsing¹, la marque distinctive de la « grande doctrine », et qu'enfin ce culte ne pouvait manquer de se traduire aux yeux par le nombre croissant des images du héros laïque dans toute sa gloire.

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¹ Rec., p. 14

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Des aperçus nouveaux et un vaste champ d'intéressantes conjectures s'ouvrent ainsi devant nous; mais le point délicat est de savoir jusqu'à quel point ces lointaines perspectives rentrent dans le cadre de l'école artistique que nous avons pris à tâche d'étudier. Demandons-nous d'abord ce qu'en pensent les textes. Parmi ceux dont nous avons fait jusqu'à présent un constant usage, il se trouve que le *Lalita-vistara*, non content de pousser au premier plan de la dévotion la figure de Siddhârtha (le futur Çākya-muni), est aussi le seul qui mentionne l'existence de Bodhisattvas multiples Malheureusement son témoignage nous est *a priori* suspect. Nous avons déjà eu en effet l'occasion de remarquer que la tendance à exalter le Bodhisattva aux dépens du Buddha est loin d'être aussi

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FIG 412 413 — BRAHMĀ ET INDRA

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FIG 412 Musée de Calcutta n 132 Provenant de Jamal Garhi (?) Hauteur 0m 68

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FIG 413 Musée de Peshawar Provenant de Takht-i Bahi Hauteur 0m 80

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marquée sur les monuments gandhāriens qu'elle l'est dans l'ouvrage en question (cf I, p 439), si nous a déjà paru en avance sur nos bas reliefs comment ne pas se demander si ne l'est pas également sur nos images? Remarquons d'ailleurs que le *Lalita* vistara ne nous parle des Bodhisattvas que dans son préambule. Là même, il n’en porte le nombre qu’à trente-deux mille (une misère) et n’en nomme que huit, à commencer par Maitrêya. Une pareille modération, à qui se souvient des chiffres extravagants avec lesquels aiment à jongler les textes proprement mahâyâniques, démontre assez la timidité d’un premier début. De fait, dans les fragments prâkrits ou sanskrits des canons des Mahâsânghikas et des Mûla-Sarvâstivâdins qui forment le Mahâvastu et le Divyâvadâna, pas plus que dans le canon pâli des Sthaviras, il n’est toujours question, en dehors des divers avatârs de celui qui fut finalement notre Çâkya-muni, que de son successeur immédiat, mais encore à venir, Maitrêya. Cette constatation nous est un avertissement qu’il faudrait de bien fortes raisons pour en reconnaître d’autres que ces deux-là parmi nos statues, ou du moins les plus anciennes d’entre elles. En même temps, elle nous enseigne de toute évidence que le point de départ des spéculations mystiques comme des créations iconographiques postérieures doit être cherché dans la conception et l’image qu’on se faisait de celui qui fut le Bodhisattva initial et qui est longtemps resté « le Bodhisattva par excellence »¹. C’est donc aussi par lui que nous devons commencer notre étude.

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¹ Uttama Bodhisattva (Buddha-carita, 1, 19)

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LE TÉMOIGNAGE DES SCÈNES LÉGENDAIRES. — Récapitulons d’abord les faits que nous fournit sur son compte l’analyse des bas-reliefs dont nous disposons. Nous nous rappelons l’avoir aperçu, pour commencer, au temps de ses existences antérieures (I, p 270-289). Si nous remontons le cours de celles-ci, en tenant compte que des jâtaka où il revêt déjà la forme humaine, il s’est d’abord montré à nous sous les espèces du Bodhisattva Çvêtakêtu, au moment où, dans le ciel des Tusitas, il s’apprêtait à redescendre une dernière fois sur la terre. Auparavant, il nous est apparu sous le riche costume du noble Viçvantara ou sous le vêtement d'écorce des ascètes Çyāma et Mêgha (alias Sumati ou Sumēdha). Si on laisse de côté pour l'instant l'étrange compromis du *carama-bhava* Bodhisattva toujours coiffé comme un laïque et déjà drapé comme un religieux (fig 145), le futur Çākyamuni s'est en somme présenté sous deux aspects principaux : celui de prince et celui de novice brahmanique. C'est notamment sous cette dernière forme qu'après avoir reçu la prédiction de Dīpankara il est vraiment devenu selon l'expression des textes « une graine de Buddha¹ » en voie de germer. Nous aurons à revenir sur les marques extérieures du *brahmacarin* (cf p 253) mais déjà nous pouvons en retenir une qui n'est pas sans importance au point de vue iconographique. Plusieurs images du Bodhisattva princier tiennent en effet un flacon en forme d'alabastron et cet attribut n'a pas peu exercé la sagacité des archéologues. La première idée, en le voyant aux mains de l'héritier présomptif

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¹ Buddha-bjaṅkura (Jātaka I p 1 et 80

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[Figure: f i g 1 4 3 Le B o d h i s a t t v a (f f 5-176) Musée d P h a r a r Pro enan d Sahri-Bahlol H a u r o m D près un photogr d l'archéologue S a r r e]

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des Çâkyas, fut de le prendre pour une sorte de sainte ampoule : cette conjecture est en complet désaccord avec les rites des Indiens, chez qui l'abhiṣeka ou sacre royal n'est pas fait d'une onction d'huile, mais d'une copieuse douche d'eau claire¹. Une autre hypothèse, fondée sur l'analogie des vases d'ambroisie que portent les divinités de Sânchi², ne nous paraît pas davantage trouver ici son application, puisque nous n'avons pas affaire à un dieu. Heureusement les usages de l'école parlent assez haut et clair pour nous tirer d'incertitude. Ce flacon symbolique, tantôt pansu et lourd à l'indienne, tantôt effilé à la grecque, nous le voyons constamment à la main de Brahmâ (fig. 155, 406, 407) et des ascètes brahmaniques, jeunes et vieux (fig. 139-141, 151, 430-433). Quelque élégant qu'il puisse être, ce n'est jamais qu'un kamaṇḍalu, le vase où le religieux doit conserver son eau, s'il veut boire; car, consentirait-il lui-même à emprunter celui d'un autre qu'il ne trouverait pas un Hindou de caste pour lui prêter le sien (cf. p. 245). Seul ustensile absolument indispensable que le parivrâjaka, en renonçant à tous les biens de ce monde, emporte encore avec lui, on conçoit que ce flacon soit devenu et resté l'emblème caractéristique de celui qui a embrassé la vie contemplative. Dans la main du Bodhisattva princier, s'il a un sens, il fait apparemment pressentir sa future entrée en religion : dans celle du brahmacârin il signifie sûrement que celui-ci a déjà prononcé ses vœux de jeune clerc.

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¹ Voyez Ajantâ, pl 7 et 75. Cette coutume indienne a encore été observée au Cambodge lors du sacre du roi actuellement régnant

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² Cf. R Hist Relg., t. XXX, 1894, p 353, Porte orientale de Sanchi (Bibl de vulgarisation du Musée Guimet, t XXXIV), p. 200, et ici même, I, p 281-283.

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Mais si ce détail, qui remonte jusqu'à l'aurore du Bodhisattva, est bon à retenir, il va de soi que, de toutes ses incarnations, la plus importante aux yeux des fidèles est la dernière, celle où, né dans la noble maison des Çâkyas, il reçut le nom de Siddhartha, c'est-à-dire Prospère. Bien souvent nous l'avons déjà rencontré dans tous ses atours de prince royal, tantôt la tête nue à l'intérieur de ses appartements (fig 178-180, 447), et tantôt la tête couverte comme au moment de sa décisive sortie de la maison (fig. 181-182). Il convient d'insister surtout sur les deux circonstances où s'est le mieux affirmé son caractère d'être prédestiné à l'illumination. L'une est cette « Première Méditation » où la tradition se plaisait à reconnaître, en même temps que l'annonce, la preuve de sa vocation. Aux exemples que nous avons déjà publiés

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[Figure: FIG 414 — MÊME PERSONNAGE Musée de Calcutta. Provenant du Swat. Largeur 0 m 21]

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(fig. 175-176; cf. 353), il suffira d'ajouter la figure 413, où le motif achève de se transformer en statue sans perdre pour cela le *lakṣaṇa* du laboureur ni même l'ombrage de l'arbre. En revanche, distrait par les jeux et les fêtes du mariage, nous n'avons pas suffisamment prêté attention à la seconde de ces scènes, en dépit du grand nombre des répliques qui en attestent la popularité. Nous l'avons notamment méconnue sur la figure 466, qui la place aussitôt après la Nativité, en sautant toutes les scènes intermédiaires de l'enfance et de la jeunesse. Il s'agit de ce *samcodana*¹, de cette « instigation » à quitter le monde, que les dieux adressèrent au Bodhisattva en un moment des plus critiques : une nuit de plus, et, celui-ci se réveillant empereur, notre monde était privé de Buddha. La situation était donc non moins grave qu'après la Bodhi, quand le Maître faillit se refuser à prêcher sa doctrine (I, p. 420); et c'est pourquoi, par un rapprochement qui s'imposait aux ciseaux des praticiens comme aux consciences des fidèles, le *samcodana* est le pendant naturel de l'*adhyeṣaṇa*, l'« Instigation » au Départ de la « Sollicitation » au Prêche. On comprend encore comment l'un et l'autre motif ont été vite conçus sous forme de triades décoratives, alternant sur la même frise ou stèle (fig. 47, 347, peut-être 215 cf. *A. M. I.*, pl. 102, 4), et nous avons vu bientôt les donateurs paraître d'abord incidemment (fig. 479), puis prendre aux côtés du candidat à la Bodhi comme à ceux du Buddha parfait la place des divinités orantes (fig. 347-348).

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¹ Il en a déjà été touché un mot ci-dessus, II, p 88

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Pour l'instant, notre soin le plus pressant doit être de considérer l'aspect extérieur du Bodhisattva à l'occasion de ces deux crises morales. Nous ne serons pas autrement surpris de relever chez lui une légère différence d'attitude et de costume, selon que nous le surprenons à l'éveil de sa vocation ou à l'heure des résolutions décisives. Dans les deux cas il est assis avec les jambes croisées à l'indienne. Lors de sa première transe extatique, ses mains tombent superposées dans son giron, la paume en dessus, selon le geste consacré de la méditation; en même temps, comme la scène est censée avoir lieu en plein air, le prince est régulièrement coiffé de son turban (fig. 176, 353, 413). Au contraire l'autre épisode se passe à l'intérieur du palais, et par suite le Bodhisattva garde la tête découverte; n'étant pas cette fois perdu dans son rêve, il convient de plus qu'il lève la main droite à l'adresse de ses interlocuteurs, dans ce vague geste d'accueil et d'assentiment que nous avons vu si souvent au Maître (cf. I, p. 516 et voir notamment fig. 212), cependant que de la main gauche il tient le vase à eau, annonciateur de sa destinée (fig. 164 b, 348, 459 c, 479). Telle est

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[Figure: Fig. 415-416. — LES DEUX TYPES DE BODHISATTVA, AVEC OU SANS TURBAN Fig. 415 D'après une photographie du Musée de Calcutta Fig. 416 Musée de Peshawar. Provenant de Sahri-Bahlol. Hauteur 1 m 60]

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du moins la règle ordinaire, et apparemment originale, de l'école dans ces compositions : mais il était inévitable que d'un motif à l'autre il se produisît des contaminations (1), d'autant que de son côté le Buddha de l'adhyesana a souvent, lui aussi, ses mains réunies dans le geste de la méditation (fig. 213). On ne s'étonnera donc pas qu'on ait parfois figuré le Bodhisattva du samcodana coiffé et méditant (fig. 347 a (1) et 414) : et même nous ne serions nullement surpris de voir sortir de terre une Première Méditation dont le héros aurait entre les doigts le kamandalu ou le lotus pendant qui en prend parfois la place (cf. fig. 427). Peu nous importe ici. Ce qu'il faut surtout retenir, et la conclusion qui découle inéluctablement de tout ce qui précède, c'est qu'il n'y a pas de statue gandharienne du Bodhisattva qui ne puisse être à la rigueur rapportée à l'héritier présomptif des Çakyas. Qu'elle soit assise ou debout, en méditation ou en conversation, avec ou sans turban, porteuse ou non du vase à eau, il n'est aucune de ces idoles princières qui n'ait son prototype dans quelque scène figurée de la jeunesse de Çakya-muni. Si nombreuses et variées qu'aient pu être plus tard leurs attributions spéciales, un fait reste acquis : c'est que sur les bas-reliefs légendaires du Gandhâra nous avons déjà rencontré le modèle de presque toutes, sinon de toutes les images de Bodhisattvas que connaisse l'école.

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¹ Sur la figure 489, originaire de Mathurâ il semble même qu'on ait ajouté

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TÉMOIGNAGE DES MOTIFS DÉCORATIFS. — Tandis que leur témoignage bénéficie ainsi en entier au compte de Siddhârtha, celui des motifs décoratifs n'est pas moins péremptoire en faveur de Maitrêya. Il va de soi que nous ne pouvions guère en attendre d'autre sur ce dernier. Comme sa légende, en dépit des nombreuses prédictions qui la concernent, est, par définition, le secret de l'avenir, il serait prématuré de vouloir qu'elle fût déjà représentée sur les bas-reliefs. Ce que nous savons de plus sûr à son endroit, en ce sens que tous les textes sont unanimes à l'affirmer, c'est que ce « Messie » du

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au roi Çuddhodana et aux rsis de la Première Méditation les deux dieux de l'Instigation, après quoi l'artiste a fait joindre les mains à tout le monde Bouddhisme doit succéder un jour à notre Çâkya-muni, tout comme celui-ci a continué la lignée spirituelle des Buddhas antérieurs. Mais à côté de ces listes de noms, nous avons des alignements d'images vraisemblablement rangées dans le même ordre. L'une de ces séries, représentée sur les figures 77 (soubassement) et 457, est particulièrement topique. A la suite des sept Buddhas — qui — leur nombre l'indique suffisamment pour un peuple et une secte aussi épris de catégories numériques — ne peuvent être que Çâkya-muni et ses six prédécesseurs immédiats, nous apercevons un Bodhisattva qui ne saurait être à son tour que le futur et ultime Prédestiné de notre âge du monde, à savoir Maitrêya. Or ce dernier (sur la figure 77, à demi tourné vers les donateurs avec un air de bienveillance qui ne fait que justifier son nom) est de ce type « au chignon et au vase » que nous connaissons bien pour l'avoir déjà vu à Brahmâ (cf. II, p. 204 et suiv.) et au Bodhisattva du samcodana (fig. 164 b, etc.).

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¹ Sur cette image, il y a eu en plus contamination de l'arbre de la Première Méditation, pour faire pendant à celui de l'adhyesana

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Fc 417 — Le Bodhisattva S ddhārtha (?) Musée de Lahore, n° 6 Trouvé près de Sangram (1) Hauteur 1 m 30

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Cette donnée iconographique, dont nos études sont redevables à M. le Prof. A. Grünwedel (1), est aussi sûre que précieuse. Aussi ne craindrons-nous pas le moins du monde d'en affaiblir la solidité si nous en tirons aussitôt quelques corollaires que l'état actuel des monuments laisse encore hypothétiques. C'est ainsi que nous sommes invinciblement portés à retrouver Maitrêya au beau milieu de la frise d'icones de la figure 134, bien que sa main droite et le flacon de sa main gauche aient été brisés. Autant qu'on en peut juger d'après le fragment conservé, les huit personnages des figures 77 et 457 défilaient également ici, rangés quatre par quatre (quatre Buddhas, puis trois Buddhas et un Bodhisattva) dans chaque intervalle de pilastres. Sur la figure 135, ce sont des Bodhisattvas, que nous trouvons alignés coude à coude, autant que pouvait en contenir le pourtour du stûpa qu'ils décoraient. Mais nous sommes irrésistiblement conduits à admettre qu'ils faisaient pendant au groupe consacré des Buddhas et se suivaient aussi huit par huit, sept d'une espèce et un seul d'une autre. Nous croyons en voir la preuve dans l'intervention, au milieu de Bodhisattvas tous indistinctement enturbannés, d'un unique type au chignon et au vase, dont la réapparition périodique devait rythmer l'alternance des séries. Le hasard seul aurait fait que nous ayons conservé au musée de Lahore la fin d'un groupe et le commencement d'un autre, si bien que Maitrêya tombe cette fois encore au milieu du fragment. En tout cas l'on ne saurait raisonnablement contester que nous devions, ici comme là, le reconnaître à son chignon et à son vase : et cette constatation crée à son tour une présomption très forte en faveur de l'attribution au même personnage de toutes les statues du même type (fig. 418-420).

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¹ B Kunst, p 164-165; éd angl., p 188

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Fig. 418. Le Bodhisattva Maitrêya. Musée de Lahore. (Haut. 0m 56)

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une fois de plus pour les Bodhisattvas comme pour les dieux, les artistes gandhariens ne disposent toujours que de leur éternel type du grand seigneur laïque en tenue de ville ou d'appartement (fig 415-416) La même contraste que nous avons déjà relevé entre Çakra et Brahmâ devait donc être forcément réédité à l'occasion de Siddhârtha et de Maitreya Si l'on attribuait à l'un le port de turban, il était inévitable que l'autre adoptât comme signe distinctif le chignon avec l'ordinaire accompagnement du kamandalu

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Que le choix fût ainsi des plus restreints et que d'ailleurs il fallût choisir, personne ne songerait à contester Tout au plus un esprit critique pourrait encore demander les raisons des préférences de nos sculpteurs Car, enfin, on n'aperçoit pas à première vue pourquoi l'un des types plutôt que l'autre est échu à celui-ci ou à celui-là des deux Bodhisattvas Si le « Prospère » fut jadis un prince royal dans la famille des Çâkyas le « Bienveillant » est à présent un dieu dans le ciel des Tusitas où nous avons dû noter dès l'abord (II p 176) qu'aucune différence appréciable ne se marque entre un deva ou un roi — C'est ici qu'éclate dans tout son jour la logique intérieure de l'école en même temps que son intime familiarité avec la doctrine Les raisons de son choix demandez-vous ? Elle les donnera si on l'interroge Vous n'ignorez pas que les Bodhisattvas ne renaissent pour la dernière fois sur la terre que dans des familles de brahmanes ou de kṣatriya et que Siddhârtha a élu cette dernière caste parce qu'elle était de son temps celle à qui s'attachait le plus de considération (1) Sachez qu'au contraire bien que pour la même raison Maitreya doit renaître dans la caste brahmanique comme fils du brahmane Brahmâyus et de la brahmine Brahmavatî (2) Il suffit et nous n'avons pas à chercher plus loin Au grand seigneur que fut le premier, tout comme à Çakra le roi des dieux

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Cf Lal a v stara iii éd p 20 lal p 9 Tel est du nonslavs des Sarvâst vid ns cf Dvja ada a 1 60 et H UAN TSA G Pec II p 47 Dans un autre passage où Maitreya est censé descendre miraculeusement sur la terre pour fabriquer une image à la ressemblance de Çâkyamuni (bl II p 120) c'est encore sous la forme d'un brahmane les artistes assigneront donc de préférence la pompe du costume royal, diadème compris; quant au second, s'ils veulent rester conséquents avec eux-mêmes, ils lui attribueront sans plus de façons deux Bodhisattvas, cessant d'être le sosie l'un de l'autre, sont désormais susceptibles de fournir matière, selon le gré des donateurs, à des images individuelles.

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Les deux types de Maitreya

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Fig. 319. — Musée du Louvre, n° 2. Provenance inconnue. Hauteur : 0m 31

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Fig. 320. — Musée du Louvre, n° 21. Provenance de Sahri-Bahlol. Hauteur : 0m 30

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LE BODHISATTVA SIDDHÂRTHA — Il ne nous reste plus qu'à suivre docilement ces indications iconographiques dans l'identification des statues isolées qui, n'étant plus des dieux (cf II, p 209), ne peuvent être que des Bodhisattvas. Pour commencer nous devrions inscrire avec confiance le nom de Siddhârtha au dessous de celles qui nous montrent un râjakumâra, turban en tête, dans toute sa splendeur (pl I et fig 417). Aussi bien est-ce dans ce pompeux équipage que le Bodhisattva par excellence a quitté sa ville natale dans la nuit du jour où il devait à jamais dépouiller ses parures princières (cf fig 181-187) et ainsi tout conspire pour qu'il nous soit resté dans les yeux et s'évoque spontanément à notre imagination sous ce costume de cérémonie. Très analogues devaient être, en tenant compte de la différence locale des styles, les « images du prince royal » — véritables idoles placées dans des chapelles — que Hiuan-tsang mentionne à l'occasion de sa visite aux ruines de Kapilavastu (1). Malgré tout, nous ne pouvons nous empêcher de rester sur la réserve. Il faut prendre garde, par exemple, que Siddhârtha avait déjà eu dans Viçvantara, pour ne pas remonter plus haut, un véritable double. Aussi, quand nous savons de source certaine que telle statue (et c'est le cas de celle du Louvre sur la

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[Figure: FIG 421 — MÊME PERSONNAGE Musée de Lahore n° 569 Provenant de Kharkr Hauteur 0m 70]

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(1) Rec II p 17 et suiv planche I) provient d'un des couvents qui perpétuaient aux environs de Shâhbâz Garhî la mémoire du plus généreux des princes, il devient difficile d'affirmer qu'elle ne représente pas justement cette incarnation du Bodhisattva Et de même que Siddhârtha a ainsi dans le passé des reflets anticipés de lui-même, son précédent

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[Figure: FIG 429 — MÊME PERSONNAGE Musée du Louvre, n° 22 Provenant du Swât. Hauteur 0m 52]

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avatar — si l'on peut employer cette expression — également à l'heure présente, dans le même ciel des dieux Tusitas un pendant exactement pareil à lui Entre Çvetaketu et Maitrêya rien, sauf le contexte du stûpa de Sikri ne nous a précédemment permis de choisir (fig 445), et cette raison même de choix nous manque devant tel piédestal isolé de Lahore (fig. 34g) où le lotus souligne encore, en dépit du voisinage des donateurs, la résidence divine du Bodhisattva (1).

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L'impossibilité matérielle où se trouvait l'école, à raison de la limitation de ses moyens d'expression, d'éviter ces confusions, explique pour une part que le type du Bodhisattva Siddhârtha n'ait guère prospéré en dehors des scènes de sa légende. En tout cas il est certain qu'il n'a pas fourni une carrière iconographique bien longue ni bien fructueuse. Du moins nous ne voyons pas que, dans la mythologie postérieure, aussi bien au Magadha(2) qu'au Tibet, il en soit le moins du monde question. A toutes ses qualités, il joignait en effet aux yeux des fidèles le tort grave de n'être plus vivant. Plastiquement parlant, il a cessé d'exister au lendemain même du « Grand départ », dès qu'il a eu quitté son costume laïque (cf. I, p. 370). Au point de vue théologique, il est mort au matin même de la Bodhi, à l'instant précis où il a senti éclore en lui, avec l'avènement de l'Illumination, le Buddha dont il était en gestation depuis tant de siècles. Et en vérité c'est de toutes les manières qu'on peut dire de lui qu'il n'a fleuri que pour mourir. C'est en lui que nous avons tout à l'heure trouvé le modèle primordial et la souche commune de tous les Bodhisattvas postérieurs; et, à présent que nous cherchons à son tour son image, nous ne la rencontrons plus, ou à peine, comme si le germe, après avoir proliféré sur les bas-reliefs, s'était desséché en donnant naissance à la floraison des statues.

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LE BODHISATTVA MAITRÊYA. — Le premier Bodhisattva vivant qui le remplaça dans la dévotion populaire fut — tous les textes en sont d'accord — Maitrêya. Conformément à la règle, l'un des Buddhas du passé, Ratnaçikhin, l'a prédit de temps immémorial(1), et Çākya-muni lui-même a, en la racontant, confirmé cette prédic-

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¹ Cf. Sukhâvatî-vyûha, §41 (éd., p. 65).

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² On sait la faveur dont a joui la dévotion à l'image du Vajrâsana, qui représentait le Bodhisattva au moment où il allait devenir Buddha : mais elle le représentait déjà sous les traits d'un Buddha (cf. plus haut, I, p. 370, et plus bas, p. 321).

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[Figure: FIG 493 — MÊME PERSONNAGE (?) Musée de Peshawar. Provenant de Sahri-Bahlol D'après une photogr. de l'Archæolog. Survey]

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tion. On montrait près de Bénarès le lieu où elle avait été énoncée, et les générations postérieures tenaient même, par une confusion presque inévitable, que Maitrêya l'avait reçue en ce lieu de la bouche du dernier Buddha(1). Nos textes usuels ne connaissent rien de pareil. Le Lalita-vistara nous montre seulement, dans un passage à nos yeux fort suspect, le futur Çâkya-muni, au moment de sa suprême descente sur la terre, sacrant de sa main son successeur et, ayant enlevé de sa tête le turban dont elle était couronnée, il le plaça sur la tête de Maitrêya(2). Aussi bien ce dernier devait-il avoir normalement l'aspect d'un deva du ciel des Tuṣitas (cf. fig. 145). La nécessité de le distinguer expressément pour répondre aux pieuses exigences et satisfaire aux commandes des fidèles en a, comme nous venons de voir, décidé autrement. Encore l'ingéniosité des artistes n'a-t-elle pu aller plus loin que d'attribuer au futur brahmane les attributs de Brahmâ : seuls l'isolement de l'image et le caractère particulier du piédestal empêchent la confusion avec cette dernière divinité. C'est ainsi que sur les figures 418-420 l'analogie des figures 77 et 457 nous fait en définitive reconnaître Maitrêya, grâce à son chignon plus ou moins emperlé et à son flacon plus ou moins ciselé. La garantie est même si forte que nous ne nous sentons pas arrêté par le fait que sur le socle de la figure 418 nous retrouvons, comme tout à l'heure sur celui des images de Siddhârtha (ou de Viçvantara), l'adoration du vase à aumônes du Buddha (pl. I et fig. 417). Viendra-t-on dire en effet que cette indication ne peut pas être l'effet d'une habitude machinale de l'artiste et qu'elle doit recéler une intention ? Qu'à cela ne tienne : d'après une tradition dont Fa-hien s'est fait l'écho, le pâtra de Çâkya-muni doit un jour servir à Maitrêya(3). Comme un pas dans cette voie en entraîne un autre, il nous est dès lors bien difficile de ne pas ranger sous le même nom les mêmes images, quand elles se présentent assises au lieu d'être debout (fig 421 422), et enfin parmi les figures assises — dont le nombre est relativement considérable, — nous ne voyons pas que, dans une iconographie encore si peu fixée, on puisse fonder une différence d'identité sur le fait que l'artiste, au gré de ses souvenirs ou de sa fantaisie, leur a attribué tel geste ou telle

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¹ Du jātakamālā, p 66. Bodhisattvavadāna-kalpalatā, xv

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¹ Cf FA-HIEN, trad BEAL, p LXVIII, et HIUAN-TSANG, Rec, II, p 46-47. Ce qui met le comble à la confusion, c'est que HIUAN TSANG paraît citer à l'appui du fait le témoignage du Lotus de la Bonne Loi, lequel place la scène au Pic du Vautour (trad BURNOUF, p 15, 18 et 186).

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² Lalita vistara, éd, p 39, l 2-4 : lire probablement patta maulim — M S LÉVI me confirme que cet épisode n'est mentionné dans aucune des deux traductions chinoises du Lalita vistara Ce serait donc une interpolation tardive

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³ Trad BEAL, p LXXVIII

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[Figure: Fig 424 — MÊME PERSONNAGE (?) Musée de Peshawar. Provenant de Sahri Bahlol A S I An Rep 906 907 p XXXI 1 b]

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manière de rassembler leurs cheveux Peu importe croyons-nous que la dextre se lève avec bienveillance (fig 421) ou que les deux mains se superposent en méditation (fig 422) tant que l'une d'elles au moins tient le vase et de même tant que la tête reste découverte, la forme du chignon compte peu Si celui de la figure 421 par exemple rappelle de très près celui du dieu Çiva sur les monnaies de Barodeo ou Vasudêva(1) (pl V, 16), tandis que celui de la figure 422 procède directement du nœud de cheveux de l'Apollon du Belvédère, nous ne nous croyons pas autorisés pour l'instant à chercher dans ces divergences de détail autre chose que des renseignements intéressant l'histoire de l'art, quant à l'identification foncière du personnage, elle n'en paraît pas affectée.

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Si sûr que soit le témoignage de nos monuments, nous devons constater qu'il se relie assez mal avec celui de l'iconographie postérieure, car, à la différence de ce qui se passe pour Siddhârtha, dont la personnalité tout de suite s'efface et nous échappe, nous pouvons suivre l'image de Maitrêya dans l'intérieur et même au-delà des frontières de l'Inde. Assurément les deux traits principaux que nous venons de noter ne sont pas entièrement perdus. Jusqu'au bout il est resté jaṭā-mukuṭin, « porteur d'un chignon en guise de tiare », et parfois, dans le bassin du Gange (fig 496 et 497) comme dans la Haute-Asie, sa main gauche continue à tenir le vase à eau, bien que le kamaṇḍalu soit loin de lui être un attribut constant et spécialement réservé(2). Mais d'ordinaire les mains finissent par se réunir dans la mudrā de l'enseignement. On pourrait retrouver déjà ce geste sur une nouvelle image de Sahri-Bahlol (fig 423), où un vase de grandes proportions semble souligner sur le piédestal l'identification de Maitrêya, et encore, à la grande rigueur, sur la figure 424. Mais ou bien tout ce qui précède n'a plus de sens, ou bien cette dernière désignation ne saurait être valable pour les Bodhisattvas enseignants, mais enturbannés, des figures 425 426. Pourtant la façon dont le second croise les jambes à la hauteur des chevilles serait dans les anciennes sculptures bouddhiques de la Chine(3) la marque caractéristique

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(1) P GARDNER Cat, pl XXIV, 10 11 et II, p 16 et 48, GRUNWEDEL B Kunst, V SMITH Cat, pl XIII, 8 fig 92 93, éd angl, fig 134 135, Mythologie du Bouddhisme, fig 98 101, etc
(2) Arch Surv Ind, Ann Rep 1904-5, pl XXVIIId, Iconogr bouddh, I pl VI 1
(3) Voir CHAVANNES Mission, pl 134 de Maitrêya (fig. 540). Autre remarque curieuse: la fleur blanche au cœur d'or, aux pétales hélicoïdaux, à l'odeur suave, du fran-

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FIG. 495. — BODHISATTVA À TURBAN, ENSEIGNANT. British Museum. Hauteur : 0 m. 30.

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gipanier (nâga-puspa = Michelia champaka), qui était déjà à Sânchi et est redevenue au Konkan comme au Bengale, au Népal comme à Java, sa principale caractéristique, reste un élément inconnu à l'école du Gandhâra(1). La spécialisation de cette fleur serait une objection insurmontable à toute tentative d'identifier avec Maitrêya les porteurs de lotus rose (padma) des figures 410 et 427-428: et pourtant les artistes japonais ont mis la pose mélancolique et pensive de ce dernier, le coude appuyé sur l'un de ses genoux relevés et la tête appuyée sur l'index de la main droite (cf. fig. 76 et 408), au compte de leur Mirokou(2) (fig. 548; cf. fig. 540).

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¹³⁸ n° 247-251; cf. GRÜNWEDEL, Idikutschari, pl. XVIII, 1, et le n° 1281 du musée de Péshawar (d'après D. B. Spooner, Handbook, p. 76).

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AUTRES BODHISATTVAS. — Nous ne sommes pas au bout de nos perplexités. Alors qu'elles nous assaillent en si grand nombre à propos du seul Bodhisattva vivant dont la présence au Gandhâra soit certaine, qu'adviendra-t-il quand nous prétendrons en retrouver d'autres parmi les statues qui restent à identifier? Et d'autre part, comment ne pas céder à la tentation de chercher dans la foule au moins ceux dont le culte fut le plus florissant auprès des générations postérieures? Malheureusement pour ce séduisant dessein, nous avons eu beau regarder, nous n'avons nulle part aperçu les attributs ou les montures(3) caractéristiques, ni par suite, aucune preuve péremptoire de l'identité d'un Bodhisattva mahâyânique. A la vérité, nous avons vu le lotus remplacer — et avec quelle aisance! — le flacon, dont il a sensiblement la forme, dans la main du Bodhisattva méditant (fig. 427(4)) ou seulement pensif (fig. 410, 428): décréterons-nous aussitôt qu'il est déjà l'indice d'Avalokitêçvara(5) dit le Padmapâni, « celui qui tient un lotus à la main »? Assurément, rien ne nous en empêche; le pis est que rien ne nous y autorise non plus Un fâcheux hasard veut justement que l'urna, marque essentielle du Bodhisattva, semble manquer au front de la figure 428 Admettons que ce soit un oubli, il

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¹ Cf. Porte orientale de Sanchi (Bibl. de vulgarisation du Musée Guimet, t. XXXIV), p. 196 et 221; Iconogr. bouddhique, I, pl. VI, 1, et fig. 14; II, p. 16 et 48; BHAGWANLAL INDRAJI, Antiquarian Remains at Sopara (Surparaka), dans J. Bombay Branch R. A. S., XV, 1881-2, pl. V; B. E. F. E.-O., IX, 1909, p. 47.

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² Cf. MIZUNO, Chefs-d'œuvre d'art japonais, n° 143, GRÜNWEDEL, Myth., fig. 22.

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³ Pourtant l'éléphant de Samantabhadra est déjà noté dans le Lotus de la Bonne Loi, XIV; et p. 475.

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⁴ Signalons des figures toutes pareilles dans A. S. I., Ann. Rep. 1907-8, pl. XLVI b et aux musées de Bombay et New-York.

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⁵ Nous regrettons de ne pouvoir accepter la thèse de M. S. D'OLDENBOURG sur la présence d'Avalokitêçvara au Gandhâra (Vostochnyya Zametki, 1895, p. 361-363).

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428 — Le même assis à l'européenne. Musée de Peshawar. Provenant de Sahri-Bahlol. D'après une photogr. de l'Archaeological Survey

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reste encore qu'elle est coiffée d'un turban or plus tard, Avalokiteçvara, tout comme Maitreya dont il emprunte souvent le vase à eau, en a d'autre part que son chignon et ne manque jamais d'y insérer la figurine du Buddha Amitābha Le turban princier du type de Siddhârtha irait beaucoup mieux, dans le système de l'école, à Mañjuçrî qui est appelé kumāra-bhūta, ce que nous traduirions volontiers par « prince de naissance » : mais le simple geste de l'enseignement, si bien qu'il lui convienne, ne nous permet pas, en l'absence du lion, du glaive et du livre, de lui attribuer les figures 425-426 autrement que par un décret de notre bon plaisir. Il faut en prendre notre parti et avouer que l'art gréco-bouddhique est encore loin d'avoir élaboré les formules compliquées et précises de l'iconographie postérieure. Assurément nous y trouvons déjà l'amorce des procédés qui ont plus tard servi à différencier entre eux les grands Bodhisattvas : c'est, à n'en pas douter, le lotus rose de Padmapāṇi que les figures 410 et 427-428 portent, épanoui ou non, à la main; et le personnage de gauche de la figure 408 (cf. fig. 409) tient déjà le livre (en forme de manuscrit indien sur feuilles de palmier) qui sera l'un des attributs caractéristiques de Mañjuçrî : mais c'est là tout ce que nous pouvons affirmer; et, au bout du compte, nous n'avons aucune raison décisive de croire que les noms de Mañjuçrî et d'Avalokitêçvara n'étaient pas aussi étrangers à la pensée des premiers sculpteurs indo-grecs qu'à celle des compilateurs du Mahāvastu et du Lalita-vistara.

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Est-ce à dire que ces derniers ouvrages ignorent l'existence et même la pluralité des Bodhisattvas vivants? Qui pourrait le soutenir, alors que dès le début le premier nous expose avec complaisance les dix étages (bhūmi) qu'ils ont à gravir sur l'échelle de la perfection et que le second les donne par milliers pour auditeurs au Buddha(1)? De même que ces recueils contiennent déjà le germe d'où sortira le culte fantasmagorique du Mahāyāna, de même nous trouvons sur nos monuments des indices certains du prochain foisonnement de l'iconographie. Aussi bien la notion de la multiplicité des Bodhisattvas ne devait-elle pas naître forcément de leur présence simultanée sur des frises du genre de celles que représente la figure 135 ? Si l'on se rappelle comment des types d'Indra et de Brahmâ nous avons déjà vu sortir ceux de Siddhârtha et de Maitrêya, il est impossible de croire que le mouvement se soit

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¹ Cf. aussi Mahāvastu, II, p 393, l 17.

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[Figure: Fig 137 — BODHISATTVA MÉDITANT AVEC LOTUS British Museum Hauteur : 0 m 32]

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arrêté là. Non seulement le premier de ceux-ci dut promptement céder la légitime propriété de ses images à un « Grand Être » encore vivant, mais tous deux se prêtèrent à leur tour, grâce à de menues différenciations de gestes et d'attributs, à la création d'idoles sœurs parfaitement oubliés depuis. Il est fort à craindre que nous ne réussissions pas à sortir de cet embarras tant que des inscriptions ne seront pas venues nous apporter des certitudes. En attendant que ce faible espoir se réalise, nous pouvons encore espérer quelques

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[Figure: FIG 429 — BODHISATTVA AVEC FIGURINE DE BUDDHA DANS LE TURBAN Musée de Peshawar Provenant de Sahri-Bahlol D après une photographie de l Archaeological Survey]

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éclaircissements nouveaux des recherches plus méthodiques qui se poursuivent à l heure actuelle, au cas où elles nous apporteraient des séries de spécimens plus complets, intacts du piédestal à la coiffure, et possédant encore, avec leurs mains, leurs attributs A la vérité, il n'y a pas trop d'illusions a entretenir sur ce point: pour des raisons historiques que nous verrons à leur heure(1), nous inclinons à penser que nous retrouverons bien au Gandhâra les premiers rudiments, mais non une forme déjà systématisée du panthéon mahâyânique. Il est toutefois incontestable que les dernières fouilles de M. le Dr Spooner et de Sir Aurel Stein à Sahri-Bahlol viennent d'apporter des éléments nouveaux au problème (fig. 424 et 426). Le plus significatif peut-être et le plus gros de promesses est la petite bouffette de turban sur laquelle trône, en guise d'agrafe, un Buddha méditant (fig. 399). Nous saisissons ici sans conteste, à ses débuts, le procédé que nous retrouverons en pleine vogue à Bénares dès le Ve siècle de notre ère et qui sert à distinguer entre eux les divers Bodhisattvas mahâyâniques; mais pour pouvoir affirmer qu'il était déjà employé au Gandhâra à la détermination d'Avalokitêçvara, il ne suffirait pas de savoir qu'il s'appliquait bien au turban d'un Bodhisattva(2), il faudrait encore avoir démontré que ce Buddha méditant était dès lors identifié avec Amitâbha. En d'autres termes, nous ne pourrons exactement mesurer la portée iconographique possible de cet ornement de tête qu'après avoir préalablement discuté, à la fin du prochain chapitre, la question connexe de savoir si l'école connaissait déjà l'existence et la représentation stéréotypée de ces produits de la spéculation bouddhique qu'on est convenu d'appeler les Dhyâni Buddhas.

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¹ Cf. plus bas, p. 376.

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² Un des Bodhisattvas découverts en février-mars 1912 par Sir Aurel Stein et que son obligeance nous permet de publier (fig. 429) porte effectivement un Buddha (mais celui-ci enseignant) dans sa coiffure. Sa facture déplorable et sa basse époque ne font d'ailleurs pas question. De son côté M. le D. B. Spooner signale mais ne reproduit malheureusement pas certaines stèles du musée de Péshawar où Brahmâ et Indra n'apparaîtraient qu'à titre d'assistants secondaires et où les assistants principaux seraient par suite des Bodhisattvas (A. S. I. Ann. Rep. 1907-8, p. 144, n. 3).

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Ainsi visiblement naquit d'eux le contingent de statues en qui nous ne pouvons plus reconnaître sûrement ni l'un ni l'autre (cf. fig. 425-429 et 79); mais, hélas, leur mode de pullulement ne nous renseigne pas sur les attributions nouvelles. Prenons pour exemple le cas le plus favorable, celui de ces groupes symétriques où l'identification d'un seul personnage peut parfois entraîner celle de ses voisins. L'autorité des textes nous a d'abord contraints à reconnaître aux côtés du Bienheureux les dieux Indra et Brahmâ, et cela est vrai sans doute des plus anciennes répliques. Mais voici que sur les figures 405 et 408, l'ûrnâ paraît sur le front des deux assistants. Si ce n'est pas là le fait d'une inadvertance machinale, il en résulte aussitôt que la vieille représentation du miracle de Çrâvastî s'est transformée en la trinité d'un Buddha entre deux Bodhisattvas. D'accord, mais lesquels ? Appellerons-nous Hiuan-tsang en consultation et les baptiserons-nous Maitrêya et Avalokitêçvara parce qu'il a parfois noté qu'ils se font pendant(1)? Prêterons-nous l'oreille aux suggestions de textes relativement tardifs et croirons-nous reconnaître, en même temps que le Buddha Amitâbha sur son lotus, ses ordinaires acolytes Avalokitêçvara et Mahâsthâmaprâpta ? Mais alors cela se verrait, nous avertit-on, « par un simple regard jeté sur les marques de leur tête (2) ». Finirons-nous enfin par où nous aurions dû commencer et les chercherons-nous, sans descendre plus bas, parmi les huit que le Lalita-vistara cite ? Cette méthode est sans doute la meilleure; mais qu'elle est mal récompensée ! Relisez ces huit noms : ils sont tous plus édifiants les uns que les autres; malheureusement il se trouve que la postérité n'en a retenu qu'un seul et c'est justement celui du seul Bodhisattva vivant dont au Gandhâra nous ayons pu sûrement identifier l'image, à savoir Maitreya.

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¹ Mém., I, p. 463; Rec., II, p. 119

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² Amitayur-dhyâna-sûtra, dans S B. E., XLIX, p. 178 et suiv et 187; sur la possibilité d'une telle interprétation tardive, cf. plus bas, p. 336 Le sûtra cité dit qu'Avalokitêçvara se tient à la gauche du Buddha (à la place d'honneur) et Mahâsthâma à sa droite. or la position des deux assistants est renversée, si l'on passe des figures 405-406 aux figures 407-408; mais, comme s'il était au courant de ces variations des sculpteurs, le Lotus de la Bonne Loi (trad Burnouf, p. 267) note qu'Avalokitêçvara est « tantôt à la gauche et tantôt à la droite » d'Amitâbha

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Tel est pour l'instant notre bilan, et le reste n'est qu'incertitudes. Ce n'est pas que les noms nous manquent pour les

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[Figure: FIG 428 — BODHISATTVA AU LOTUS Musée de Calcutta Provenant de Loriyān-Tangai Hauteur 0 m 70]

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statues, ni davantage qu'il manque de statues attendant des noms : ce qui fait défaut, ce sont des raisons décisives de mettre les uns sur les autres; et ainsi les unes restent sans titres et les autres sans supports. Leur analogie avec les œuvres identifiées de l'iconographie médiévale n'est pas suffisamment marquée pour nous permettre d'attribuer nos images gandhâriennes aux Bodhisattvas demeurés célèbres, et d'autre part rien ne nous prouve qu'elles n'aient pas été originairement connues sous des vocables

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